"Trois jours après les concerts de la Cigale (janvier 2001, ndlr), les guitares électriques vont revenir et j'espère avec l'envie de claquer. Moi, je dis que ça va être l'album punk d'Indochine ; c'est un peu une façon de parler mais il va y avoir de ça..."
Nicolas Sirchis, Rocksound, février 2001
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Indochine Mk2, 2002 |
Après un Dancetaria réalisé par Pilot et aujourd'hui extrêmement apprécié des fans, pour lequel de nombreux épithètes ont été utilisés : pop-glam-goth, hypnotique, féérique, le Black Celebration d'Indochine... indo.fr fit remarquer qu'Indochine avait vingt ans. Pour fêter cet heureux événement, un live de "Des Fleurs pour Salinger" en mp3 fut offert aux fans sur le site. Ce fut le début d'une maigre page dédiée à quelques inédits, dont deux extraits du bootleg très connu du Rose Bonbon, et deux maquettes de 3.
"Nicolas voulait qu'il y ait une trilogie par rapport aux précédents albums, sur Wax, Dancetaria et celui-là. Et lui voulait un son plus radical, beaucoup plus rock... - Phil Délire : gothique presque... - Ouais, gothic rock ouais... Qui suit l'évolution de Dancetaria avec dix étages au dessus. Donc on est parti dans ce trip-là quoi. Avec moi mes références, qui sont plutôt Nine Inch Nails tout ça, donc on a fait un mix des références de Nicolas des miennes, donc ce qui donne ouais, quelque chose de radical. Et voilà c'est ce qu'on voulait quoi, qu'il y ait vraiment une progression entre ces trois albums-là."
Olivier Gérard, reportage sur la conception de Paradize, 2001
"Mais en tout cas ça va être un pavé dans la mare. Je pense. Ça va faire du bruit. Mais en tout cas je suis content que, effectivement ce soient les fans d'Indochine qui le reçoivent, parce qu'ils le méritent, et nous aussi."
Nicolas Sirchis, reportage sur la conception de Paradize, 2001
"Pour Paradize, on avait vraiment envie de faire un album rock, il n'y en avait plus en radio, il n'y avait que du rap et du r&b. Le rock était totalement oublié."
Oli de Sat in Indochine, le livre, Jean-Eric Perrin, 2011
Il est possible de s'être senti agacé par la grosse pop US, les singles de R&B français et le succès du rap français. Pourtant le rock, et ce dans différentes formes, faisait entièrement partie de ce patchwork de modes qui définissait déjà ce qu'allaient être les années 2000 : une décennie sans réelle tendance significative.
Un état du rock à la radio française en 2001 :
- De gros britanniques cartonnent à l'international : Radiohead, Placebo, Muse
- Des vétérans 80's sont revenus dans la lumière et sont salués : U2, Depeche Mode, New Order avec respectivement les albums "All that you can't leave behind", "Exciter" (titre de travail pour "Paradize") et "Get Ready" (en autocollant sur la guitare de Nicolas.) The Cure sort aussi son Greatest Hits avec le single "Cut Here", mais oLi De SaT ne s'y retrouve pas. (Voir : The Cure)
- Les adolescents sont fous des gros sons du nu metal et du metal indus estampillé parental advisory : System of a Down, Marilyn Manson, Slipknot, Linkin Park, Limp Bizkit, Rammstein
- Et leurs correspondants hexagonaux avec la Team Nowhere
- Mais aussi le pop punk de Sum 41, Avril Lavigne et Blink 182 pour les sk8ters
- Le revival garage pointe son nez hors de l'underground : The Strokes, B.R.M.C.
- Et même un énorme tube post-grunge de Nickelback (sorti le 11 septembre en France)
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Brett Anderson, 1995 |
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Nicolas Sirchis, 2002 |
"Wax on pourrait dire que c'est un album très influencé par la britpop au niveau du concept avec cette pochette où t'avais ces deux adolescents qui s'épilaient mutuellement les jambes, un petit peu sur la... la découverte de la sexualité, la découverte de l’ambiguïté, de toute ce... de tout ce genre de chose, ces différents thèmes-là... Dancetaria était plus, avec les événements qui ont engendré l'album, donc la mort de Stéphane et tout ça, ça a été un album plus sur la révélation de la souffrance que peut générer une histoire d'amour, quelque chose comme ça, mais aussi euh, l'intérêt sexuel... pur, et donc, la suite logique de ces deux albums, c'est ce... c'est ce nouvel album où là, avec les découvertes plus ou moins... générales des gens de nos âges, ou de nos générations, ou de générations plus jeunes, la découverte de l'amour, du sexe etc., là on passe plus sur la conception à la... la nativité... et aussi bah y'a la vie, y'a la mort, la religion, l'arnaque de la religion mondiale en général, et puis le côté affirmé des croyances, de la philosophie et du sexe."
Nicolas Sirchis, reportage sur la conception de Paradize, 2001
"Musicalement, "Wax" venait de la brit pop que j'écoutais avec mon frère. On y parle de la découverte du corps et de la sexualité. "Dancetaria" est plus gothique, sans doute le plus sombre de nos albums. On y découvre qu'au-delà de la sexualité, l'amour peut faire mal comme apporter du bien. Ici (Paradize, ndlr), au travers d'une nativité, on en arrive à trouver son paradis personnel."Nicolas Sirchis, Télémoustique, mars 2002
"La trilogie existe aussi dans les textes des chansons des trois albums?
Et dans les pochettes ! Wax, c'est la découverte de la sexualité, le teenage sex à 12-15 ans, la déstructuration de la cellule familiale, Dancetaria, c'est quand on découvre l'autre vers 15-18 ans, qu'on est aveuglé par l'amour, qu'on n'a pas peur de se suicider... En plus, c'est la pochette la plus sexuelle qu'on ait faite, avec cette fille qui boit au robinet, c'est l'image la plus charnelle, la plus forte. On arrive à Paradize et c'est l'enfantement, la nativité d'une façon "anti-morale"... Pourquoi toutes les religions provoquent-elles tous les malheurs du monde ? Pourquoi ont-elles toujours été contre le désir sexuel ?"
Nicolas Sirchis, "Indochine, la pleine lune", Platine, juin 2002
"Wax représente la découverte de la sexualité, deux adolescents qui s'épilent les jambes mutuellement. Dancetaria est plus axé sur l'amour, le fait que l'on puisse perdre sa vie, son âme, en faisant l'amour, le dépassement de soi, de ses propres limites. L'image presque sexuelle de cette fille qui boit sur la pochette témoigne, je pense, de cet univers. Quant à Paradize, il marque un peu plus la maturité, peut-être une sorte d'espoir... Mais c'est également un achèvement, effectivement. Il représente l'atteinte d'un paradis, peut-être pas le paradis au sens idéaliste du terme, mais un paradis qu'on se fabrique et grâce auquel on prend conscience des choses importantes, comme le fait de donner la vie et d'en avoir la responsabilité. Sur la pochette on voit une jeune fille androgyne enceinte, très jeune, mais à laquelle il est difficile d'attribuer un âge."
Nicolas Sirchis in Indochine de A à Z, Sébastien Bataille, Les guides MusicBook, 2003
Voir : 1996 - Wax
Comme nous l'avons plusieurs fois fait remarquer, Nicolas semble être constamment en improvisation lorsqu'une explication lui est demandée, et ce en utilisant des termes flous et très généraux, permettant à l'auditeur une identification facile et individualisée. Nous remarquons également, une fois de plus, l'importance capitale des pochettes, tant en ce qui concerne ses propres productions que ses goûts musicaux.
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Wax, 1996 |
À la lumière de la déclaration d'Olivier Gérard citée plus haut, nous comprenons que c'est au moment de Paradize que Nicolas a voulu que ces trois disques constituent une trilogie, c'était donc une réalisation assez tardive de ce qu'il avait voulu faire à partir de 1996, voire une simple relecture. Était-ce une façon de trouver une cohérence dans le chaos que constituèrent les albums sortis après Dominique, cristallisé e dans un album conclusif et définitif sur le nouvel Indochine ?
Le plus futé Sébastien Bataille avait remarqué la supercherie :
"Nicola Sirkis, en présentant aujourd'hui Wax comme la première pièce d'une trilogie, essaie légitimement de redonner du crédit à l'objet, même si l'auditeur a du mal à voir un lien évident, qu'il soit conceptuel ou artistique, entre cet enregistrement et les deux suivants."
Sébastien Bataille, Indochine de A à Z, Les guide MusicBook, 2003
S'étant plusieurs fois affirmé comme un fan de Bowie, Nicolas devait sans aucun doute se rêver responsable d'une trilogie dans la lignée de la fameuse trilogie berlinoise du chanteur britannique, ou encore de la dite trilogie glacée chère au cœur des curistes. Une trilogie, au même titre qu'un morceau en plusieurs parties ou encore un concept-album, est un marqueur old wave important, et d'un certain art-rock, source intarissable de musique dite à albums qui s'écouterait cérémonieusement.
Et en effet, dans la lignée des albums précédents et selon une mentalité plus axée sur l'indie rock, il fut plus que jamais question sur Paradize d'intégrer des références identifiables. La musique d'Indochine devait impérativement correspondre aux goûts d'un public plus jeune, évoluant dans cette époque dite du retour du rock dans son versant adolescent.
Voir : Révisionnisme et malentendus
Paradize et toute sa communication correspond sans aucun doute à la refonte d'image la plus radicale. Tous les livres et les articles de l'époque s'accordent à placer Indochine au centre d'un patchwork de références orthodoxes, destinées à un certain public qui se voit alternatif et underground. L'arrivée du jeune Olivier Gérard au sein du collectif pendant l'enregistrement de Dancetaria était censée cristalliser cette mutation. Nous lisions à cette époque-là tant de fois les mots "Depeche Mode", "Gareth Jones", "New Order", "Placebo", "Cure", "Smashing Pumpkins", "Neubauten", "Nine Inch Nails", "Trent Reznor", "Marilyn Manson" et autres qu'il serait trop long et vain de tout citer. Notons que c'est surtout l'hagiographique Insolence Rock (2004), livre officiel et curieusement publié chez la maison d'édition Camion Blanc, spécialisée dans les récits de fans, qui donne le plus dans le name dropping et ce dans des proportions ridicules.
Encore aujourd'hui, ce livre fait partie des quatre mentionnés sur Indo.fr, avec l'officiel de 2011 et deux songbooks. Le livre de 1986 par J-E Perrin était pourtant disponible à l'achat sur le site jusqu'en 2001... jusqu'à ce que la nécessité d'un nouveau discours se fasse trop urgente, et voici le résultat :
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Insolence Rock, Sébastien Michaud, Camion Blanc, 2004 |
Nicolas préfère les récits de fans aux critiques, et semble s'attacher davantage à la constitution de son public, qu'à la pertinence artistique, l'intellectualisation des choses et les réflexions qui en découlent. Il avait d'ailleurs déjà signifié en 2001 au magazine gothique Elegy comme un argument que :
"On a vu les fans de Marilyn Manson sur la tournée."
"Il savait que je faisais partie d'une maison d'édition indépendante qui ne fonctionnait qu'à la passion. Il n'a pas oublié d'où le groupe revient. Je représentais un milieu underground et je lui proposais un projet sur lequel il ne toucherait pas un centime. Cette honnêteté lui a sans doute plu."
"J'aurais pu contacter d'autres personnes, mais Nicolas m'avait beaucoup parlé."Sébastien Michaud, Instant Mag2 spécial Indochine, 2006
Pas un centime, mais une communication efficace et une intronisation d'Indochine auprès de figures dites rock, metal et underground représentées en France par Camion Blanc. L'auteur révèle ici avoir estimé dispensable le témoignage d'autres personnes, et celui de Nicolas suffisant (comme le fera dix-huit ans plus tard Rafaëlle Hirsch-Doran), ce qui en dit long sur le niveau d'exigence requis pour publier au sein de la maison d'édition lorraine... La passion est-elle un argument d'autorité suffisant ? C'est en tout cas avec cette même flamme du fan que Sébastien Michaud écrivit par la suite sur Nine Inch Nails, Placebo, New Order et même Rozz Williams.
Nicolas dépensait alors une énergie infatigable à faire associer la marque Indochine à telle ou telle institution pour en capter le rayonnement.
Voir : 1996 - Wax, 1999 - Dancetaria
Nous constations toujours cette obsession, pour Nicolas et ses communicants, pour les groupes à la mode dont les publics pourraient infiltrer celui d'Indochine et en changer l'image. La pirouette est présente dans quasiment toutes les interviews de cette époque. Florilège non-exhaustif :
"Notre public est celui de Placebo et Radiohead !"
Nicolas Sirchis, Tribu Move, janvier 2001
"Depuis dix ans, nous ne sommes plus programmés en radio, les médias nous considérant peut-être comme finis. Mais notre public peut aimer autant Placebo qu'Indochine."
Nicolas Sirchis, France Soir, janvier 2001
"Or nous on s'était aperçu au contraire il y a déjà quatre ou cinq ans qu'il y avait un tout nouveau public, pour Indo, qui n'était pas là par nostalgie mais parce qu'il associe le groupe à Placebo ou aux Smashing Pumpkins."
Nicolas Sirchis, Rocksound, février 2001
"Mais il y a également des influences et des hommages à Cure, Depeche Mode, Smashing Pumpkins, ou même Ride ou Nine Inch Nails. Et ceux qui viennent nous voir aiment généralement ces groupes , donc c'est parfait."
Nicolas Sirchis, La Libre, mars 2002
"Nicola aurait pu craindre d'effrayer le public des débuts, ses fans 'hardcore' comme il les appelle, mais le succès de la tournée tend à prouver qu'ils l'ont suivi. Et Nicola de remarquer, amusé et ravi, que parmi la nouvelle génération de fans, on trouve des adolescents en t-shirt Marilyn Manson ou Placebo."
Pascaline Potdevin, Rolling Stone, janvier 2003
"Melissa. Le dernier missile de Nicola Sirkis porte un nom. Ou, plus exactement, un prénom. Un prénom de fille, il va de soi, on est chez Indochine. En ce printemps 2002, Sirkis jubile et il a raison. Il a réussi son coup. Inviter sur son nouvel album une musicienne de l'acabit de Melissa auf der Maur, aux états de services dans le rock américain (Hole + The Smashing Pumpkins) on ne peut plus brillants, est superbement intelligent. Qui en effet aujourd'hui aura l'outrecuidance d'affirmer en pinaillant et sans se ridiculiser que Indo n'est pas rock ?"
Yves Bongarçon, Rocksound, avril 2002
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Yves Bongarçon, Melissa auf der Maur et Nicolas Sirchis dans Rocksound, avril 2002 |
(Petit aparté : nous nous moquons éperdument de qui serait "rock" ou non. Cela n'a jamais été un gage de qualité. Nous employons bien sûr les dénominations liées aux tendances culturelles et orientations musicales : pop, rock, musiques électroniques, etc. Mais la plupart du temps, nous utilisons le nom du groupe en question pour définir sa musique, plutôt que nous perdre dans des collections de sous-genres ou étiquettes, dans lesquelles beaucoup d'auteurs aiment injecter une logique hiérarchique de chapelles.)
Comme dit auparavant, Nicolas confond ses propres spéculations avec la réalité de son public, mais surtout se cache derrière l'auditorat de ses rêves pour dissimuler sa recherche de gloire par procuration. Il avait déjà exploité en 2000 un concert commun avec Placebo, et surtout une interview en compagnie du très respecté Brian Molko, pour se faire passer pour une sorte d'équivalent français du groupe londonien.
Voir : Placebo
Ce rapprochement fut exploité sans relâche par Nicolas, qui continua à mettre l'accent sur des vêtements noirs satinés et un maquillage affirmé. De plus, il s'afficha dès le début du Paradize Tour avec une nouvelle Fender Jaguar rutilante (un puissant signifiant indie), et plus tard une Gibson SG - les deux guitares fétiches du chanteur anglo-américain, dans les mêmes couleurs.
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"Electrastar", Mayenne, mars 2002 |
Ces choix avait bien sûr pour but de faire naître une parenté visuelle entre les deux groupes : mais Brian Molko sortait un jeu de guitare tout à fait singulier et personnel, alors que Nicolas était toujours débutant. On pouvait même voir de jolis autocollants sur sa Jaguar : New Order, Gorillaz, Chemical Brothers.
"Bonsoir à tous, nous sommes Indochine, on vous présente notre nouvel album."
Nicolas Sirchis sur la scène de l'Elysée Montmartre, 2002
"Il semble qu'on ait vu les choses en grand pour ce retour avec les collaborations sur l'album de Gérard Manset, Ann Scott, Michael Furn de Mickey 3D, Jérôme Soligny, et Melissa Auf der Maur (ex-bassiste des Pumpkins et Hole) qui laissera d'ailleurs un bien meilleur souvenir que le pauvre Brian Molko : trois titres pour Melissa tandis que le boss de Placebo, parachuté (mauvais) DJ de service a un peu cafouillé : pas mal de fans d'Indochine s'étant éclipsés au départ de leur idole et Brian eut toutes les peines du monde à conserver les derniers (qui attendaient simplement que Nicola sorte des loges)."Yazid Manou, Chronique du concert de l'Elysée-Montmartre pour Rock&Folk, 2002
Pourtant à force de le matraquer, cela finit par fonctionner auprès d'une grande partie du nouveau public pas encore vingtenaire. Ce dernier obtint même satisfaction avec le duo "Pink Water", gravé en 2005 sur Alice & June, témoignage d'une mode indie rock aujourd'hui révolue.
Voir : 2005 - Alice et June
La comparaison reste pourtant parfaitement incongrue vu le fossé immense entre les deux groupes. Entendez-vous vraiment une parenté musicale ? Thématique ? Était-il vraiment pertinent de mettre en parallèle deux formations si différentes pour des questions de succès ou d'exposition médiatique ? Faut-il considérer le maquillage comme un certificat de gémellité ?
"Placebo c'étaient les mêmes recettes que David Bowie au tout début, et puis après Marilyn Manson, et puis là Yungblud c'est les mêmes recettes. Maquillage, outrance, machin..."
Nicolas Sirchis, Konbini, décembre 2020
L'occasion d'envoyer une nouvelle pique à Jean-Pierre Pilot, soit-disant trop variété, alors que Nicolas serait rock, lui, puisqu'il aurait des amis rock et non-français.
"Mes restos du coeur à moi, c'était le 21 février dernier sur la scène de l'Elysée-Montmartre avec Melissa auf der Maur et Brian Molko. C'est ça mes couleurs ! Et pas d'aller faire le zouave et d'être pote avec Zazie ou d'autres !"Nicolas Sirchis, Rocksound, mai 2002
Lorsque l'album sortit en mars 2002, nous pûmes découvrir un logo qui allait nous suivre pendant un sacré bout de temps :
Le choix d'un logo minimal et aisément reproductible révéla la transformation d'Indochine en marque.
"Avec cette manie de la marque apparut une nouvelle race de gens d'affaires, lesquels vous informaient avec fierté que la marque X n'était pas un produit mais un style de vie, une attitude, un ensemble de valeurs, un look, une idée."
Naomi Klein, No Logo, Actes Sud, 2001
"Regarde des groupes comme Cure ou Depeche Mode. Ils ne ressemblent plus à ce qu'ils étaient mais leurs noms restent un étendard, un état d'esprit à perpétuer."
Nicolas Sirchis, 1996
"Quand on écoute Daft Punk qui dit avoir rendu 'un hommage aux années quatre-vingt' en prenant le pire de cette période, je suis plutôt fier d’avoir fait cet album-là. Pour moi, le meilleur de ces vingt dernières années, ça passe par Cure, New Order, Depeche Mode et Marilyn Manson."
Nicolas Sirchis, RFI Musique, avril 2004
On peut ne pas aimer l'époustouflant Discovery (2001), encore faut-il le comprendre :
"On their two most influential albums, 1997’s 'Homework' and 2001’s 'Discovery', Daft Punk proved themselves sampling virtuosos. They had a knack for locating the killer riffs secreted within otherwise deservedly obscure songs from the past and, through deft recontextualization and processing, unleashing their incandescent potential. Now with 'Random Access Memories', the goal is to make music that others might one day sample."Simon Reynolds, Daft Punk interview, New York Times, mai 2013
Voir : Révisionnisme et malentendus
Paradize constitue une suite surprenante, mais logique, au plus délicat Dancetaria (1999).
Si Dancetaria montrait quelques envies de reproduire le son crade du début des années 90, Paradize continue de verser dans cet alternative rock qui semblait remiser la décennie précédente au placard. Olivier Gérard, directeur artistique sur Paradize, avait d'ailleurs réalisé deux remix de "Stef II" (Ghost Mix & Power Mix), et surtout le prémonitoire Z Mix de "Justine", qui en novembre 2000 annonçaient déjà tous les choix du futur album. Nous pouvions y entendre, bien tardivement, de nombreux éléments piochés dans ce rock alternatif singulier - voire une simple démonstration d'un genre déjà bien installé et codifié.
C'est la rencontre miraculeuse, tant de fois évoquée, du nouveau duo dirigeant, base du nouveau groupe dont nous discutons sur ce blog. Pourtant, Paradize constitue davantage une réinitialisation que l'arrivée à maturité d'un groupe ancien : si le Z évoque la fin d'une époque, il en marque le début d'une autre, celle d'un projet solo qui allait absorber le nom et la notoriété d'un groupe vieux de vingt ans et qui avait tant prouvé.
Voir : Pourquoi Indochine Mk2 ?
Nicolas avait évoqué Wax comme "premier album d'un nouveau groupe", ce qui est historiquement juste, mais il nous semble plus approprié de considérer la réinitialisation de Paradize avec Nicolas comme seul membre originel, comme le premier album du groupe que nous connaissons aujourd'hui.
"Ce qui est drôle sur Paradize, c'est que c'est vraiment un album de 'bricolage', capturé dans le sous-sol de chez Nico, avec un pauvre PC et très peu de matériel. On a composé très rapidement parce qu'on a eu une approche très sauvage, pas intellectuelle ; on plaquait des accords, on trouvait des trucs instinctifs. Ça nous plaisait, on enregistrait direct."
Olivier Gérard, Rolling Stone, hors-série spécial Indochine, juin 2010
"Comme deux mecs de douze ans qui prennent une guitare, qui font deux notes et qui sont ravis !"
Olivier Gérard, Un flirt sans fin, 2006
Nous avons donc affaire à une contradiction entre cette idée de la spontanéité de la jeunesse retrouvée, et celle d'une maturité enfin exploitable pour un vieux groupe. Cette contradiction se retrouve immanquablement dans la musique proposée.
Paradize montre en effet les qualités d'un premier album : celles d'un groupe tout neuf, motivé, qui se donne à fond et veut montrer de quoi il est capable.
"On n'avait pas d'autre choix que de le faire à deux, avec un PC, une guitare, un clavier et les effets qui sortaient de l'ordinateur. Je ne savais pas ce que c'était qu'être producteur. Je ne me suis pas dit 'quel son je vais donner à Indochine ?' Je n'avais pas cette prétention de m'accaparer un album, ni de le chapeauter. J'ai tout fait instinctivement."
Olivier Gérard in Indochine, Jean-Eric Perrin, 2011
Cela s'entend à l'écoute, et l'aspect punk de Paradize peut s'entendre dans ce côté do it yourself .
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Olivier Gérard en studio, 2001 |
Malheureusement, Paradize montre aussi les défauts d'un premier album : il est infiniment trop long et dense, et le duo semble avoir totalement négligé l'étape de l'élagage. À la fin, l'album ne va pas franchement dans une direction plutôt qu'une autre. Trop de guitares pour être un album orienté machines, trop de machines et d'informatique pour être un album orienté guitare, trop d'acoustique et de piano pour être un album sans concession, trop d'électrique et de bruitages pour être un album de variété ou de chanson française.
De la même manière, Paradize témoigne d'une volonté de présenter tout ce que le duo a produit, sans avoir à effectuer un tri. Pourtant, il est commun d'observer qu'un premier album peut souvent être considéré comme le best-of d'une première période. Là où d'autres groupes trient leurs morceaux pour la cohérence de l'album, et relaient ceux non utilisés en face B, Mk2 les utilise tous, quitte à faire des albums trop longs. C'est cette incapacité à trier, qui donne la fausse impression d'une absence de titres inédits ou de vrais bonus de réédition alors que la réalité est plus simple : tout est déjà sur l'album. Ce problème se vérifiera sur toutes les propositions postérieures, et ce jusqu'à aujourd'hui.
Voir : 2005 - Alice & June
Une vraie face B cependant : l'instrumental "Glory Hole" (que Rolling Stone orthographia "Gloriole" !), premier morceau publié sous le nom Indochine sans aucun membre originel, puisqu'il s'agit d'une composition d'Olivier Gérard. Quant à lui, "Le doigt sur ton étoile" ne servit qu'à justifier un collector - les 1000 premiers exemplaires de l'album.
Nous retrouvons sur Paradize des ritournelles familières ornées des plages synthétiques et ambiances darkwave qui donnaient déjà la couleur de Dancetaria. Mais cette fois au travers d'un prisme rock plus marqué, et encore davantage de guitares fortement saturées.
Le premier morceau éponyme en est certainement le plus représentatif : séquence synthétique austère, nappes minimales, et des paroles floues autour de la réincarnation et du paradis qui précèdent de violentes guitares. Le traitement vocal est déconcertant, le chant timide mais en avant. "Paradize" montre déjà cette ligne sonore plus amateur, qui tranche distinctement avec la variété-rock très produite de Dancetaria.
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Enregistrement des voix avec Phil Délire, 2001 |
La distorsion est omniprésente, le son cradingue, les effets nombreux. Il est très difficile de trouver Paradize organique, d'y entendre des guitares naturelles. On y entend plutôt des instruments virtuels, des guitares branchées directement à la carte son, et un Gareth Jones qui semble essayer de sauver au mixage des enregistrements très imparfaits.
Comme dit par ailleurs et confirmé par Olivier, Paradize sonne comme une démo synthétique avec des sons numériques rudimentaires. Non que cela soit nécessairement un défaut, mais cet aspect artificiel et métallique, que l'on peut rapprocher d'un certain electro-indus du milieu des années 80, reste un choix étrange pour un album censé remettre les pendules à l'heure avec une crédibilité rock identifiable par un public français.
Voir : Révisionnisme et malentendus
Paradize peut pourtant être entendu comme un accomplissement tardif, qui étanche des envies plus anciennes chez Nicolas. En effet, il semble correspondre à ce qu'il voulait pour l'album Un jour dans notre vie (1993) :
"Stéphane écoutait Nirvana, il avait aussi envie de faire autre chose, et il avait raison... J'ai trouvé que les maquettes étaient beaucoup plus rock et beaucoup plus dépouillées que ce qu'est devenu l'album. Maintenant, c'est juste mon opinion..."
Nicolas Sirchis, Insolence Rock, Camion Blanc, 2004
"Savoure le rouge aurait pu être un méga-tube, mais aucune radio ne le passe, l'album est un flop total mais on voit qu'il y a des fans, un public qui commence à me plaire, qui aime Suede, Blur. C'était le début du grunge."
Nicolas Sirchis in Indochine, le livre, Jean-Éric Perrin, 2010
Avant d'aller plus loin : 1993 - "C'était le début du grunge..."
Malgré Wax et Dancetaria qui présentent aussi ce défaut d'aseptisation que regrettait Nicolas en 1993, au point de préférer les maquettes, faut-il comprendre que ce fut pour lui l'enseignement qui le conduit à valider Paradize, resté à 90% à l'état de démo ? Si un seul album d'Indochine peut montrer des guitares affiliables à un certain son grunge, c'est bien Paradize en 2002... Et confirmer de surcroît une impression d'un disque très en retard sur son temps.
La pochette de l'album en question, centrée et frontale, peut d'ailleurs être vue comme une des prémices de ce qui constituera l'esthétique de Paradize - et même des Singles Collections (2020) qui entretiennent la même logique visuelle.
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Simon Fowler, séance pour Un jour dans notre vie (1993) |
"[Nicolas] me transmettait ses souhaits et me donnait des références d'images. Au départ il avait une envie très précise qui a doucement évolué, mais les thèmes, eux, n'ont pas changé."
Peggy M., Rockmag, 2004
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Marilyn Manson, Mechanical Animals, 1998 |
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Suede, single Can't get enough, 1999 |
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Baby Chaos, Love yourself abuse, 1997 |
"Comme un des thèmes principaux de l'album était la naissance, j'ai eu [La naissance de Vénus de Botticelli] en tête. En fait, je trouvais cette peinture très proche de ce que Paradize m'avait inspiré en l'écoutant, et de l'image que j'avais d'Indochine. Par rapport à ce tableau, je trouvais intéressant le fait qu'on ressente beaucoup de pudeur malgré la nudité. Je souhaitais vraiment jouer avec les contradictions, l'ambiguïté, l'adolescence, la maternité. La photo de Paradize est très statique, comme une peinture. Le modèle est figé. Les yeux sont hors champ et l'idée que la jeune femme nous regarde peut être pris comme un affront adolescent."Peggy M., Rockmag, 2004
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La naissance de Vénus, Sandro Botticelli, 1485 |
"On m'a reproché certaines pochettes de disques, comme celle de Paradize, qui mélangeait sexualité, maternité et religion. C'est vrai qu'elle n'était pas 'politiquement correcte', mais quand on pense à ce fameux dessin de Guy Pellaert qui date des 70's et qui représentait les Stones habillés en nazis aux côtés de petites filles, on se dit qu'il serait impossible de refaire ça aujourd'hui..."Nicolas Sirchis, hors-série Rolling Stone spécial Indochine, juin 2010
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Guy Pellaert, illustration pour It's Only Rock'n'roll des Rolling Stones (1974) |
"On va voir si notre pochette choque. La croix, une nativité avec une fille qui a la main dans son pantalon... Mélanger sexualité et maternité, c'est possible mais c'est encore tabou. Là, elle semble dire : 'J'emmerde le monde, j'aime ce que je veux.' Je trouve ça fort."Nicolas Sirchis, Télémoustique, mars 2002
Voir : Le dernier tabou
"Emmerder tout le monde ! Quoiqu’il arrive, on est là ! Et je n’ai pas besoin de serrer la paluche à Pascal Obispo ou autre chose pour être reconnu !"
Nicolas Sirchis, RFI Musique, avril 2002
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Marilyn Manson |
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Single Mao Boy, 2002 |
"The sexuality in the lyrics was a really important thing. I really wanted to talk about sexuality in the same way that Lucian Freud paints the human body, this sort of like stark realism, slightly uncomfortable, that kind of like very very reals of candle colored skin, under a fluorescent light."
Brett Anderson, The Insatiable Ones Documentary, 2018
"Je crois que la, la, les, la motivation principale du rock en général c'est la morale, la sexualité, la religion, c'est tout ce que nous on a subi euh, quand on était adolescent euh, une éducation euh, judéo-chrétienne pour la plupart, euh, la découverte de la sexualité, euh, et la morale fais-pas-ci fais-pas-ça donc c'est un peu le thème central du rock en général. N'importe quelle chanson de Cure ou Depeche Mode, ou même de Blur ou de Placebo c'est euh, ce genre d'invectivation (sic) qui nous intéresse."Nicolas Sirchis, Arte TV, 2003
"Que penses tu de la comparaison (qui a été faite par certains fans sur plusieurs forums) du nouvel univers d'Indo (site officiel, DVD des clips...) avec celui de Marilyn Manson ?Il ne s'agit pas d'un nouvel univers. Celui-ci a toujours été "dark". Quand on voit par exemple le clip de 'Savoure le rouge' qui date de 93, réalisé par Caro, on ne peut pas dire qu'on aie copié Marilyn Manson puisqu'il n'existait pas encore à l'époque. Depuis 25 ans qu'Indochine existe, certains essayent en permanence de comparer nos influences avec le ou les groupes du moment. Depeche Mode un temps, Cure un autre temps, aujourd'hui c'est Marilyn Manson ou Placebo. En France ça se passe comme ça, et c'est dommage. Moi j'adore le travail artistique et graphique de Marilyn Manson, mais je ne pense pas que notre site en soit une copie, ni notre musique d'ailleurs. Ce n'est pas parce que j'aime un artiste qu'il faut sans arrêt dire qu'on le copie. Nous avons notre propre univers, qui est dans l'air du temps, de notre temps."
Voir : 1999 - Dancetaria
Faire preuve de subtilité, de pertinence et de cohérence aurait suffi pour évoluer, malheureusement c'est là que la communication a pêché. Les gros sabots étant visiblement un peu timides, Indochine dut sortir les grosses New Rocks.
Depuis Dancetaria, l'influence - visuelle - des Smashing Pumpkins s'était déjà fait sentir, mais Nicolas récidive, séduit par l'imagerie gothique du clip de "Stand inside your love" (2000). Il s'agit sans aucun doute ici de sa tentative la plus évidente et grossière pour combler ses vieux complexes.
Quoi qu'il en soit, l'image de Manson est apparue à plusieurs reprises entre 2002 et 2003 : le t-shirt immanquable d'Olivier Gérard était mis en avant sur les photos de l'enregistrement de Paradize, dans le livret de l'album, lors de la remise d'un NRJ Award en 2003... Le collectif est montré dans les bonus du Paradize Show réuni autour d'un concert de Manson, on y voit également Olivier jouant "Sweet Dreams"... Des fans chalonnaises y sont même montrées brandissant un t-shirt Manson à un concert, et le film de trois heures révèle globalement un intérêt très prononcé pour les fans les plus lookés, notamment les filles.
Voir : 1999 - Dancetaria
Nous vîmes d'ailleurs au cours du Wax Tour en 1997, Stéphane Sirchis, qui lui écoutait du hip-hop américain comme Run DMC ou Wu-Tang Clan, arborer un t-shirt "Fuck censorship".
Ce sticker, vécu comme une contrainte par les artistes concernés, se transforma vite du point de vue français en un puissant signifiant provoc'. Bien sûr, les disques de Marilyn Manson n'y échappaient jamais. Mais bien que ne concernant pas les artistes français, certains choisirent de l'apposer tout de même tel un certificat street cred, comme Rohff ou Booba, et donc... Indochine ! Le logo est pourtant très légèrement modifié, et imprimé avec le même filtre rouge que le reste des annotations, ridiculisant un peu plus sa présence déjà folklorique. Comme un patch sur un sac à dos Eastpak pour faire rebelle.
Si Indochine préfère le gimmick dédicacé au sample révérencieux, aucune référence de Paradize ne constitue un commentaire sur la référence en question, elle se contente d'être simplement là, et semble ne devoir créer que la sympathie de l'auditeur (à l'image du récent t-shirt Friends). Chaque dédicace fait certes le boulot ("ah, ça sonne comme tel !"), mais pas davantage : in fine, pourquoi ne pas écouter directement les artistes référencés, bien plus singuliers ?
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Marilyn Manson, Lest We Forget, The Best Of (2004) |
"Aujourd'hui, Indochine est bien là et a sa place dans le rock, Paradize nous l'a prouvé. Si quelqu'un a encore des doutes, franchement on n'en a rien à foutre."
Daniel C. Marcoccia, Rolling Stone, mai 2005
"Album sympa, amusant et un peu best-of. Sur scène, un vrai batteur, Arnaud Devos, donne la pêche à certains morceaux. On est toutefois encore bien loin du groupe live qu'on connaît aujourd'hui..."
Daniel C. Marcoccia à propos de Au Zénith (1986), Rolling Stone, mai 2005
Au Zénith est pour nous un live de référence. Nous avons traité de notre mieux dans Révisionnisme et malentendus ce pénible sujet, qui amène à trop souvent ne considérer l'Indochine de Dominique et Stéphane que comme sympa, naïf, la pêche, les années 80, alors que Dancetaria et Paradize seraient bien plus sérieux.
Les visuels de 3.6.3. (2004) sont assez directement inspirés d'Interpol, qui avait sorti Turn on the bright lights (2002, produit par Gareth Jones qui avait aussi produit Wire, mais cela intéressait moins les deux cerveaux d'Mk2) ainsi qu'une série d'EPs, et dont Nicolas avait entendu parler via la presse rock de l'époque, unanime à juste titre.
"Vous connaissez Interpol ?- Oui absolument, les nouveaux néo-quatre-vingt.- Ouais, la new new wave."Nicolas Sirchis dans En aparté, 2003
"Il y a une sacrée voix. C'est ça, Interpol ? En fait, j'ai complètement boycotté à cause du côté costard-cravate, mais ça sonne super bien. J'ai échappé à ça ! C'est une erreur. J'ai assimilé ça au revival rock'n'roll, mais pas du tout. Ça me fait penser aux Psychedelic Furs. Il faut que j'achète ça. On m'a proposé de le choisir récemment quand je suis passé à l'émission 'En aparté' et finalement j'ai choisi Joy Division. Je ne pouvais pas me priver de passer Joy Division à Canal+."
Nicolas Sirchis en blind test, Rocksound, avril 2003
Le menu DVD du dit concert - et sa bande son obscure - pouvait aussi faire sourire, après avoir tant fait les yeux doux aux mansoniens.
L'enthousiasme d'une partie de la presse rock et d'un grand nombre de fans est tout à fait justifiable à l'écoute de 3.6.3. (2004). Le look jeuniste et provoc' du groupe était consternant, mais nous étions encore en 2003 à une époque où la musique parlait avant toute chose. Et justement, le concert est très réussi.
Voir : 2005 - Alice et June
"On va faire des très très vieux morceaux parce que vous savez on est un très très vieux groupe, on a à peu près soixante-cinq ans..."
Nicolas avant "Salômbo" sur la scène de Paris-Bercy, juin 2003
"Mais je pense que musicalement le fait que ce soit un jeune groupe encore Indochine, malgré que tout le monde nous bassine sur les trente ans etc, c'est un jeune groupe."
Nicolas Sirchis, Pure, 2011
"On est des observateurs et des survivants un petit peu, donc c'est ça, c'est ce qu'on voulait montrer. Vraiment marquer que ce groupe est un très vieux groupe. À l'aube de la retraite. (rires)"
Nicolas Sirchis à propos du clip de "Nos Célébrations" et des 40 ans, RFM, 2020
Voir : Pourquoi Indochine Mk2 ?, Révisionnisme et malentendus, 2020 - "Nos Célébrations" & Singles Collection 2001 - 2021
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Mk2 à Bercy, juin 2003 |
"J'ai écouté tout d'une traite une fois, attentivement. Je m'attendais à cela dans les qualités comme dans les défauts. Je trouve cet album un peu trop 'live', la voix n'est pas assez devant et on entend trop le brouhaha de la foule. En revanche, Nicolas s'est nettement amélioré. Il connaît maintenant ses qualités, et met moins en avant ses faiblesses."
Dominique Nicolas à propos de 3.6.3., Platine, 2004
"Apparemment ça ne plaît pas à tout le monde !!! Le public est habitué à entendre du faux live où tout est rejoué avec un son magnifique de studio. Ça n'était pas ma volonté en tant que producteur de sortir ce genre de live douteux. Bercy a donné lieu à un concert étonnant, il fallait un vrai live, avec ses erreurs et son ambiance. Le public est omniprésent, rien n'a été retouché. C'est un live brut. Que ceux que ça dérange ne l'écoutent pas, voilà tout ! Encore une fois, c'est un hommage au public et le DVD aura le même son, non retouché..."
Olivier Gérard in Insolence Rock, Sébastien Michaud, Camion Blanc, 2004
Heureusement le son du DVD Paradize Show est légèrement supérieur à la bouillie du CD, qui en effet donne autant à écouter les 16000 fans de Bercy que les six personnes présentes sur scène. Quant au "faux live" et au "live douteux", nous viendrons bientôt à parler de Radio Indochine, Les Divisions de la Joie et surtout Indo Live... Olivier les avait-il bien entendus, au moment d'écrire ce mail colérique à Sébastien Michaud ? Nous apprécierons le même rejet primaire de la critique que chez son patron. En effet, ces deux-là étaient vraiment faits pour se rencontrer.
Il y avait peut-être de quoi se vanter de sortir un live non retouché, puisque c'était la première fois que ça arrivait chez Indochine.
Voir : 1997 - Indo Live titre par titre
Pour beaucoup de groupes, le premier album est le mètre étalon contre lequel sont mesurées les productions postérieures. Et Paradize n'y échappe logiquement pas. Comme un aveu de la part d'Mk2, c'est aussi le seul album qui aura droit à son concert jubilé en février 2012, comme souvent pour les premiers opus, albums cultes dans toute discographie.
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Indochine Mk2, "Dark", Zénith de Paris, février 2012 |
"Ouais, je préférais le premier album..."
1996 - Wax
1999 - Dancetaria
2005 - Alice et June
Révisionnisme et malentendus
Influences et références
À écouter :
Interview de Nicolas Sirchis pour 5 Heures, 2002
Article sur le concert de l'Elysée-Montmartre par Yazid Manou (Rock&Folk, avril 2002)
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"Marilyn" sur l'Alice&June Tour, 2006 |

Face A | Face B |
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Paradize | La Nuit des Fées |
Electrastar | Le Manoir |
Mao Boy! (single) | Popstitute (single) |
Dunkerque | Dark |
Le Grand Secret | Comateen |
"J'ai demandé à la lune"
"Marilyn" sort en single hors album quelques mois après le succès du Paradize Tour, et constitue une transition très logique vers le futur Alice et June. "Glory Hole" est en face B, et la pochette évoque un geste que Nicolas et Boris avaient l'habitude de faire sur scène durant la tournée.
Voir : Paradize (Redux) sur Deezer
Annexes :
L'histoire du morceau est connue :
"Incroyable mélodie signée Mickaël Furnon, 'J'ai demandé à la lune' possède cette immédiate fraîcheur. Une ballade qui évoque 'Le soleil a rendez-vous avec la lune' de Charles Trenet, mais totalement revisitée. Hervé Lauzanne (producteur exécutif de Paradize) raconte : 'Lorsque Nicola m'a dit qu'il était prêt à faire appel à d'autres plumes, j'ai immédiatement pensé à Mickaël Furnon que j'avais découvert avec son premier groupe 3dK. Il m'envoie aussitôt deux chansons, celle-ci et une autre restée inédite 'C'est Mozart qu'on assassine' en hommage à Stéphane que Nicola ne retiendra pas, ne se sentant pas de chanter quelque chose en mémoire à son frère qu'il n'a pas écrit. Mais ça n'était pas gagné parce que les premiers essais de 'J'ai demandé à la lune' sont trop lents. J'ai alors l'idée de demander à un ami producteur, Jean-Christophe Concato, de l'accélérer et de s'inspirer de l'arrangement d'une chanson de Plaid, 'Eyen'. Et là miracle, le résultat sonne comme une évidence. C'est la bonne idée !'"L'Aventure Indochine, Christian Eudeline, Prisma, 2018