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Placebo


Retour sur un énième malentendu beaucoup trop ancré.

La volonté d'association avec Placebo fut récurrente voire inévitable en interview à partir de 1999. Nicolas procédait comme il l'avait fait en 1996 avec Suede, Blur et Oasis : en livrant des analyses très personnelles sur le public de ses rêves, révélant au grand jour de grossières stratégies de communication. Nicolas s'engouffra dans cette nouvelle brèche avec un aplomb et une outrecuidance d'une rare intensité. Il fallait coûte que coûte que l'association rentre dans la tête des gens :

"On se sent plus proche de groupes anglo-saxons comme Placebo. Beaucoup de nos fans sont d'ailleurs aussi des fans de Placebo. On est musicalement un peu isolés dans le paysage francophone."

Nicolas Sirchis, Tribu Move, avril 1999


"Indo garde cette image forte en France de groupe des 80's, mais dans le reste de l'Europe on nous classe dans le même créneau que des groupes comme Placebo."

Nicolas Sirchis, XL, 1999

 

"J'ai vu quelques annonces l'autre jour : 'Guitariste cherche groupe. Influences Depeche Mode, Placebo, Garbage, Indochine'. Ça m'a touché, c'est la première fois que je voyais ça."

Nicolas Sirchis, Rocksound, juillet 1999

"Qu'aimes-tu dans la musique de Placebo, et voudrais-tu collaborer avec eux ?
Oui... Sauf que je suis moins important que David Bowie. ! (Rires) Brian Molko aime bien Indochine et il nous connaît parce qu'il a habité au Luxembourg. J'aime leur musique parce qu'ils prouvent que même si c'est à la mode de dire que le rock est mort, ils peuvent innover quoi qu'il arrive. Sur scène, ils sont d'une perversité à la fois guignole et très forte. Ils sont visuellement très intéressants, avec cette ambiguïté qui m'attire. C'est sûr qu'entre Elvis Costello et Placebo, je choisis Placebo ! (Rires) Pour moi, le rock doit être sensuel. On jouera peut-être ensemble dans des festivals..."

Nicolas Sirchis, Tribu Move, avril 2000
 
Il évoque ici le duo de Placebo et David Bowie sur "Without you I'm nothing".

Voir : David Bowie


Nicolas martelait tellement son désir d'affiliation avec Placebo qu'il finit par obtenir un concert en commun en 2000 aux arènes de Nîmes, et même une interview avec Brian Molko ! Le concert n'était pas complet, et les fans d'Indochine minoritaires mais bruyants. Les articles de l'époque mettaient forcément l'accent sur le caractère très incongru de cette association :
"En l'occurence, c'est Indochine (Nicola Sirkis est grand fan de Placebo) qui avait été choisi pour ouvrir le concert. Si pareille affiche, la foule n'a pas vraiment été au rendez-vous (dure concurrence du derby footeux Nîmes/Montpellier le même soir...) et que l'arène semblait loin d'être pleine, le public qui se préparait à réserver un accueil sans précédent au trio de 'Black Market Music', a commencé par faire un joli triomphe au groupe français en première partie, et pour qui la partie n'était a priori pas gagnée d'avance."

Thomas Vendenberghe, Rock Sound, octobre 2000
"21h30. Indochine joue et fait chanter les premiers rangs. Bonne surprise, le public semble également venu pour eux. Nicola Sirkis, en bon caméléon, est habillé en parfait sosie de Molko."

Basile Farkas, Rock & Folk, juin 2000

Voilà ce qu'on appelle faire les yeux doux à un nouveau public. La biographie officielle raconte encore aujourd'hui ce concert commun comme un highlight, et matraque infatigablement une filiation aussi profonde que fantasque entre les deux groupes. Aujourd'hui encore, peut-on lire sur le site :
"Autre point d'orgue de cette tournée, le 12 août, un concert Indochine / Placebo est organisé aux Arènes de Nîmes. Une façon pour les deux groupes, qui s'apprécient mutuellement, de se rapprocher encore un peu plus."

Indo.fr

L'hagiographique Insolence Rock y va même à fond dans une sociologie de Hard Rock Café :
"Le public drainé ce soir-là par les deux formations est sensiblement le même, la génération des quinze-vingt ans (khôl et noir aux lèvres pour les filles), fatiguée des modes éphémères imposées par l'industrie du disque, et redécouvrant pêle-mêle les Cure, les Smiths ou Bowie dans la discothèque du frère ou de la sœur aînée... [...] Au delà de la différence d'âge, les deux musiciens cultivent à la fois le même respect pour le passé et le goût de l'innovation sonore... Mais Molko vit en Angleterre et Nicola en France... Pas évident, dans ces conditions, de mettre en parallèle le succès et l'exposition médiatique de ces deux groupes."  

Sébastien Michaud, Insolence Rock, Camion Blanc, 2004

Nicolas et Brian Molko, Nîmes, 2000

À force de le répéter, Nicolas finit forcément par provoquer cette hybridation tant désirée, entre des publics pourtant très différents et qui n'avaient qu'assez peu à partager. Les nouveaux fans d'Indochine, qui n'avaient pas pu échapper à la mode, virent alors en Placebo des sortes de cousins, et surtout un soutien direct de la part d'artistes très crédibles. L'intérêt fut en revanche - très logiquement - moins visible du côté de ceux qui avaient aimé les premiers albums de Placebo, n'ayant évidemment rien à voir avec quelconque production indochinoise quelle que soit l'époque.

Voir : 1999 - Dancetaria


Imaginez-vous de telles phrases dans la bouche d'un autre artiste ?
"Oui on se connaît bien, on parle de maquillage."

Nicolas Sirchis à propos de Brian Molko, 2000

"Nous, depuis dix ans, on n'est nulle part, on n'a pas de marketing, beaucoup ont l'impression de découvrir ce groupe : un peu marginaux, ne faisant pas l'unanimité, parce qu'il y a une sincérité dans ce qu'on a fait et dans ce que les gens ont capté. Si j'avais 15 ans aujourd'hui, j'écouterais Indochine, Placebo et les Smashing Pumpkins".

Nicolas Sirchis, l'Alsace, janvier 2001

"Notre public est celui de Placebo et Radiohead !
Nicolas Sirchis, Tribu Move, janvier 2001 

 
Interview après interview, Nicolas s'acharnait, et inventait les goûts du public de ses rêves.

"Depuis dix ans, nous ne sommes plus programmés en radio, les médias nous considérant peut-être comme finis. Mais notre public peut aimer autant Placebo qu'Indochine."

Nicolas Sirchis, France Soir, janvier 2001


"Or nous on s'était aperçu au contraire il y a déjà quatre ou cinq ans qu'il y avait un tout nouveau public, pour Indo, qui n'était pas là par nostalgie mais parce qu'il associe le groupe à Placebo ou aux Smashing Pumpkins."

Nicolas Sirchis, Rocksound, février 2001

 

"Mais cette fascination pour l'ambivalence demeure. Tes costumes de scène en sont un exemple. Ton attirance pour l'univers de Brian Molko en est un autre...
- Oui, c'est vrai, grâce à lui d'ailleurs, je peux me remaquiller sur scène (sourire) !"

Nicolas Sirchis interviewé par Yves Bongarçon, Rocksound, février 2001

 

"Hier vous étiez les Cure à la française, aujourd'hui le Placebo francophone. Que pensent ces groupes anglais d'Indochine?
- Brian, je l'ai vu plusieurs fois. Ayant vécu au Luxembourg, il connaît bien L'Aventurier. Il a revu le groupe récemment. Quand je vois comment il est dans les loges et ce qu'il prend, c'est sûr qu'il est beaucoup plus rock que moi. Placebo est plus noisy, plus Sonic Youth qu'Indochine mais je sais qu'il nous aime bien. On a fait un concert ensemble et il se sentait mal à l'aise de jouer après nous. Ce qu'on fait ne le touche pas directement mais il est très respectueux de notre parcours et de notre public. Il se rend compte que beaucoup de nos fans aiment aussi Placebo. Il ne peut pas en dire du mal. C'est un malin, Brian.

Nicolas Sirchis, Télémoustique, janvier 2001

Si Brian Molko est en effet un personnage malin, Nicolas lui est rusé, fourbe et insidieux. Puis l'année suivante, il montra qu'il était possible d'aller encore plus loin :
"Le fait que Placebo connaisse un succès phénoménal et que son public suive Indochine, m'a réconcilié avec le rock. Tout le monde a en mémoire notre affiche commune aux arènes de Nîmes en août dernier. J'ai alors découvert que Brian Molko était fan d'Indochine quand il n'était encore qu'un jeune étudiant au Luxembourg. La longue tournée Dancetaria Tour nous a permis de rencontrer notre public : il est de plus en plus jeune, il écoute aussi bien Smashing Pumpkins, Nine Inch Nails, Marilyn Manson qu'Indochine. Ayant les mêmes affinités avec notre nouveau public, notre son a évolué normalement."

Nicolas Sirchis, Tribu Move, avril 2002

Non. Seule une partie du public de Placebo, la plus jeune, simplement le nouveau public rock de cette époque, s'était mis à suivre aussi ce nouvel Indochine matraqué en TV et radio. Quant à cette évocation lunaire d'un jeune Molko fan d'Indochine, elle est plus qu'exagérée. Francophone, Brian Molko connaissait évidemment les immanquables Indochine, mais n'a jamais évoqué autre chose qu'un souvenir agréable de "L'Aventurier" à la radio luxembourgeoise.
"J'ai l'impression que la France a toujours été plus branchée par la variété. Je me souviens d'avoir vu s'enchaîner le clip de 'L'Aventurier' d'Indochine - que justement, je ne compare pas du tout à la variété - avec un clip de Dalida ou de C. Jérôme. Ça fait une dichotomie un peu bizarre.
Je vois que tu es familier de la grande famille de la variété française !
- J'ai grandi au Luxembourg et j'ai beaucoup regardé la télé française. J'ai été confronté de près à la culture Michel Drucker ou Jacques Martin."

Brian Molko, interview croisée avec Nicolas Sirchis, Rocksound, août 2000

Nicolas, très en confiance dans ce logiciel "Placebo", s'afficha dès le début du Paradize Tour en 2002, avec une Fender Jaguar flambant neuve. Il s'était donc acheté la même guitare que Brian Molko. Il enchaîna même au cours de la tournée avec une Gibson SG, toujours dans la même couleur que celle que Molko avait choisie.

Elysée-Montmartre, 2002

Il n'est pas exagéré de dire que Nicolas s'était déguisé.


Ce choix avait bien sûr pour but d'installer une ressemblance entre les deux groupes, et nous devons observer que cela a très bien fonctionné. Visuellement, l'illusion était redoutable et nous savons qu'en France le rock n'a jamais été vraiment dissocié d'un certain look. Mais Molko sortait de sa guitare un son et un jeu tout à fait singuliers, alors que Nicolas était toujours franchement mauvais.

Voir : Nicolas et la guitare


Mais à l'époque de l'Elysée-Montmartre, il allait falloir - très logiquement - encore un peu de temps au public d'Indochine pour intégrer cette nouvelle figure à leur représentation de l'univers d'Indochine. Brian Molko fut invité à la première date du Paradize Tour pour un DJ Set, mais la salle se vida aux trois quarts avant son arrivée. Un épisode gênant, soigneusement évité par les versions officielles qui préfèrent souligner encore et toujours que le chanteur de Placebo était là.

Sur un malentendu.


Comme Molko également, Nicolas alternait, au cours de la tournée, les tenues noires et blanches...





...allant même jusqu'à tenter la robe courte.


Nicolas allait vraiment très très loin dans l'imitation :

Brian Molko en 1999 / Nicolas Sirchis en 2002

"Tu disais, 'je suis moins important que David Bowie'. Alors, y aura t-il un projet en commun, un duo ?
- Honnêtement je ne sais pas. Moi c'est Bowie qui m'a donné envie de faire de la musique, et de préférer des groupes qui ont une aura sexuelle à d'autres. Brian Molko m'a donné envie de me remaquiller sur scène, chose que j'ai faite de 1981 à 1990. Ce côté sensuel me manquait. C'est vrai que Placebo a un côté beaucoup plus rock que nous, c'est ça qui justement m'intéresse ! J'aimerais qu'on reprenne 'Amoureuse' de Véronique Sanson. Je pense que ce sera un duo intime, dans le sens où on se connaît assez bien pour le faire."

Nicolas Sirchis, Tribu Move, janvier 2001

 

"Nos routes sont parallèles, mais je pense qu'il ne faut pas qu'elles se croisent tout le temps... Tout le monde attend que nous fassions un duo, c'est trop évident ou alors sur "Amoureuse" de Véronique Sanson : "Une nuit, je m'endors avec lui...". La dernière fois qu'il est venu à Paris, nous avons passé la journée et la nuit ensemble ! Je vous vois venir, en tout bien, tout honneur bien sûr !"

Nicolas Sirchis, Tribu Move, avril 2002

 

"Brian m'a téléphoné juste avant qu'il n'entre en studio et il m'a dit que ça les intéresserait de faire un remix pour Le Grand Secret, je lui ai envoyé mais je ne sais pas où ils en sont !"

Nicolas Sirchis, Rock Mag, novembre 2002

Nous attendons toujours ce remix.

En 2005, le désir de Nicolas et de nombreux indofans de l'époque se réalisa enfin : Brian Molko chante sur un album d'Indochine !


Thought donc, qui termine quand-même en sought sur la version anglophone.


"Pink Water" fut jouée sur l'intégralité de l'Alice & June Tour, mais la voix de Molko était remplacée par une ligne de basse six cordes, mixée en avant. Les fans attendaient le duo sur scène, mais ce fantasme ne se produisit jamais : ils durent se contenter de chanter eux-mêmes. Le morceau sortit un peu plus tard en single chanté par Nicolas seul, et l'affaire mourut à petit feu avec le temps.
"Pourquoi ne pas avoir travaillé ensemble auparavant ?
- Parce qu'on n'arrêtait pas de nous bassiner avec ça, et qu'il fallait que l'envie vienne de nous."

Nicolas Sirchis, Instantmag2 spécial Indochine, octobre 2006

Cette sortie est incroyable au regard des précédentes, notamment celles d'avril 2000 et janvier 2001 où il disait vouloir collaborer avec Brian Molko et avait même sa petite idée de reprise. Ici, Nicolas prétend qu'il n'a fait qu'accéder à la demande, alors qu'il avait créé cette affiliation de toutes pièces, et infatigablement matraqué le nom de Placebo pendant au moins six ans. Un moyen récurrent de se dédouaner, en projetant ses propres spéculations et calculs sur le public et les médias, et même confier un certain agacement. Décidément, personne ne comprend rien à Indochine !

Mais de la même manière qu'un "Tomboy" ou un "Gloria", "Pink Water" n'avait clairement pas été écrit comme un duo, puisque seul un couplet était dédié au chanteur invité. Il faut plutôt y voir un clin d’œil, comme un caméo. Une façon d'expliquer pourquoi "Pink Water" chanté par Nicolas seul est bien plus cohérent, à l'image de cette version apparue fin 2010, plausiblement pensée comme un enterrement définitif de la version album avec Brian Molko.
 

Malheureusement, depuis le milieu des années 2000, la hype Placebo était redescendue, et passé le court épisode de "Pink Water", Nicolas n'en parla plus en interview. Toutefois, il n'en avait pas complètement fini, puisqu'une référence furtive apparut dans le clip de "Un ange à ma table", qu'il réalise lui-même :

Suzanne Combeaud et Nicolas Sirchis dans "Un ange à ma table", 2010

Placebo, Without you I'm nothing, 1998
"Dans le clip de 'Un ange à ma table', on voit Suzanne et moi de profil, dans les couleurs d'une pochette de Placebo."

Nicolas Sirchis in Indochine, le livre, Jean-Éric Perrin, 2011

Il osa en 2011 dans Kissing my songs une ultime comparaison :
"Je retrouvais en eux quelque chose de l'Indochine des débuts, et du coup, avec Brian on s'est pas mal rapproché. [...] Il y avait un truc qui se passait, je le voyais comme un petit Nicola."

Nicolas Sirchis in Kissing my songs, Agnès Michaux, Flammarion, 2011

Que les gens se rendent compte à quel point c'est de la folie de dire un truc pareil, de faire preuve d'un tel narcissisme, d'une telle malhonnêteté et d'un tel manque de respect. Quel est ce "quelque chose" que Nicolas voyait, la présence d'une guitare rouge sur des vêtements noirs ? Les mèches de cheveux ? Du maquillage ? Un côté irrévérencieux ?

Nous pouvons lire cette extravagance comme un aveu grossier, selon lequel Placebo n'a jamais été vu autrement que comme un moyen pour éclairer Indochine de sa lumière, et que Nicolas s'aimait lui-même à travers l'intérêt qu'il portait au très respecté chanteur de Placebo.


Son coup de cœur pour le groupe londonien nous éclaire ainsi superbement sur son fonctionnement en matière de goûts musicaux.
"Pour moi, Noir Désir, c'est tout sauf sexuel ! À part la gueule du chanteur qui est intéressante... Enfin je veux dire, il est mignon."

Nicolas Sirchis, Rocksound, juillet 1999

 

"Pour moi, la pop, c'est quelque chose qui fait danser les gens, il faut qu'il y ait de l'énergie, du sexe. Noir Désir c'est tout sauf ça, car Noir Désir, c'est très sérieux. Bertrand Cantat ne se maquille pas. Et c'est vrai qu'on nous a représenté comme ça. Sur scène, maintenant, j'apparais en robe noire et ça produit un effet très fort sur les gens. Moi, j'aime ce côté pervers, ambigu que l'on peut, par exemple, retrouver chez Placebo."

Nicolas Sirchis, Rocksound, janvier 2000

 

"Il y a quatre ans, quand j'ai vu "Nancy Boy" de Placebo sur MTV, je me suis dit : 'Enfin !'.
Un vrai déclic de fan...
Absolument, qui a eu lieu sur le côté un peu arty du clip de 'Nancy Boy'".

Interview croisée de Molko & Sirchis dans Rocksound, 2000


Donc dans les faits, il a juste flashé sur le clip et les looks. Il n'y a dès lors pas à s'étonner de ne pas entendre d'influence musicale au delà d'une certaine distorsion. Plausiblement ce côté "pervers", mot qu'il employait alors assez souvent, alternativement à propos d'un son, ou d'une certaine attitude. Il n'y a pas non plus à s'étonner du fait que Nicolas ne connaisse pas les paroles de Placebo, sauf éventuellement lorsque le titre du morceau est prononcé.


Exception faite pour "Mars Landing Party" où là, oui, Nicolas connaît les paroles et ça lui parle. Même si comme à son habitude, il se trompe.
"Moi j'voulais chanter, embrasse-moi mets-moi un doigt dans ton cul... (sic)"

Nicolas Sirchis, MCM, 2004


"Moi c'est Bowie qui m'a donné envie de faire de la musique et de préférer des groupes qui ont une aura sexuelle à d'autres."

Nicolas Sirchis, Tribu Move, 2000

 

"La première fois que j'ai vu un clip de Placebo, je me suis dit qu'enfin le rock anglais recommençait à être intéressant, dans ce côté un peu bowiesque, un peu sensuel..."

Nicolas Sirchis, Rock Mag, novembre 2002

Donc : Nicolas aimait Suede depuis plusieurs années, mais c'est avec un clip de Placebo qu'il estima que le rock anglais était redevenu bowiesque et sensuel. Les connaisseurs de Suede apprécieront l'analyse clownesque du chanteur d'Indochine.


Depuis longtemps, et surtout dans la rubrique hebdomadaire "La playlist d'Indochine" sur les réseaux sociaux, les goûts de Nicolas sont assez clairs : une attitude rock et provocatrice, de l'androgynie, du maquillage et si possible de jeunes filles. Comme si cette musique n'était qu'un moyen d'encanaillement, pour ce Nicolas petit-bourgeois qui ne s'est jamais montré mélomane.

Et en 2020, forcément, inévitablement, il flashe sur Yungblud.
"Placebo c'étaient les mêmes recettes que David Bowie au tout début, et puis après Marilyn Manson, et puis là Yungblud c'est les mêmes recettes. Maquillage, outrance, machin..." 
Nicolas Sirchis, Konbini, décembre 2020

Les mêmes recettes, trahissant une remise au second plan de l'aspect musical - rien que ça - doublée d'une ignorance voire d'un rejet des contextes culturels et langages très différents caractérisant les artistes cités. Nous vous renvoyons au reste du blog en ce qui concerne les recettes utilisées par notre héros.


En 2021, Nicolas s'engouffre dans un tunnel sur le plateau de Yann Barthès :
"Y.B. : Nicolas pourquoi vous avez jamais fait d'album en anglais ?
- N.S. : Bah parce que je parle anglais comme un français quoi. Si si. Nan mais on travaille en Angleterre. En Angleterre c'est incroyable parce que... Elle [Chris, ndlr] passe tout le temps. Euhhh, avant, pendant, après, enfin j'ai toujours entendu. Mais euh, non, parce que, en fait, moi j'aimais bien les versions originales...
- Y.B. : Parce que vous avez été vachement inspirés par l'Angleterre justement.
- N.S. : Oui, ouiouioui absolument, mais euh... On a des limites, euh, dans l'accent anglais, et donc euh, à un moment donné il aurait mieux valu rester chez nous... Mais non, en fait, les morceaux qu'on reprend comme ça, on aime bien, mais, euh. Comment dire. Euh, c'était plus euh... En fait, le rock c'est beaucoup plus compliqué, euh... Dans, dans, dans sa musique à elle c'est les nouvelles générations, c'est 3.0, ça va beaucoup plus vite, euh...
- Y.B. : Y'a du rock français, du rock britannique, c'est pas le même...
- N.S. : Ouais. Mais par contre on est respecté. Vachement. Euh, les Anglais ils nous respectent vachement euh, parce que la carrière, parce que et caetera, et puis y'a eu les Placebo qui sont venus, enfin y'a plein de choses qui sont venues euh, vers nous, parce que ouah, qu'est-ce que c'est que ce groupe là, comment ça marche..."

Dans les faits : Les Placebo ne sont pas venus, Nicolas est allé lui-même chercher leur chanteur pour s'en faire un ami. Comme au lycée, ça faisait bien de se montrer avec le gars le plus populaire dans la cour de récré.



Il est toujours fascinant d'écouter un musicien parler de ses influences, goûts et histoire personnelle en parallèle avec la musique. En revanche, il n'existe pas à notre connaissance d'autre exemple d'un chanteur dépensant autant d'énergie à parler des autres groupes à la mode pour essayer de s'y faire associer. Les interviews et citations sont claires : Nicolas n'a jamais su parler de Placebo et de ce que musique et paroles pouvaient représenter pour lui au delà d'un intérêt pour un aspect provocateur et un coup marketing.

Le lien entre les deux groupes ne semble basé que sur un certain goût pour la transgression, l'androgynie et les vêtements noirs. Une pareille affiliation ne semble possible qu'au pays de Johnny, où le rock est avant tout pensé comme un look et une attitude. Mais Placebo mérite bien mieux que cela.

Aujourd'hui encore, il est naturel pour une grande partie du public arrivé au début des années 2000, plausiblement très influencé par une campagne marketing redoutable, de mettre les deux groupes dans le même panier. Et aujourd'hui encore, nous ne comprenons pas pourquoi, puisque cette illusion permise par un mauvais tour de magie disparaît en appuyant sur "Play".
 
 






Black City Parade : Le Film

Si l'on vous parle d'un film sur la conception d'un album, vous vous figurez des musiciens qui jamment ou qui noircissent des partitions. Ou mieux, les coulisses du rock comme chez Spinal Tap. Mais auriez vous imaginé une équipe d'employés résignés autour d'un petit chef ?

 
Un film réalisé par un certain Winslow Paradise, un pseudonyme évident qui cache non pas Nicolas comme nous l'avons longtemps cru, mais un certain Fabien Martineau, administrateur de la société Isuro spécialisée dans la production de films institutionnels et publicitaires. Cette société avait déjà réalisé les visuels du Meteor Tour et des deux concerts pour Paradize+10 en plus du petit DVD qui l'accompagne.

Voir : +10


Alors que quatre ans plus tôt, La République des Météors "part dans tous les sens", ici "y'a plein de choses, dans une parade y'a plein d'éléments, d'émotions et de sensations". Soit.

Petit rappel du concept de l'album selon Nicolas : 
"Alors tu sais qu'au départ le nom de code de l'album c'était Black Pussy (rires)... Et que, euhhh, et que, parce que, tout d'un coup le morceau Black City Parade s'appelait Black Pussy, ça collait bien avec le côté un peu disco night du morceau, [...] et puis le côté euh, et puis arrivent les Pussy Riot, et je me suis dit non merde, pff... Et donc après je me balade, et puis je dis mais oui, les villes, city, voilà... Et puis pussy, city, on était dedans et boum."
Nicolas Sirchis, interviewé par Sébastien Ministru, RTBF, 2013

Ainsi, chaque lieu différent est affublé d'un "City" pour coller à cette idée. Le film montre donc des séquences à Paris City, Bruxelles City ou encore La Trinité City. Les hostilités sont lancées avec une question plus que légitime : "Est-ce qu'on a encore des choses à dire" ? Cela fait écho à ce que disait Nicolas en 2002 dans Rocksound, à propos de Paradize 
"Est-ce que je ne suis pas arrivé au bout de l'aventure ? Est-ce que j'aurai encore quelque chose à dire ? Car par exemple, ces trois albums sont ceux pour lesquels j'ai eu le plus de mal à écrire des textes. [...] Alors que pour les albums précédents avec Dominique, les textes étaient plus ou moins écrits avant, tout était maquetté avant d'entrer en studio, etc. Là, tout se fait dans la douleur..."

Dix ans plus tard, cette même douleur est immortalisée dans Black City Parade, le film. Mais cette interrogation qui paraît naturelle nous dit plus que ça. Elle montre que c'est seulement après un processus créatif qu'il détermine s'il avait encore des choses à dire, et que ce n'est pas l'inspiration ni la volonté de défendre une idée qui le motive avant à faire un nouvel album. Le film montre ce qui se passe entre ce avant et ce après.


Nos duettistes se retrouvent donc en 2011 dans l'appartement parisien de Nicolas (Paris City, donc) pour faire un peu de son.


Nous découvrons ces fameux "projets", comme par exemple la démo de ce qui donnera "Wuppertal", très éloignée du résultat final (sans guitare, dixit Olivier...). Et la déception de Nicolas quand il apprend qu'il n'y a pas de mélodie voix... Eh oui, il va falloir jouer pour que ça sorte ! Mais il ne fait pas secret de préférer arriver dans un environnement confortable avec des travaux déjà bien avancés :
"Le plus important pour moi, d'abord, c'est d'avoir la mélodie musicale et la mélodie voix."

Arrêtons-nous sur le mot "projet", qu'Indochine Mk2 préfère employer au lieu de "démo". S'agit-il, comme nous souffle le Larousse d'une "première ébauche, première rédaction destinée à être étudiée et corrigée", comme un projet de roman ?

Vu le contexte, il semble que ça soit dans le sens managérial : "un ensemble finalisé d’activités et d’actions entreprises par une « équipe projet » sous la responsabilité d'un chef de projet dans le but de répondre à un besoin défini par un contrat dans des délais fixés et dans la limite d'une enveloppe budgétaire allouée" (Wikipédia)

Le "projet" est donc ici une matière première destinée à assembler un produit, soumise à l'évaluation d'un supérieur. Nous verrions un grand intérêt à pouvoir écouter ces documents, comme nous apprécions les "home demos" ou "studio demos", disponibles auprès de groupes plus généreux. Mais chez Indochine Mk2, il semble que cela revienne à demander des échantillons du bois qui aurait servi à fabriquer un meuble.


Ainsi apparaissent les tableaux, les graphiques, avec la mélodie A, B, C, D, pour le couplet D, E, F, G... Pour autant, nous ne voyons la plupart du temps qu'Olivier ou Nicolas jouant seul. Le duo ne joue qu'assez peu ensemble, l'un des deux seulement étant musicien. Pour l'autre, son implication ne peut se résumer qu'à donner son avis sur ce qui semble bien, à essayer ou à combiner. C'est ce qui nous est montré.
Olivier Gérard : "C'est Nicolas qui me disait que dans tous les groupes y'a un duo de composition etc. Là où je pense on est complémentaire et où on se rejoint, c'est qu'on a... on a une approche très sauvage de la musique quoi. C'est à dire que... On se met devant un clavier, on essaye, on tâtonne, on se met pas de... de barrières, on essaie de pas trop intellectualiser... intellectualiser la chose. Et quand euh... Quand tout d'un coup t'as une émotion, ou tu penses que ça le fait, bah voilà tu vas pas... Tu vas pas dire 'ah oui, mais, bon...'"

C'est vrai, les exemples de groupes formés autour d'un duo de composition sont nombreux. Mais une nouvelle fois, ce n'est pas parce qu'il est dit que "tous les groupes" feraient cela, qu'il faut en faire une règle à suivre systématiquement. Cependant, ce stade du film montre quelques rares moments, peut-être pas de sauvagerie mais en tout cas d'une spontanéité agréable à l'écran. Nous serons moins dupes sur les plans ouvertement décoratifs, où Nicolas est montré avec des livres d'art ouverts sur les genoux, tel un esthète et un artiste complet. 

Arrive le moment où Nicolas et Olivier "préviennent le groupe" (!) et "ouvrent des sessions pour chacun". Il s'agit alors pour chaque collaborateur d'amener ses propositions et de les soumettre au chef, qui n'en prend que quelques éléments disparates, ici et là. La froideur avec laquelle il procède crève l'écran.
François Soulier : "Des fois y'a un morceau ou deux de retenu... Si c'est bien, hein... Puis Nicolas des fois il a des idées il te prend une intro d'un de tes morceaux, avec un couplet d'un autre morceau, avec trois morceaux il t'en fait un quoi. C'est des idées qui servent à ça."

 
L'amertume de François "Shoes" Soulier quant aux "cosignatures" est très perceptible. Les pincettes prises à propos des méthodes de Nicolas sont énormes, mais le souhait partagé par tous que Nicolas respecte davantage leurs propositions est évident. Nous nous prenons alors à imaginer des clauses contractuelles sur une autorisation de dépiautage des morceaux proposés.
Nicolas : "Le choix se fait... Par légitimité ou par impartialité... Mais par goût surtout. C'est à dire que moi si les notes ne me parlent pas j'y arrive pas."

Si le message que nous sommes censés entendre est celui de l'exigence, la réalité montre plutôt un Nicolas implacable quant à ses préférences personnelles. S'il ne fait pas de doute que le goût ici invoqué est le sien, c'est aussi le cas pour la légitimité. Les mieux documentés feront facilement le lien vers les cosignatures imposées par Nicolas sur les albums Wax (1996) et Dancetaria (1999), sur lesquels il s'arrogeait déjà une légitimité supérieure, du vivant de son jumeau.

Voir : 1996 - Wax, 1999 - Dancetaria


Il est courant et naturel de composer en testant des agencements d'éléments variés proposés par tel ou tel musicien. "J'ai trouvé ce riff, on voit ce que ça donne ?", "Essayons ce refrain !" Ici, loin de contributions organiques où les musiciens jouent ensemble, c'est en fait Nicolas qui détermine qui collabore avec qui, selon les éléments qu'il aura sélectionné et assemblé dans le logiciel. Les musiciens ne servent qu'à interpréter cet assemblage, une fois réunis.

Les premières tambouilles terminées, nos amis se retrouvent dans une des maisons du luxueux domaine de Luc Besson à La Trinité-des-Laitiers (où ils ne sont pas si isolés que le film ne veut le montrer.).


Le refus du morceau "1967" de Boris Jardel pour l'album est pommadé par la présence dans le film d'une longue séance de travail autour du morceau en question. Nous y apprenons d'ailleurs que Boris, qui a tendance à jouer de manière assez syncopée, est invité à jouer droit
Nicolas Sirchis : "C'est bien ça ! Une bonne chanson pop. On pourrait dire la même chose de 'Won't get fooled again' des Who ! Hahaha !"

Oui, mais non. Contrairement aux espérances de Boris, ce ne sera toujours pas pour cette fois que nous pourrons entendre une de ses compositions sur un album d'Indochine. Cette séquence du film semble aussi évacuer "1967", et interdire sa présence dans un futur album. L'interview du guitariste, réalisée après le final cut de l'album, ne dissimule pas un certain abattement : 
Boris Jardel : "C'est bien connu, moi quand je compose c'est toujours pop/rock quoi... Fatalement, quand je me mets à composer de cette façon là, enfin... inconsciemment ou plus ou moins, je sais que c'est toujours fait pour être joué live."

L'emploi du terme "fatalement" n'est pas anodin, et nous imaginons des reproches de longue date sur un style cher à Boris, mais qui ne conviendrait pas à Indochine Mk2. Il est pourtant possible pour un groupe de musique d'avoir des morceaux qui n'existent que sur scène, mais à l'échelle de Nicolas on serait déjà dans le jazz...


Les musiciens s'ennuient. Gros silences, regards perplexes, attitudes résignées. Les idées de Nicolas ne plaisent pas, et ça se voit à dix kilomètres. 


Sa finesse et sa créativité s'expriment au grand jour :

"Une grosse basse superman à la Gang Bang ! Pouh ! Tch ! Pouh ! Tch !"

"Des p'tites cocottes qui appuient la babasse."

"Donc, alors maintenant, il faut trouver un arrangement... [grand silence dans la pièce] Une grosse babasse avec une grosse séquence basse !"

"C'est un refrain ça ? Eh ben, on a pas mal de ce qu'il faut alors..."


Il y a même une séquence de fou-rire : au moins certains membres du groupe semblent bien s'entendre.
François Soulier : "On joue, on s'amuse, et il y a un moment donné où ça va sortir. On sait pas quand, mais c'est en s'amusant qu'on... C'est en s'amusant et en s'oubliant que c'est là que ça vient, en général."

Comme Shoes, les habitués du travail en groupe savent bien que beaucoup d'idées peuvent sortir de ce genre de moment où la tension retombe. Mais chez Indochine Mk2, il y a des limites à la rigolade :
Olivier Gérard : "Voilà, un petit moment de détente. Après faudrait pas que ce genre de... Faut pas que ce soit trop youplapla, et on bosse pas quoi. C'est pour ça que si un jour on fait une composition avec le groupe, il faut être structuré, ouais."

"Si un jour" ! Oui, nous aurions pu imaginer, par exemple, le cas pour l’événement que devait constituer "Nos Célébrations". Impliquer tout le groupe sur un morceau aurait été une première qui aurait fait sens pour fêter l'anniversaire. Mais n'oublions pas qu'il s'agit ici d'un projet solo dirigé comme une entreprise. Dès lors, si tout est organisé en sessions, en heures de travail et en emplois du temps, l'amusement, voire le plaisir, n'est plus qu'un éparpillement et jamais un espace d'expression.

Le gimmick de piano du très moyen "Le Messie" sort d'un de ces rares moments collectifs. Nous voyons que le très sympathique François Matusczenski apporte une bonne volonté et un savoir-faire salvateurs. Au cours de cette séquence, Indochine Mk2 ressemble à un groupe.
 

Mais alors que les musiciens sont renvoyés à la maison, Nicolas et Olivier décident des morceaux qui vont poursuivre l'aventure, en leur donnant une note de 0 à 3. Les autres sont alors jetés à la poubelle. Un exemple d'échange à propos de "Black City Parade" :
"Olivier : Euh... 2 voire 3.
Nicolas : Alors '2 voire 3' je sais pas comment écrire.
- Héhéhé, bah 2.
- Euh allez 3."
 
À cette occasion, Nicolas tempère sa domination en paroles, mais pas en actes :
Nicolas Sirchis : "Comme je n'ai pas voulu porter l'entière responsabilité encore une fois, de ça, j'ai demandé l'avis d'Oli. Et j'ai vu que c'était assez divergent quand même, sur certains morceaux."
"Encore une fois" ? N'avait-il pas souhaité, sur les albums précédents, avoir l'entière responsabilité du final cut ?
 
Il est toujours question ici de "Rubens" soit "Le Messie" sur l'album. Nous avions vu plus tôt Olivier faire une pose assez révélatrice en entendant Nicolas estimer qu'il y avait pas mal de ce qu'il faut, mais évidemment qu'il n'y croyait pas. Certes, ça ressemble à un morceau et ça tient à peu près debout, mais "J'entends Mao Boy et Just like heaven !"
 
"Boh, c'est pas si mal !"
Voir : The Cure


Olivier soulève à ce stade un point fondamental, celui des accords magiques qui avaient déjà été, à l'époque, saignés par Indochine Mk2. Pour autant, Nicolas ne le prend pas au sérieux : "Bah ouais mais moi je l'entends pas. Parce que c'est une autre mélodie-voix."

Bah ouais mais quand on est musicien, ça s'entend, peu importe la mélodie voix. Olivier fait partie de ces gens : "C'est des accords qu'on entend, partout, tout le temps..."

Nicolas ne comprend même pas le problème et croit que l'on parle ici d'accords isolés, comme un ré ou un sol : "On peut dire ça de tous les accords..." Alors qu'Olivier parle de progressions d'accords utilisés dans la musique radiophonique jusqu'à l'écoeurement, et qu'il est comme beaucoup fatigué d'entendre.

Face à un tel mur d'incompréhension (et un peu de mauvaise foi), Olivier se voit résigné à utiliser des accords magiques ad vitam æternam, comme si jamais rien d'autre ne pourrait un jour provoquer une émotion chez son patron. "Nos Célébrations" le prouve encore en 2020. Olivier reprend donc ses pincettes, et dit ce qu'il est bien obligé de dire :
Olivier Gérard : "Mais la musique c'est tellement subjectif que euh... Il va avoir une exigence ailleurs et pas là-dessus, et moi je vais avoir une exigence là-dessus et pas... Donc euh, pff... C'est des discussions sans fin, c'est des discussions qui servent à rien."

Bien sûr que les discussions servent à quelque chose, c'est la base ! Surtout en démocratie. Mais ne faut-il pas entendre ici que cela ne sert à rien d'avoir ces discussions avec Nicolas ?


Malgré ce léger conflit, "Le Messie" se retrouve sur l'album et en live, alors qu'Olivier confessait n'avoir aucune émotion sur ce titre... De même pour "Europane" qui finira sur l'album et sera jouée sur scène un soir sur deux. L'influence d'Olivier sur le final cut n'a finalement cours que dans la mesure où il est d'accord avec Nicolas :
Olivier Gérard : "Oui on n'est pas d'accord, sur notamment un ou deux titres de cet album-là. C'est vrai que moi Europane ou [Le Messie], je n'ai pas d'émotions quand j'écoute ces titres-là."

Sur la fin du chapitre normand, Nicolas décolle sur "Traffic Girl" et se montre visionnaire à propos d'un autre morceau :
Nicolas Sirchis : "Et 'Kill Nico' c'est un hymne... C'est un hymne..."

Un hymne à lui-même en cow-boy persécuté, qui eut même l'honneur d'être joué sur scène un an avant la sortie de l'album, au cours du concert jubilé de Paradize.


Il s'agit maintenant de voir si les morceaux fonctionnent à plein volume. Nicolas et Olivier ayant continué d'élaborer des morceaux sans jamais en parler aux autres, ceux-ci les découvrent une fois sur place. Cela signifie en substance qu'à l'ère d'Internet et au sein du même groupe, les autres musiciens ne reçoivent jamais un WeTransfer ou un Drive. À se demander s'ils communiquent, et si Olivier a seulement le droit de leur donner quelques pistes sur les travaux en cours... Shoes semble assez critique sur cette phase de l'élaboration :
François Soulier : "On déchiffre les morceaux, qu'on n'a jamais écoutés... Après, on les joue, on les répète ensemble... Après, on enregistre ensemble... Mais on garde pas !"

À ce stade, le film montre ce qui ressemble de loin à un groupe de rock. Nicolas nous dit une nouvelle fois qu'il procède selon ce qu'il croit en être le bon fonctionnement :
Nicolas Sirchis : "Pour un groupe de rock c'était normal de jouer ces morceaux tous ensemble."

Il explique aussi que c'est en enregistrant au plus vite que naît la spontanéité. Pourquoi pad, mais Nicolas n'a pas compris que ce n'est vrai que si les musiciens sont organiquement à l'origine des compositions. Or ici ce ne sont que des interprètes, forcés de bûcher dans l'urgence en attendant de faire leurs prises.


Toutefois, ce passage du film est assez ravissant pour les zikos, puisque nous y voyons beaucoup de matériel, de guitares et de pédales. Des images quasi-obligatoires pour la communication visuelle d'un "groupe de rock"...

C'est à cette occasion que Matu sort une référence BD !

Les Aventures de Tintin, Coke en Stock, Casterman, 1958

"Nicolas : Et la nana elle a dit l'autre jour 'ma référence sur cet album, New Order, les nouveaux... Indochine du début !'
Rudy Léonet : Du début ?
- Ah du début hein !
- Parce que moi je trouve que c'est plus ce que c'était, Indochine.
- Moi j'suis d'accord. Il faut revenir à l'essentiel. À la new wave. C'est ce que je leur ai dit.
- Mais sans faire années 80.
- Mais sans faire années 80. Bah c'est ce qu'on était en train de faire là. Un mélange de Coldplay et de New Order... tahahaha !"

Il déplaît fortement à Nicolas qu'un groupe - ici Chairlift avec l'album Something - cite l'Indochine de Dominique Nicolas ! Après l'album "de la maturité" où Indochine Mk2 avait fini par trouver sa propre cohérence, il était effectivement temps de remarquer que ce n'était plus Indochine. Nous ne saurons en revanche jamais sur quoi Nicolas était d'accord. Avait-il considéré le plus adulte La République des Météors comme un exercice de style voire une sortie de route ? Serait-ce alors ce qui explique le retour au jeunisme de Black City Parade ? Est-ce ce que Nicolas appelle revenir à la new wave ?

Oui, si nous considérons que la new wave est une étiquette pour :
"Les tubes calibrés FM, la musique de danse qui s'est largement diffusée dans les années 80."
Frédéric Thébault, Génération Extrême, Camion Blanc 🇫🇷, 2005

Mais si nous considérons les groupes new wave comme :
"[Bands who] shared punk's energy but tempered its vitriol with more accessible and novel singwriting sprinkled with liberal doses of humor, irrevence, and irony."

Theo Cateforis, Are We Not New Wave ?: Modern Pop at the Turn of the 1980s, 
University of Michigan Press 🇺🇸, 2011

Alors nous sommes aux antipodes de Nicolas qui n'a rien à dire ni à défendre à part lui-même et une légitimité martelée. Pour un Indochine plus new wave, voir L'Aventurier (1982).



Pendant ce temps, en 2013, nos amis essayent de déterminer si les morceaux passent le cap du live.

Indochine Mk2 fonctionne à l'envers. Les gens qui aiment assister à des concerts savent que les morceaux qui fonctionnent bien en live sont ceux qui ont été conçus en jouant ensemble, et en y prenant plaisir. Ici, il s'agit de faire sonner les bricolages de KMS avec six musiciens à plein volume, et voir si ça ressemble à un concert de rock. Mais alors que n'importe quel fan de musique aurait aimé voir ça à l'écran, les musiciens n'essaient rien ensemble, au mieux ils font tourner les morceaux

L'ambiance est parfois glaciale, avec par exemple un Nicolas imbuvable faisant la leçon à Marc Eliard (de loin le meilleur musicien du collectif), et expliquant qu'il hésite encore sur un tempo entre 114 et 116 pour "Black City Parade". On l'entend aussi lancer odieusement à un Shoes entre deux prises : "J'aurais jamais dû te dire que c'était bien."

Ce dernier explique par ailleurs, la mine basse, qu'il faut avoir le temps pour obtenir la prise magique, et que même pour eux c'est un luxe. Le plaisir semble ici plus absent que jamais, et si les conditions semblent luxueuses comparées au quotidien d'un intermittent moyen, la musique en groupe ne semble pas bénéficier de la priorité. Olivier doit même réveiller Boris alors qu'il était en train de se reposer, pour qu'il aille faire ses prises. Difficile d'obtenir de la motivation de la part du guitariste, qui ne donne pas l'impression d'avoir envie d'être là.

Arrive alors un moment incroyable où les musiciens jouent enfin ensemble joyeusement sur Jimmy Jazz des Clash. Ce moment du film, présenté comme un instant spontané capté par la caméra, montre en fait une récréation. Une pause syndicale, où les sourires reviennent sur les visages avant de devoir retourner au charbon. L'occasion de se rappeler Le petit cinéma de Mr Shoes en 2006, sur la conception d'Alice et June, qui montrait un collectif ne cessant pas un instant de déconner ! 

C'est là que Nicolas examine la liste des morceaux : "On peut dire qu'on a un album."

Comme un dossier bouclé.


Malheureusement, le film ne montre pas la genèse de tous ces morceaux. Mais à ce stade, on est en droit de se demander s'ils en font encore spontanément. Quoi qu'il en soit, c'est alors le début de la phase d'écriture pour Nicolas :
"Special thanks  no
viva del sol pueblo américano
Soledad Soledad soleywhy

Kill nico okokok good to live
sur l'intro : notre generation(en rideau et garage ...et ainsi
va et blame la vie
tout doux la lumière a quand bien meme
oui si je serais la tu te souviendras que nous avions vu
l'amour alors tu voudras recommencer
tu t'en souviendras tout les jours tout le temps
oui tu te souviendras
choral du groupe sur le couplet final
bridge c'est comme ça"

Et Nicolas "re-provoque des séances d'écriture" car selon lui "il manque des titres forts"... Et se donne le beau rôle : "Je me rappelle que sur les Météors, j'avais dit 'il manque quelque chose', et on avait composé 'Little Dolls'" et ajoute "Est-ce que j'ai eu raison ou pas, j'en sais rien ! Mais en tout cas pour moi il manquait quelque chose..."
 
"College Boy" est encore à ce jour l'un des morceaux préférés de Nicolas. Nous ne saurons jamais ce que pensent les autres de ces morceaux composés sur le tard, incluant également "Memoria".


À propos de "Anyway" un ancien projet nommé "Jeudi mort" :
"J'ai écrit les paroles en quinze minutes, et maintenant c'est un des morceaux que beaucoup de gens préfèrent dans l'album."

C'est quand-même fou de se vanter d'avoir écrit un texte en quinze minutes. Nous ne saurons pas qui sont ces "beaucoup de gens" qui préfèrent ce morceau, sachant que l'album n'était pas encore sorti au moment des interviews. 

Il ne va pas de même avec tous les textes de l'album. Nicolas se rend malade, et les écrit avec autant de volonté qu'un collégien devant ses devoirs de vacances. Le dictionnaire de rimes semble lui faciliter la tâche, ainsi que sa fameuse malle de livres où piocher des phrases, comme dans le Salomé d'Oscar Wilde où il aura été chercher quelques lignes pour le morceau du même nom.


Nous assistons à un moment où Nicolas, dans une mise en scène "au naturel" très proche d'un confessionnal de télé-réalité, évoque une nouvelle fois la douleur que ce processus implique :
"C'est ridicule hein, mais c'est vrai que c'est de la douleur. De la douleur au sens, pas 'mal' mais euh... C'est un peu de l'autoflagellation je trouve..."

Mais surtout, et cela est beaucoup plus intéressant : il se justifie une nouvelle fois sur ses textes. Son traumatisme scolaire ressort ici plus parlant que jamais. Il explique en partie l'attitude défiante et revancharde qu'il peut observer quant à ses textes sur lesquels, de sa propre confession, il n'accepte aucune critique :
"Ce qui me fait chier c'est que les gens pensent que j'écris n'importe quoi... J'en ai marre. Alors qu'il y a un sens. Mais c'est vrai que c'est un sens un peu alambiqué, un peu ambigu. Puis quand j'étais à l'école c'était pareil. On comprend rien à votre rédaction, on comprend rien... à votre dissertation..."

 

"Un jour, je serai quelqu'un de connu et je reviendrai cracher sur la gueule de tous ces profs !"

Nicolas Sirchis à propos de son adolescence dans Indochine,
Jean-Eric Perrin, Calmann-Lévy, 1986 
 
"Maintenant ce n'est que des chansons... Mais j'ai toujours peur hein, quand j'écris j'ai toujours peur. J'ai peur de, ouais, de la réaction générale... Je raconte pas d'histoires, c'est ça mon problème, en fait je raconte pas d'histoires. Y'a des gens ils ont peut-être envie d'écouter des histoires mais moi ça me fait chier. Je décris plutôt des états d'âme. Positifs ou négatifs. Des envies ou des désirs."
 
Si Nicolas s'était cantonné à ce type d'explication, il n'y aurait eu aucun problème et cela résume justement et sincèrement son écriture, malgré ses nombreux défauts. Seulement, comme nous l'avons déjà montré, son discours change selon la situation, avec une incapacité à se montrer cohérent. Ici, en extérieur et cigarette Vogue à la bouche, Nicolas dicte - dans un cadre officiel - ce qu'il faudrait penser si on le comprenait.

Voir : 2005 - Alice et June, Ceux qui n'aiment pas Indochine


Mais plus que la sensibilité de chacun, c'est son rejet pur et simple de la critique qui est problématique, réduisant ceux qui n'aiment pas Indochine à des gens qui n'auraient pas compris. Par ailleurs, s'il est clair qu'il veuille s'amuser avec la sonorité des mots, comme dans une grande partie de la poésie et de la chanson francophones, il semble assurément mal à l'aise avec la langue :
"Nos maîtres sont morts et nous sommes seuls notre génération n'est plus une génération mais juste celle qui reste... Le rebut et le coupon d'une génération qui promettait hélas plus qu'aucune autre... Voilà pourquoi sans doute tous nos amis sont morts notre seule faute c'est d'y avoir survi. (sic) Poaaaah ! j'adore ! c'est vachement bien !"
 
Un extrait que l'on retrouve lu par Valérie Rouzeau ("cette poétesse d'aujourd'hui là") en introduction de l'album, et qu'il n'a jamais vraiment commenté ou développé. Par quoi Nicolas a t-il été d'abord été captivé, le son ou le sens ?

Il peut pourtant être si enrichissant pour les musiciens de savoir de quoi veut parler leur chanteur, et de faire évoluer les morceaux parallèlement à l'élaboration d'un texte. Mais chez Mk2, les rapports entre musique et texte sont flous, pour ne pas dire inexistants. De son propre aveu, Nicolas ne cherche que ce qui sonne bien, et il est le seul à en décider. Une situation pareille explique l'impression constante de morceaux, de titres et de textes insensés et interchangeables : 
(Chez ICP) "C'est con hein. Parce que si, l'album premier... La République des Météors, si je l'avais appelé Météor tout seul, j'aurai conservé République... Tant pis... Paradize 2... République 2... Y'a le choix hein. En plus... à part Kill Nico, y'en a aucune qui a un titre... le titre définitif pour l'instant. Europane peut-être, je vais garder Europane. Le reste, faut que je trouve des titres pour treize chansons... [grognement]"

Nicolas finit tout de même par être surpris par le résultat de son bricolage : "J'avais encore des idées ! J'avais encore des choses à dire !"

En théorie, cette pratique proche d'un générateur aléatoire de chansons d'Indochine peut, par définition, fournir des résultats à l'infini. De plus, Nicolas ne se rend peut-être pas compte qu'il exclut ainsi toute croyance selon lesquelles ses textes auraient un sens implicite, comme évoqué précédemment. Au contraire, il valide la pensée qu'ils sont sans intérêt et commutables entre eux.


Mais alors, y a t-il quelque chose de fondamental pour un mélomane, qui serait apporté par Nicolas ? Quelques notes aléatoires de guitare et de piano, tout au plus. Il n'y avait pourtant rien de honteux à n'être que chanteur. En revanche, imposer ses titres et ses participations à tel ou tel morceau ne peut qu'être dévastateur venant d'un si mauvais musicien, et a fortiori un si piètre directeur artistique. Nicolas ayant su se montrer un parolier plus que correct à l'époque d'Indochine Mk1, il gagnerait sûrement à se cantonner au micro.

C'est pourtant bien ce qu'il est : "Alors vous allez vous reposer un petit peu, je fais une chanson et après on attaquera les chœurs dans l'après-midi !"

Comme pour souligner qu'il n'y a que lui qui travaille.

 
Nicolas aux choristes féminines (des fans qui ont passé les portes des afters, espérons en tout bien tout honneur vu leur âge) : "C'est très new wave. Pim pin pin pi pin pi pi pin pin".

Pour plus d'informations sur la new wave sur laquelle nous n'allons pas revenir, voici quelques sources utiles.


Avant que le groupe ne le retrouve à Berlin, nous découvrons Shane Stoneback dans son studio new-yorkais très enjoué sur "Europane". Nicolas est fier de montrer à l'écran cet ingé-son américain reconnu, aimer un morceau d'Indochine Mk2.

Peu après, arrive un échange assez parlant : Olivier propose une idée sur Traffic Girl, sèchement matée par Nicolas.
"(Oli à Shane) Try to mute the gimmick and let the other guitar, you know, the arpeges...
- Pourquoi tu veux dénaturer... [Musique]
- Quoi ?
- Pourquoi tu veux dénaturer le gimmick après le coda ?
- C'est pas dénaturer, c'est qu'il y a les deux guitares donc euh, c'est ce qu'on a dit hier c'est [?]
- On a un coda, donc une reprise, donc là il faut que le gimmick il explose comme au début de la chanson.
- Ah bah dans ce cas on revient au... [Musique]
- Bah là le gimmick il existe plus ! 
- Oui... Bah parce qu'on l'a beaucoup quoi. Comme y'a qu'un cycle, y'a même pas un cycle...
- Y'a qu'un cycle du gimmick, c'est ça que tu veux dire ?
- Là après oui. Le chant reprend tout de suite.
- Et donc, et donc ? 
- Et donc c'était peut-être mieux d'avoir un passage instru plutôt que...
- Bah non parce que moi justement je pensais que, la voix... (à Shane) We's talking about euh, evolution. La voix arrive trop tôt, moi j'aurais mis deux gimmicks...
- Ah rajouter un gimmick ?
- Ouais j'aurais mis deux gimmicks, et après la voix. La voix elle est moins intéressante là. Ce qui est intéressant dans cette chanson c'est le gimmick hein, c'est pas autre chose. Donc euh..."
 
Donc, il faut faire ce que Nicolas dit.
 
Résultat : le même gimmick tourne quasiment en boucle sur les cinq minutes de "Traffic Girl". Olivier souhaitait pourtant entamer une procédure d'élagage pour faire respirer le morceau. Musicien et arrangeur, lui avait compris que les temps faibles étaient importants pour mettre en valeur les temps forts, mais cela revient à parler à Nicolas une langue étrangère. Nous avons déjà évoqué sur le blog la propension d'Indochine Mk2 à ne fonctionner que par ajouts de matière, sans jamais rien enlever. Ici encore, les limites des opinions d'Olivier au sein du processus sont exposées en plein jour.
 
Un peu plus tard, une caisse claire manque un peu de couilles. Vient le moment amusant de l'enregistrement de la réverbération de la cage d'escalier pour le refrain de "Black City Parade". Au delà de l'image arty, était-ce vraiment utile ? Pour le coup, à la différence d'ICP, ici le temps ne devait pas manquer, l'argent non plus.


Black City Parade : Le Film se voulait un making-of dans la tradition rockumentaire, mais sans le faire exprès, il atterrit en plein dans la télé-réalité. Avec la part de mystification que cela implique, mais aussi de nombreux messages envoyés fortuitement au public. En effet, ce document est irrecevable par quelqu'un qui ne serait pas préalablement fan, et par là-même conditionné à admettre tant de superficialité, de légèreté et d'autocratie sans aucun esprit critique.
 
C'est très ironique puisqu'en 1996 Nicolas critiquait le "travail de longue haleine" supposément demandé par la façon de travailler de Stéphane, qui lui était musicien, avec "des bandes entières de trois riffs par ci, quatre riffs par là", à la différence des confortables travaux clé-en-main de Dominique.

Voir : 1996 - Wax


Nicolas étant lui-même incapable de proposer un morceau sans l'appui d'un musicien, il fut finalement contraint d'embrasser cette manière de travailler en collages et bricolages avec son nouveau groupe. Mais précisément, les bandes entières témoignent du travail de musiciens qui jouent, tout comme l'espace sonore évoqué par Nicolas à propos des premiers travaux d'Olivier Gérard. Ce que ne montre jamais Black City Parade, Le Film qui se concentre sur l'élaboration d'un projet avec des musiciens exécutants, cantonnés à leur fonction, qui n'ont aucun plaisir à venir pointer au bureau. 

À croire que le plaisir doit être réservé aux clients.


Ces derniers récitent souvent "Indochine ça ne s'explique pas, ça se vit". Comme si chercher à en expliquer la magie était hors de propos. Pourtant, nous montrons régulièrement ici qu'expliquer Indochine est possible et même assez simplement. Mais l'idée selon laquelle un guide, un décideur avec une vision est indispensable voire parfaitement normal, est devenue indéboulonnable dans l'esprit des admirateurs de Nicolas Sirchis. Il s'agit d'une conception idéologiquement assez dangereuse, doublée d'une idée fausse sur le bon fonctionnement d'un groupe, mais également sur la largesse des possibles de la pratique musicale comme association de talents.

Reste-il au moins de la magie, lorsque l'illusion est menée de façon si grossière ?

Cela aurait pu être acceptable si Nicolas avait été capable d'assurer la musique, les arrangements et la direction artistique du groupe, et s'il avait globalement montré plus d'intelligence dans ses choix et son discours. La réalisation et la sortie d'un document aussi accidentellement révélateur que Black City Parade : Le Film, trahit une très grande pauvreté d'esprit. Les quelques qualités du disque final ne doivent-elles pas davantage au professionnalisme et à la patience des salariés, plutôt qu'aux extravagances du patron ? 

Et en ce qui concerne François Soulier et François Matusczenski, il était effectivement temps pour eux de quitter Indochine Mk2 et revenir à la musique, surtout qu'ils semblent avoir une sensibilité plutôt marquée à gauche.
"Seuls comptent à mes yeux les gens qui travaillent."
Nicolas Sirchis, Paris Match, 2020

 





A écouter également : Black City Parade, Juste la Musique


Annexes :

Sur les deux séquences où Nicolas s'écharpe au téléphone. Ni la personne, ni la nature du litige ni même le nom de la société de production ne sont données. Nous sommes simplement censés comprendre que Nicolas se bat pour son public face à de méchants et vénaux producteurs.

La personne avec qui Nicolas échange, d'abord de vive voix puis par SMS, est Salomon Hazot, alors président de Nous Productions. Il revient sur le sujet en mai 2023 :
"Quand je suis chez Nous Prod, je dois organiser la tournée d'Indochine. Pour des raisons qui vont faire rire tout le métier, puisque tout le monde y est presque passé, je décide de ne pas organiser la tournée d'Indochine, pour un désaccord avec Nicolas. 
- Juste pour dire aux gens, nous deux on le sait mais... Nicolas Sirchis qui au fait est le vrai boss d'Indochine... a la réputation d'être très compliqué avec les producteurs, n'en faire qu'à sa tête et de changer de producteur à chaque tournée. C'est un peu ça que vous voulez nous dire ?
- Je dirais tout simplement : comment dire poliment que c'est un voyou ? Je ne sais pas.
- Je suis désemparé. (rires)
- Oui, non... Je trouverais volontiers une expression... Mais on va en rester là. Et donc je décide de ne pas faire Indochine, et tous ceux qui ont fait Indochine se reconnaissent bien là, mais une grande partie l'ont fait, et Live Nation fait Indochine. Et ça nous fait tous marrer, parce que Nicolas... Et je dirais qu'il a eu raison ! Il tombe sur quelqu'un qui est totalement abruti et qui jette l'argent par la fenêtre, parce qu'encore une fois ce n'est pas son argent ! Jamais oublier que Live Nation n'est pas producteur de spectacles privé, c'est une multinationale. Ça gagne c'est bien, ça perd c'est bien, c'est pas grave."

Salomon Hazot, Sold Out (16:35), mai 2023