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Ramassage scolaire

Une petite chronologie pourrait s'avérer utile.

22 juin 1959 : Naissance des jumeaux Sirchis à Antony en banlieue parisienne 🇫🇷.

1961 🇧🇪 : Déménagement en Belgique, à Uccle dans la banlieue bruxelloise. Les jumeaux sont à l'École européenne de Bruxelles ⚛️. (Voir : témoignage de Nicolas dans Fréquenstar)

1965 - 1966 : Entrée des jumeaux (six ans) en onzième (CP) au Lycée Français de Bruxelles (voir vidéo plus bas). Selon Starmustang, c'est un lycée très exigeant. Les parents d'élèves sont riches. Un certain complexe de classe semble s'installer. Les résultats scolaires baissent au fil du temps. "On est resté là jusqu'à 12-13 ans" (Nicolas, 1986) En fait jusqu'à dix ans.

1966 - 1967 : Dixième (CE1)

1967 - 1968 : Neuvième (CE2)

En 1967, dans un contexte de guerre froide et de forte exigence d'un bon niveau scientifique de la population européenne, sont mises en place les mathématiques modernes (qui donnèrent leur nom au groupe). Ce fut le cas notamment en France et en Belgique, avec la fameuse théorie des ensembles dont se souviennent beaucoup de gens de cette génération.

1968 - 1969 : Huitième (CM1)

1969 - 1970 : Septième, avec Madame Gérard, la prof de français qui frappait avec une règle en métal les doigts des élèves qui faisaient des fautes. Il est question que les jumeaux (10 ans) redoublent. Dans un contexte familial difficile, les enfants sont placés dans un pensionnat près de la frontière, à quelques kilomètres de la maison de Tournai.

1970 - 1972 : Les jumeaux ont 11 ans. Deux ans au collège Saint Jean-Baptiste de la Salle à Estaimpuis, pour la sixième et la cinquième. Il est avéré que des actes pédophiles y ont eu lieu, et Christophe Sirchis en parle beaucoup. L'autrice du parpaing s'est fait une séance urbex sur place, et relaie les lettres déchirantes des jumeaux à leurs parents, révélatrices d'un profond malaise.

"Cette pension était une horreur, perdue en pleine campagne. Par contre ce sont les années où j'ai le mieux travaillé en classe, j'étais le premier."

"En plus, on était très mal considérés. Les autres gosses venaient de Lille et du Nord, on les appelait les 'Yankees', et on ne les aimait pas. Ils étaient très vulgaires."

Nicolas Sirchis, Indochine, Jean-Eric Perrin, 1986

 

"C'est néanmoins dans cette période que j'ai été le plus brillant."

Nicolas Sirchis in L'ombre des mots, Thierry Desaules, 2008

La chorale du collège d'Estaimpuis, 1965

Il y a d'ailleurs une dissonance sur l'histoire de la chorale. Nicolas avait dit précédemment :

"Il y avait une chorale dans cette école, la petite chorale d'Estaimpuis. Pour moi c'était un rêve, parce que je passais dans les couloirs et je voyais des photos... Ils prenaient l'avion pour aller en Israël, aux Etats-Unis... Donc, j'ai postulé, et malheureusement, au bout d'une heure, ils m'ont jeté parce que je n'avais pas la voix. Déjà, ça commençait..."

Nicolas Sirchis, Insolence Rock, 2004


C'est d'ailleurs repris tel quel dans L'Aventure Indochine. Mais :

"J'ai essayé d'entrer dans la chorale, mais il fallait s'asseoir sur les genoux du prêtre... Et j'ai tout de suite senti le roussi là-dessus. Donc, nan nan nan. Officiellement l'histoire c'est on m'a refusé, mais je... J'avais le nez, là-dessus."

Nicolas Sirchis, Une belge histoire, RTBF, 2021


1972 - 1973
🇫🇷 : Retour en France, à Châtillon. Nicolas et Stéphane (13 ans) sont en quatrième au CES (Collège d'Enseignement Secondaire) Paul-Eluard à Châtillon.

1973-1974 : Stéphane (14 ans) entre en troisième. Nicolas est réorienté en "classe de transition", toujours à Paul-Eluard.

 
Il est difficile de savoir avec certitude si cette réorientation s'est opérée en quatrième ou en troisième. Quoi qu'il en soit, la condition des jumeaux, séparés pour la première fois, est difficile à vivre à un âge où l'on se construit et où l'on apprend à affirmer son individualité.

"On rentrait en quatrième, et il y avait une histoire de quotas : il fallait que 50% des élèves aillent au bac, et le reste en technique. Et moi qui avais exactement les mêmes notes que Steph, je me suis retrouvé en quatrième aménagée, c'est à dire avec les zonards ! J'étais dans une classe de paumés et de loubards, tandis que mon frère se retrouvait dans une classe bien, avec plein de filles en plus, choses dont j'étais également jaloux !"

Nicolas Sirchis, Indochine, Jean-Eric Perrin, 1986


L'histoire de quotas
est relayée dans Le Septennat.

"Le terme est une façon élégante, plutôt hypocrite de désigner une classe poubelle où l'on réunit tous les élèves en grande difficulté considérés comme inaptes à suivre le cycle normal."

Christophe Sirchis, Starmustang, 2012


Cette orientation en classe de transition avec son lot de moqueries de la part des autres élèves, alimente (et c'est compréhensible) la susceptibilité et la colère de Nicolas. Nous sommes alors à une époque où les recherches sur les troubles de l'apprentissage, de l'attention, du langage, etc. n'étaient pas aussi poussées qu'aujourd'hui. Des enfants présentant des troubles très divers, peu compris, voire balayés d'un revers de la main, pouvaient se retrouver en vrac dans de telles classes.

C'est aussi à cette époque que Nicolas se voit journaliste et invente son propre journal, Interpress, inspiré par les variétés qu'il regarde à la télévision.

"Son magazine est un peu enfantin, rempli de fautes d'orthographe mais l'intention s'y trouve. Elle reflète une sorte de frénésie créative, mais une création par mimétisme."

Christophe Sirchis, Starmustang, 2012

 

"J'ai eu mon BEPC (brevet des collèges, ndlr), mais le lycée ne voulait pas que je me rende en second cycle. Ils voulaient m'orienter vers le technique, pour apprendre la comptabilité, alors que j'avais de bonnes notes. Ça a accentué ma révolte contre les profs. Dans cette classe, on avait l'impression que tous les efforts qu'on pouvait faire ne servaient à rien, puisqu'on était sur une voie de garage, qui ne pouvait que mener au technique, au mieux !"

Nicolas Sirchis, Indochine, Jean-Eric Perrin, 1986

 

"À la fin de la 3e, je suis allé dans un cours privé à Paris, parce que là où j'habitais, en banlieue, on voulait m'orienter vers un CET de comptabilité. J'écrivais beaucoup de dissertations dont j'étais très fier, mais je me heurtais souvent à des profs qui trouvaient mon style trop symbolique. À part le français, l'école ne me passionnait pas. Je regardais beaucoup trop la télévision et ça m'empêchait de bosser mes cours."

Nicolas Sirchis, OK!, mars 1988


1974 - 1975 : Nicolas (15 ans) rentre en seconde au Cours Montaigne à Clamart. Stéphane poursuit au lycée Emmanuel-Mounier, à Châtenay-Malabry.

"[Ma mère] m'a envoyé dans une école privée, au Cours Montaigne à Clamart, où je suis resté un an seulement, parce que ça n'allait pas du tout."

Nicolas Sirchis, Indochine, Jean-Eric Perrin, 1986

 

"Il lit Hugo en seconde, mais n'arrive pas toujours à finir les livres qu'il commence."

Marc Thirion, Le Septennat, 1988


1975-1976
: Nicolas (16 ans) rentre en première à St-Sulpice, rue d'Assas à Paris, un lycée privé. (avec les "petites BCBG".) Stéphane le rejoint au cours de l'année "après s'être fait vider du lycée" pour avoir "planté un drapeau noir".

"En première, je n'avais pas des résultats très brillants ; dans les classes privées, tu as soit les super-bûcheurs, l'élite, et puis le reste qui est là parce qu'il s'est fait vider d'ailleurs et qui ne fout rien."

"C'est là, parce que je fréquentais les abords du lycée Montaigne, que j'ai rencontré les cousines de Dimitri. Je commençais à sortir beaucoup, le soir, et à faire la fête. [...] J'avais complètement perdu Stéphane de vue, on n'avait pas du tout les mêmes copains."

Nicolas Sirchis, Indochine, Jean-Eric Perrin, 1986


En 2006, Nicolas ramena l'épisode du drapeau noir à lui (!), tout en s'estimant sauvé par tous les dieux du monde après son échec scolaire.

Le collège-lycée St-Sulpice à Paris, rue d'Assas

C'est à cette époque que Nicolas découvre Bowie.

Voir : David Bowie

"Moi j'adorais les bouquins, c'est vrai que euh... à partir de quinze ans, bon, on avait chacun le bouquin de Breton dans sa poche, c'était cette mode-là, c'est à dire que, on faisait partie de cette adolescence qui aimait Rimbaud, Breton, Mallarmé, les surréalistes et caetera, donc j'ai commencé à lire ça. Et à vingt ans, j'ai décroché pendant cinq ans quoi. J'étais plus dans la musique, dans la photo, dans les trucs."

Nicolas Sirchis, Frequenstar, 1992


N'oublions pas que les trucs ici évoqués incluent largement la bande dessinée. Et c'est là qu'il est amusant de réentendre Nicolas expliquer que les jeunes garçons de Singles Collection doivent représenter "ce qu'aurait pu être le groupe, quand on avait 16-17 ans..." !

Voir : Singles Collection 2001 - 2021, Marguerite Duras et la bande dessinée

"Élève au lycée Saint-Sulpice, je séchais les cours pour aller prendre l'air là-bas. [au jardin du Luxembourg, ndlr)"

Nicolas Sirchis, le Figaro, janvier 2012


C'est à cette époque qu'il aurait croisé Renaud.

"J'ai redoublé ma première, et on s'est fait virer tous les deux à la fin de l'année à cause d'un canular. [...] on avait mis de l'Aspégic dans un sachet de plastique, et en classe on faisait semblant d'en respirer et d'avoir des impressions !"

Nicolas Sirchis, Indochine, Jean-Eric Perrin, 1986

 

"Un seul bon souvenir, ce professeur d'histoire-géographie qui arrivait avec Libé dans cet endroit où il ne fallait pas trop se montrer avec des journaux de gauche : 'il y avait tout le temps des descentes de fafs, nous n'étions pas loin d'Assas...'"

Le Septennat


À l'époque on ne sait pas, mais aujourd'hui, le collège-lycée St-Sulpice porte une attention toute particulière à une éducation adaptée à des profils différents, et propose notamment des classes dédiées aux enfants "dys". L'université d'Assas, où l'on étudie principalement le droit, est toujours réputée pour abriter une large faune d'extrême-droite.

Horses, dont la diffusion en France s'est faite courant 1976

1976-1977 : Nicolas et Stéphane (17 ans) redoublent donc leur première, ailleurs.

"Avec mon frère, on s'est retrouvé dans un cours rue de Varennes, près de Matignon. Là c'étaient les mômes du septième arrondissement, encore pire que les BCBG ! On a essayé de les 'convertir', mais au bout de trois mois on a encore été virés ! Parce que les parents sont allés se plaindre à la direction que les deux nouveaux élèves, les Sirchis brothers, essayaient de convertir leurs enfants au gauchisme et au rock'n'roll. On était arrivés pour le second trimestre. Il n'y avait que des filles hyper chic et travailleuses dans cette classe, et nous on débarquait avec nos cheveux longs."

Nicolas Sirchis, Indochine, Jean-Eric Perrin, 1986


Les jumeaux n'ont donc passé que trois mois rue de Varennes, et sont restés en dehors du parcours scolaire jusqu'à la rentrée suivante. C'est à ce moment-là que Nicolas travaille "trois mois à l'EDF, pour [se] payer une école privée encore plus chère, l'école Port-Royal, pour passer [son] bac". (Indochine, 1986).

1977 - 1978 : Selon l'auteur de Starmustang, c'est Stéphane (18 ans) qui rentre au lycée privé de Port-Royal. Il ne sait pas ce que fait Nicolas au juste. Nicolas a plusieurs fois évoqué son inscription à Port-Royal cette année-là, mais il n'a jamais été dit que les deux aient été ensemble à Port-Royal. Quoi qu'il en soit, Nicolas est en classe de terminale avec une première tentative infructueuse au bac A (littéraire). Bien que ne lisant pas beaucoup, il est possible qu'il ait choisi, comme beaucoup d'élèves encore aujourd'hui, une filière littéraire par dégoût des maths.

"Ses notes en maths et en anglais (qu'il n'arrive pas à écrire) sont insuffisantes."

Le Septennat


L'anglais, Nicolas n'y arrive toujours pas et nous n'avons pas besoin d'épiloguer à ce sujet.

"La première fois je l'ai passé par correspondance, la seconde à Port-Royal, la troisième fois je ne sais plus, bref je l'ai raté quatre fois ! J'ai fait une année de terminale, une année de capacité en droit, un an de lycée d'adulte, enfin je ne fichais rien pendant dix mois, et je bossais à fond les dernières semaines, ce qui n'est pas la meilleure technique."

Nicolas Sirchis, Indochine, Jean-Eric Perrin, 1986


"Je n'ai pas eu mon bac la première année, j'ai redoublé, l'ai passé en candidat libre et ne l'ai toujours pas eu, car je crois que je n'étais pas bien : j'étais très déprimé, je ne savais pas où j'allais, j'étais angoissé. Puis j'ai voulu faire du droit, j'ai donc passé une capacité en cours du soir, pendant deux ans."

Nicolas Sirchis in Indochine, Rafaëlle Hirsch-Doran, 2021


Comprenez-vous pourquoi il faut être prudent avec les vieux souvenirs ? La chronologie est compliquée à établir proprement, tant les sources et la mémoire des uns et des autres discordent. Rappelez-vous en tout cas que Nicolas a remaquillé par la suite son vieux projet de Port-Royal en "pour me payer une guitare" !

Voir : Nicolas et la guitare


Quant à Stéphane, il a aussi échoué au bac une première fois. On ne sait pas avec certitude où il a passé son année de terminale, mais plusieurs sources s'accordent sur beaucoup de temps passé dans des activités militantes, ainsi que la pratique de la musique avec son frère aîné.

1978 - 1979 : Les Espions existent avec Nicolas (19 ans) au chant et Stéphane à la guitare avec Alain Dachicourt. Le Septennat et Starmustang évoquent une orientation en droit pour Stéphane. Nicolas a formellement évoqué son inscription en capacité en droit (une filière professionnalisante et rapide pour des non-bacheliers, qui existe toujours). C'est sa deuxième tentative au bac (le diplôme de capacité en droit ?).

"A part mon frère ils étaient tous plus vieux que moi. Alors j'ai continué à zoner, en faisant une capacité en droit dans une fac, mais de très loin..."

Nicolas Sirchis, Indochine, Jean-Eric Perrin, 1986


"Après avoir raté son bac, Stéphane quitte Paris pour la Plagne tout en continuant à suivre des cours par correspondance. Il pense un temps s'orienter vers une carrière juridique, puis songe à s'occuper d'enfants : il entre en fac de psycho à Malakoff. Nicolas, quant à lui travaille trois mois à l'EDF pour se payer une nouvelle école privée, Port-Royal. À quatre reprises pourtant, il recevra une note stipulant qu'il est collé au bac."

Le Septennat


À l'hiver 1978, Stéphane est en saison à la Plagne et en fait plausiblement quatre. Ayant un très bon niveau, il passe le monitorat de ski mais le rate. Bien qu'il ait joué occasionnellement les aide-moniteurs et remplaçants, son boulot sur place, c'était perchiste (le gars qui vous donne la perche au tire-fesses).

Plagne-Centre en 1980 (source)

1979 - 1980 : Supposément une année au "lycée d'adulte" évoquée dans le livre Indochine, et une troisième tentative au bac, mais Nicolas (20 ans) est plus occupé par ses activités de manager des Espions et se montre assez oisif. Il n'existe pas d'autre précision sur ce fameux lycée d'adulte. Il est plausible que ce soit lors de la rentrée 1979-1980 que Stéphane entre en fac de psycho à Malakoff. Cela implique, en toute logique, que sa deuxième tentative au bac ait été la bonne. On ne sait pas exactement quels sont les "cours par correspondance" que mentionne le Septennat, mais Stéphane révélera plus tard avoir emmagasiné des connaissances :

"Je n'ai jamais essayé d'analyser psychologiquement, à la lumière de mes connaissances dans ce domaine, le comportement hystérique de certains de nos fans, surtout pendant les concerts."

Stéphane Sirchis, Indochine, 1986

 

"Il est parfois moniteur de ski mais doit renoncer, faute de temps pour valider un diplôme officiel."

(Page Wikipédia de Stéphane Sirchis)


Ce Stéphane franchement occupé, doublé aux exigences de Nicolas de faire son truc à lui, participe à expliquer les débuts d'Indochine en trio, avec la sortie d'un premier 45T en février 1982.

1980 - 1981 : S'il y a vraiment eu une quatrième tentative de Nicolas au bac, c'est cette année-là. Il a 21 ans. En candidat libre, sans être inscrit nulle part et donc voué à l'échec.

Rentrée 1981
: Il est question pour les jumeaux de partir au service militaire. Selon Le Septennat, Nicolas "se retrouve à Melun le 4 août 1981, dans le domaine de la communication en morse". On peut aisément imaginer le désastre concernant l'apprentissage d'un tel alphabet. La suite est connue : problème de santé pour Stéphane, overdose volontaire de Tranxen pour Nicolas.


29 septembre 1981
: Premier concert d'Indochine, les jumeaux ont 22 ans. Dimitri a 17 ans et s'apprête à passer son bac pour la première fois.

"Stéphane : Et Nicolas pouvait pas l'aider parce qu'il a raté lui quatre fois son bac...
Nicolas : À chaque fois il le place... Et à chaque fois il le placera, ceci dit ça m'a pas empêché d'avoir 16 en philo hein j'te signale...
- Ohohohohoh 16 en philo, eh j'veux voir la note hein, j'veux voir le papier !"

(MCM, 1996, voir ci-dessous)

 

Il est peu dire que Nicolas et Stéphane se sont battus et débattus avec le système éducatif, intransigeant à toute forme de déviance, volontaire ou non, d'un conformisme que l'on mesure difficilement de nos jours.

"Ce qui me fait chier c'est que les gens pensent que j'écris n'importe quoi... J'en ai marre. Alors qu'il y a un sens. Mais c'est vrai que c'est un sens un peu alambiqué, un peu ambigu. Puis quand j'étais à l'école c'était pareil. On comprend rien à votre rédaction, on comprend rien... à votre dissertation..."

Nicolas Sirchis, Black City Parade, le film, 2013

 

"Un jour, je serai quelqu'un de connu et je reviendrai cracher sur la gueule de tous ces profs !"

Nicolas Sirchis à propos de son adolescence dans Indochine, Jean-Eric Perrin, 1986


Ce jeune Nicolas revanchard, désireux de devenir quelqu'un, une star, correspond à la personne décrite par son grand frère ainsi qu'à la suite de l'histoire. L'on peut comprendre aisément que ce parcours scolaire chaotique, avec sa dose de traumatismes, et les relations houleuses avec le système scolaire, ont laissé une empreinte profonde sur Stéphane comme sur Nicolas. À noter et c'est loin d'être anodin : dans le livre de 1986, Stéphane ne parle quasiment pas de l'école alors que son frère s'y étale sur quatre pages.


Mai 2014
: Nicolas (54 ans) se justifie d'avoir manqué son bac à cause des maths. Si ce 16 en philo évoqué plus haut ne sort pas de l'imagination de Nicolas, il est plausible qu'il ait été obtenu à Port-Royal. Mais si toutes les informations sont à jour, il semble qu'une note si élevée dans une matière à si fort coefficient dans un cursus littéraire n'ait pas suffi à rattraper un 2 en maths. C'est dire si le bulletin devait être catastrophique dans toutes les autres matières.

Et vus tous les défauts du système éducatif, qui plus est à cette époque, ni Nicolas ni Stéphane ne peuvent en être blâmés. L'échec scolaire n'est aucunement à mettre en lien avec quelconque forme de déficience intellectuelle.


Voir aussi : Ceux qui n'aiment pas Indochine

1981 - Dizzidence Politik

Devant un Yann Barthès en mode découverte, Nicolas revient sur le premier titre d'Indochine :
"Dizzidence Politik c'est la première chanson que j'ai écrite. Au départ c'était un reggae. Et les membres du groupe m'ont fait comprendre que 'non on préférerait plutôt un truc un peu plus...' donc euh..."
Nicolas Sirchis, Quotidien, mai 2020
 
Petit voyage dans le temps.
"On s'appelait les Espions. Des copains de Stéphane tous à la Ligue Révolutionnaire. C'était le début du mouvement punk, et ils voulaient faire du rock dur et militant, à la Clash. C'est là qu'est né le premier 'Dizzidence Politik', j'avais écrit le texte, et c'était un reggae !"

Nicolas Sirchis, in Indochine, Jean-Eric Perrin, Calmann-Lévy, 1986
 
"Au mois d'août (1981, ndlr) la maquette de Françoise et Dizzidence était faite, Dominik avait fait toute la musique, Nicola avait mis sa voix, et moi j'avais glissé trois notes de saxe sur une version reggae de Dizzidence !" 
Dimitri Bodianski in Indochine, Jean-Eric Perrin, Calmann-Lévy, 1986

 

"Bah t'sais au départ cette chanson c'était un reggae au début hein, c'était complètement un truc euh... un... Beaucoup plus lent. Puis Dominique a dit 'attends moi j'ai un truc plus nerveux', il a joué ça et puis depuis ça nous a suivi quoi. Et c'est vrai que c'est un morceau qu'on joue tout le temps à la fin des concerts, parce que c'est... ah ça détonne, c'est pas mal."

Nicolas Sirchis, Pour un clip avec toi, 1991

"Le premier truc qu'on a réussi à mettre en place, to stick together comme disent les Anglo-Saxons... C'est le truc qui après s'est appelé Dizzidence Politik." 
Alain Dachicourt (guitariste des Espions), 2009
 
"Compilant un ensemble de phrases empruntées à l'antisoviétisme des années 1970, [Nicolas] fait ses premières armes sur 'Dizzidence Politik'. Alain trouve un thème à la guitare, et les trois s'entraînent ainsi pendant des heures à expérimenter ce concept revendicateur, soutenu par un rock très basique." 
Christophe Sirchis, Starmustang, 2009
 
"Pour moi, c'était une sorte de morceau à la Clash, un truc un peu revendicatif à la London Calling." 
Nicolas Sirchis in Kissing my songs, Agnès Michaux, Flammarion, 2011

"Dizzidence Politik" fut composé du temps des Espions, probablement un sorte de punky-reggae façon Clash. Dominique, apparemment peu emballé par la direction musicale du groupe, aurait proposé une version alternative. Le titre que nous connaissons aujourd'hui semble assez directement inspiré de "Sunday Papers" de Joe Jackson, pendant lequel Dominique avait l'habitude, en concert, de placer le riff de "Runaway Boys" des Stray Cats.

Il existe une version live impressionnante de "Dizzidence Politik", jouée en direct sur France 3, avec un Laurent Voulzy qui en avait parfaitement saisi l'esprit, en ajoutant une guitare très Police à ce mélange de reggae, de rockabilly et de rythm&blues.


Quant aux paroles, sans se prétendre être "Le Bilan" de Jean Ferrat (une critique du stalinisme depuis la gauche) ou "Vladimir Ilitch" de Michel Sardou (idem depuis la droite), la seule explication de texte que nous avons trouvée reste au niveau de l'énonciation accompagnant la danse :
"On était un groupe de pop ; ma définition est : 'du rock qui fait danser les gens'. Avec le titre 'Dizzidence politik', ils dansaient sur un texte qui parlait de stalinisme, de politique et d'hôpital psychiatrique."
Nicolas Sirchis, Tribu Move n°21, janvier 2001

Comme nous l'avions déjà souligné précédemment, employer des mots d'un certain champ lexical ne signifie pas que l'on a écrit sur le sujet en question, dès lors quel serait le propos ? Il est intéressant de remarquer que Nicolas, selon la situation, admet écrire des textes qui ne racontent rien en particulier, ou au contraire défend l'utilisation de certains mots comme autant de thèmes abordés. Le texte de "Dizzidence Politik" ne parle de rien en particulier au delà de la sonorité des mots, et cela ne l'empêche pas d'être un excellent morceau. Mais il faudra tout de même rappeler à Nicolas que la revendication n'est pas une attitude ou un choix thématique : si "Dizzidence" est un truc un peu revendicatif, alors que revendique t-il ?

Même seul élément restant du groupe original, il serait appréciable de ne pas l'entendre revendiquer une musique qui n'est pas la sienne. Dominique Nicolas silencieux, Alain Dachicourt et Stéphane Sirchis disparus, il utilise volontairement le terme flou écrite pour s'arroger la paternité du morceau, et invente une situation où les musiciens auraient exigé de sa part une autre direction musicale. Un comportement qui, à la lecture de Starmustang, n'est pas sans antécédents.

Pourquoi cette invention sur le plateau de Quotidien, rois du fact-checking qui n'estiment visiblement pas nécessaire de faire ce travail quand il ne s'agit que de musique et non de politique ?

Pourtant, tout est politik !
 

 
 
Annexes :
 
 
De nos jours, Indochine Mk2 n'est capable de nous proposer que des versions acoustiques, réduites et feignantes de "Dizzidence Politik". Imaginez s'ils étaient intelligents, et nous proposaient une version électrique et énervée, avec ces sons de synthétiseur délirants. Un peu comme en 91 :

Depeche Mode

Cet article fait suite au post de Thibault en 2007 sur le site frenchviolation.com, qui reprenait les emprunts faits par Indochine à Depeche Mode.

Cette photo de Depeche Mode version 1981 est assez éloquente quant à la fameuse mèche de cheveux en travers du front, sachant que c'est à cette époque qu'Indochine a fait leur première partie. Si les influences quant à cette coupe de cheveux sont probablement diverses (Higelin), le parallèle semble assez évident.


"Et cette coiffure, elle sort d'où ? - Rue du Cloître, près de Notre-Dame, il y avait un coiffeur qui était là depuis 1938, le genre avec une carafe d'eau pour mouiller les cheveux. Il nous coiffait comme on voulait, la coupe new wave, très court sur les côtés, avec la mèche dans les yeux. J'ai dû pomper ça sur un groupe de l'époque, Gary Numan ou quelque chose comme ça. J'ai été un des premiers en France à être coiffé comme ça, avec le mec de Kas Produkt."
Nicolas Sirchis, hors-série Rolling Stone, juin 2010


Donc il les coiffait tous comme ça, mais Nicolas en revendique l'origine. Soit. Au passage, feu le mec de Kas Product a un nom, Daniel Favre, plus connu sous le nom de Spatsz. Fred Chichin des Rita Mitsouko l'arbora également... Gary Numan lui, n'arbora une mèche sur le front qu'à partir des années 2000.

Si c'est au milieu des années 80 qu'Indochine a été comparé à The Cure, leur univers scénique semble plus marqué par Depeche Mode.




Peu à peu l'influence se dispersa, Nicolas souhaitant davantage référencer le rock alternatif que la musique électronique, dans un souci de supprimer leur image new wave. En 1992, plusieurs voix s'accordèrent pour dire que l'idée d'un album de reprises était piquée à Martin Gore, provoquant la colère de ce dernier.

Voir : 1992 - Dans la lune


Nicolas semblait également apprécier la célèbre gestuelle de Dave Gahan avec le pied de micro, comme ici ou encore .


Au milieu des années 90, l'influence revint plus ouvertement dans son discours, avec l'arrivée des thèmes du sexe et de la religion, chers à Martin Gore. En 1999, Gareth Jones, connu pour son travail avec Depeche Mode (entre autres...), est choisi pour mixer Dancetaria, puis Paradize en 2002. 
"Dancetaria devient l'album noir du groupe, le Black Celebration d'Indochine."
Nicolas Sirchis in Indochine, le livre, Jean-Éric Perrin, 2010


Nicolas semblait très enclin à référencer Depeche Mode, et se demandait probablement comment conserver cette crédibilité rock sans concession, avec une image dite new wave et synthétique si marquée. Le groupe a dû prendre beaucoup de place dans ses discussions avec Olivier Gérard à l'époque de Paradize, et nous sommes prêts à parier qu'il regardait le One Night in Paris (2001) de Depeche Mode, puisque de nombreux éléments en furent empruntés pour le Paradize Tour et la suite. 

Voir : Paradize

A propos du titre "Paradize" :
"Au départ, j'avais baptisé ce titre 'Exciter', en référence à Depeche Mode. Leur album venait juste de sortir et Gareth Jones, qui avait bossé dessus, m'en avait envoyé un exemplaire. Une des séquences du morceau sonnait en fait très Depeche Mode... L'autre titre potentiel, c'était 'Extasy', mais j'ai trouvé qu'il y avait un truc qui n'allait pas, et c'est finalement devenu 'Paradize'."
Nicolas Sirchis in Insolence Rock, Sébastien Michaud, 2004


  • Une séance photo de 2001 très référencée, à faire hurler les fans du groupe anglais.
  • Un logo corbijnien, à base de symboles religieux et de peinture.



La croix qui se peint au fond de la scène, on ne peut plus depechemodien


  • Une référence très directe à la pochette de Violator pour "Le Grand Secret".



Sur la même vidéo, vous avez l'original du clip de Crash Me projeté en fond de scène durant le Alice & June Tour en 2006. 

C'est aussi à l'époque de Paradize que Nicolas commence à développer sa musculature et montrer son corps.


  • Et donc une attitude christique qui n'avait jamais existé chez Indochine.



  • Un gimmick de bras en l'air avec le public en fin de concert, qui n'existait pas non plus.



  • Et donc une attitude gahanienne qui s'installe durablement.


En 2010, le comble : Indochine Mk2 reprend Personal Jesus chez Nagui, avec pour référence la reprise de Johnny Cash. Sans en effleurer la classe, cela va sans dire. Le résultat est pataud, nigaud et irritant, alors que Cash avait formulé une vraie proposition originale, en accord avec son histoire et sa musique. Nous entendrons également une version pénible, lors d'une soirée au Bataclan au profit d'Haïti.

En 2013, lors de la tournée de l'album Black City Parade, peut-être l'album alors le plus depechemodien d'Indochine Mk2, le dispositif scénique était assez directement inspiré de celui du Touring the Angel (2005-2006) de Depeche Mode.


Mais aussi un peu du 360° Tour de U2.

Nicolas s'était déjà inspiré du clip de Dream On pour celui de Memoria et des effets visuels live, même si c'est plutôt Drive qu'il a assumé.





C'est au cours de la même tournée qu'Olivier Gérard, fan de longue date de Depeche Mode, se paye une White Falcon de Gretsch, rappelant encore davantage Martin Gore dont ces guitares font partie de l'image scénique. Changer de guitare n'ayant aucun intérêt pour Indochine Mk2, il s'agit ici d'un caprice de fan.


Nicolas lui-même, avec ses cheveux blond platine et sa Gretsch à lui, ne peut pas ne pas être conscient que son apparence rappelle plus que jamais Martin Gore.

Voir : Nicolas et la guitare

Nicolas sur le 13 Tour

Mais les musiciens de Depeche Mode n'ont jamais eu besoin de "moderniser" ou "faire coller à l'époque" leurs morceaux plus anciens, et ont toujours joué les tubes eighties avec les choix sonores d'origine, sans perdre une once de crédibilité et surtout d'intégrité.

Depeche Mode fut et reste un des groupes les plus marquants et influents pour toute la pop et le rock des années 80, 90 et 2000. Mais comme à son habitude, Nicolas en a surtout pris des éléments visuels et scéniques. Avec une telle superficialité, Indochine Mk2 ne peut toujours pas en dire autant sur la place qu'ils occupent dans le paysage musical.


Voir aussi sur le blog :

1992 - Dans la lune

The Cure

Placebo


Lire aussi :

Le Parisien : Depeche Mode en concert au Stade de France, une leçon de charisme pur

Frenchviolation : Depeche Mode versus Indochine

Bonus :

"Depeche Mode, qu'ils se dépêchent ils ne sont plus à la mode."


Nicolas a plusieurs fois pourfendu cette invective d'un critique du début des années 80, souvent pour faire le lien avec les critiques qui ne croyaient pas en Indochine, que ce soit à la même époque ou au cours des années 90.

Comme ici par exemple où il sous-entend qu'il s'agit de Philippe Manœuvre.

Ce dont il ne semble pas se souvenir, c'est que cette diatribe est le fait de Jean-Eric Perrin, auteur de deux livres officiels sur Indochine en 1985 et en 2011. Il s'excuse pourtant dans la préface de se dernier pour avoir écrit l'imbécilité suivante :

"Halte à l'escroquerie. Quel intérêt peut susciter le spectacle affligeant de quatre pantins british bon chic bon genre coincés dans leurs costumes de premiers communiants, s'agitant mollement devant des petits synthés tandis qu'un Revox balance l'essentiel de leur soupe électronique ? Nul et non-avenu. Une fois n'est pas coutume, parlons plutôt de la première partie, qui fut sans doute le seul moment intéressant de cette soirée. Indochine est un gang de quatre gamins insolents, mignons et dynamiques, qui mêlent la rigidité technopop d'une boîte à rythmes à une twanging guitar à la Shadows. Ils sont francs, drôles, ils ont des idées et les appliquent. Bien sûr, c'est encore un peu hésitant, le côté adolescent charmeur peut séduire autant qu'il peut laisser sur sa faim, mais au moins la seule chose qu'ils prennent au sérieux, c'est leur bonne humeur. Quant à Depeche Mode, ils ne se sont pas assez dépêchés puisqu'ils ne sont déjà plus à la mode. Heureusement. - J.-E.P."

"Halte à l'escroquerie", nous n'aurions pas mieux dit, car Jean-Eric Perrin est aussi un excellent relayeur des réécritures nicoliennes de l'histoire du groupe, pour ne pas dire qu'il est à ce jour le porte-parole officiel de Nicolas Sirchis. Ce qui en dit long sur l'état de la critique musicale en France. 

Voyez plutôt :


Pendant que Perrin s'agitait dans les jupons de Nicolas, Depeche Mode a de son côté construit une discographie d'un niveau rarement égalé de maîtrise et d'exigence.


Annexes :

"On a envie de nouvelles choses, de nouvelles histoires. On pourrait se contenter de faire des concerts comme beaucoup de groupes des années 1980. Quand les fans viennent voir Depeche Mode, Cure, ils se foutent des nouveaux morceaux. Nous, c'est le contraire. On est le seul groupe de cette époque qui régénère son public."

Nicolas Sirchis, Le Parisien, septembre 2017