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Épilogue

Si vous ne découvrez ce blog qu'après la publication du présent post, nous écrivons cet épilogue pour vous dire que nous nous arrêtons ici. Une lecture de notre avant-propos vous est à ce stade chaleureusement conseillée. 
 
Ceci fait, soyez les bienvenus sur Soleywhy.

 
Nous retrouvant autour d'un esprit documentaire, d'une mentalité analytique et d'une sévère aversion pour le bullshit, nous avions commencé il y a déjà plusieurs années à prendre des notes. Allions-nous en faire quelque chose, écrire des chroniques, un bouquin, lancer un podcast...? Nous avons commencé tel un blog un peu humoristique, listant les calques grossiers du chanteur d'Indochine face à leur référence originale. Nous aurions d'ailleurs pu continuer de le faire longtemps, voire nous en contenter tellement c'est délirant.

Voir : Influences et références
 
U2, "I'll go crazy if I don't go crazy tonight", 2011 (Voir)
 
U2, "Where the streets have no name", 2017 (Voir)

Puis en quatre ans d'existence et de travail commun, c'est devenu l'espèce de livre augmenté que vous avez sous les yeux. Au fil de la pensée, l'humour a disparu pour laisser place à la gravité.

 
Que ce soit au sein des parutions en librairie, officielles ou non, ou même de blogs parfois travaillés, nous avons toujours constaté un manque de rationalité et de recul critique.
Nous-mêmes, il nous a fallu des années pour comprendre le fonctionnement du projet Indochine Mk2, que nous avons pourtant suivi de près pendant très longtemps. Jusqu'à ce que le besoin d'écrire devienne trop envahissant. 
 
Mais cela n'aurait pas dû être à nous de faire ça, surtout vu le nombre absurde de livres sortis sur le sujet, souvent écrits par des gens d'un certain âge, qui auraient pu se sortir un peu plus les doigts. Que cela soit d'ailleurs l'occasion ultime de le dire : l'argument typique de fan "J'étais là à l'époque" ne tient pas. Avoir vécu un phénomène culturel au plus près n'en implique nullement une compréhension juste et une meilleure légitimité à en parler, il est possible et même courant de se tromper toute sa vie.

 
Nous nous estimons chanceux d'être passés à travers les mailles du filet, mais tous n'ont pas eu le même parcours. Bien sûr, et nous n'en avons pas fait secret, notre point de vue est influencé par nos opinions, goûts et lecture politique du monde. Mais du mieux que nous avons pu, nous avons privilégié l'analyse la plus documentée possible à une collection d'avis personnels. Nos goûts nous sont familiers, et nous aurions été bien imbéciles de vouloir les étaler sur un blog, puisque clairement, tout le monde s'en fout. 

Mais lorsqu'on est fan, par définition, on manque d'esprit critique. Et si les fans d'Indochine Mk2 peuvent trouver le blog à charge et ne pas en saisir immédiatement la démarche et finalité de son contenu, c'est pourtant pour eux que nous avons travaillé et partagé nos résultats en ligne.

Par contre, nous n'incluons pas les quelques-uns qui ont fait le choix d'aller toujours dans le sens des versions officielles pour protéger leur place acquise au fil des ans dans les petits papiers de Nicolas. Les hiérarchies de fans et les grades de forums ne nous intéressent pas.


Les fandoms sont des niches culturelles aussi singulières que nombreuses, mais il est plus rare d'en trouver qui s'apparentent tant à une religion. Bien que certains fans puissent se montrer sectaires, ils s'y trouvent aussi en général les plus gros nerds avides de précisions, de recherche et d'analyse, capables de se montrer très exigeants avec leurs idoles, parfois dans des proportions démesurées. Ces fameux jamais contents qui provoquent tant d'incompréhension.

"Personnellement moi je m'occupe de mon, de mon Twitter, Instagram, c'est ça... Sur les forums euhhh... J'y vais un peu de moins en moins, parce que y'a beaucoup trop de critiques. Ça me saoule. Ouais, ça me... ça me saoule, héhé, donc... Mais nan mais c'est parce que c'est des, ils sont assez euh... - Exigeants ? - Non, jamais contents. Tséhahahaha ! Oui nan mais après les modérations... Nan mais après tout le monde peut dire ce qu'il veut. Mais bon euh... Par contre, sur mon Twitter tout le monde me félicite et tout, c'est cool."

Nicolas Sirchis, Virgin Radio, novembre 2013


Chez Indochine ceux-là existent, mais ne représentent qu'un pourcentage infinitésimal du fandom. Certains ont essayé d'amener de la réflexion sur divers forums, sans succès, ne rencontrant la plupart du temps que l'aversion des fidèles, avec le mot "critique" systématiquement réduit à une connotation négative. L'analyse reste la plupart du temps impensable, interdite voire carrément hors-sujet : il faudrait avoir compris Indochine, savoir que c'est bien, et c'est tout.

Voir : Ceux qui n'aiment pas Indochine, Indochine par Nicola Sirkis et Rafaëlle Hirsch-Doran

"Que pensez-vous des blogs et sites sur Indo ?
[...] Euh, je consulte beaucoup plus en ce moment moi, les tweets qui me sont adressés, parce que c'est mon Twitter personnel, mais euh, je vais parfois, ou j'allais parfois effectivement sur le forum... Et euhhh... Comme je lis des choses un peu tristes, qui me... chagrinent un peu, c'est un peu plus difficile pour moi. Alors après l'expression est libre pour tout le monde et cætera, mais des fois je me demande sur certains forums, pourquoi ces gens sont là, et qu'ils ont qu'à aimer d'autres groupes, parce que c'est un peu dur. Voilà."

(Applaudissements du public)

Nicolas Sirchis, conférence, novembre 2014

Voir : 2013 - Black City Parade


Au bout d'un moment, s'il est si difficile pour Nicolas d'obtenir un plébiscite en dehors de ses fidèles, c'est peut-être qu'il y a des raisons, bien spécifiques à son propre cas. Ici comme au cours de dizaines d'autres citations présentes sur ce blog, nous ne pouvons pas imaginer de telles phrases dans la bouche d'un autre artiste. Une partie de l'explication, développée sur ce blog, réside dans le fait qu'Indochine Mk2 est une projection spectaculaire du psychisme complexe de Nicolas, et sa construction psychologique turbulente s'observe dans absolument tous les aspects de son projet, notamment les plus malsains.

"Indochine ça ne s'explique pas, ça se vit", parce que c'est comme ça. On ne sait pas vraiment expliquer, mais il faut y croire, et tout devrait se situer dans la foi et le ressenti. Un rejet primaire de l'analyse, typique des prédicateurs, gourous, et de nos dirigeants les plus autoritaires. Nicolas nous avait pourtant dit de nombreuses fois de ne pas faire confiance aux grandes personnes, et qu'il ne fallait pas être dupe - sans jamais nous dire de quoi. 
"Il n’y a que vous, la presse, pour lui dire qu’il a tort. Qu’il ment. Les gens gobent la plupart des trucs, c’est le dernier à parler qui a toujours raison. Eh bien non, il faut analyser."

Nicolas Sirchis à propos de Donald Trump, Le Bien Public, septembre 2017

Du temps où c'était à la mode de le faire, nous l'entendions également critiquer les religions et les nouveaux sauveurs, alors qu'aujourd'hui ses concerts s'apparentent plus que jamais à des célébrations évangéliques transformant les Zéniths en méga-églises.


Ce que semble apprécier un Olivier Gérard pas si antireligieux que ça :
"Être fan ça ne s'explique pas. L'art possède cette puissance inexpliquée de titiller violemment les sens de chacun. Une musique, un son, une parole, et nous voilà étincelants, transportés, rassurés, accompagnés. Être fan ça ne s'explique pas car l'Art (sic) ça ne s'explique pas. Juste un constat. Une voix "public" (? ndlr) qui scande des paroles comme des hymnes de pays imaginaires. Une grande messe, un recueillement, dévotion, euphorie. Fidèles respectueux, fidèles admiratifs, voire fidèles hardcore."

Olivier Gérard, préface de Indofans, Jean-Eric Perrin, Pop Culture, 2014

Pourtant, chacun parmi le public d'Indochine vaut mieux qu'un simple consommateur dévot. Nous connaissons aussi bien que vous le pouvoir irrationnel que peut exercer la musique sur l'esprit humain, et l'importance que ses créateurs peuvent revêtir dans la vie des auditeurs. Il nous tient à cœur en ce sens - quitte à passer pour des vieux cons qui ne comprennent pas - de rappeler que cette importance peut s'avérer moins inoffensive qu'il n'y paraît, et qu'on a trop vite tendance à arguer que ce n'est que de la musique. Ce n'est pas parce que "c'est bon, c'est que de la musique" que ça ne dit rien de vous et de votre rapport au monde. Et dans le cas d'Indochine Mk2, le constat fait très mal.


Ces problématiques ayant déjà été étudiées par des critiques, sociologues et journalistes, nous avons conscience d'enfoncer, d'une certaine façon, une porte ouverte depuis longtemps.
Il ne serait évidemment pas sérieux de dénoncer une dérive sectaire proprement dite, à l'heure où il est à la mode d'employer l'argument de la secte et où de nombreuses sphères osent se réclamer, elles aussi, de l'esprit critique... Un terme qui lui aussi devient malheureusement galvaudé. Mais il nous semble utile de souligner à quel point de trop nombreuses cases sont cochées : le rapport entretenu entre Indochine Mk2 et son public présente les mêmes problématiques d'isolement et de retranchement en communauté, à l'abri d'un monde extérieur perçu comme froid et intolérant. Avec des hiérarchies, des subalternes et des discours officiels bourrés de mensonges. Avec des hérétiques aussi, qui ne comprennent pas ce qu'il faut comprendre, soupçonnées d'être de mauvaises personnes, avec de mauvaises vibrations et parfois diaboliques.

Et ce, parce qu'ils n'ont pas adhéré, parce qu'ils ont osé critiquer.


Alors oui, les phénomènes d’idolâtrie sont courants dans la pop et ce depuis des décennies. Mais les contours d'Indochine Mk2 nous semblent dessinés d'une façon tout particulièrement pernicieuse. La carrière de Nicolas, valorisée selon des arguments essentiellement droitiers, est entièrement fondée sur la revanche, et un rapport extrêmement conflictuel à la réalité, couplé à un narcissisme délirant. Qu'il ait tant été décrit comme un gourou et parfois pire encore, n'est pas anodin. Les fans les plus hardcore quant à eux, se satisfont d'une telle influence sur leurs vies qu'en toute apparence, ils ne peuvent et ne veulent pas expliquer ni remettre en question. Et cela est extrêmement inquiétant, même si en apparence ce n'est que de la musique.


Il est pourtant possible de ne pas être
dupe. De ne pas croire aveuglément ceux qui se drapent des beaux habits de la supériorité humaine, culturelle et morale. De vérifier ce qui nous est dit, ce qui nous est promis et ce qui nous est servi derrière. On peut chercher à mieux savoir où l'on va, qui l'on suit et pourquoi, avant de laisser tout son temps et son argent dans un domaine culturel qui paraît séduisant et adapté à ses problèmes.

Alors certes, il y a des choses plus graves dans la vie sur lesquelles se focaliser. Oui, énormément de gens vivent au quotidien la manipulation, le mensonge, le chantage, la violence physique. Oui, Nicolas participe à rendre la vie de milliers de personnes moins terne, mais ce n'est pas un argument [1]: c'est le cas de prêtres, de gourous, manipulateurs et autres types de personnes influentes et peu recommandables. Ces derniers ont d'ailleurs systématiquement tendance à expliquer le comportement des sceptiques par la jalousie, et cela devrait être un red flag absolu. Loin de vraiment aider leurs adorateurs, ils leur font au contraire croire au Père Noël, en passant le chapeau derrière. Cela peut participer à expliquer pourquoi tant de fans d'Indochine Mk2 sortent un jour de cette période de leur vie avec le besoin ardent de ne plus y être ramenés. Comme de très nombreux déconvertis, quoi qu'ils aient cru. 

Il semble aussi que quelques uns, sachant trop de choses gênantes, préfèrent se taire pour protéger Nicolas, dont le contrôle drastique de l'image ne suffit pas toujours.


Oui les gens, vous aimez ce que vous voulez. Nous avons conscience que l'exposition des faits et les démonstrations, si sérieuses soient-elles, ne peuvent suffire à combattre des croyances si ancrées, surtout lorsqu'elles sont à la source d'un bien-être éprouvé. Nous ne remettons pas en question le besoin pour chacun de ressentir du plaisir dans la vie. À condition de se documenter un minimum pour savoir identifier un charlot. [2]

À votre tour, ne remettez pas en question notre droit de ne pas croire à l'aura mystique d'Indochine Mk2, à la personnalité supérieure et bienfaitrice de Nicolas Sirchis, et de vouloir expliquer et démystifier ce phénomène qui n'a rien de magique. "Il se passe vraiment quelque chose", "l'art ne s'explique pas", "lui remplit des stades" ou même la sempiternelle "carrière" ne sont pas pour nous des arguments suffisants pour obtempérer au catéchisme indochinois, et annihiler tout point de vue discordant.

Si cela se vit, alors cela s'explique.



Anciens fans comme il y en a tant, nous avons nous-mêmes dit par le passé un bon nombre de bêtises sur Indochine, et avons participé à des comportements que nous combattons aujourd'hui. Peu à peu, nous avons tâché de faire preuve d'humilité et d'exigence, et ne nous sommes jamais interdit une compréhension plus rationnelle du phénomène. C'est ce qui nous a permis de remettre en question ce qui avant, nous poussait à défendre becs et ongles cette entreprise de communication en ne faisant confiance qu'à notre seul ressenti. Depuis cette époque, nous avons réfléchi, et nous voulons croire que chacun d'entre vous partage la même préférence pour l'honnêteté et la justesse.   

La musique est un domaine suffisamment important pour lui accorder du temps de cerveau.

Nous savons qu'il est vain, et parfois dangereux, de s'attaquer à des croyances à succès, même avec des preuves et des faits. Quoi que nous disions, pour beaucoup, nous serons toujours de sales cons aigris et jaloux, osant s'attaquer à un grand bienfaiteur. Pour certains, nous sommes même un monde extérieur malfaisant, diabolique. Comme dans d'autres situations très proches, à aller chercher... du côté des sectes. Nous voyons Nicolas profondément habité, remplaçant la réalité par un narratif malléable, mais nous ne savons pas dans quelle mesure il croit vraiment à ce qu'il dit. Notre héros semble s'être emberlificoté dans un tissu de complexes, de revanche, de romance et de fantasy. Ce n'est pas là le travail d'un critique culturel.

"Non, le bonheur absolu n'existe pas, sinon ça se saurait ! Il faut juste se fabriquer son paradis à soi... Envers et contre tout."

Nicolas Sirchis, Rocksound, avril 2002


Envers et contre tout, mais jusqu'où et à quel prix ?


Autocritique :

Oui, il est possible que le blog ait un côté indigeste, voire comme nous avons pu le lire : imbitable. Vue la complexité de chaque épisode de cette longue histoire, il n'a pas été possible de proposer une réflexion déjà ordonnée. Nous comprenons que l'absence de chronologie, l'aspect fouillis ainsi que les répétitions qui peuvent en résulter, puissent décourager. Nous avons plusieurs fois reçu des messages où il nous était conseillé de faire un livre. Nous pourrions, mais ce n'est pas dans nos projets. Nous entendons aussi pouvoir donner l'impression de gens qui se branlent, n'ont que ça à faire ou parlent du travail des autres alors qu'ils font pas mieux. Pire encore, donner l'impression d'étaler une grande morgue, un comportement de hater, et vouloir délibérément s'en prendre à quelqu'un.


Pourtant, une lecture patiente de notre travail devrait dissiper en partie ces impressions.
Nous avons souhaité réaliser une critique sur le fond : nous déplorions que de très nombreuses choses n'aient jamais été dites, cependant ce boulot a été réalisé avec enthousiasme. Nous avons tâché de montrer que l'analyse était non seulement possible mais bienvenue, passionnante et même marrante. Comme dit dans l'avant-propos, nous souhaitons que ce blog vous fournisse de nouvelles clefs de compréhension, que vous soyez d'accord ou non avec ce que vous lisez. Une nouvelle fois, nous n'avons pas fait ce travail pour élaborer une nouvelle autorité et vous la servir toute prête, bonne à recopier ou à flanquer dans la figure d'un(e) jeune fan.

Du mieux que nous avons pu - et surtout sur la fin - nous avons tâché de ne pas nous mettre à faire du Soleywhy. Nous ne sommes évidemment pas parfaits et avons nos propres biais : des contradictions, vous en aurez peut-être trouvé chez nous à votre tour. Les commentaires restent ouverts, vous pourrez donc toujours nous indiquer où nous nous serions possiblement trompés ou contredits, et comment nous pourrions améliorer le contenu du blog si tant est que nous trouvions l'énergie de remettre les mains dans le cambouis. Nous tâcherons de vous lire avec attention et éventuellement de vous répondre. Et si vous vous sentez l'énergie, poursuivez le travail en faisant mieux !


Vous verrez à la suite de nombreux posts se succéder, sur un grand nombre de sujets distincts mais tous liés entre eux.
Quant à nous, en ce qui nous concerne, nous avons vraiment, mais alors vraiment autre chose à faire.

Un immense merci de nous avoir lus et encouragés, bonne lecture aux nouveaux arrivants. Bisous.

L'équipe de Soleywhy.
 

2. "L'anti-intellectualisme a été un fil conducteur qui serpente à travers notre vie politique et culturelle, nourrie par la fausse idée que la démocratie signifie que 'mon ignorance vaut autant que vos connaissances'". (Isaac Asimov)

Mise au vert

Nous savons depuis longtemps le talentueux Moby (de son vrai nom Richard Melville Hall) capable d'excellentes propositions comme de sorties franchement médiocres. Entre un album de reprises de lui-même et de remixes, le compositeur de Play semble aujourd'hui bien loin de ses grandes années. Jusqu'ici, son actualité était plutôt commentée dans le sens de son travail pour Mylène Farmer, mais les fans de la chanteuse rousse furent déçus d'apprendre que le nouveau titre du new-yorkais présentait au micro un autre iconic french new wave artist.

Nicolas dans un champ.

Et si quelque chose peut rassembler ces deux personnalités que nous n'aurions jamais imaginées partager un morceau, c'est un manque d'inspiration dû au temps (plusieurs décennies d'activité) et certains choix de fin de carrière : ici des compilations et/ou réorchestrations de succès passés.

"J'ai entendu sa voix pour la première fois à l'été 1987. J'avais une petite amie française et nous avions emménagé à Paris. Je me souviens d’une soirée avec elle et ses amis et d’avoir découvert Indochine. Au fil des années, j'ai entendu de plus en plus parler de ce que faisait Nicolas Sirchis, de son approche de la musique, de ses références culturelles. Il y a environ six mois, quelqu’un m’a fait remarquer que la voix de Nicolas irait très bien sur mon titre 'This Is Not Our World'. C’est comme ça que l’idée a germé."

Richard Melville Hall, Télé 7 Jours, septembre 2022


"J'ai joué la chanson "This Is Not Our World" pour mon ami Emmanuel (de Buretel, ndlr), qui dirige Because Music. Il l'a joué pour Nicolas et il l'a tout de suite adoré. C'est comme ça que ça s'est passé. Le mérite de cette collaboration revient à Emmanuel et Nicolas. C'était leur idée, mais je suis vraiment excité que ça ait pu avoir lieu."

Richard Melville Hall, Chartsinfrance, septembre 2022


Bravo donc à Emmanuel de Buretel d'avoir eu l'idée révolutionnaire de faire chanter Nicolas sur un instrumental générique, et faire exister une collaboration entre deux poules aux œufs d'or du business musical. Espérons que cela leur permette à tous de mettre du beurre dans les épinards.

"J’ai tout de suite adoré Indochine, confie Moby. Pour moi c’est le meilleur groupe français des années 80. Ils sont l’équivalent de Depeche Mode."

Richard Melville Hall, Chartsinfrance, septembre 2022

Nous espérons que ce beau compliment parvienne à Dominique. Nicolas lui, semblait avoir un peu oublié qui était Moby, et doit improviser :
"C’est un musicien qui a toujours maîtrisé les machines de manière très habile, tout en se servant d’archives, comme le blues, pour créer de nouveaux morceaux qui lui sont propres, explique Nicola. Quand j’ai commencé à parler de cette collaboration autour de moi, j’ai compris ce qu’il représentait pour beaucoup. Un pape de l’électro-pop, un petit bonhomme qui saute partout et qui n’a jamais caché ses engagements puissants pour l’environnement, les droits humains, le véganisme, contre la cruauté animale ou l’extrême droite. Mais surtout, la véritable raison, c’est que la première fois que j’ai écouté la démo de This Is Not Our World (Ce n’est pas notre monde), je l’ai trouvé tout de suite extraordinaire, j’étais complètement emballé."

Nicolas Sirchis, Rolling Stone, septembre 2022


Ouf ! En même temps, nous n'imaginions pas Nicolas refuser d'apparaître avec un tel grand nom, à une époque où il est de nouveau très motivé à se montrer à l'international.


Reste qu'ici, l'impression persiste qu'il n'est possible de faire chanter notre héros que sur des instrumentations d'une grande pauvreté (la suite d'accords qui agaçait Olivier dans Black City Parade, le film est encore une fois la même). Et cela ne peut aucunement gagner en intérêt lorsque Nicolas se contente de faire du Sirkis sur un coin de MacBook en se disant que de toutes façons mes fans aimeront... 

Montage de Moby et Nicolas se faisant face.

Ne perdons pas plus de temps à discuter de ce "This is not our world" inorganique au possible, qui selon les fans était déjà génial avant même de sortir. Certains arrivent même à y trouver Nicolas héroïque, comme soulagés d'enfin pouvoir appréhender l'urgence climatique à travers un filtre indochinois. Nous resterons ici brefs et proposons de souligner deux points : 

  • Les chevilles qui enflent 

"Je ne sais pas si ce morceau pourra changer le monde. Il deviendra peut-être une sorte d’hymne générationnel, pour toutes les générations qui disent non, que ce n’est pas notre monde, qu’on subit les évènements sans être dupes et qui s’interrogent sur ce qu’on va faire après."

Nicolas Sirchis, Chartsinfrance, septembre 2022

 

Il serait amusant de jouer à trouver de quel morceau ou album parle Nicolas dans ses citations.

 
Une fois encore, ce n'est pas au chanteur de décider de ce qui sera ou ne sera pas un hymne générationnel, bien que nous ayons observé plusieurs fois qu'au sein du fandom, un morceau devenait fort parce que Nicolas avait dit qu'il devait l'être.

Gageons au contraire que ce titre sera vite oublié. Normal pour ce qui n'a pas dû demander beaucoup plus d'énergie qu'une participation à "Noël est là", et ne semble exister que pour justifier une actualité sur internet en période de rentrée.

  • L'hôpital qui se fout de la charité. Il manquait à 13 le hashtag #sauvonslaplanete

Voir : 2017 - 13


Pour un Nicolas qui ne comprit jamais que la quantité de matériel utilisé n'est pas un gage de qualité, il fut en effet souvent de rigueur de nous informer d'un bon nombre de chiffres en parallèle des tournées.

Meteor Tour : 6 semi-remorques, 4 bus. (Source)

Stade de France 2010 : 400 techniciens, 700 m2 d'écrans, 3 scènes, 40 semi-remorques. (Source)

Black City Tour : 12 camions, 4 bus, 70 personnes. (Source)

Stade Pierre Mauroy 2018 : 750m² d’écran, 750 projecteurs au plafond, 650 projecteurs dans la salle, 40 tonnes accrochées au-dessus de la scène, 35 camions, 600 techniciens. (Source)

Le Central Tour dont les chiffres récents parlent d'eux-mêmes.

Central Tour (2022)

Peut-être que nous cherchons la petite bête, mais nous la trouvons au contraire assez énorme. En d'autres termes, si un seul chiffre nous intéressait, ce serait celui du bilan carbone des activités de notre héros. Sans en connaître l'ampleur avec précision, on peut spéculer que c'est assez cher payé juste pour prouver aux méchants qu'on a la plus grosse. 


Nicolas ne fit non plus jamais secret de l'utilisation régulière d'un jet privé, un grand plaisir pour ce passionné d'avions.

"Pau, Marseille, Montpellier, Nice, on est dans le Sud. On goûte aux joies du 1er voyage en avion privé, je le baptise l'Air Meteor."

Nicola Sirkis, Les petites notes du Meteor Tour, 2011


Le premier de la tournée seulement, car Les Divisions de la Joie et Paradize Show montraient aussi des voyages en avion privé. Souvenez-vous :

"Eh beeen vous regardez pas par la fenêtre ehhh, les Alpes ?!"


Le hors-série Rolling Stone de 2010 justifie l'utilisation d'Air Meteor :

"Comme la plupart des quidams, le rédac chef de Rolling Stone s'imagine sans doute un Nicola Sirkis voyageant inlassablement dans son jet privé tel un McCartney nabab ou un Jagger globe-trotter. Que nenni... Notre Nico n'est pas une madame Fillon, qui exige systématiquement le jet lorsqu'un simple TGV peut faire l'affaire. Et, si sur quelques dates de la tournée, éloignées les unes des autres, les musiciens d'Indo ont eu, c'est vrai, recours à ce moyen de locomotion hors de prix, c'est qu'ils ne pouvaient faire autrement et pas pour se taper un trip de rock star."

Gérard Bar-David, Hors-Série Rolling Stone, juin 2010

 

C'est vrai, nous avons vu nos amis se déplacer en TGV, autant qu'en car et en jet privé.

"Vers 22h on prend un avion pour Strasbourg, juste Emilie et moi, demain je dois être à 10h au siège des Dernières Nouvelles d'Alsace, car ils m'ont invité à être le rédac chef spécial de l'édition du mardi. On est 2 pour un jet de 8 personnes, c'est un peu le luxe."


"On quitte Lyon pour Épernay par un vol privé. On atterrit en pleine campagne dans un aéroport fantôme avec plein de 747 abandonnés, il y a du brouillard, je me dis que j'aimerais bien y tourner un film ou un clip."

Nicolas Sirchis, Les petites notes du Meteor Tour, 2011


Pour en revenir à "This is not our world", Issy-les-Moulineaux où fut tournée la partie française du clip, c'était vraiment la porte à côté. Espérons que Nicolas ait adopté une conduite écologique pour se rendre sur le lieu de tournage lors de cette belle matinée ensoleillée.


Nicolas avait déjà parlé du climat, en 2018 :

"On atteint les limites du système. On est en droit de se demander quel avenir et quelle planète on va laisser à nos enfants... Est-ce qu'ils ne vont pas mourir de chaud ? En France, on commence à prendre conscience de tout ça. On voit les ressources en eau diminuer, les températures grimper, les phénomènes climatiques devenir de plus en plus extrêmes. Pourtant, il existe un véritable frein au changement. Les Français acceptent l'idée de faire bouger les choses collectivement, mais égoïstement, on n'aime pas changer nos habitudes."


Voir : Macroner (Wiktionnaire)

"Pour la tournée Meteor, on avait contacté Nicolas Hulot afin de faire des concerts avec des éoliennes. On n'a jamais réussi à le joindre. On a laissé tomber... C'est toujours compliqué de faire des petits gestes au quotidien et en même temps de faire fonctionner une entreprise. Pour les tournées d'Indochine, on a quatorze camions sur la route..."

Nicolas Sirchis, Chartsinfrance, décembre 2018


Que l'on ne nous prenne pas pour des idiots. Nicolas a peut-être imaginé des éoliennes façon Zazie (il n'est d'ailleurs pas impossible que cela ait inspiré les Tours Eiffel du Meteor Tour), mais s'il avait vraiment voulu contacter le présentateur d'Ushuaïa, à supposer que ce dernier ait été indispensable pour réaliser un tel projet, il y serait parvenu. De plus, s'il existe des raisons de sourire face aux positions récentes (tout en les soulignant) de Coldplay et leurs concerts écolos, ou plus anciennement Radiohead et leurs invitations à venir en transports en commun... Jamais une telle conscience n'a traversé l'esprit de Nicolas quant à l'impact de ses activités. Si ce n'est utiliser l'écologie comme thème spectaculaire. Nicolas est peut-être d'accord pour jardiner dans sa maison de campagne et trier ses pots de compotes, mais faire exister l'entreprise Indochine reste largement prioritaire. Avec au passage un bel aveu sémantique, pour quelqu'un qui n'acceptait pas d'être considéré comme un chef d'entreprise. Ici pourtant, un bel exemple d'écologie selon le patronat.

"L'écologie sans lutte des classes, c'est du jardinage."

Chico Mendes

Nicolas et six figurants déguisés en manifestants.

Il est possible et même bienvenu pour la génération des boomers de prendre conscience de tels enjeux, même tardivement, mais nous sommes ici dans un foutage de gueule qui bien que devenu habituel, n'en est pas moins révoltant. Cette hypocrisie est problématique au moment de procéder à un greenwashing post-Central Tour grossier, aux côtés d'un Moby connu pour ses prises de position écologiques depuis de nombreuses années. Mais l'argument de notre héros, d'une qualité toute sarkozyste :

"Mais cela crée des emplois et fait vivre des gens..."

Nicolas Sirchis, Chartsinfrance, décembre 2018

Non, vraiment ce n'est pas notre monde.
 
Annexes :
 
Dominique Nicolas dans Platine, mars 2004.

Aux armes


Cette année, Le guitariste Oli de Sat et le chanteur à l'éternelle jeunesse (doucement, ndlr) ont réitéré leur invitation dans une loge du stade marseillais pour confirmer le date du "Central tour", prévue le 11 juin 2022. L'occasion rêvée pour en savoir plus sur ce rendez-vous qui s'annonce énorme et incontournable.

Maritima, avril 2022


Panique à bord, la date du Vélodrome n'est pas complète ! Comme personne ne voudrait revoir les images gênantes du deuxième stade de 2014, les deux cerveaux d'Mk2 se ruent en avril 2022 dans le TGV Méditerranée avec un agenda chargé : une interview au stade... 



Une table ronde autour du harcèlement scolaire avec des collégiens, pour leur montrer à quel point ils sont super.
 
 

"Nous on a fait un clip y'a une dizaine d'années euh, maintenant, vous étiez à peine nés, hein euh... Qui a fait beaucoup de, de bruit, euh... Qui s'appelait 'College Boy' qui était sur le harcèlement, effectivement scolaire..."

"Donc le concert qu'on va donner, ici au stade Vélodrome, comme j'ai dit on a demandé à beaucoup de, de fans du groupe, de, de témoigner..."

"Pour la prochaine tournée sur nos réseaux on a dit euh, ceux qui ont été victimes de harcèlement, de nous apporter un témoignage, et on a reçu plutôt 300 à 500 euh témoignages, donc on va les projeter pendant notre concert. Et y'a vraiment des témoignages extrêmement bouleversants, des fois pénibles à écouter, mais je trouve que c'est bien de les diffuser. Et effectivement, de se rendre compte que des gens de 50 ans qui ont été harcelés quand ils avaient 13 ans en parlent encore, comme s'ils avaient vécu ça hier... Donc ça prouve que c'est un sujet extrêmement délicat est important. Quand j'dis j'suis un peu optimiste, c'est de voir de plus en plus de collégiens se prennent en main (sic) par rapport à ça, il faut travailler ça dès le plus jeune âge, par l'éducation la tolérance et caetera... Alors après est-ce que nous on arrivera à changer le monde, non, meuh on... On arrive en tout cas à ouvrir un p'tit peu... Les rêves et les combats de certains."

Nicolas Sirchis, avril 2022


Ayez confiance, on vous dit que ça va être génial. Même avant la moindre note de musique, tout le monde semble déjà savoir que cette tournée sera juste énorme.


Notre héros sait donner de sa personne : il est même allé donner le coup d'envoi du derby entre Marseille et Nice !

Source : Facebook

Et surtout, allez l'OM !


Achetez, s'il vous plaît. 
 
 
Annexes, s'il en fallait :
Communiqué, 30 juin 2022

Le Vélodrome au même moment. En couleur, les places encore disponibles.

+10

Nous fêtons ce mois-ci les dix ans des dix ans.

Paradize+10, 2012

Nous connaissons le goût d'Mk2 pour les chiffres. C'est d'ailleurs assez curieux venant de quelqu'un qui a de telles difficultés à compter. Nous serions en droit de nous demander si cela n'est pas une sorte d'antisèche pour aider à se repérer dans le temps.

Avec Paradize+10, Indochine s'inscrit totalement dans la rétromanie ambiante, doublée de l'éternelle confusion autour de ce qu'est vraiment Paradize. Un vrai-faux premier album, dont nous célébrons l'anniversaire de l'anniversaire, et dont celles et ceux qui n'ont pas vécu le temps béni fantasment ce que devait être ce temps. Un phénomène courant dans la musique pop. 

C'est à se demander s'il ne devient pas de plus en plus courant de sortir des disques en pensant déjà au moment lointain où l'on commémorera leur sortie. L'absence de +10 pour Alice et June avec un potentiel concert, fit notamment de nombreux déçus. Ne restait à comprendre qu'un tel jubilé n'était valable que pour le premier album.

Paradize+10 au Zénith de Paris, 2012 (source : isuro.net)

Voir : 2002 - Paradize, 2005 - Alice et June

U2, Echo & The Bunnymen ou The Cure par exemple, permettent depuis les années 2000 d'excellentes rééditions de leurs anciens albums, avec des démos, versions alternatives, chutes de studio et extraits de bootlegs. Le goût d'Mk2 pour le mimétisme aurait pu les mener à vouloir proposer des rééditions d'une qualité analogue. Il y aurait eu tant à faire avec Indochine Mk1 ! Mais ce type de contenu ne semble intéresser ni Nicolas, ni ses fans.


Cependant, Mk2 semble un rare exemple sinon unique, d'une communauté de fans qui demande régulièrement des "+10", et agite le porte-monnaie avec une telle motivation, même sans promesse de nouveauté ou exclusivité. Rappelons que l'album 13 est sorti six fois.

Voir : Les sorties de 13

Cette communauté semble trouver son bonheur dans la consommation régulière et ininterrompue d'artefacts à acheter, dont l'utilité ne semble être que l'impression d'être à jour. Vêtements, accessoires, soldes, tournée, réédition d'albums, livres officiels, etc. Indo Mk2 prend soin de ne jamais laisser ses fans sans objet de patience, sans échéance, sans J moins...


Leur serait-il seulement possible de vivre, sans centrer tout leur paysage culturel autour d'une entreprise musicale qui prend toute la place, tant fondée sur la confusion volontaire, le mensonge et le vide ? Nous leur souhaitons que oui.

Mais peut-être serait-il temps d'augmenter le niveau d'exigence d'un cran.