Affichage des articles dont le libellé est marilyn manson. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est marilyn manson. Afficher tous les articles

2006 - Un flirt sans fin


Note de la rédaction : nous avons discuté de la nécessité d'étudier cet objet, et n'étions d'ailleurs pas d'accord entre nous. Malgré l'impossibilité d'éviter les répétitions pour notre lectorat régulier et une fatigue que nous vous confessons bien volontiers, il nous semblait nécessaire de revenir sur ce docu, qui est à ce jour le dernier (et seul) documentaire officiel sur Indochine, vendu en 2006 sur Hanoï et toujours présent sur la chaîne YouTube officielle. Reste que si vous nous lisez assidûment, ça va faire de la redite, soyez prévenu(e)s. 

***

Il faut seulement vingt secondes au documentaire pour aborder la question du look. Nous débutons avec un court extrait chez Drucker au début des années 80, où l'on souligne à quel point Indochine était soi-disant pas comme tout le monde, et que leur look étonnait (à défaut de choquer) le bourgeois. Laisser la question de Drucker et couper la réponse de Nicolas laisse imaginer la vacuité de cette dernière.


Les justifications quant à elles, commencent dès quarante secondes avec la première intervention d'Olivier : nous nous situons déjà dans une grande tradition de Français qui se sentent originaux en écoutant du rock, et
se pensent au dessus des habitudes culturelles de leur pays. Autrement dit, nous sommes les deux pieds dans un complexe d'infériorité typiquement français face à la culture anglo-saxonne. Et inévitablement, transparaissent les traditionnels inconforts et agacements face aux concepts de variété française et de culture rock.

"Pour ceux qui sont en France, et qui écoutaient plutôt, je sais pas, Stone et Charden ou des choses comme ça, effectivement ils ont dû se dire mais qu'est-ce que c'est que ces guignols qui se prennent pour les groupes anglais qui polluent nos radios."

Olivier Gérard


L'exemple de Stone & Charden est donné totalement au hasard. Ces derniers n'étaient absolument pas à la mode dans les années 80, et s'il y a eu des gens pour qualifier les quatre garçons de "guignols qui se prennent pour les groupes anglais qui polluent nos radios", cela est bien loin de ne concerner qu'Indochine. Et pourquoi mettre l'accent sur ce fossé, alors que le décollage de la fusée Indochine avait été si réussi ?

Indochine au Palace, 1982

Ce dont ils parlent ici, tels des adolescents fâchés avec leurs parents, c'est d'un simple choc générationnel et il n'y a rien de plus banal voire constitutif dans l'histoire médiatique du rock... Sauf que pour le public visé par Un flirt sans fin, l'illusion créée est celle d'une bande de gars qui invente l'eau chaude. Surtout raconté par des intervenants plus âgés parlant au passé. Ainsi, tout est conté, avec autorité. Sans prendre de gants, il s'agit dès les premières minutes de créer un pays imaginaire où la mystique indochinoise pourrait germer, puis proliférer.

"C'est vrai que le mélange des genres, c'était très important. Parce que Nicola Sirkis et ses copains, ils avaient pas du tout honte de venir ou chez Guy Lux, ou chez Drucker, hein. Parce que c'était ça aussi leur public."

Michel Drucker, Il était une fois Champs-Elysées de 1986 à 1990, 2022


En 2006, les années 80 étaient déjà lointaines.

 "La musique française dans les années 80 y'avait quand-même pas grand chose. Donc là y'avait un truc différent, un son différent, une image différente, une voix différente aussi faut le dire."

Benjamin Locoge (né en 1979)

Indochine Mk1 était effectivement un groupe très original, mais il serait temps d'arrêter avec ce mythe d'un groupe venu de rien, influencé par rien. Une connaissance plus poussée de la musique du début des années 80 montre qu'Indochine pouvait être rapproché de nombreux autres groupes et artistes. Ce qui est tout sauf anormal, et cela porte un nom : l'air du temps
 
Taxi Girl, Jardin Chinois, 1980


Edith Nylon, Quatre essais philosophiques, 1980

En revanche pour la voix, tu m'étonnes. Personne ne chantait aussi mal et avec autant d'aplomb !


Qu'on se le dise : que ce soit musique, fringues ou pochettes, et à l'image d'un Nicolas cherchant à faire son trou chez les jeunes gens modernes, Indochine était totalement dans son époque, ce qui constitue déjà un accomplissement. N'est-ce pas suffisant, pour ce Nicolas prêt à tout pour être reconnu, pour être le premier

"La fin de la vague pirate avec les Adam and the Ants et tous ces trucs-là. Et nous on avait été marqués par les Comateens qui étaient très maquillés."

Nicolas Sirchis


Eh oui, Indochine était - non pas exactement en pirate mais avec des vêtements amples et des foulards au Rose, et non pas "maquillés" ! L'influence visuelle des Comateens est arrivée certes rapidement mais plus tard. Et nous savons que les choix vestimentaires ont été extrêmement discutés et justifiés par Nicolas, dans tous les sens possibles. Alors que comme il le dit lui-même très bien : y'avait pas de quoi en faire un plat, surtout après une longue décennie marquée du sceau du glam.

Adam & The Ants (1981)
 
Sur le nom du groupe, Nicolas commence très sincèrement : Japan, les affiches maoïstes... Et se reprend, comme se souvenant d'un coup qu'il fallait rajouter l'immanquable mensonge durassien. Pas la peine d'épiloguer, c'est un des posts les plus lus du blog.
 
"En fait, ce nom d'Indochine était aussi empreint d'une appartenance à un courant international, un peu comme Human League et surtout Culture Club. Pour Boy George, un tel nom de groupe voulait signifier qu'il prenait en compte toutes les cultures du monde et que leur musique en était la résultante."

Nicolas Sirchis in Le Septennat, Marc Thirion, Carrère, 1988
(livre officiel)

 

3:06 : "On entendait vraiment les références. Bah, la musique new wave de l’époque, aux Cure, à Joy Division. On sentait vraiment l'école anglaise et ça c'était vraiment neuf."

Stéphane Hervé

Pour les rares qui ont fait le lien entre Three Imaginary Boys et L'Aventurier, peut-être... Sinon, cette recontextualisation et recrédibilisation par des références institutionnelles qui ne concernaient pas Dominique date de la fin des années 90, où Nicolas réactualisait son image avec l'aide de gens qui entretenaient plus d'accointances avec la mode gothique d'alors, qu'avec les influences de Dominique, beaucoup plus variées, internationales et surtout moins lookées.
De plus, faisons ensemble un effort : n'y avait-il vraiment aucun autre groupe ou chanteur français au début des années 80, rendant compte d'une culture britannique ? Il est certes courant chez les fans de dire qu'il n'y a qu'Indochine lorsqu'on ne connaît qu'Indochine (dont le leader cultive cette exclusivité), mais soyons sérieux un moment.

Rudy Léonet donne justement des exemples quelques secondes plus tard, réfutant ainsi ce qui venait d'être dit : Taxi Girl, Jacno, auxquels on peut aussi ajouter Marquis de Sade, Niagara et bien sûr Étienne Daho (dont vous n'entendrez jamais le nom à côté de celui d'Indochine, allez savoir pourquoi).

Voir :
Étienne Daho

"Y'avait rien ! Y'avait que la variété, ou effectivement le rock qui était vraiment, vraiment underground."

Didier Wampas


Underground
comme par exemple la liste longue comme le bras de groupes que Dominique était allé voir au Gibus, un club extrêmement populaire de la capitale. Didier Wampas est souvent pertinent dans ses analyses, mais ici il s'emballe un peu.
Il touche en revanche quelque chose de plus juste sur le rock "sérieux, en France on est assez sérieux. Y'a ou les groupes sérieux, ou la chanson, ou la variété..."

Peut-être ne se rappelait-il pas la virulence de la critique rock britannique et américaine, et dont l'exigence et niveau intellectuel dépassent très largement tout ce que l'on connaît dans la francophonie. Mais oui, c'est vrai qu'en France on aime bien ne pas se prendre pour de la merde : ce Nicolas qui s'est, à toutes les époques, pris extrêmement au sérieux en est un très bon exemple. Sur les groupes sérieux, immanquablement il pense aux formations de Philippe Pascal, Theo Hakola, Rodolphe Burger ou Bertrand Cantat, aujourd'hui encore souvent considérés comme les groupes intelligents des années 80.

Voir : La menace du rock alternatif

À défaut de mener un groupe intelligent, Nicolas n'a jamais cessé de vouloir prouver à son monde qu'il était intelligent. Et Un flirt sans fin sert à ça, malheureusement non pas en disant des choses intelligentes, mais en proposant une croisade, une revanche triomphante. Cette manière de parler d'un paysage culturel hostile se retrouve à à peu près toutes les époques où Indochine (Mk1 et 2 confondus) a proliféré.

"C'est vrai qu'on a une tradition de chanson en France, où on parle de choses beaucoup plus intimes, où on exprime tout son réel mal-être, je me suis fait quitter hier, ça va pas du tout je sais pas comment je vais m'en sortir... Nicolas il est pas là-dedans, depuis toujours."

Benjamin Locoge


Benjamin Locoge n'est pas encombré par le processus de pensée. Plutôt que de perdre du temps à commenter ses crétineries, soulignons plutôt que la récente levée de bouclier face au livre (certes dispensable mais pas plus mauvais que les autres) de Frédérick Rapilly, au motif qu'il était journaliste pour Télé 7 jours, a de quoi interpeller. Le très régulier Locoge est bien plus habitué des papiers people pour Paris Match que de quelconque critique culturelle sérieuse. Mais lui est un ami personnel de Nicolas, vous comprenez. Ses âneries ont officiellement droit de cité et comme souvent dans les documentaires où il apparaît, il ne va pas s'en priver.
"La première fois que j'ai entendu les maquettes de Dominique j'étais sur le cul. J'étais sur le cul parce que y'avait tout."

Dimitri Bodiansky

Nous avons nos biais de sympathie, et avons conscience que cela pourrait nous être reproché. Mais Dimitri pourrait rappeler à Nicolas que la musique d'Indochine n'est pas arrivée par magie, mais parce que Dominique Nicolas travaillait sans relâche, souvent tout seul, avec clairement un talent impossible.

"Alors qu'on connaissait déjà des gens comme Taxi Girl, ou euh... ou Jacno qui étaient électro pure, ou alors des groupes qui étaient guitare pure, mais le mélange des deux était vraiment intéressant."

Rudy Léonet


Nous aimons bien Rudy Léonet (longtemps un des meilleurs amis de Nicolas, qui a coupé les ponts depuis !). Mais sortir des trucs pareils devient difficilement pardonnable passé un certain âge, surtout lorsqu'on est journaliste rock. Il n'est ni suffisant ni pertinent d'opposer Indochine à Téléphone, ce que Zégut appelle du rock'n'roll quoi. Ni Taxi Girl ni Jacno ne proposaient de musique "électro pure". Nous n'allons pas vous refaire le long Révisionnisme et malentendus, mais ce mythe d'un Indochine qui aurait été seul à avoir le génie de mélanger synthés et guitare est totalement hallucinatoire. Et pour rappel, Métal Urbain, que Nicolas a fréquenté, avait déjà mélangé synthé proto-indus et guitares punk dès 1977. Ils furent également le tout premier groupe à signer chez les anglais de Rough Trade, et le seul groupe français cité par Simon Reynolds dans son anthologie du post-punk.


Plutôt que de rendre compte d'un paysage musical, certes bouillant et complexe mais explicable (et si cela prend du temps, les années 80 s'excusent), les intervenants préfèrent utiliser des formules simplistes, souvent subjectives voire totalement fantasmées, comme un dossier de presse. Et bien qu'il ne s'agisse que de musique, nous avons du mal à tolérer que des adultes mettent des bêtises dans la tête d'adolescents.

"C'était d'la new wave quoi."

Christelle Delamare

Vous connaissiez le "rock quoi" de Thomas VDB et la régulière "pop quoi" ? Ici donc la "new wave quoi" de la part d'une fan imbuvable et immanquable à l'époque. Enfin, "ex-fan hardcore" ce qu'elle exigea, puisqu'elle mettait à l'époque un point d'honneur à se distinguer des autres fans arrivés avec le succès d'Mk2, pour qui elle éprouvait un très grand mépris. Et vous savez que les hardcore ont beaucoup de mal à assumer ce passé une fois sortis du giron indochinois.


Bref, nous savons et regrettons qu'ici encore il faille entendre le mot new wave comme une musique synthétique, à clips et à vêtements, et dont les posters choquent vos parents.

"Sans grands discours, c'était une musique d'une approche facile, mais en même temps sophistiquée."

Rudy Léonet


Ici Rudy Léonet est totalement dans le juste, cela définit bien ce qu'est la pop et il est important de rappeler à quel point la musique de Dominique est sophistiquée. Mais au passé, "qui ne se revendiquait pas d'une crédibilité rock..." comme s'il avait saisi qu'avec le temps c'est ce que Nicolas s'était mis à faire. Sans parler des grands discours, qui aujourd'hui remplissent des livres entiers.

Voir : Indochine par Nicola Sirkis & Rafaëlle Hirsch-Doran, Les livres sur Indochine


Et Nicolas, chroniqueur et seul critique légitime de sa propre œuvre, nous dit ce qu'il faut penser, et décrit ses textes comme suit :

"Ma référence c'était beaucoup plus cinématographique, c'est vrai que les textes d'Indo étaient beaucoup plus symboliques. Beaucoup plus euh... On a l'impression de voir des petites nouvelles, des petits films quoi effectivement, des petites histoires."

Nicolas Sirchis


À qui pensait-il se comparer ? Nicolas appuie beaucoup sur le fait qu'il ne voulait pas parler du métro. Téléphone n'est certes pas un groupe parfait, mais à la fin ils n'ont pas chanté que "Métro c'est trop" ! De plus qu'en pensent les connaisseurs des textes de Daniel Darc, Hubert-Félix Thiéfaine, Jacques Higelin, Étienne Daho ou encore Bertrand Cantat ?


Francis Zégut, lui, est intéressant car il s'agit de quelqu'un qui détestait Indochine, et s'est branché sur eux à Paradize. Les auditeurs d'RTL2 en 2002 l'ont entendu dire : "Oubliez tout ce que j'ai dit sur Indochine !" après avoir entendu l'album. Il était devenu à l'époque un grand soutien, et il n'est pas exagéré de parler d'une prise de guerre vue sa crédibilité.

Nicolas et Francis Zégut, RTL2, mars 2009


C'est d'ailleurs lui qui nous offre ces cinq secondes de lucidité :

"C'est une conjonction de plein de choses je crois, euh... La mode, tout simplement.

Francis Zégut à propos de la perte de succès au début des années 90.


Merci, Tonton.

Indochine a été un groupe à la mode, et qui comme toutes les modes, ne l'a plus été. Point. Nicolas Sirchis est le seul à en faire une telle jaunisse, et à continuer de raconter, plus de vingt ans après la fin des années 90, qu'il a subi une persécution.


Depuis, Francis a coupé les ponts avec Nicolas qui lui avait reproché d'avoir posté une photo dans l'enceinte du Stade de France le jour du concert de 2010. Il lui avait ensuite refusé une entrée backstage car ce Zégut devenait décidément gênant à divulguer tant d'informations. Clap de fin donc, pour celui qui avait reçu une ovation à l'Olympia en 2009, pour avoir si souvent reçu Nicolas et pour en avoir dit tant de bien à l'antenne, ce qui changea donc assez rapidement.

"Comment réussir un concert ? Chanter sur tous les morceaux, ne pas oublier des couplets entiers, mettre en valeur tous les musiciens, composer une bonne setlist, ne pas communiquer qu'un concert est plein quand ce n'est pas le cas, car un visuel aussi beau soit il ne remplace pas l'essentiel, et en ce qui nous concerne c'est la musique !

Je n'aime pas l'ingratitude, ni le fait de revendiquer une unité alors qu'il n’existe que le fait du prince. Je n'aime pas non plus les exploiteurs/manipulateurs qui ont laissé tant de monde sur la route, et pour finir je n'aime pas les opportunistes autocentrés sur leur égos boursouflés. Je n'ai de respect que pour les musiciens et les chanteurs. 
Je ne suis qu'un exemple parmi tant d'autres, la foudre ayant touché les plus fidèles 'serviteurs'. Et puis que les choses soient claires, je respecte les musiciens de cette 'entreprise musicale' et je les plains."

Francis Zégut, ByZegut, 2014

Mieux vaut tard que jamais. Aujourd'hui, il considère la chose actuelle comme le groupe d'Oli de Sat et le dit même à l'antenne.

Voir : Pourquoi Indochine Mk2 ?

Sur la tentative d'explication de ce qu'est "l'Aventurier", version 2006 :

"C'était vraiment quelque chose de totalement second degré."

Nicolas Sirchis


Nicolas tente autant d'en convaincre le spectateur, que lui-même, qui se sait, et que les proches savent, incapable de second degré et d'autodérision. Cet excellent morceau, paroles comprises, était totalement premier degré. Nicolas avait expliqué maintes fois à l'époque son origine, et les collages avec les titres d'Henri Vernes. Trop occupé à vouloir montrer qu'il était intelligent, Nicolas dut aussi préciser qu'il avait pris les titres des romans et non des BD, et prétendit même plus tard n'avoir jamais été super BD. Il n'y a pourtant aucune honte à avoir aimé dans le même temps les bandes dessinées, les histoires d'aventures et les films avec Indy.

"Les sons exotiques peuvent s'intégrer au rock. À l'Olympia, on accentuera plus sur le côté aventure, nous sommes une réaction contre les groupes politiques, ce qu'on veut c'est privilégier à nouveau le mythe du héros ; la BD, les voyages nous intéressent. Si l'album L'Aventurier était assez BD, le prochain sera plutôt cinéma, ambiance Pépé le Moko, un peu. Il y a des textes sur le désert, des climats différents à chaque chanson."

Nicolas Sirchis, "Fièvre Jaune", Best, 1983

 
C'est difficile à imaginer aujourd'hui, mais dans les années 80 Nicolas était un gars très "world"...

"Les aventuriers de l'arche perdue" de Steven Spielberg (1981)
Oui, je l'ai vu. C'est un peu pour ça que j'ai fait "L'Aventurier"... J'adore Harrison Ford, dans le film il s'en sort toujours de justesse... Il y a une scène que j'aime bien, lorsque un immense Arabe fait virevolter son sabre pour l'impressionner : Indiana Jones prend son flingue et boum ! C'est très drôle. C'est un film très divertissant."

Nicolas Sirchis, les toiles de Nicola d'Indochine, 1991

Voir : Marguerite Duras et la bande dessinée

"Bowie et Patti Smith en permanence dans ma tête", oui bien sûr, lui qui n'en parlait quasiment jamais. Alors que la vraie origine de cette chanson sur les vêtements et les cheveux, c'est l'observation du look des jeunes. Notre lectorat a parfaitement compris ce qu'était "Troisième Sexe" et nous n'épiloguerons pas non plus là-dessus.

Voir : Troisième Sexe


Une fois les années 80 passées au crible de l'analyse de nos spécialistes, arrivent les années 90.

"Ce qui marchait en France c'était les chanteuses à voix, on n'attendait rien du rock français."

Benjamin Locoge


Mais oui Benjamin : Noir Désir au firmament avec Tostaky (1992), le plus gros album des Innocents (Fous à lier, 1992), le succès de Jean-Louis Aubert (H, 1993), le carton du Suisse Stephan Eicher avec Engelberg (1991) puis Carcassonne (1993), Mobilis in Mobile de L'Affaire Louis Trio (1993) et même un revival Téléphone avec la sortie de leur best-of Rappels en 1991... Peut-être ces chanteuses à voix (Patricia Kaas, puis Céline Dion, Lara Fabian ...?) étaient importantes pour le public variété qui écoutait volontiers les tubes d'Mk1, mais les auditeurs de rock francophone avaient très largement de quoi faire.

Mais non. Selon ce documentaire la justice aurait dû être une reconnaissance ininterrompue sur quarante ans, plutôt que l'intolérable présence d'autres artistes.

La question peut paraître bête mais se pose visiblement clairement : les autres ont-ils le droit d'exister ? Le monde n'est-il juste que lorsqu'il déroule le tapis rouge à Nicolas ? Avez-vous déjà entendus d'autres artistes entourés d'une assemblée, faire une telle jaunisse de ce qui marche autour d'eux ?

Indochine, 1993

Comme nous l'avons longuement étudié dans les articles dédiés, la période allant de Wax et Dancetaria montre une certaine hésitation dans l'hagiographie : faut-il considérer l'équipe comme un groupe indépendant, discret mais avec une solide base de fans ? Ou un groupe qui avait tout pour faire un carton national, et à qui l'on aurait chié dans les bottes parce qu'il n'y en avait que pour les boys band ? Visiblement, un peu des deux. Et aujourd'hui encore : Nicolas veut-il être une figure alternative ou la plus grosse star française ?

"Pour un artiste, le fait de pas être attendu, c'est le meilleur moyen d'arriver à être vraiment créatif."

Hervé Lauzanne

C'est une façon de voir les choses, mais Lauzanne est en train de nous expliquer que Wax serait le Achtung Baby d'Indochine. Indochine n'était donc pas vraiment créatif en plein succès ? De plus, les exemples abondent pour contredire cette formule. Il n'existe aucun règle ou loi observable expliquant les conditions optimales d'une meilleure production ou originalité artistique. Si ce n'est la pratique et une aptitude collective à faire les bons choix. Et sans aucun doute, les années 90 sont une période où Nicolas a beaucoup travaillé.

"En pleine vague Placebo on m'a offert le disque, j'ai dit 'oh nan pas ça !' Et en fait en l'écoutant, oh bah c'est pas si mal. Un titre, deux titres, tout l'album, oh il se passe des trucs..."

Benjamin Locoge

Passée l'analyse redoutable de Locoge, notons une dissonance : nous sommes censés être à l'époque de Wax et la vague Placebo c'est 99-2001. Benjamin parle ici de l'époque de Dancetaria (où il avait vingt ans) et le montage fait croire qu'il parle de Wax ! Il n'est bien sûr pas impossible que le réalisateur se soit mélangé les pinceaux, mais que cela ait passé l'épreuve du final cut reste assez étonnant. Pour autant le documentaire continue, et toutes les difficultés d'Indochine (ou de Nicolas) doivent pouvoir trouver une explication. Plus les obstacles sont saillants, plus les justifications le sont également.

Puis le caviar arrive : la naissance d'Mk2.


Vous n'avez pas entendu le nom de Jean-Pierre Pilot ? C'est normal, Nicolas n'a pas attendu la cancel culture pour le supprimer de l'histoire, lui qui était pourtant aussi omniprésent et important que l'est devenu plus tard Olivier Gérard.

"Il termine l'enregistrement de Dancetaria avec l'aide d'un nouveau venu Oli de Sat"

Benjamin Locoge


Nous avons beaucoup parlé sur le blog d'un Jean-Pierre Pilot totalement effacé de l'histoire du groupe, alors que Nicolas lui doit la survie d'Indochine. Dancetaria, avec Nuits Intimes, constitue à n'en pas douter sa réalisation la plus aboutie. C'est pourtant "Le Manoir" qu'on entend en fond, l'un des morceaux emblématiques du premier album d'Indochine Mk2, mais gageons que le réalisateur ne savait pas ce qu'il faisait.

À écouter les imbécilités de Locoge, et à supposer que l'on sache encore qui est Jean-Pierre Pilot, on croirait ici que ce dernier est parti pendant l'enregistrement, et qu'Oli serait venu du ciel pour parachever son œuvre et envoyer Indochine sur orbite. C'est bien ce que Nicolas aimerait qu'on croie, mais la réalité est différente : Jean-Pierre Pilot, sans qui Indochine n'existerait plus, épuisé par un Nicolas invivable, ne quitta le navire qu'en 2001 après avoir orchestré un Nuits Intimes phénoménal.

V
oir : 1996 - Wax, 1999 - Dancetaria, Holy Grail #5

"Les gens quand ils l'ont entendu à la radio savaient pas que c'était Indochine. Et finalement ils se sont dit 'ah bah y chante bien... ah bah y fait autre chose que Troisième Sexe ou L'Aventurier...' Ça a donné une autre image de lui... Et du groupe."

Christelle Delamare


Les analyses personnelles continuent, sur ce que se diraient "les gens" écoutant la radio dans leurs chaumières. Une ex-fan parle, un sociologue meurt. Ce n'est évidemment pas quantifiable, mais il y en a aussi qui ont trouvé ridicule ce revirement gothique et jeuniste.

 "Il était temps quoi ! Sur scène ils sont énormes, et s'il y a une victoire qu'ils méritaient c'était bien celle-là."

Christelle Delamare


Comme quoi, on peut la jouer alternatif, gothique, anglophile ou ce que vous voulez, il est difficile de renier son bagage franchouillard. Gagner une récompense octroyée par le nectar du métier pour bons services rendus au bizness ne doit en aucun cas être une finalité. 

Mais surtout, est-ce une nouvelle erreur de touriste, ou encore une fois une confusion délibérément provoquée par le montage ? Non, Indochine n'a pas gagné la victoire de la meilleure tournée (ils n'ont été que nommés, le lauréat fut Christophe pour Olympia 2002), mais celle du meilleur album pop-rock en plus d'un NRJ Music Award du meilleur album francophone. Ce qui n'est pas mal non plus pour Paradize.

Oh que l'époque d'Un flirt sans fin est différente de celle d'aujourd'hui, ses drapeaux arc-en-ciel, ses confettis multicolores et ses tables rondes sur le harcèlement scolaire. Non, ici il faut choquer vos vieux cons de parents, et faire grincer des dentiers avec une posture rock très blanche pour ne pas dire bourgeoise. En opposition au rap, bien sûr...

Indochine Mk2, 2002

"L'époque de Paradize c'était le rap qui dominait sur les radios, on en pouvait plus. Donc je pense qu'inconsciemment déjà euh... Dès les premiers maquettes y'avait de grosses guitares électriques. Peut-être inconsciemment pour se défouler, pour faire... Putain on va un peu se défouler."

Olivier Gérard

Non. Le rap français était effectivement à la mode, mais le rock aussi, y compris sur les radios et le papier glacé : c'était la grande époque de Rocksound et Rockmag, dans laquelle Indochine Mk2 s'est glissé au chausse-pied à grands coups de séances photo. Cette époque faite de rap, de r'n'b et de variété, où Indochine serait venu jeter un pavé, est une invention grossière des deux cerveaux d'Mk2 : un autre mythe qui ne vit sa vie que dans le petit monde fermé d'Indochine. 

Voir : 2002 - Paradize

 

Et puis c'est drôle à la fin, cette manie de toujours rajouter "inconsciemment". Voire "consciemment ou inconsciemment". Non les gars, vous faites les choses instinctivement, avec une part de maîtrise et une part de lâcher-prise, et c'est comme ça dans tous les domaines artistiques.


Et les pauvres AqME, un peu forcés d'apparaître dans un documentaire sur Indochine alors qu'ils n'en avaient jamais rien eu à carrer. Il serait intéressant de savoir ce que les quatre compères du groupe néo-métal parisien pensent aujourd'hui.

"J'avais jamais vu Indochine, et j'ai compris. C'était juste un super gros concert quoi."

Étienne Sarthou (batteur d'Aqme)

Yes, merci pour cette intervention.

Voir : 2005 - Alice & June

"Le rock'n'roll c'est une grande messe. J'pense que c'est un endroit... Quand on est dans un vrai grand concert de rock c'est un temple. Y'a une symbolique extrêmement forte, y'a... Y'a presque, j'dirais... Presque un contexte martial, religieux, y'a des gens qui crient, y'a un phénomène de masse."

Stéphane Hervé


Stéphane Hervé est dans le vrai. Mais en a t-il conscience, il relate des aspects malsains du rock. C'est peut-être ce qui l'attire lui, mais c'est également ce qui provoque les comportements les plus stupides et déviants, parfois dangereux.
En substance, il nous avoue qu'il n'est pas plus utile de discuter avec un fan d'Indochine qu'avec un bigot de la paroisse de son quartier.

"Et par rapport à d'autres groupes qui se la jouaient durs, Indochine avait toujours la proximité du danger, il y avait ce côté ambivalent, l'enfance, l'homosexualité... Ils cherchaient toujours de près le tabou, et ça m'a intéressé."

Stéphane Hervé in Indochine, le livre, Jean-Eric Perrin, 2011


Nous c'était plutôt la beauté de la musique et des textes bien trouvés, mais passons.

Voir :
Le dernier tabou, Indochine par Nicola Sirkis & Rafaëlle Hirsch-Doran

Petit aparté sur qui est Stéphane Hervé : un traumatisé de Nine Inch Nails (encore eux) parmi tant d'autres, et qui passa toutes ses années 90 à courir derrière cette tendance electro, industrial, trash (ajoutez tous les adjectifs que vous voulez en vous inspirant des noms des remix d'Olivier Gérard). Le duo Dead Sexy Inc se forma en plein retour du rock avec Emmanuel Hubaut (guitariste des Tétines Noires et LTNO), avec une proposition beaucoup plus accessible et tubesque.

Dead Sexy Inc et Indochine Mk2 se mirent à partager les mêmes buts, les mêmes amis et une communication très proche. Tous les qualificatifs à coucher dehors que vous avez entendus de la part de Nicolas : gothico-sexy-glam, gothic-trash, disco-night, etc, viennent de là. L'esthétique du clip de "Adora" et tout le folklore autour des Divisions de la pop en viennent aussi, et Hervé était devenu quelqu'un de très influent pour Nicolas, pour ainsi dire une sorte d'adjoint à la direction artistique.

Dead Sexy Inc.

Le chanteur d'Indochine fait d'ailleurs des "ouh ouh" sur "The Simple Things" et chante sur "Safetynet". Une fois le projet fané, Stéphane fit de la photographie, s'essaya au manga, faisant même intervenir son groupe dans ses histoires, mais cela n'intéressa pour ainsi dire personne. Aujourd'hui, l'entourage (vieillissant) des deux compères de Dead Sexy Inc s'accorde d'ailleurs d'une seule voix pour dire qu'Hervé serait un homme très calculateur. Et ça s'entend dans ses interventions, tant dans Un flirt sans fin que le livre officiel de 2011 sur Indochine où il est notamment question d'aller les faire jouer au Japon... Un énième projet qui ne vit pas le jour. Aujourd'hui, malgré une pugnacité certaine et beaucoup d'apparitions à l'étranger, ils ne sont plus vaguement connus que pour leur proximité avec Mk2 dans les 2000's.


Passé cet aparté, nous allons voir que cet ami de Nicolas, lui aussi visiblement très adulescent, va nous gratifier d'un bon nombre d'énormités. Heureusement pour lui il n'est pas le seul, mais comme dans le livre de Jean-Eric Perrin, il met un point d'honneur à nous démontrer par A + B que Nicolas est vraiment, mais alors vraiment un mec extraordinairement cultivé, curieux et malin. L'angle d'attaque ? Il serait très pointu.

"Il écoute des trucs très très pointus..."

Stéphane Hervé

Emilie Cendlak nous fait le même coup dans Le Parisien douze ans plus tard :

"Il cherche tout le temps des nouvelles idées, veut lancer un parfum d'ambiance, écoute des nouveaux groupes sur Internet pour prendre le pouls de l'époque. Il m'emmène à des concerts dans des petites salles où il y a trente personnes et où il se cache sous son bonnet."

Emilie Cendlak, Le Parisien, 2018

Donc il faut décerner une médaille à Nicolas pour traîner sur YouTube et sortir à Paris chercher des groupes de filles à signer sur son label ? C'est même faux, cela fait bien des années qu'il ne sort plus voir de petits concerts. Des gros en tribune VIP avec invitation, ça oui par contre. Et après, qu'est-ce qu'on s'en fout ? Qui d'autre a tant besoin de prouver qu'il a une vie culturelle ?
"Ce n'est pas de la flambe, ce n'est pas de l'intellectualisme mal placé..."

Stéphane Hervé in Indochine, le livre, Jean-Eric Perrin, 2011

Non, bien sûr. Ce n'est que ça. De la pose et de la poudre aux yeux.

Voir : Influences et références et le reste du blog

Et un jour, il faudra nous expliquer ce que ça veut dire "très pointu", et surtout ce que nous sommes supposés déduire de cela. Écouter des choses dites pointues fait de vous une meilleure personne ? Un meilleur musicien ? Un artiste plus original que la moyenne ? Si c'était le cas ça se saurait : n'importe quel groupe hipster serait devenu Radiohead. Notre expert enchaîne sur le supposément pointu A&J :

"Il demande... un p'tit peu plus d'écoutes. J'pense c'est un disque, qui va vivre un peu plus avec son temps, sur la longueur..."

Stéphane Hervé


Pas du tout, Alice & June fonctionne direct et une base de fans multigénérationnelle l'a dit et montré. Au moment du tournage d'Un flirt sans fin, les intervenants venaient de découvrir l'album ! Il est vrai qu'en son temps la promotion autour du pseudo-concept et sa longueur participèrent à faire passer Alice et June pour plus "difficile d'accès" que Paradize, comme s'il s'agissait d'une œuvre totale entre alt-rock et art-rock... C'est pourtant totalement fantaisiste et son succès immédiat auprès d'un public très jeune, plus le recul permis par les années, devraient permettre de s'en rendre compte, et dénoncer précisément cet intellectualisme mal placé.

Alice & June, 2005

L'ex-fan hardcore elle, nous explique qu'ils seraient allés très loin, dans les sons, dans les paroles. Ben, non, pas particulièrement. En tout cas, pas plus qu'avant. Et Alice et June n'est pas l'album le plus généreux comme le dit Rudy Léonet, c'est un album normal d'Mk2 et en effet, le plus long. Ce qui n'est ni un gage de qualité, ni franchement une bonne chose vu le résultat.

Voir : 2005 - Alice et June


Et de nous asséner, vaguement agacée, que :
"Oui ils ont aimé les les concerts de Marilyn Manson... certains (lol, ndlr), ils ont aimé les concerts de Nine Inch Nails, ils ont aimé ces albums... Oli il est plutôt, rock indus, goth et caetera..."

Christelle Delamare

Et alors ? Comme plein de gens, car c'était à la mode. Correspondre aux codes d'une subculture bien installée n'est un gage ni d'indépendance, ni de sincérité, ni de qualité. Il est inutile, malhonnête et irritant d'essayer de faire passer ces gens pour plus sincères (ou pointus) que leurs voisins en surlignant des goûts supposément plus alternatifs que la moyenne. Écouter Nineinchnailsdestrucscommeça n'est en rien plus valorisant qu'autre chose.

C'est même plutôt un red flag.

Voir : 1999 - Dancetaria


De même, nous nous moquons éperdument que Stéphane Hervé ait eu la même sensation que quand il a vu U2, car cela n'est valable que dans son expérience et ses souvenirs personnels.

 "Si tous les référents que N... que Indochine utilise font pas partie de votre mode de vie.... Si quelqu'un qu'aime pas Marilyn Manson, Placebo, les Cure, Joy Division, qu'a jamais lu un comics de Ted Naifeh ou je sais pas moi, qu'a jamais lu, je sais pas, Baudelaire ou Barbey d'Aurevilly... effectivement : Indochine, c'est pas pour lui."

Stéphane Hervé

Nous vous rappelons qu'il s'agit d'une communication officielle. Quel est le but d'y mettre de telles élucubrations ? Le mode de vie indochinois implique d'être connaisseur de Baudelaire et Barbey d'Aurevilly ? Quelle drogue prend Stéphane Hervé, histoire de ne jamais y toucher ? Calmons-nous : il s'agit d'auteurs étudiés au lycée et à la fac, tel Nicolas qui lisait Hugo en seconde mais n'arrive pas à finir les livres qu'il commence (Le Septennat).


Le documentaire entier montre un collectif de personnes (disons-le, une bande de potes) s'acharnant à expliquer à quel point les goûts de Nicolas sont spéciaux et parfaits. Pourtant, nous l'avons déjà dit : Nicolas a les goûts normaux d'une personne de sa génération. Il est même plutôt en dessous, pour quelqu'un qui traîne dans des milieux artistiques depuis plus de quarante ans.

Nous devrions pouvoir compter sur les doigts d'une seule main les fans de Nicolas qui ont lu attentivement Baudelaire et encore moins ceux qui connaissent Barbey d'Aurevilly. Quant à Ted Naifeh, ne cherchons pas plus loin, l'auteur de Gloomcookie est connu pour des histoires vaguement gothiques, et Hervé explique avec le plus grand sérieux qu'il faut avoir lu ça pour apprécier Alice et June. Quelle est cette manière grossière de se distinguer ? D'évoquer des pré-requis, des choses à connaître voire des rites de passage pour savoir apprécier un groupe aussi facile d'accès qu'Indochine ? Pensez-vous vraiment que le public du Central Tour en est là ? Mais comme à son habitude, Nicolas laisse les autres insérer un capital subculturel fictif, à grandes doses de namedropping.

"C'est sûr qu'il est plus Virgin Suicides que... que... La Boum."

Peggy M.
Le mépris de classe n'est même pas dissimulé dans cette sortie, que l'on pourrait traduire par "Il a des goûts raffinés lui, c'est pas un beauf !"... Mais quoi qu'il en soit on l'aurait deviné rien qu'avec les titres.

34:47 "Même des chansons qui paraissent toutes simplissimes comme 'Okinawa' (...) Ca m'étonnerait pas qu'il ait vu le Chris Marker qui s'appelle comme ça et que, en regardant de près ça a un rapport très très direct avec les suicidés d'Okinawa."

Chloé Delaume

  

Chloé parle-t-elle de Level Five, réalisé par Marker en 1996 ? La capacité au voyage dans le temps de Nicolas est-elle si contagieuse ? Et quel rapport avec les suicidés d'Okinawa, dans cette chanson sur une fille qui lave des draps ? Si ce n'est qu'il y a le mot "Okinawa" ? Pourquoi faire des liens abusifs lorsqu'il n'y en a pas, quelle est la raison de ce comportement ?

"C'est assez atypique mes goûts."

Nicolas Sirchis


Toujours de la part d'un Nicolas qui s'autochronique et analyse son propre personnage, se voyant apparemment comme quelqu'un de très spécial. Pour un lecteur de Rock Mag, oui peut-être... En plus, pour illustrer cela, il cite trois films 70's pas vraiment inconnus et un réalisateur indépendant plus récent, et récompensé.
La maison tient à vous rassurer : vous n'avez besoin d'être érudits (ou pointus) en rien pour apprécier ce que fait Nicolas.

Voir : Influences et références


Une référence importante est citée au demeurant, d'où viennent aussi toutes ces images - dégueulasses et irritantes - d'adolescents foutant le bordel, se maquillant et autres...

"...et ça m'a vraiment influencé sur Wax, Dancetaria, Paradize tout ça."

Nicolas Sirchis sur Kids (Larry Clark)

Les gens qui vont voir Indochine en famille devraient tenter l'expérience de voir Kids ensemble, surtout ceux qui ont des filles adolescentes, histoire de comprendre où se situe notre héros, qui avait confié sur ce film des analyses assez personnelles. Même voir Un flirt sans fin en famille ne devrait pas être évident pour tout le monde. Les fans sont-ils nombreux à avoir été curieux ?

Voir :
Le dernier tabou

Sur l'Alice & June Tour, 2006


Ce docu officiel, qui n'a rien d'un documentaire, ne fait pas de la pédagogie, mais du prosélytisme.

"Moi j'aime bien être détesté. Je trouve que ça donne une certaine humilité".

Nicolas Sirchis

Allons-y donc pour l'humilité : Un flirt sans fin n'est rien de moins qu'une publicité, officielle, sortie en DVD, pour le génie de Nicolas - et même pour son physique. Et pour quelqu'un qui soit disant n'a "rien à prouver à personne...", il se donne tout de même bien du mal.
"Respect quoi. J'peux rien dire d'autre. Peu de gens ont la chance d'avoir ça en eux quoi, cette espèce de capacité à quoi qu'il arrive... 'j'lâcherai pas l'histoire'."

Boris Jardel

Non, Boris ne peut rien dire d'autre et il le sait. François Soulier et Marc Eliard eux, sont muets et le resteront dans le futur. Comme tous les autres zikos passés par le truc.

En 2006, ce documentaire réalisé à destination d'un public jeune, celui-là même que visait Alice et June, montrait déjà une histoire réécrite. Il est très amusant de constater que plus de quinze ans après, cette longue publicité ne correspond plus à l'Indochine que nous connaissons. De nombreuses personnes qui y interviennent ont rompu le lien avec Nicolas, les références qui y sont montrées ne sont plus d'actualité, et les thèmes abordés sont obsolètes.

"Y'a peu de gens, peu de journalistes, qui ont enfin compris ce que c'était réellement, Indochine".

Nicolas Sirchis

C'est possible, mais ce n'est toujours pas ce docu qui va le leur expliquer. D'autant que la suite de l'histoire a montré qu'il fallait continuer d'expliquer et d'actualiser... Et fustiger "ceux qui ne comprennent pas", jusqu'en 2021 et plausiblement encore dans le futur, sans jamais dire ce qu'il faut tant comprendre. Comment blâmer les journalistes de ne pas comprendre ce qui, sous un intitulé, désigne des choses totalement différentes ? Stéphane Hervé en rajoute d'ailleurs une couche.
"On peut pas trouver Indochine sympa quoi ! Ou on adhère au trip..."

Stéphane Hervé

Ou on trouve juste ok, et on peut même s'en foutre royalement.

Bien sûr qu'on peut trouver Indochine "sympa quoi", sinon ils ne rempliraient pas de stades. Il n'y aurait pas tant de gens qui vont au concert "en famille", ni d'autres contre qui s'offusquer parce qu'ils vont chercher des bières pendant les morceaux moins connus. Il n'y aurait pas non plus tant de gens qui disent "Ah ouais, Partenaire Particulier j'aime bien".

"C'est ça, les pro vont te dire : c'est formidable, c'est d'une naïveté qui touche à l'essentiel immédiatement, d'une simplicité universelle... les anti vont te dire : c'est d'une NIAISERIE abominable..."

Rudy Léonet


Léonet est dans le vrai, mais il n'existe pas que les pour et les contre. Et contrairement à ce que Nicolas donne l'impression de penser : les gens ne deviennent pas des ennemis ou des traîtres à partir du moment où ils ne sont pas ou plus fans, ou pire encore n'aiment pas.
Combien de gens se fichent d'Indochine comme de leur première paire de chaussettes, vous n'imaginez pas.

Voir : Ceux qui n'aiment pas Indochine


Que ce soit l'occasion de dire une fois pour toutes que le public d'Indochine est en fait un large public variété, typiquement français, entretenant bien davantage de connivences avec Farmer, Goldman ou Vianney qu'avec d'autres artistes anglo-saxons - et ce n'est pas un mal. Ce "public" n'a pas de spécificité particulière, on n'y observe pas de tendance plus marquée à gauche qu'ailleurs, une culture musicale plus poussée que la moyenne et surtout pas une meilleure aptitude à la tolérance que Nicolas aime pourtant souvent rappeler. Le contraire est même souvent observé.


En d'autres termes, l'esprit Indochine est un mythe grossier. Si ce n'est, comme observé précédemment, une certaine jouissance à emmerder le monde et défier une autorité jamais franchement nommée.


Un flirt sans fin ne parle évidemment pas, même entre les lignes, de quelconque féminisme ce qui est parfaitement normal pour qui se souvient de cette époque quelque peu sordide. Il est aussi amusant de se rappeler les contorsions de Rafaëlle Hirsch-Doran dans son parpaing, pour faire correspondre cette époque entièrement centrée sur la sexualité féminine adolescente, la provocation et un gigantesque male gaze, avec un discours dit féministe. C'est pourquoi l'autrice - qui a découvert son groupe préféré l'année de ce docu - est en ce moment même au boulot. Comme son livre avait déjà réinventé l'histoire sur le papier, il reste maintenant à le faire sur écran, avec des gens qui soutiennent encore Nicolas.

Lorsque ce nouveau documentaire officiel sortira, amusez-vous à noter les différences avec Un flirt sans fin.


"Nous avons retrouvé plein de documents qu'on ne pensait jamais avoir. Par exemple, le son du premier concert d'Indochine, enregistré sûrement par des fans."

Nicolas Sirchis

Non, par Dominique.

Ça promet.

1999 - Dancetaria

J-P Pilot, G. Jones, N. Sirchis, P. Délire en 1999

Dancetaria jouit d'une réputation inégalée au sein de la discographie d'Indochine. De nombreux adjectifs très valorisants ont été employés à son sujet, par Nicolas, ses musiciens, fans et même non-fans. "Ultra-classe", "féérique", "le Black Celebration d'Indochine", "le meilleur album"... Tous semblent s'accorder pour couronner l'album de 1999 au plus haut de l'histoire du groupe.

À cette époque, le discours indochinois commençait à se situer sur une attitude "indé"... La confidence dans laquelle était restée Wax, bien qu'ayant profondément exaspéré Nicolas, se transforma en un argument pour soutenir une attitude d'outsider - malgré la publicité pour le live de 1997 permise par un partenariat avec TF1. L'apparent désamour du public français et d'une grande partie des médias était devenu depuis Wax un moyen pour se présenter comme une sorte de vilain petit canard, dont l'existence emmerderait certains garde-chiourmes.

Dancetaria est également cité et considéré comme l'album noir du groupe... Comme chacun sait, il est marqué par la disparition de Stéphane Sirchis à 39 ans. Arrivée durant une période de vaches maigres, cette tragédie participa à faire percevoir l'album sur la durée comme une œuvre magistrale et lumineuse sortie de tréfonds psychologiques.

Nicolas devait sûrement souhaiter que son état d'endeuillé soit perçu publiquement. Débuta subitement une posture de renfrogné, de mauvais client qui ne parle ni ne sourit beaucoup, et qui durera plusieurs années. Cela est très comparable au personnage timide et dépressif de Mylène Farmer créé de toutes pièces par Laurent Boutonnat. C'est d'ailleurs à partir de cette époque et jusqu'à Alice et June que nous pûmes observer l'hybridation la plus marquée entre l'auditorat d'Indochine et celui de la chanteuse rousse. Tous semblèrent se retrouver autour de figures romantiques, torturées, post-ado, lunaires, un peu bizarres... et cætera.

De la même manière que les apparitions de Farmer pré-Boutonnat, les nombreuses émissions des années 80 et surtout celles des années 2010 montrent la réalité de l'être humain : Nicolas est d'un naturel souriant et ricaneur, il parle beaucoup et fort, et aime être au centre de l'attention.

Pourtant, cette posture de fait-la-gueule a très bien fonctionné. Aujourd'hui encore, malgré l'extrême transparence du personnage, il arrive encore à passer pour quelqu'un de discret, introspectif et mélancolique. Il est pourtant éloquent de se replonger dans les interviews de l'époque de Dancetaria et Paradize pour constater le calcul évident autour de ces bouderies et apparents mutismes, tant le comportement d'aujourd'hui est plus naturel et forcément différent.

"C'est sûr que la mort de Stéphane faut pas se leurrer, a suscité une sorte de capital sympathie, maintenant c'est le plus beau cadeau qu'il ait fait."

Nicolas Sirchis, Exclusif, 1999


"C'était pas facile. Heureusement qu'on avait chacun deux univers différents, qu'on était pas inséparables, ou qu'on était pas... Parce que ça ça aurait été difficile, mais c'est vrai que... C'est pas facile. [...]"

Nicolas Sirchis, Exclusif, 1999

Nicolas est d'une froideur étonnante sur la mort de son frère, et comme à son habitude il se pose en chroniqueur de sa propre histoire. Malgré cette maladresse grossière, il est dans le vrai en soulignant que la mort peut déclencher de nouvelles lectures et apporter un aspect quasi-sacré à la musique. Les exemples sont nombreux avec le fameux Club des 27 ou encore les Nick Drake, Joy Division et Jeff Buckley. À la lumière de cette sortie, est difficile de ne pas penser que Nicolas a capitalisé sur ce drame et l'aura qu'il allait apporter à Indochine.

Mais dans un monde normal, ce type de mutation s'opère au sein du public, ainsi que des médias et critiques et l'artiste en est exclu. Il le subit très souvent de façon indécente, alors qu'il est encore en période de deuil. L'exemple d'un chanteur infiltrant lui-même les mécanismes de perception de son propre groupe, pour tenter d'en orienter le récit et la direction, nous semble ici absolument inédit.

Voir : Révisionnisme et malentendus

Stéphane et Nicolas Sirchis, 1998

De nombreux commentateurs s'accordent également à dire que la disparition de Stéphane fut bénéfique pour Nicolas, et lui permit d'amener enfin le groupe vers les sommets.

"Oui, pour Nicolas la perte de ce frère jumeau est évidemment une souffrance, mais c'est aussi une résurrection. Nicolas a soutenu ce frère malade pendant des années. Maintenant que Stéphane n'est plus de ce monde, Nicolas est seul, oui et c'est bien triste. Mais Nicolas est libre ! Libre d'écrire la légende d'Indochine comme il l'entend."

Stéphane Basset, L'Aventure Indochine, France 4, 2017


"Le départ de Stéphane, évidemment est très douloureux et caetera, mais... ça libère Nicolas du passé. Tout d'un coup il est le seul qui reste, de ce qu'était Indochine, et donc il est le détenteur de ce groupe, de cette marque, et de sa survie."

Virginie Borgeaud, L'Aventure Indochine, France 4, 2017

 

"Maintenant il est le seul patron, il sait ce qu'il faut faire, et il a de l'impatience donc voilà, il délègue plus !"

Mathieu Alterman, L'Aventure Indochine, France 4, 2017


Les faits ont été documentés et analysés par Christophe Sirchis, et nous vous suggérons une lecture de Starmustang pour mieux comprendre cette époque. Quant à cette façon d'estimer la mort de Stéphane comme bienfaitrice, permettant l'élévation de Nicolas en PDG légitime sachant mieux que quiconque ce qu'il fallait faire, elle nous semble franchement déplacée et choquante. Devons-nous vraiment considérer Paradize comme le résultat de cette liberté retrouvée, ce retour à l'excellence permise par la mort d'un homme ?

Stéphane et Nicolas, décembre 1998

Il est difficile de s'aventurer davantage sur ce contexte forcément bouleversant pour Nicolas, et de commenter a posteriori ses pérégrinations psychologiques à la seule lumière de ses interviews.

'Vous auriez pu avoir envie de passer à autre chose...
J'ai eu envie, et il y a encore des moments où j'ai envie de passer à autre chose, mais il y a aussi des jours où j'ai une force en moi qui a envie de continuer et à être fier de présenter ces morceaux sur scène. Ce n'est pas la pression du show-business qui me pousse. Mais il ne faut pas se leurrer, quand c'est arrivé on était en plein enregistrement, je n'avais pas du tout envie de continuer. Mais quand j'ai réécouté ces morceaux, je me suis dit : ce sont les plus beaux que Stéphane a jamais écrits, il faut qu'ils existent, ne serait-ce que pour la mémoire et pour sa fille. Il faut comprendre aussi que la mort fait partie de la vie.

C'est Stéphane qui est mort, il faut passer au-delà, cela aurait été plus dur encore de tout arrêter. Pour le moment, l'objectif est de défendre l'album pendant cette tournée qui se terminera à la fin de l'année 2000. Après, on verra. En principe, j'ai re-signé pour trois albums sous le nom d'Indochine.
"

Nicolas Sirchis, Lyon Matin, novembre 1999


Nous ne remettons aucunement en question la décision de Nicolas de continuer la musique, que nous estimons parfaitement audible et tout à son honneur. Soulignons simplement que cette disparition constitua le début de la communication autour de l'âme du groupe... qui était alors devenu bien autre chose, voire le contraire de ce qu'il avait été.

Voir : Pourquoi Indochine Mk2 ?, Révisionnisme et malentendus

"Le gardien de l'âme du groupe" semble pourtant être une invention journalistique, à laquelle Nicolas commença d'abord par répondre négativement, avant d'y prendre goût :

En tant que dernier membre du groupe, tu te sens l'âme d'un gardien?
Non, pas vraimentcar au fil du temps Indo a toujours évolué avec des nouveaux membres. Pour moi, Dancetaria marque surtout ma dernière collaboration avec mon frère et c'est pour cette raison que je tiens autant à cet album.

Nicolas Sirchis, XL, août 1999


"A chaque fois que le groupe monte sur scène, même si il n'y a plus les mêmes membres, il se passe quelque chose de magique. [...] Personne n'est irremplaçable mais chez nous, l'âme est restée."

Nicolas Sirchis, La Dépêche, novembre 1999 

"Je suis le gardien de l'âme d'Indochine. Je suis tout seul mais Indochine a toujours la force d'un groupe."

Nicolas Sirchis, 2001


Au regard de ces citations et de nos souvenirs de l'époque, il semble que nous étions déjà informés sur comment apprécier le disque avant même de l'avoir entendu. Retour donc à l'album, sorti le 24 août 1999, sur lequel nous entendons les dernières guitares de Stéphane, chose qui sera beaucoup utilisée comme un argument de vente. C'est très ironique, sachant que la dite guitare était systématiquement shuntée lors des concerts et émissions TV.

Voir : 1997 - Indo Live titre par titre

Les fans se sont-ils demandés quelles étaient ces guitares ? Indochine Records ne précise même pas quels sont les titres en question. On reconnaît bien la Mustang sur "Stef 2", l'acoustique qui frise sur "She Night", la petite guitare mélodieuse sur "Le Message". Il semble en revanche ne pas rester grand chose de lui sur "Manifesto" ni "Atomic Sky".

"On privilégiait les mélodies imparables et puis il fallait les habiller. Il y a donc eu des professionnels comme Phil Délire ou Gareth Jones, puis des amateurs comme Stéphane et moi. On a considéré cet album comme le deuxième d'Indochine. Wax était vraiment le premier de Stéphane et de moi."

Nicolas Sirchis, Le Soir, septembre 1999

 

C'est un point très positif de garder un lien fort avec le présent, et penser un nouvel album avec la détermination d'un premier essai. À condition que cette attitude soit celle d'un artiste sachant faire table rase, et non d'un communicant réécrivant son histoire au gré de ses besoins.

Comme dit auparavant, Nicolas ne semblait toujours pas apprécier le savoir-faire de son frère à sa juste valeur, et était toujours bloqué dans une binarité amateur/professionnel.


Voir : 1996 - Wax, Révisionnisme et malentendus

Wax était déjà tiraillé entre des directions différentes et potentiellement contradictoires. Comme son prédécesseur, Dancetaria cherche une synthèse entre des goûts affirmés et les tendances de l'époque, comprises ou non. Vous attendez tous le même mot : gothique.

"Sur certains titres, on a parfois presque l'impression d'écouter de l'indus...

N.S. : quand on est rentré Stéphane et moi en composition avec Jean-Pierre Pilot, ça a vraiment été un travail de groupe comme ça. L'idée au départ était de privilégier les mélodies. On voulait des mélodies hypnotiques, sombres ou non. Le but était d'obtenir des mélodies qui restent gravées dans les esprits.

Après, les références proches du gothique sont venues très tôt. Mais ce que je souhaitais, c'est obtenir un mélange pop, glam et gothique. La pop pour le côté mélodique, le glam pour le côté sensuel, sexuel et le gothique pour le côté sombre, hypnotique. Pour moi, la pop, c'est quelque chose qui fait danser les gens, il faut qu'il y ait de l'énergie, du sexe.

Noir Désir c'est tout sauf ça, car Noir Désir, c'est très sérieux. Bertrand Cantat ne se maquille pas. Et c'est vrai qu'on nous a représenté comme ça. Sur scène, maintenant, j'apparais en robe noire et ça produit un effet très fort sur les gens. Moi, j'aime ce côté pervers, ambigu que l'on peut, par exemple, retrouver chez Placebo."

Nicolas Sirchis interviewé par Yves Bongarçon, Rocksound, 2000

Voir : Placebo

Nicolas Sirchis, 1999

"Dancetaria est un mot féerique. C'est de la pop qui fait danser les gens, un rock assez sensuel, pervers aussi bien dans les guitares que dans les textes. Et gothique à cause de son aspect hypnotique qui ouvre sur une richesse harmonique."

Nicolas Sirchis, L'Humanité, septembre 1999

 

"Votre dernier album "Dancetaria", sorti mercredi dernier, marque-t-il un tournant pour Indochine?
- Ce dernier album est une renaissance artistique et émotionnelle. Les textes de "Dancetaria" sont plus féériques et plus bouleversants que nos précédentes chansons. Nous avons voulu allier la pop, notre base, la sensualité du glam et le côté hypnotique du gothique."

Nicolas Sirchis interviewé par Anne-Dauphine Julliand, août 1999

 

"Nous croisons le rock, musique à danser, l'inspiration gothique du XIXe siècle et le glam pour les textes provocants. Indochine, c'est de l'agit-prop mêlée au complexe de Peter Pan', analyse Nicola Sirkis, 40 ans. Il se définit en 'ado éternel, ou attardé, c'est comme vous voulez".

Gilles Médioni, Ancien de l'Indo, L'Express, décembre 1999

"Dancetaria est un album dont Nicola Sirkis dit qu'il est "celui qu'il aime le plus et qu'il déteste le plus". Dans des sonorités à la fois très actuelles (des parfums trip hop, de l'électronique moderne) et très fidèles (le synthétique sautillant), Indochine pratique une sorte de noirceur joyeuse, de morbidité heureuse.

'Je ne suis pas un pessimiste foncier, mais ce n'est pas moi non plus qui fais rire à table', dit le chanteur. Quelque chose de léger effleure la mort, la solitude, l'ambiguïté, la gratuité du malheur. Parfois, même, l'atmosphère est incommodante ("Venus"), mais avec une candeur et une santé confondantes.

'Je suis attiré par ce qui est un peu choquant, pervers, par intérêt pour les vies qui ne sont pas normales. Je vis une vie normale pour pouvoir écrire des choses anormales. Si je vivais une vie anormale, je n'écrirais peut-être pas des choses très intéressantes. Je suis plutôt dans une esthétique gothique, noire, face à une société où on aime l'argent, la beauté, les jeunes. C'est l'histoire d'avoir un flirt avec la mort, pour être plus serein le jour où elle vous prend."
"

"La noire fraîcheur d'Indochine", Le Figaro, août 1999

À la fin des années 90, le look et les postures sombres et gothiques étaient revenues à la mode. Dans le cinéma de Matrix à Sleepy Hollow, mais aussi dans la musique avec l'explosion médiatique du rock industriel et du black metal. Les plus anciens se souviennent même de ce Zone Interdite, avec la jeunesse victime du péril sataniste.

Il faut tout de même rappeler ici que le terme "gothique" fut surtout un moyen pour accumuler de nombreux domaines artistiques disparates sous la même bannière goth, au seul motif qu'ils pouvaient être considérés comme sombres. A l'époque, et même dans le discours du mouvement lui-même, il était courant de trouver estampillé "gothique" des œuvres d'époques et contextes différents, violentes, provocantes, décalées, ambiantes, romantiques, déviantes d'une certaine morale voire simplement achromes.

Et ce via des esthétismes, ou des vêtements hors de prix. En d'autres termes, un domaine sous-culturel spectaculaire, avec des signifiants visuels dictant d'abord l'apparence en amont d'un contenu personnel plus flou. Nous avons tous entendu le célèbre "être gothique c'est un état d'esprit", occultant toute explication concrète au profit d'une attitude plus passionnée et mystique.

Nicolas Sirchis, 1999

Parfait pour le Nicolas version moribond, qui se retrouva dans cette mode comme un poisson dans l'eau. Et la promesse d'un public naïf et influençable, quel que soit son âge. Possiblement, ceux-là mêmes qui allaient se mettre à dire plus tard que "Indochine ça ne s'explique pas, ça se vit"...
"À l'époque, on nageait en plein rap, street wear, baggy machin et j'en passe. Alors les mecs qui avaient le courage de s'habiller en robe noire, moi, je trouvais ça fort. Ils sortaient du stéréotype en vogue, ils sortaient du lot. Je reconnaissais dans cette attitude notre propre volonté de sortir du lot nous aussi, de ne pas faire comme les autres."

Nicolas Sirchis in Kissing my songs, Agnès Michaux, Flammarion, 2011

Baggy machin, street wear, comme l'année précédente, donc ? 

Voir : 1998 - "Seasons in the sun"


En 1998, Nicolas était encore loin de ses robes noires. Mais nous retrouvons ici une possible projection de cet état d'esprit : faire comme ceux qui ne font pas comme les autres, parce que moi non plus je ne suis pas comme les autres. Nous pouvons aussi évoquer l'aversion quasi-généralisée du public goth de l'époque pour le rap, et autres musiques non-blanches.

Mais évidemment, selon Nicolas, Indochine aurait toujours été ça.
"Là, effectivement il y avait une renaissance du gothique. Mais je ne me suis pas senti opportuniste, je n'ai pas cherché à me raccrocher au wagon d'une tendance, c'est plutôt qu'Indochine a toujours été ça."

Nicolas Sirchis in Kissing my songs, Agnès Michaux, Flammarion, 2011

Voir : Révisionnisme et malentendus, avec le changement de discours selon la situation ou le besoin. Doit-on le préciser, non, Indochine n'a pas toujours été dans cette mouvance gothique, et ce n'est pas un problème. Mais Nicolas avait parfaitement compris le créneau qui s'ouvrait devant lui. Comme à son habitude, il faisait mine de n'être qu'un observateur alors qu'il était en plein entrisme :
"On a vu les fans de Marilyn Manson sur la tournée..."

Nicolas Sirchis, Elegy, 2001
Les goths se sont acharnés ces quarante dernières années à faire accepter sombre comme synonyme de qualitatif, et durant toutes les années 2000 il a fallu entendre c'est plus sombre comme c'est mieux. Nous sommes beaucoup à avoir entendu de jeunes visages blancs & vêtements noirs dire qu'ils préféraient Indochine depuis que c'était devenu plus sombre.

Nicolas Sirchis, 2000

Un terreau forcément fertile pour le petit nouveau : Olivier Gérard, systématiquement présenté à travers ses goûts musicaux comme un étendard de nouvelles références plus dures et exigeantes. L'occasion de placer les mots "Nine Inch Nails" dans beaucoup d'interviews de l'époque, et réajuster l'image du groupe pour la rendre attractive auprès d'une cible jeune et sensible à cette attitude alors à la mode, énervée et provocatrice. 

Voir : 2002 - Paradize

"Oui, il nous avait envoyé des remixes de morceaux d'Indochine qu'il avait faits sur son ordinateur. Il était très fan de Nine Inch Nails aussi... "

Nicolas Sirchis, Le Soir, septembre 1999

 

"Puis, une fois qu'on a eu retenu une vingtaine de morceaux, on a pris contact avec un jeune fan qui, depuis longtemps déjà, nous envoyait des remixes excellents de nos anciens morceaux. Or comme on voulait vraiment travailler sur les ambiances pour le nouvel album, on lui a envoyé une cassette de nos démos en lui disant de faire ce qu'il voulait pour l'embellir.

On a été pleinement satisfaits du résultat. Le côté indus du disque vient de là, car le jeune homme en question était aussi un fan de Nine Inch Nails. On n'est pas tombé, pour autant, dans le piège high tech."

Nicolas Sirchis interviewé par Yves Bongarçon, Rocksound, 2000

 
Comme à son habitude, Nicolas spéculait sur les affinités musicales de ceux qui aiment Indochine, qu'elles soient réelles ou fantasmées, pour modeler l'image de la marque. Ici, les goûts d'Olivier Gérard, ou plutôt leur représentation selon Nicolas, allaient constituer le cœur de la communication autour de l'obscur et énervé Paradize.

Voir : 1996 - Wax, 2002 - Paradize

Le titre de votre nouvel album, "Dancetaria", rappelle le nom d'un label de disques français...
- Oui, c'était un label spécialisé dans le gothique, qui était l'une de nos références. 'Dancetaria', c'est aussi à cause du mot dance, souvent très hypnotique, très atmosphérique. En même temps, c'est du Indochine.

On a toujours fait de la pop, de la new wave. Au début, on utilisait des boîtes à rythmes, et on était mal vus. Alors qu'aujourd'hui, la new wave est la principale source de la techno."

Nicolas Sirchis, Le Midi Libre, 1999

La méprise (très répandue chez les goths) autour de la new wave, qui serait une musique à synthés précurseuse des autres musiques synthétiques plus tardives, résulte d'un profond décalage avec la culture britannique, et a été réutilisée par Nicolas en 2017 pour promouvoir 13.

Voir : Révisionnisme et malentendus


Il semble en revanche qu'il y ait eu un malentendu autour de ce qu'était Danceteria Records. Il s'agissait bien d'un label spécialisé dans la distribution sur le territoire français de labels indépendants étrangers, mais ne fut jamais axé sur une quelconque image goth.

Le mot a plu à Nicolas, mais il dut se justifier quant à ce qu'il représentait... un terrain forcément dangereux pour notre héros. Nous pouvons même spéculer que "Dancetaria" vienne d'une faute d'orthographe lorsqu'il a noté le mot dans un de ses carnets.


Vue l'association récurrente entre les deux mots, il semble qu'il faille comprendre sa représentation d'une musique dite gothique comme hypnotique. Par exemple, le versant solennel de The Cure, avec des nappes de synthé orchestrales ? Ou encore leurs basses massives et cycliques ?
"Nicola voulait faire un album hypnotique, à la Cure, moi je rêvais de quelque chose de plus extrême."
Jean-Pierre Pilot in Le roman-vrai d'Indochine, Jean-Claude Perrier, Bartillat, 2005


Possiblement, une manière inconsciente de renouer avec cette attitude de nouveaux-romantiques, celle-là même qui avait provoqué une affiliation subie avec le groupe de Crawley.

Et pourtant en 1999, The Cure était considéré comme "un groupe de vieux qui tourne toujours". À l'époque pourtant, cet Indochine recrédibilisé par le noir arriva à happer quelques curistes auparavant très réticents au groupe français.

Voir : The Cure


Il est aussi possible de lire dans le Xymox ci-dessous un chaînon entre Indo et Cure, et une projection de ce que Nicolas et Pilot souhaitaient faire à la fin du siècle dernier.




Plus sombre
donc, plausiblement plus axé vers des émotions brutes, adolescentes voire post-adolescentes et nostalgiques. Cela peut expliquer l'arrivée de corbeaux obsédés par le périssable et les mondes perdus, et adultes cafardeux se sentant marginaux à l'approche de l'an 2000, dans cette époque de plus en plus incompréhensible.

Depuis 2009, il semble toutefois que ces derniers soient redescendus dans leurs caves. L'étrangement mature La République des Meteors fut pourtant comparé à Dancetaria par le chanteur himself, mais ne présentait pas d'imagerie goth ou emo identifiable, si ce n'était un goût prononcé pour le noir et blanc, souvent utilisé pour rendre une image froide, austère ou historique.

Voir : 2009 - La République des Météors

 
Reprenons point par point la logique de Nicolas Sirchis :
  • Pop : la base, la mélodie, la danse
  • Glam : sensualité, sexualité, perversité, maquillage
  • Gothique : romantique, hypnotique, féérique, climatique, orchestral, new wave
"Nous voulions un peu 'boucler la boucle' : nous servir de synthés plutôt vintages, de boîtes à rythmes, et les mélanger avec des guitares. Je le définirais pour rigoler (? ndlr) 'entre pop, glam et gothique' ! C'est un album très "années 80" au niveau de la composition, mais avec l'acquis que l'on a depuis quinze ans et les nouvelles technologies.

Si l'on doit faire des rapprochements, sans être présomptueux, "Dancetaria" est un peu un mélange de Garbage, Radiohead, pour le côté 'pop progressive' de certains morceaux, et Suede.

Avec des guitares glam comme les premiers Bowie : un peu sales, mais dont les notes ont un côté séduisant. Le tout avec une identité propre, car je crois qu'en France on est les seuls à faire ce genre de musique.
"

Nicolas Sirchis, interview de Gareth Jones & Indochine, PlayRecord, août 1999

Et il a raison, Indochine était seul dans son créneau.

"Juste toi et moi" est aussi un morceau très influencé par Oasis, avec des accords et un solo à la façon de Noel Gallagher. C'est aussi ce que faisait Calogero... L'occasion de revoir Nicolas au Hit Machine en octobre 1999, sans son guitariste, mimant le solo dans un hasard complet. Peut-être vous demandez-vous où était Boris pendant ce temps ?


Voir : Nicolas et la guitare


Les crédits de Dancetaria sont pourtant très étranges : "Réalisé par JP Pilot et Indochine".

Jean-Pierre Pilot formait avec Nicolas le duo créateur d'Indochine, comme Dominique hier ou Olivier aujourd'hui. Il n'était pas qu'un simple claviériste interchangeable, et il est important de souligner ici à quel point les documentaires, livres et discours officiels post-2001 minimisent voire suppriment son rôle. Pilot est pourtant celui grâce à qui Indochine a survécu dans les années 90, en cela c'est grâce à lui qu'Indochine existe toujours en tant que tel et que Nicolas ne chante pas dans Stars 80.

Nicolas Sirchis et Jean-Pierre Pilot, 1999

Le très officiel et très irritant Un flirt sans fin, réalisé par Peggy M., présente pourtant la conception de l'album comme suit :
"Le 27 février 1999, Stéphane Sirchis disparaît brutalement, alors que l'enregistrement de l'album Dancetaria venait à peine de commencer.

Nicolas décide malgré tout de poursuivre l'aventure pour le public et pour son frère. Il termine l'enregistrement de Dancetaria, avec l'aide d'un nouveau venu Oli de Sat, un musicien fan du groupe, qui le bluffa avec ses arrangements.
"

Un flirt sans fin, 2006

Rectification. Jean-Pierre Pilot a réalisé l'album, en a composé et arrangé la majeure partie, apportant même une aide gracieuse aux morceaux de Nicolas sans être crédité ("Venus") comme il le fit sur Wax. Oli de Sat fut contacté au cours de la réalisation pour un arrangement sur "Rose Song", puis continua à apporter des idées de sons, finissant même par enregistrer guitares et claviers. Olivier est audible sur parxemple les lourdes guitares d'"Astroboy" et les tentatives alt rock de "Stef 2".
"La composition nous a pris entre six et huit mois, à Stéphane, Jean-Pierre Pilot et moi.

Nous avions mis la barre assez haute : nous enregistrions autant que nous voulions mais il fallait des mélodies imparables qui, même sur deux notes, restent dans la tête dès la première écoute.

Puis une deuxième couche a été passée par un jeune fan du groupe, qui a bruité les morceaux, leur a donné des climats, des sons un peu étranges.
"

Nicolas Sirchis, RFI, 1999

 

"On a gardé quelques trucs tels quels, mais on a aussi samplé beaucoup de choses que l'on a recalé pour synchroniser ses machines avec les miennes, parce qu'il avait joué tellement spontanément chez lui que ça ne pouvait pas se refaire. L'avantage du laboratoire, c'est que l'on pouvait vraiment passer du temps à chercher dans les samples, et en équipe restreinte. On a pu garder ainsi beaucoup de choses, mêmes des guitares que Stéphane avait faites en répétition qui se retrouvent définitives sur l'album."

Jean-Pierre Pilot, Playrecord, août 1999

Un travail de studio que le duo d'Indochine Mk2 évoque en 2020 chez Bernard Montiel, alors que Nicolas ne se souvient plus très bien quels titres Stéphane a composés. "Manifesto" en fait bien partie, bien qu'il ne semble effectivement pas rester grand chose de la démo originelle.

Il faut vraiment imaginer Pilot découvrant les propositions d'Olivier Gérard sur CD-R, les rééchantillonnant telles quelles (avec les sampleurs de l'époque, donc avec des disquettes) pour les intégrer aux arrangements, avec les difficiles problématiques de tempo et de calage que cela implique. Et un boulot très avancé sur les batteries et boîtes à rythmes par dessus. Un gros travail de studio, très professionnel, à la différence du plus amateur Paradize.

Dancetaria reste toutefois mystérieux lorsqu'on se demande qui joue quoi, et c'est une sorte de miracle qu'il ait cette cohérence et cette pertinence.
 

Il semble pourtant que le nom de Jean-Pierre Pilot soit devenu tabou :
"Les maquettes étaient faites, on signe, on rentre en studio et Stéphane meurt. Je me suis retrouvé tout seul avec Oli et deux, trois musiciens..."

Nicolas Sirchis in Kissing my songs, Agnès Michaux, Flammarion, 2011

"Ensuite le compositeur de l'époque s'en est allé vers d'autres aventures..."

Olivier Gérard, RFM, juin 2020


L'apport d'Olivier Gérard est audible et notable, mais il est scandaleux que Jean-Pierre Pilot soit à ce point occulté de l'histoire, et ce avec un tel mépris et une telle ingratitude.

Et en effet, en 2001 Jean-Pierre Pilot joua sur La Zizanie de Zazie, et retrouva même Matthieu Rabaté sur l'album suivant Rodéo (2004), dont il est compositeur et réalisateur. Les deux musiciens, surtout Pilot, sont superbement mis en valeur sur le film du Rodéo Tour (2005).

"C'est un vrai créateur qui a été bien utile à Nicolas après mon départ. Il a surtout fait du bon boulot sur Dancetaria, mais comme je ne connais pas les maquettes de base, je ne peux pas vraiment juger ce qu'il a apporté. Aujourd'hui, Nicolas en veut à Zazie parce que Jean-Pierre Pilot ne pouvait plus le supporter et est parti travailler avec elle. Nicolas préfère dire qu'il l'a viré sous prétexte qu'il fait de la varièt'."

Dominique Nicolas, Platine, 2004

 

"Je suis parti de mon plein gré, sans aigreur. Parce que ça faisait huit ans que j'étais avec Indochine, et que j'avais l'impression de tourner en rond. Il y avait aussi les textes des chansons, que je trouvais trop "ado" et qui, après la naissance de ma fille, me gênaient. [...] Mais je savais que le succès allait arriver, que ce groupe était une bombe, et qu'il suffisait d'un single avec un bon texte pour qu'il fasse un carton absolu. C'est arrivé avec l'album Paradize, que je trouve superbe, et je m'en réjouis."

Jean-Pierre Pilot in Le Roman-Vrai d'Indochine, Jean-Claude Perrier, Bartillat, 2005

Pilot se montre ici très diplomate à propos d'une scission plus complexe qu'il n'y paraît, ayant débouché sur un procès et, comme très souvent avec Nicolas, une rupture humaine définitive. Le film "Les Divisions de la Joie" le montre systématiquement comme un demeuré, et l'argument des trop grandes prétentions personnelles fut, comme avec Alexandre Azaria, usité contre lui par Nicolas.
"Moi je lui ai dit, 'on n'est pas là pour faire ta carrière solo, on est là pour Indochine.' [...] Il n'était pas du tout dans notre univers."

Nicolas Sirchis in Le Roman-Vrai d'Indochine, Jean-Claude Perrier, Bartillat, 2005

Quelqu'un a t-il un jour osé retourner l'argument contre lui ? Des paroles scandaleuses vu le travail abattu par Jean-Pierre Pilot depuis Wax jusqu'au superbe Nuits Intimes. Et surtout, de quel univers parle t-on ? Qui y est, qui n'y est pas et pourquoi ? Devenait-il dangereux pour cette image "indé", lui qui apparemment ne "comprenait pas qu'on refuse de faire des télés, qu'on accompagne pas Johnny sur scène" ? Son remplacement au pied levé par le plus facilement identifiable Olivier Gérard comme "alternatif" semble accréditer cette idée.

Jean-Pierre Pilot, 1999

N'est-ce pas positif d'être ambitieux pour son groupe, ou bien faut-il comprendre cela comme une peur chez Nicolas de perdre la mainmise sur Indochine, gagnée avec le départ de Dominique ? Nous serions très intéressés de savoir si Olivier Gérard a déjà expérimenté un recadrage quant à ses ambitions artistiques. Nous ne pouvons croire qu'en son for intérieur il valide tous les morceaux de Black City Parade et 13.

Trop occupé à se présenter comme le gardien de l'âme du groupe, Nicolas ne sembla jamais se rendre compte qu'il était plutôt un cerbère, et que jamais ses goûts personnels ne devraient être contrariés, quitte à tirer la musique d'Indochine vers le bas. 
En 1999, grand millésime pour la variété et l'aseptisation musicale, soit Indochine se relançait, soit il fallait rendre les armes. Nicolas était alors plus déterminé que jamais, et usa de sa stratégie la plus affûtée : la référence.

Voir : Influences et références

"Le nouveau label d'indo s'appelle Double T. Indochine rejoint tous les groupes qui ont décidé de travailler avec des indés comme suede, cure, oasis, blur, placebo etc."

Nicolas Sirchis, imaginet.fr/indochine (ancien site officiel)



Un exemple parmi tant d'autres de name dropping à pas cher, et de tentative de recrédibilisation par procuration. Nicolas, constamment en recherche de légitimité, était alors comme une grande partie des auditeurs de musique de l'époque, empêtré dans un logiciel indépendant/major, une sorte de projection marketing de la guerre underground/mainstream qui faisait encore rage.

Et d'un coup, nous étions censés assimiler cet Indochine-là comme un groupe indé, une sorte d'équivalence française à tous ceux cités en vrac - pourtant distribués en France par des majors. Même le fait d'écrire le nom des groupes en lettres minuscules était une mode indie arrivée avec la démocratisation du multimédia.


De nouvelles signatures visuelles apparurent également, comme par exemple la typographie de Suede. Celle-ci est disponible sur Dafont, et vous pouvez vous aussi faire votre propre album calibré brit-pop.


Cette typographie tenait à cœur à Peggy M., graphiste affiliée aux exécrables Madinkà, et qui arriva dans la famille Indochine avec le rapprochement des deux entités, pour des raisons sentimentales connues des fans. Ce fut le début d'une collaboration très valorisée par le public des années 2000 entre Peggy M., Olivier Gérard et Nicolas Sirchis. Selon la lecture de ces fans-là, Dancetaria constitue le moment charnière où Indochine allait enfin devenir autre chose.



La couverture de Dancetaria est directement empruntée à un extrait du film Great Expectations, qu'on voit aussi dans le clip de "Like a friend" de Pulp (1998), présent sur la bande originale. Nicolas a peut-être vu le film, mais a surtout plusieurs fois cité Pulp à cette époque, qui était aussi celle de leur apogée médiatique


Mais c'est la volonté d'association avec Placebo qui fut la plus récurrente, inévitable en interview, et comme à l'habitude de Nicolas : en faisant des auto-analyses sur le public de ses rêves et sur ses propres stratégies de communication.
"Indo garde cette image forte en France de groupe des 80's, mais dans le reste de l'Europe on nous classe dans le même créneau que des groupes comme Placebo."

Nicolas Sirchis, XL, 1999

"On casse toutes les idées reçues. Même les Inrockuptibles sont perdus : ils reçoivent des lettres de fans qui adorent Placebo et nous !"

Nicolas Sirchis, VSD, août 1999

"Oui on se connaît bien, on parle de maquillage."

Nicolas Sirchis à propos de Brian Molko, 2000


Nicolas martelait tellement son désir d'affiliation avec Placebo qu'il obtint un concert en commun en août 2000 aux arènes de Nîmes, et même une interview avec Brian Molko ! Le concert n'était pas complet, et les fans d'Indochine minoritaires mais bruyants. Les articles de l'époque mettaient l'accent sur le caractère très incongru de cette association :
"21h30. Indochine joue et fait chanter les premiers rangs. Bonne surprise, le public semble également venu pour eux. Nicola Sirkis, en bon caméléon, est habillé en parfait sosie de Molko."

Basile Farkas, Rock & Folk, juin 2000

Mais à force de le répéter, Nicolas finit par provoquer cette hybridation tant désirée, entre des publics pourtant très différents et qui n'avaient qu'assez peu à partager. Les fans d'Indochine, qui n'avaient pas pu échapper à la mode, virent alors en Placebo des sortes de cousins, et surtout un soutien crédible de la part d'artistes anglo-saxons et rock ! L'intérêt fut en revanche - très logiquement - moins visible du côté de ceux qui avaient aimé les premiers albums de Placebo, qui n'ont rien à voir avec quelconque production indochinoise.

Voir : Placebo


Nicolas persistait pourtant à abattre ses cartes référentielles. Un autre groupe très à la mode mais américain cette fois, l'intéressait : The Smashing Pumpkins, qui était aussi rentré dans un logiciel gothique. Et ce, surtout à partir de Adore (1998), puisqu'il reprendra la robe de prêtre...

Billy Corgan pour Adore, 1998

Nicolas Sirchis pour Nuits Intimes, 2000

Et l’esthétique de la rose, dont il fit même un titre : "Rose Song".

The Smashing Pumpkins, Adore, 1998

"Rose Song" live en 2002

Motivé, il est aussi retourné voir The Cure en 2000 pour les deux dates parisiennes du Dream Tour, et la rose rouge présente sur le programme et de nombreux objets au merchandising a dû fortement l'inspirer pour la suite. C'était alors pour The Cure la tournée révérée pour Bloodflowers, et qui devait constituer leurs adieux.

The Cure, visuel du Dream Tour, 2000

Nous voyons nettement ici les prémices de la croix de Paradize, et à partir de 2000 Nicolas mettra effectivement des roses partout. Un signifiant romantique ?
"Je les ai vus 2 fois au Zénith, j'aime énormément Maybe Sunday (sic), mais j'avoue avoir du mal à rentrer dedans, par contre les concerts étaient magnifiques !!!"
Nicolas à propos de Bloodflowers sur le chat d'indo.fr en août 2000

On parle évidemment du premier single, "Maybe Someday". Tristement, Nicolas ne semble pas avoir retiré autre chose du très mature et raffiné Bloodflowers.

Voir : The Cure


En 2000, Indochine sortait Nuits Intimes, pensé comme un anti-best of. Indochine Mk1 tirait sa révérence de la plus belle des manières, avec des morceaux sublimés par un collectif en état de grâce où chacun est au top, y compris Nicolas ! Jean-Pierre Pilot y est virtuose, d'une grande implication mêlée d'un respect infini pour les compositions de Dominique Nicolas, et s'y montre même plus expérimental que jamais avec "Punishment Park".



Au moment de passer au XXI siècle, Nicolas s'était intégré à la fois dans un logiciel indé et gothique. L'un n'amenant pas forcément à l'autre, mais étant tous deux permis par une certaine attitude d'artiste en décalage avec le dit grand public, ce sont des univers dans lesquels il était finalement assez logique - et amusant - de voir évoluer le chanteur d'Indochine.

De la même manière que l'étrange Wax, la combinaison proposée sur Dancetaria ne ressemblait pas à grand chose d'autre, et n'aurait pas dû être vendue avec un discours marketing centré sur l'affiliation à telle ou telle figure plus crédible. Nicolas avait un album très cohérent sous la main, et n'avait pas besoin de chercher à être un Molko ou un Anderson local, ni à calquer des esthétiques piochées ici et là, organisées en patchwork. Comme nous l'avons dit par ailleurs, Indochine reste un groupe extrêmement français, et la qualité et la pertinence ne se transmettent pas par rayonnement, ou captation de codes visuels.

Voir : The Cure


Quant à Stéphane Sirchis, il semble qu'il ne fut jamais si important pour Indochine qu'en 1999.

Le jeune groupe Indochine Mk2 a pourtant su se montrer captivant, à l'image de la vidéo ci-dessous. Malheureusement, cela ne dura pas bien longtemps. Malgré le savoir-faire bien réel d'Olivier Gérard, il semble que le départ de Jean-Pierre Pilot n'ait jamais vraiment été comblé.



Que Dancetaria soit considéré comme le meilleur album d'Indochine ne nous semble pas aberrant. Il est même probable que sa qualité d'album-charnière entre les deux projets, et que l'on puisse considérer comme faisant partie de l'un ou de l'autre, lui donne encore plus de crédit.

Il fut en tout cas à sa sortie l'album le plus imprévisiblement impressionnant, et reste à ce jour un des disques d'Indochine les plus déroutants. S'y rencontrent le savoir-faire de Jean-Pierre Pilot, le talent de Stéphane Sirchis, l'enthousiasme d'Olivier Gérard et un Nicolas Sirchis au meilleur niveau musical possible... Des aptitudes durement gagnées qui n'allaient pas mettre longtemps à disparaître.


Voir aussi :

"Tribus Gothiques" d'Olivier Delacroix, Planète + No Limit, 2009

"Idéologiquement goth" sur Dark Matter Lab


Annexes :
Décembre 1998



Studio Davout, 2000





Jean-Pierre Pilot et Edith Fambuena accompagnent Zazie pour l'album Aile-P, ici @C à Vous en décembre 2022.