Troisième Sexe

 


"Hey, si demain ! Si demain dans ta rue, si demain dans ta rue, ou si demain dans ta ville, on te montre du doigt, parce que t'as les cheveux comme ça, ou parce que tu t'habilles comme ça... Dis-leur, dis-leur que ce sont des pervers, voici Troisième Sexe !"
Nicolas Sirchis sur la scène du Zénith, 1986

Citation archi-emblématique et archi-intéressante puisque Nicolas ne parle que de vêtements et de cheveux.

 

Jacky Jakubowicz : Le troisième sexe, c'est quoi exactement ?
Nicolas Sirchis : Beh, ça te choque le titre ou pas ?
- Non pas du tout mais je voudrais que tu expliques, les garçons au féminin, les filles au masculin...
- Ouais, en fait nan, ouais c'est une grande histoire. Le grand problème, c'est que j'ai remarqué que... Bon, nous dans notre génération, on s'habille un peu...
- Comme des ados ?
- Un peu bien quoi, on s'amuse bien. Et que ça choquait pas mal de gens quoi. Et c'était, histoire de... 1, on peut faire flipper les vieux comme on s'habille quoi, hein... Et puis 2, c'est surtout que toute cette jeunesse, enfin toute notre génération on se retrouve, on évite d'être dans des castes, n'est-ce pas... Chacun habillé diff... chacun dans son clan, et il faut qu'on se retrouve, qu'on se prenne la main pour justement avancer vers le... Back to the future. N'est-ce pas mon Jacky.
- Mais c'est très bien. Voilà une bonne explication."

Nicolas interviewé par Jacky Jakubowicz, Super Platine, 1985

 

"En France, il n'y a pas de groupe de rock gay. On est conscients d'avoir attiré les homosexuels dès le début de notre carrière mais on n'a rien fait pour, ni avant, ni après ! Il n'y a pas d'homosexuel dans Indochine. Du moins, pas que l'on sache ! Il y en a peut-être qui s'ignorent ! Il existe dans tout être humain une part d'homosexualité qui peut déboucher sur la bisexualité. On est sensible à la beauté d'un mec mais notre part d'homosexualité s'éteint si un mec très laid se met à nous draguer..."

Nicolas Sirchis, Stars Magazine, Août 1987

 

"H comme Homosexualité : Dans 'Troisième Sexe", nous n'affirmons pas que nous sommes un groupe de pédés, à la limite nous prenons une certaine bisexualité, et encore cela reste à prouver. On est avant tout Indochine, et avec tout le caractère d'aventure que ça comporte, et sans les messages philosophiques que certains voudraient nous faire endosser."

Indochine, Stars Passion, "De A à Z", mars 1988

"J'étais à Londres, il faisait beau et très chaud, dans la rue on voyait des mecs avec des looks insensés. Ce que je voulais dire, c'est que les plus vicieux ne sont pas ceux qu'on croit, mais bel et bien tous les outragés qui réagissent négativement devant une image qu'ils ont tendance à toujours vouloir caser, classifier, ranger dans des tiroirs. Aujourd'hui, on s'habille comme on veut, et le fait de porter une jupe pour un mec n'a rien à voir avec le fait qu'il soit pédé ou travesti. Il est ridicule de faire de telles associations."
Nicolas Sirchis in Le Septennat, 1988

En 1988 donc, Nicolas estimait encore avoir fait une chanson sur le fait qu'il est ridicule de traiter une personne de "pédé" si elle s'habille de façon un peu excentrique. Dont acte. Mais il semble surtout très plausible que cette réaction aille de pair avec ses complexes à propos du rock, domaine très masculin et hétérosexuel : Nicolas ne tenait pas à ce qu'Indochine soit vu comme un groupe de pédés !

Nicolas évoque souvent Patti Smith et surtout David Bowie comme des modèles d'androgynie, évoquant par là-même une certaine cooptation avec la grande époque du glam. Il est tout de même important de noter que le maquillage et les paillettes ne constituaient aucun lien avec des préférences non-hétérosexuelles. Au delà des positions de Bowie sur une possible homosexualité, souvent faites d'ambiguïtés saupoudrées en interview, le glam rock était un domaine musical traditionnellement old wave, davantage porté sur l'image et le marketing, et surtout très majoritairement hétérosexuel.

"Le méta-message de Bowie était un message d'évasion : s'évader de sa classe sociale, de son sexe, de son identité personnelle, de tout engagement trop évident - vers un passé de fantaisie ou un futur de science-fiction. Quand la 'crise' contemporaine était abordée, c'était de façon oblique, à travers la fantasmagorie d'un univers mort peuplé d'humanoïdes, un univers ambivalent tout à la fois célébré et abhorré. Pour Bowie (et pour les Sex Pistols après lui), il n'y avait 'pas d'avenir pour toi, pas d'avenir pour moi'. Et pourtant, malgré ce 'no future', c'est à Bowie qu'on doit d'avoir introduit la question de l'identité sexuelle au sein du rock et de la culture juvénile, où elle était jadis refoulée, ignorée, ou tout au plus objet de vagues allusions. Dans le glam rock, ou en tout cas chez les artistes les plus sophistiqués de l'univers glitter, comme Bowie et Roxy Music, ce n'était plus la classe sociale ou la jeunesse qui jouaient un rôle subversif, mais la sexualité et la remise en question des stéréotypes de genre. Même si Bowie n'avait rien de très radical, préférant le travestissement et le dandysme à une véritable politique de libération et de dépassement des rôles sexuels, on ne peut pas nier que lui et ses adeptes s'employaient à 'remettre en question la valeur et la signification de l'adolescence et de la transition vers le monde du travail' (Taylor et Wall, 1976). Et ils le faisaient à leur manière unique, mélangeant avec art les images du masculin et du féminin, censées traditionnellement définir le passage de l'enfance à l'âge adulte."

Dick Hebdige, Sous-culture, le sens du style, Zones, 1979

Il est important de rappeler également que Nicolas ne citait que très peu David Bowie dans les années 80, bien qu'il ait longtemps été devant sa télé dans les années 70 et qu'il ait forcément été influencé par le glam rock d'une façon ou d'une autre.

Nicolas a sûrement et sincèrement voulu projeter en France ce qu'il avait observé dans le glam, notamment à travers son goût pour le visuel et une apparence percutante, mais aussi en proposant un idéal d'évasion, appuyé dans le cadre d'Indochine sur la bande dessinée et le cinéma.
Mais à la différence de Bowie, il a toujours été incapable de faire preuve d'humour et de distanciation, ce qu'il lui aurait fallu pour jouer un personnage tel qu'un Ziggy Stardust. Le premier degré absolu de Nicolas et sa vacuité en interview le rendaient à l'époque - et aujourd'hui encore - plus proche d'un Bruel que d'une quelconque star glam.

De plus, l
'excentricité et le sarcasme britanniques étant toujours très étrangers aux Français, il semble que la mayonnaise n'ait pas pris dans l'Hexagone, et que ce soit cette dissonance qui ait provoqué des réactions homophobes : "c'est quoi ce groupe de pédés ?" Au grand déplaisir de Nicolas, hétérosexuel complet qui n'a pas franchement apprécié cette association.
"L'homosexualité masculine c'est toujours plus bestial. [...] L'homosexualité féminine est toujours beaucoup plus troublante, c'est l'initiation etc."
Nicolas Sirchis interviewé par Sébastien Ministru, PureFM, février 2013

Nous pouvons aussi parler du texte de "Canary Bay" - plus populaire dans les milieux queer que 'Troisième Sexe" - qui, au delà d'une ode à l'homosexualité féminine comme il est souvent perçu, est en fait un fantasme hétérosexuel trivial sur les lesbiennes. 

"Avec Canary Bay, on nage en plein fantasme hétéro ?
- J'avoue, oui. Avec un côté Sa Majesté des Mouches, transposé dans une bande de gamines de vingt ans. Canary Bay, c'était la république des filles, des Amazones. L'île fantasmée où j'aurais bien aimé passer du temps." 
Nicolas Sirchis in Kissing my songs, 2011

 

"Oui, c'était une vision un peu adolescente Canary Bay, c'est pas le truc dont je suis le plus fier, un peu une vision un peu adolescente du fantasme euh, un peu masculin...
- Oui j'ai vu ça, mais pourquoi, un peu macho ?
- Masculin, masculin, rêver d'être sur une île déserte avec que des amazones... J'avais 17 ou 18 ans à l'époque."

Nicolas Sirchis interviewé par Bernard Montiel, RFM, 2021

Non. En 1985, Nicolas avait vingt-six ans.
"Nicolas : 'Troisième Sexe' ça parlait de, en fait, en grande partie de tolérance. De tolérance envers le... l'individu euh... euh, moi j'avais remarqué en fait que, qu'une personne s'habille bizarrement ou pense bizarrement euh... Ce qu'il faut c'est le tolérer quoi. Et j'trouvais qu'il y avait une certaine intolérance envers une certaine catégorie de jeunes.
Stéphane : Fallait oser à l'époque porter des boucles d'oreilles ou avoir les cheveux verts ou oranges tu vois, à Clermont-Ferrand ou ailleurs tu vois, dans les villes de province donc c'est vrai que, y'a beaucoup de jeunes qui nous disaient 'ouais, le look c'est hyper important, on a peur de s'habiller euh... punk, de s'habiller new wave, parce qu'on se fait remarquer dans la rue'. Donc c'est vrai que ça parlait un peu de ça quoi."

Nicolas et Stéphane Sirchis, Giga, 1991

"Moi j'ai écrit des chansons... Y'a des gens qui m'ont dit putain ouais... 'Troisième Sexe c'est une chanson d'homosexuel, vous êtes homosexuels' j'sais pas quoi... J'dis bah non, non, mais euh, j'avais envie de parler de... Déjà c'était pas une chanson sur l'homosexualité, mais une sorte d'étape comme ça, et euh, les gens sont toujours étonnés de nous voir déjà, sur scène, nous voir après dans la vie, enfin cette différence-là, c'est ça qui est intéressant."

Nicolas Sirchis, Paristroïka, 1993

 "Quel rapport as-tu avec la communauté gay ?  
- Un amalgame a été fait avec 'Troisième sexe', certains l'ont perçu comme une chanson sur l'homosexualité alors qu'elle traite de l'intolérance vis-à-vis d'une partie de la jeunesse et des libertés sexuelles de façon générale. Presque 15 ans après, elle reste d'actualité. On a voté le PACS de justesse, et finalement la chasse aux sorcières dont parle la chanson continue. Pour parler des fans gays, franchement je ne les vois pas. Je parle des garçons et des filles. Je crois que leur sexualité ne me regarde pas !"
Nicolas Sirchis, Tribu Move, Avril 2000

"L'image du groupe a été un moment complètement aseptisée, une partie de la presse rock nous a associé plus à Duran Duran qu'à Cure. C'est le public qui a fait la différence, comme toujours. Mais on était issu de la new-wave, beaucoup plus 'fleur bleue' que le punk. Cela étant, le premier morceau d'Indo, c'était quand même 'Dizzidence Politik', et on ne peut pas dire que 'Troisième Sexe' ou 'Trois Nuits par Semaine" étaient des comptines puisqu'elles faisaient toutes les deux l'apologie de la bisexualité !"
 
Nicolas Sirchis, Rocksound, février 2001
...Comment ?
"Mais au départ c'était une chanson sur le respect de l'ambiguïté, même pas de l'ambiguïté sexuelle, non, c'est que toutes les sexualités méritent le respect, et c'est pas parce que des fois on est habillé un petit peu hors du commun, qu'on a forcément... Parce que c'était ça hein, euh, 'lui il se maquille alors c'est forcément un pauvre pédé', ce genre de réaction... Euh, et en fait beaucoup de gens ont pris ça comme une sorte d'hymne de génération... [...] Moi ce qui m'a fait marrer c'est que cette chanson que j'ai écrite comme ça, elle est presque autant d'actualité, elle était autant d'actualité y'a quatre ans ou trois ans quand y'a eu cette levée du bouclier autour du PACS, y'a toujours cette haine vis-à-vis de cette sexualité, cette haine vis-à-vis des gens un petit peu différents, enfin c'est assez curieux."
Nicolas Sirchis dans En Aparté, Canal+, 2003

En 2003, même si Nicolas n'était plus très sûr de ce qu'il voulait faire dire à "Troisième Sexe", il s'agissait toujours d'un morceau à propos de looks perçus comme hors du commun, et des réactions & insultes, souvent homophobes, qu'ils engendrent. Mais le chanteur semblait toujours ne pas souhaiter être associé à un "pédé", peu importe son look. Et finalement...


"Alors le prochain morceau est dédié à tous les garçons qui aiment les garçons, à toutes les filles qui aiment les filles, à toutes les filles qui aiment les garçons, à tous les garçons qui aiment les filles. Merci de votre tolérance, merci, merci beaucoup !" 
Nicolas Sirchis sur la scène de Paris-Bercy, 2003

Cette manière de présenter "Troisième Sexe" n'a même pas eu cours sur l'intégralité de la tournée, puisqu'elle servait à la base d'introduction à la reprise de "Smalltown Boy", un vrai hymne gay. À la différence de "Troisième Sexe", donc.


Notre théorie, c'est que Nicolas aurait pris conscience à cette époque seulement du potentiel gay friendly de ce morceau, et en a fait son "Smalltown Boy" à lui, alors que ce n'était pas du tout une chanson sur l'homosexualité. C'est aussi une époque où il semblait enfin se détendre à ce sujet. Dans cette version au Zénith, dont la voix est pourtant réenregistrée en studio, Nicolas arrive cependant à chanter une phrase sur deux en yaourt, ce qui en dit long sur sa compréhension du morceau dont il ne saisit absolument pas la profonde mélancolie.

Il semble également évident que cette volonté d'apparaître toujours plus ambigu sexuellement, participait directement du rapprochement voulu par Nicolas avec Placebo, alors plus à la mode que jamais dans la francophonie. Sirchis et Jardel jouaient donc les Molko & Olsdal dans le clip de "Marilyn", une occasion en or pour Nicolas de régler ses vieux complexes, car de nouveau être "pédé" faisait rock...

Voir : Placebo, 2002 - Paradize


Une certaine habitude pour Nicolas de faire évoluer la portée significative de ses morceaux avec le sens du vent. Nous pouvons entendre qu'avec l'évolution de la société et le fait que certains discours trouvent plus ou moins d'écho dans l'espace public, on puisse découvrir une nouvelle lecture possible dans de vieux morceaux. Le problème, c'est que Nicolas est guidé par un opportunisme certain.
"Pour Nicolas, en 1983 une chanson voulait dire quelque chose, et en 1995 elle ne voulait plus tout à fait dire la même chose, il lui fait dire ce qui lui convient, car certaines chansons ont plusieurs niveaux de lecture. Pour moi, 'Troisième Sexe' était avant tout un message de tolérance. Une liberté aussi bien sexuelle que politique."
Dominique Nicolas, Platine, 2004

"Vous avez justement été plutôt avant-gardiste avec Indochine, sur des sujets de société comme l'homosexualité. Je pense particulièrement à la chanson Troisième Sexe, et puis aujourd'hui sur votre dernier, y'a "College Boy", qui parle pour le coup d'homophobie. On a changé d'époque, est-ce que vous avez l'impression, vous, d'avoir changé de combat ?
- Si 'College Boy' existe aujourd'hui, c'est parce qu'effectivement je n'aurais pas cru une seconde que trente ans ou vingt-cinq ans après il y aurait encore autant d'intolérance vis-à-vis de ça. Vis-à-vis de l'homosexualité, vis-à-vis de la différence, vis-à-vis de la bisexualité."

Nicolas Sirchis, Grand Public, 2013

Une situation où différence et homosexualité semblent être devenus des quasi-synonymes pour Nicolas. "College Boy" (Black City Parade, 2013) était effectivement une chanson sur l'homophobie au collège (qui se dit middle school en anglais et non college).
"Si j'ai écrit ce morceau, c'est uniquement parce que j'ai été choqué qu'un groupe qui a signé sur le même label que moi [Sexion d'Assaut], tienne des propos homophobes et violents. Et qu'il ait été condamné du bout des lèvres par ce même label, parce que ce groupe vendait des disques."

Nicolas Sirchis, Paris Match, février 2013

Puis apparut dans les médias français la problématique du harcèlement scolaire. Nicolas ne perdit donc pas de temps pour faire évoluer la portée de son morceau, cette fois en un temps infiniment plus court qu'il ne lui en a fallu pour Troisième sexe. Xavier Dolan, réalisateur alors au sommet de la hype, et à qui Nicolas avait laissé carte blanche pour un clip, choisit de mettre en scène le rejet dont souffre son personnage principal - dont on ne connaît pas la sexualité - au sein de son établissement scolaire. Sensibilisé par les problématiques sur les armes à feu en Amérique du Nord, il amena Nicolas sur le terrain du harcèlement scolaire, probablement sans l'avoir souhaité. D'un morceau sur l'homophobie, "College Boy" devint finalement un hymne contre le harcèlement scolaire, le harcèlement en général, voire sur le fait de se faire emmerder par les schlagues de son village parce qu'on est habillé en noir (voir au début de la vidéo ci-dessous). Une certaine manière pour Nicolas de revenir à ses thèmes originels : les fringues.


Le naturel hétérosexuel est pourtant très présent chez lui à la même époque, comme dans cette sortie très spontanée ouvertement pré-metoo. Et si l'on y regarde de plus près il l'a toujours été, passant parfois de la caricature hétéro-beauf à des sorties encore plus problématiques.

Voir : Le dernier tabou


Aujourd'hui, Indochine jouit d'une image plus gay friendly qu'ils ne l'étaient dans les années 80 et surtout les années 90 où tous les complexes de Nicolas sur le rock, sa masculinité et son hétérosexualité sous-jacentes, se sont exprimées au grand jour : concurrence avec les très masculins Noir Désir, thème omniprésent de la féminité - adolescente -, évolution des guitares vers un son gras et saturé, vêtements plus rock'n'roll. Pourtant, là où Nicolas était toujours empêtré dans les relations entre filles et garçons (sic), c'est plutôt Stéphane dont le discours était tourné vers la fluidité de genre (voir cette interview dans Taratata en 97) et qui semblait sensible à l'évolution des relations au sein des couples modernes. 
"Une journaliste canadienne nous a un jour interviewés. Elle nous a demandé ce qu'était le troisième sexe. Je lui ai répondu : 'le troisième sexe, c'est quand le premier rentre dans le deuxième.' " 
Nicolas Sirchis, Muse & OUT, janvier 2013

Nicolas n'a à ce jour jamais autant parlé d'homosexualité, et semble encore suivre le sens du vent, à une époque où de très nombreuses minorités - dont il ne fait aucunement partie - se sont fait valoir et ont élevé leur voix en tant que telles, avec une force de frappe jusqu'ici inégalée. Nous croisons donc ça et là dans 13 les thèmes de la transsexualité avec "Tomboy" (Tiré du titre d'un film de Céline Sciamma) ; le féminisme avec "Suffragettes BB" (où Nicolas mélange un titre de Bowie et un titre de Gainsbourg) ; le Front National supposément avec "Un été français", et Donald Trump avec "Trump le monde", simple jeu de mots sur un titre des Pixies.


À la manière d'un politique débutant, arriviste et opportuniste, Nicolas Sirchis s'est montré automatiquement aux côtés de tous ceux qui agitaient le drapeau d'un certain progressisme. Loin des débats et du recul demandé par certaines problématiques sociétales profondes, il s'est contenté de suivre le chemin le plus sécurisé en prêchant des convertis au sein de son propre public. Derrière une image jeune et rebelle, c'est pourtant le choix qui ne lui aurait valu à coup sûr aucune controverse, tout comme le fait d'afficher publiquement des gens ayant depuis longtemps perdu toute crédibilité, comme Christine Boutin ou Christian Vanneste.

Voir : 2013 : Black City Parade


Nous pourrions nous amuser à dire que Nicolas n'a jamais pensé écrire une chanson sur le racisme, bien que Bouha Kazmi, à qui il avait donné carte blanche, aborde ce sujet dans son clip pour Station 13. Clip qui n'a aucun rapport avec la chanson, chanson qui n'a elle-même aucun rapport avec rien. Mais pour quelqu'un qui a toujours clamé ne pas vouloir faire de social, Nicolas est relativement cohérent : En restant dans le sociétal et les problématiques dépolitisées (souvent non-françaises), il montre son inaptitude à creuser les sujets, qu'il se contente simplement d'évoquer à coups de slogans et de clins d’œil comme autant de cache-misères.
"C'était une belle métaphore entre mes héros qui m'ont donné envie de faire de la musique, David Bowie et d'autres... Et de voir que y'a plus de porte-paroles aussi forts qu'eux... On entend que les populistes là, et il faudrait que des gens reprennent la parole pour que... Effectivement ça ça a été tourné en Afrique du Sud, il manque de gens comme Mandela, il manque de gens comme des... voilà."

Nicolas Sirchis à propos de "Station 13", Quotidien, novembre 2018
 
"Moi j'ai écrit une chanson qui s'appelait Troisième Sexe en 1986 (1985, ndla), et euhhh la chasse aux sorcières etc, rien n'a bougé. Dans chaque ville où on passe, on est passé à Toulouse y'a quelques jours, y'a eu une agression d'une jeune lesbienne, à Rouen, un agression d'un jeune... J'veux dire c'est de plus en plus violent, euh, parce que y'a des, voilà, je trouve que la démocratie en général, et c'est important que la musique le dise, ne se défend pas assez face à des gens qui mentent et qui accusent les autres, enfin qui sont intolérants. Et je trouve que la démocratie devrait être intolérante avec les intolérants."
Nicolas Sirchis, Quotidien, novembre 2018


"Embrasser une cause ne suffit pas : il faut ensuite faire passer le message. Le plus dur commence. Car demander à un rocker de parler de politique, c'est un peu comme demander à Patrick Sébastien d'animer un colloque sur la notion de déterminisme chez Spinoza : l'un et l'autre s'accordent assez mal. Le rock prône la jouissance, pas la réflexion. La politique est un sujet trop sérieux, trop "adulte" pour qu'il puisse s'y introduire sans y perdre son âme et une partie de ses auditeurs. Fuyant une solennité contraire à leurs principes, les rockers s'efforcent donc d'aborder les choses sérieuses de la façon la moins sérieuse possible, en soignant la forme, et presque en détournant l'attention."

"Cette réactivation permanente de la mystique 'rock' est révélée avec plus d'évidence encore par l'usage répété du mot rock en tant qu'étiquette, chargé de cautionner toutes sortes d'initiatives (en plus de permettre un jeu de mot sur le verbe 'to rock' : bousculer, ébranler) : Rock Against Racism, Rock Against Reagan, Rock the Vote... À l'inverse, ils sont finalement rares, ces Bob Dylan ou Neil Young, qui ont suivi un cheminement idéologique personnel, sans se soumettre à leur fonction de rocker. 
S'engager en tant que rocker, concrètement, c'est s'engager au nom d'une certaine idée de la jeunesse.

Julien Demets, Rock & Politique, l'impossible cohabitation, Autour du Livre, 2011

Finalement, en 2018 Nicolas ramène "Troisième Sexe" à sa source, celle de la mode vestimentaire, durant une soirée ultra-parisienne et ultra-jet-set dédiée à Jean-Paul Gaultier. Nicolas y est comme un poisson dans l'eau.

"La chanson 'Troisième Sexe' l'a touché, pas mal, je crois, et puis, on s'est mis nous en robe, enfin bon on a un peu déconné, comme c'est un peu voilà... L'unisexe... No gender comme on dit maintenant !"

Daniel Balavoine avait pourtant écrit le très élégant "Lipstick Polychrome" en 1980, et personne d'une façon ou d'une autre n'en a fait tant d'histoires. Nicolas Sirchis et ses fans ne sont-ils pas finalement les seuls à expliquer que Troisième Sexe ait eu un tel impact ? 


Une très belle chanson, avec un joli titre qui plus est, Lipstick Polychrome, que Nicolas se serait damné pour trouver.


Finissons avec ce morceau on ne peut plus hétéro-beauf écrit par un homme de quarante-six ans, et que bon nombre de fans trouvent drôle. Nous, comme nous avions déjà eu l'occasion de le dire, trouvons plutôt que Nicolas n'est ici non seulement pas drôle, mais fait preuve d'une affligeante vulgarité et d'une indélicatesse digne d'un mauvais film porno. Mais depuis Jean-Marie Bigard, on sait que ces dernières peuvent sans difficulté remplir un Stade de France.


 
En 2020, Indochine Mk2 proposait "3SEX" avec Christine & The Queens, afin de promouvoir une compilation des singles sortis entre 1981 et 2000.
"Aujourd'hui, on assiste à des confusions très étranges qui créent un discours hyper puritain. Il y a confusion entre sexualité et nudité, et je pense que la plupart des artistes sont intéressés par l'idée de repousser les limites (...) Je voulais éviter l'écueil du duo trop genré homme-femme, et créer une symétrie, un dialogue un peu différent, plus naturel, plus égalitaire."

Héloïse Létissier, Quotidien, décembre 2020

À la différence du "Grand Secret" par exemple. "Troisième Sexe" parle des looks androgènes et de leur dénigrement, quand "Le Grand Secret" parle du déflorage d'une jeune fille avec un souhait d'inversion ponctuelle des rôles : la demoiselle aimerait avoir la maitrise et l'ascendant comme un partenaire masculin ; ce dernier accepte d'être passif et sur la défensive comme une partenaire féminine. On est loin de l'égalitarisme et de l'antisexisme, car il s'agit juste d'un jeu de rôles.

Dans "3SEX", chacun chante aléatoirement des passages, il n'y a aucune réelle construction thématique sur qui chante quoi. Certes ce n'est pas un duo genré, mais c'est parce qu'il n'y a qu'un seul narrateur.

On est proche d'une réappropriation type karaoké ou Star Academy.

Voir : 2020 - "3SEX" & Singles Collection 1981 - 2001 

 

Marguerite Duras et la bande dessinée

Ce post est chaleureusement conseillé à tous les fans d'Indochine étudiants en lettres.

Bob Morane et Bill Ballantine dessinés par Dino Attanasio

Un des mythes les plus récurrents à ce jour concerne l'origine du nom "Indochine".

Nous avons tous entendu ou lu Nicolas expliquer que le nom de son groupe venait de son amour inconditionnel pour les livres de Marguerite Duras. Mais il suffit de faire une petite rétrospective pour se rendre compte que quelque chose ne va pas.
"NCL : Vous avez commencé sous le nom Indochine, vous aviez des tendances plutôt asiatiques.
- Bah non, Indochine c'est aussi français, j'veux dire, c'est une tendance à l'évasion avant tout. C'est pas une tendance ni provocatrice ni aventureuse, c'est une... qui a tendance à s'évader, à retrouver le rêve de l'exotisme."

Nicolas Sirchis, Antenne 2 Midi, 1984
 
"Et ce nom Indochine ?
Nicolas : Ah beh justement vas-y...
- Expliquez un peu.
Dimitri : Bah... (rires)
Stéphane : Nan c'est parce qu'on aimait bien les sonorités euhhh... orientales et tout ça et puis euh, on explique ça euh... parce que quand y'avait l'Indochine en France y'avait les jeunes qui partaient à la guerre en Indochine... (il repousse le joint) partaient écouter du rock'n'roll aussi donc... c'est pour ça qu'on a appelé ça Indochine. Mais c'est pas politique sinon. Voilà.
Dimitri : No war, war is stupid comme y disait l'autre... La reine d'Angleterre."

Indochine, interview au Club Lord Nelson, Örebro, octobre 1984


"Ils ont hésité longtemps avant d'arrêter leur choix sur le patronyme qui allait leur porter chance. Ils ont pensé à F.T.P., les Résistants, les Épatants... Et puis, toujours en cherchant un nom choc, Nicola a dévié vers l'Extrême-Orient : Saigon... et Indochine."

Doctor Jepman in Indochine, Jean-Eric Perrin, Calmann-Lévy, 1986
(livre officiel)
 
Question d'un téléspectateur : "D'où vient le nom Indochine ? (Brouhaha dans le public)
C'est à dire que... [...] C'est un hasard. Y'a aucune connotaissance chavirée (sic) de... C'est euh... C'étaient les syllabes qui étaient jolies. Y'a aucune connotaissance (sic) politique ou coloniale ou quoi que ce soit. On nous l'a beaucoup demandé, puis voilà quoi. Ce qui est marrant c'est que les mômes, ils connaissent pas ce qui s'était passé avant quoi."

Nicolas Sirchis, Direct+, 1987
 
"Nous, on voulait simplement s'échapper du quotidien et sortir du côté politique du rock en France. Il est vrai que ce nom a une connotation politique guerrière, mais la mise au point s'est faite d'elle-même, en chanson, avec 'L'Opportuniste'. [...] En fait, ce nom d'Indochine était aussi empreint d'une appartenance à un courant international, un peu comme Human League et surtout Culture Club. Pour Boy George, un tel nom de groupe voulait signifier qu'il prenait en compte toutes les cultures du monde et que leur musique en était la résultante."

Nicolas Sirchis in Le Septennat, Marc Thirion, Carrère, 1988
(livre officiel)

Roch Voisine : "Indochine ça vient d'où ? Le nom par exemple. Comment vous avez choisi ?
Bah tu sais c'est un hasard total, c'est à dire que quand tu... Quand on a commencé, quand le groupe s'est formé on a cherché des noms, et puis y'a différents noms, c'est comme si tu cherches un nom d'une chanson ou d'un film, tu jettes différents noms, puis y'en a un qui vient et qui fait l'unanimité, et euh, sans aucune recherche ethnique, ethnologique ou j'sais pas quoi... Surtout une recherche phonétique. Donc c'était ça quoi."

Nicolas Sirchis, Saturday, 1989
Indochine en 1982 aux Olympiades (le Chinatown parisien)

Pour Dominique Nicolas, il est question d'un nom rigolo et légèrement provocateur. Aucune trace de Marguerite Duras :
"Deux-trois jours avant le concert on avait choisi le nom avec Nicolas, on avait plein de noms comme ça, et puis après on avait décidé de s'appeler Indochine. [...] Je lui ai dit 'Tu vois avec le nom qu'on a, je pense que ça marchera jamais' parce que déjà, on va dire 'Indochine', les gens ils vont nous prendre pour des fachos. Et Nicola dit 'Ah tu crois, tu crois ?', et la preuve que je me suis trompé."

Dominique Nicolas, Fréquenstar, 1992

Il s'agit ci-dessous de la première mention connue de Marguerite Duras concernant l'origine du nom. Nous sommes en 1999 :
"À l'origine, j'avais choisi ce nom-là parce que je suis un fan de Marguerite Duras, pas pour le fantasme colonial !"

Nicolas Sirchis, Rocksound, juillet 1999

"Salut Nicola !!! Dis pourquoi Indochine comme nom du groupe ? 
Nicola : Pour la 100000e fois, c'est plus un hommage pour Marguerite Duras, avec un soupçon de provocation, je suis un grand fan de cet écrivain dont la période majeure de son œuvre se passe en Indochine !
Nicolas Sirchis, chat Zicline.org, août 2000

"Le nom du groupe vient principalement euh, de mon intérêt euhhh, je suis un grand fan de Marguerite Duras, depuis l'âge de quinze ans, et euh, j'ai lu tous ses livres, et euh, chaque fois que je lisais ses livres, que ce soit L'Amant, Un Barrage Contre Le Pacifique ou autre, les situations se passaient pour elles, y'avait ce mot qui revenait sans arrêt, Indochine. Donc je trouvais la phonétique très intéressante."

Nicolas Sirchis en conférence de presse à Hanoï, Bye Bye Vietnam, juin 2006

"Est-ce que tu as eu la permission de Marguerite Duras elle-même ?
Personne nous a demandé en France, grosso modo pourquoi on avait pris ce nom-là. Elle ne le savait pas à l'époque, qu'on avait pris, parce que, elle est morte en 84, et nous le groupe a vraiment été connu (sic) au début des années 80."

Nicolas Sirchis à la radio vietnamienne, Bye Bye Vietnam, juin 2006

Stop, ça va trop loin.

"Tout le monde nous a demandé pourquoi ce nom. D'abord, c'est parce que ça sonnait bien. Et puis, on cherchait un nom qui évoque l'aventure, l'exotisme, le cinéma, la bande dessinée... On a tout de suite été d'accord sur ce nom, qui est, c'est vrai, quand-même un brin provocateur... mais pas tant que ça."
Dominique Nicolas, hors-série Les Grands du Rock, juin 1986

On respire un grand coup et on recommence.

Prétendre qu'Indochine vient de Marguerite Duras est un mensonge, construit petit à petit dans une période de discrétion médiatique. Mais aller raconter à l'autre bout du monde que personne en France n'a demandé d'explications relève de la tartufferie. De plus, Nicolas, considéré par beaucoup comme un homme de culture qui a "lu tous ses livres", déclare en toute décontraction à la radio vietnamienne que Marguerite Duras est morte en 84, alors qu'elle est morte en 1996. Le tout validé pour le final cut de Bye Bye Vietnam, donc.


Une simple recherche du mot Indochine au sein d'une version numérique d'Un barrage contre le Pacifique nous apprend que le mot n'est cité qu'une seule fois, page 12 :
"Peu après leur mariage, ils firent ensemble leur demande d'admission dans les cadres de l'enseignement colonial et ils furent nommés dans cette grande colonie que l'on appelait alors l'Indochine française."

Marguerite Duras ne cite autrement l'Indochine que de sa propre voix dans Cahiers de la guerre (1943-49, paru en 2006) ou encore dans Les Parleuses (1974). Le mot est en revanche souvent présent au sein des documentaires, reportages et biographies même courtes, ce qui n'a pas dû échapper à notre héros.

Marguerite Duras
"Marthys : Qui a trouvé le nom du groupe ?
Nicola : moi :-) J'avais fait une liste avec plusieurs noms, et étant tombé sur un livre de Marguerite Duras, j'ai pris ce nom-là."
Chat RTL2, 2008

Donc ce coup-ci ce ne serait plus l'univers des livres de Marguerite Duras, Nicolas serait simplement "tombé" sur un de ses livres, il ne précise pas lequel...

Comme montré plus haut, le livre officiel de 1986 écrit par Jean-Eric Perrin ne mentionne pas Marguerite Duras, ni pour le nom ni pour autre chose. Les livres préférés de Nicolas y sont "Parias de Bruckner, Le Mépris de Moravia, et un bouquin de Jack London, le Loup des Mers, un titre comme ça."

Clairement, Nicolas a galéré à citer un troisième livre. Et en bande dessinée, il cite "Les Passagers du Vent de Bourgeon, Buck Danny et Les Mange-Bitume."

François Bourgeon, La fille sous la dunette, Glénat, 1979




Aujourd'hui, nous entendons plutôt ce genre de chose, d'un ridicule absolu au regard de toutes les explications pré-1999 :

"Le titre Indochine, est-ce que ça doit un peu à Marguerite Duras ?
- Ah ouiouioui, que à Marguerite Duras. On nous a dit... En 1981 on avait plein de maisons de disques aux fesses, 'on veut signer avec vous mais faut que vous changiez de nom, ça va pas. Indochine ça fait Algérie Française, c'est une défaite et blablabla et blablabla'. Et on a pris le producteur le plus alcoolique du truc, qui nous a permis de garder notre nom. Et il m'a dit 'pourquoi Indochine', j'ai dit 'Marguerite Duras', 'connais pas'. Bah c'est la musique hein. Et pourtant L'Amant sortait trois ans plus tard."
Nicolas Sirkis interviewé par Olivier Bellamy, Radio Classique, 2013

Affabulation totale dans cette interview où Nicolas explique aussi que Verdi est pop, déclenchant une bienveillante taquinerie de la part d'Olivier Bellamy. Le chanteur se montre ici extrêmement charmeur face à une personne forte de sa culture classique, mais qui ne voit pas qu'il enrobe la réalité d'une grande dose de fiction. Indochine aurait donc été un groupe de littéraires incompris, poursuivis par des producteurs incultes qui leur auraient demandé de changer de nom, pas assez cultivés pour voir la référence à Duras ?


Pourtant, relire ou réentendre les explications des années 80 porte un coup fatal à cette image de groupe de littéraires voulue par Nicolas, par désir de réécriture d'une réalité peu arrangeante pour lui. Nous remarquons également l'éternel logiciel ressassé par le chanteur, selon lequel ce serait par manque de culture que certains balourds ne sauraient pas apprécier Indochine.

Voir : Ceux qui n'aiment pas Indochine

Scan du Septennat, Marc Thirion, Carrère,1988
 
Indochine n'avait aucunement plein de maisons de disques aux fesses, n'a rien pris, et le nom ne semble pas avoir été un frein à ce point-là. C'est uniquement Pathé Marconi, seule autre maison intéressée à ce stade, qui s'est montré réticente avec le nom. Tout naturellement, le groupe s'est tourné vers Didier Guinochet, qui est bien la personne que Nicolas traite d'alcoolique chez Olivier Bellamy.
"On a signé avec [Didier Guinochet] parce que d'abord il nous avait offert à boire, et ensuite c'étaient les seuls qui n'exigeaient pas que l'on change de nom. Pathé Marconi voulaient aussi nous signer, ils avaient déjà Téléphone et Starshooter. Mais ils ne voulaient pas que l'on s'appelle Indochine. [...] J'avais essayé de leur expliquer Duras, mais à l'époque L'Amant n'était pas encore sorti, donc ils ne connaissaient pas Duras."

Nicolas Sirchis, Rolling Stone, hors-série spécial Indochine, juin 2010


"Quand j'ai voulu trouver un nom pour le groupe, je trouvais que c'était bien. Ça a été vachement mal pris à l’époque, personne n'avait fait la liaison avec Marguerite Duras. Maintenant on le dit, on le redit et on le surdit."

Nicolas Sirchis, Europe 1, mai 2021


Disons-le, redisons-le et surdisons-le, en plusieurs langues s'il le faut : Nicolas ne citait jamais Duras à cette époque, il est donc assez déplacé de fanfaronner en estimant le niveau de culture des autres à la baisse. Mais cette manière de matraquer une chimère sur plus de deux décennies nous interroge : Nicolas a t-il conscience d'asséner une contrevérité, ou a t-il vraiment fini par y croire ?

"Pourquoi le groupe s'appelle Indochine ? [...]
- Ça ça aurait pu être une question d'y a dix ans.
- Ouais.
- Eh beeeeeeeeen... C'est que, voilà. Nan, au dép... C'est toujours pareil, tu mets vingt noms de groupes comme ça et tout, y'en a un qui te sort, euh... de tous les autres, et pis euh... Phonétiquement y sonnait bien. Y'avait un petit côté provocateur qui n'était pas négligeable à l'époque...
- Il est vrai.
- Et euh c'est vrai qu'on a fait deux ou trois maisons de disques qui ont un peu flippé en disant 'ohlala Indochine non jamais'...
- On a même voulu vous faire changer de nom je crois pendant un moment au début.
- Ouais ouais, ça c'était une ancienne boîte qui voulait... Qui aimait bien ce qu'on faisait mais euh, Pathé Marconi pour ne pas la nommer mais qui est toujours une bonne boîte de disques, mais ils voulaient pas, ils voulaient qu'on change de nom quoi. Nous on a dit non on change pas de nom. Et pis mais bon et pis mais...
- C'est un petit côté provo quoi.
- Ouais pis après on peut élaborer sur... Extrapoler sur, ouais on aime bien la musique un peu de partout, etc, on mélange tout enfin voilà quoi."

Nicolas Sirchis interviewé par Laurent Boyer, Pour un clip avec toi, 1991

 

"J'aimais bien le nom, Indochine, c'était assez original. Et puis j'ai été séduit par ce que j'ai entendu. Et j'ai dit OK on produit."
Gérard Lenorman, L'Aventure Indochine, 2017

Séduit, pas grâce à Nicolas mais à la musique de Dominique. Il ne devrait plus y avoir besoin de le souligner. Aujourd'hui encore, Nicolas est régulièrement cité comme la raison principale de ne pas aimer Indochine.

Voir : Ceux qui n'aiment pas Indochine


Dans Insolence Rock, Nicolas invente la possibilité de relire un livre qui vient juste de sortir. Et d'utiliser systématiquement revoir plutôt que simplement voir. Y a t-il tant de honte à découvrir un livre ou un film, pour la première fois ?
"J'étais à fond dans Duras et j'ai notamment relu L'Amant... J'étais plongé dans les thèmes de l'adolescent rebelle, de sa sexualité. Pour "Hors-la-loi", cette chanson sur des gamins qui se révoltent, j'ai également revu If, le film anglais avec Malcolm McDowell. C'était vraiment la révolution teenage, quoi. (Film sorti en 1969, ndlr)"
Nicolas Sirchis à propos de l'écriture de 3, Insolence Rock, Camion Blanc, 2004

"Mouloud Achour : Grand fan de Duras...
- Ah ouiouioui. Bah ça a été ma... Comment. On va pas dire ma maîtresse mais presque. Maîtresse littéraire. 
- Ça peut se dire avec Duras. Plein de gens ont été l'amant littéraire...  
- Justement, je préfère dire 'ma maîtresse' parce que, elle m'a éduqué. Dans le sens littéraire. 
- C'est drôle parce que y'a plein de gens aujourd'hui qui font leur éducation à travers internet et les sites un peu 'hum hum'... [...]
- Ah ouiouioui, ouioui, ben à l'époque, j'suis vieux moi, y'avait pas ça hein. 
- Et vous aviez dit que vos premiers émois c'était en lisant les mots.
- Oui, euh, ben surtout L'Amant. L'Amant de Duras quand on a quatorze ans ou quinze ans, tout d'un coup c'est, c'est... Y'a beaucoup de préliminaires. C'est ce qui manque aux films."
Nicolas Sirchis, Clique Dimanche, 2018

Rappel historique, et comme Nicolas semble pourtant le savoir au vu de l'extrait chez Bellamy, L'Amant est sorti en 1984. Nicolas avait donc vingt-cinq ans. Ce flagrant délit de mensonge - ou de capacité au voyage dans le temps - ne va pas dans le sens de l'histoire officielle, vous l'aurez compris.

3, 1985

Pour en revenir à "Trois Nuits par Semaine", oui, Nicolas s'est inspiré de L'Amant et l'a toujours dit.
"'Trois Nuits par Semaine', c'est parce que je venais de lire L'Amant de Marguerite Duras, et il y a une phrase qui dit qu'elle retrouvait son amant trois nuits par semaine, j'ai trouvé ça très beau... C'est toujours du hasard inconscient !"

Nicolas Sirchis, Tribu Move, janvier 2001

Au delà d'une inspiration durassienne effectivement perceptible, cette explication reste une distorsion de la réalité. Il n'y a rien dans L'Amant qui ressemble de près ou de loin à une telle phrase. Au mieux, l'extrait le plus proche possible de ce qu'avance Nicolas est le suivant :
"Des fois il disait qu'il voulait me caresser parce qu'il savait que j'en avais une grande envie et qu'il voulait me regarder lorsque la jouissance se produirait. Il le faisait, il me regardait en même temps et il m'appelait comme son enfant. On avait décidé de ne plus se voir mais ce n'était pas possible, ça n'avait pas été possible. Chaque soir je le retrouvais devant le lycée dans son automobile noire, la tête détournée de la honte."

Marguerite Duras, L'Amant, Les Editions de Minuit, 1984
 
De la part de quelqu'un qui éprouve déjà des difficultés à citer ses propres textes, cela n'est pas franchement étonnant. Qu'en pensent les fans qui ont soigneusement rangé L'Amant - ainsi que L'Homme assis dans le couloir et Un barrage contre le Pacifique - sur la même étagère que leurs disques d'Indochine ? Les ont-il lus ?
 
 
"NCL : Ce disque, L'Aventurier, a été fait d'après la bande dessinée Bob Morane, et c'est en grande partie ce qui a fait son succès.
Nicolas : Bah euh oui, c'est à dire qu'il y avait une essence d'aventure...
DB : J'ai l'impression que vous n'êtes pas les seuls à vous inspirer des bandes dessinées, Gotainer par exemple conçoit son spectacle comme autant de séquences de bande dessinée, ça inspire beaucoup les groupes aujourd'hui ?
Nicolas : Bah oui, c'est à dire que maintenant on a plus besoin de s'évader un peu, j'veux dire, nous la lecture de maintenant, j'veux dire, les jeunes d'aujourd'hui lisent de la bande dessinée, pas des bouquins, donc ça se rebet (sic) sur les paroles quoi."
Nicolas Sirchis, Antenne 2 Midi, 1984

En effet, aux débuts du groupe, et comme il le disait très clairement, Nicolas était bien plus marqué par la bande dessinée que par quelconque littérature. En janvier 1982, Indochine est en couverture de Rock BD, "l'actualité de la rock'kulture".


Philippe Delisle explique dans Bande dessinée franco-belge et imaginaire colonial que c'est à la fin des années 70 que la thématique coloniale retrouve sa place au sein de la BD, mais cette fois avec un second degré et un humour qui n'avait plus été possible pendant une vingtaine d'années. Une distanciation permise par la redécouverte de l'humour d'Hergé et de son positionnement contre les clichés occidentaux (Le Lotus Bleu) et son discours anti-esclavagiste (Coke en Stock) certes tardif mais bien réel. Loin de la violence colonialiste de Tintin au Congo, son dessin "ligne claire" et son humour constituèrent au début des années 80 les principales influences du retour à la mode du style atome, né dans les années 50, et qui s'attacha à ridiculiser la mentalité coloniale et les stéréotypes sur les peuples colonisés.

En d'autres termes, sans distanciation permise par la bande dessinée, il n'aurait pas été envisageable de s'appeler "Indochine" en invoquant le rêve, l'évasion et l'aventure.

Freddy Lombard, le Cimetière des Elephants, Yves Chaland, Les Humanoïdes Associés, 1984

En 2018, La Vallée des Immortels, nouvelle aventure de Blake et Mortimer, rend de nouveau hommage à cette tendance de la bande dessinée. Le résumé et les dessins sont tellement Péril Jaune qu'il est presque impossible de ne pas sourire en pensant au jeune Nicolas et à ses paroles.

Voir : La Vallée des Immortels - Menace sur Hong Kong sur Dargaud.com

"l'idée de cet album est de raconter plein de petites histoires. Il s'agit d'un véritable collage de petits films, d'un livre d'images que l'on feuillette. Chaque chanson est une nouvelle page, une nouvelle histoire. L'Aventurier, c'était plus la BD."

Nicolas Sirchis à propos du Péril Jaune, Salut, 1983

En 1983, Nicolas écrivait pourtant toujours selon une logique de séquence d'images fixes, autrement dit de bande dessinée.
Blancs et jaunes réunis
Rites et vapeurs à l'infini
Sur le quai ils s'activent
A décharger la marchandise
Les bandits, caisse par caisse
Vérifient leur commerce
Le grand maître du jeu
L'insoupçonné Docteur Tseu
Dans la nuit, le va-et-vient
Des pousse-pousse est établi
A l'affût, pas très loin
L'imper espionne de son coin 
"Razzia", Le Péril Jaune, 1983

 


"Du côté des BD j'étais servi, car vers 8, 10 ans je vivais à Bruxelles où mon père travaillait pour la CEE. Je lisais Spirou, et je m'embarquais avec Buck Danny et Gil Jourdan dans leurs aventures. J'étais aussi très Pif Gadget."

Nicolas Sirchis, Best, 1986
Scan du hors-série Les Grands du Rock, juin 1986




Scans du chapitre "Rock in B.D.", Le Septennat, Marc Thirion, Carrère, 1988
Boyer : "Après Bob Morane, quel sera le prochain personnage de BD, héros, d'un de vos titres ?
Nicolas : Heuuuuuuu...
Stéphane : Ricky Banlieue, de Frank Margerin !
Nicolas : Hé hé...
Boyer : Margerin que vous aimez bien mais enfin bon pour l'instant c'est pas prévu je présume.
Nicolas : Non effectivement c'est pas prévu.
Stéphane : Nicolas a abandonné la BD pour lire !
Nicolas : Arrête tu rigoles... On m'en a envoyé trente, je fais partie d'un jury, je dois lire trente BD en dix jours... Tous les soirs j'suis là...
Stéphane : Tu peux m'en filer un peu.
Nicolas : Ouais c'est ça je vais t'en filer."

Nicolas & Stéphane Sirchis, Pour un clip avec toi, 1991

"Effectivement, sur nos deux premiers albums, notre langage était simpliste. Très bande dessinée, un peu cinéma même."

Nicolas Sirchis, Le Lundi, 1994

 

"Guy Lemaire : L'Aventurier, c'est Bob Morane !
Nicolas : Ah bah oui, c'est clair, c'est clair ! S'il vous plaît !
Guy Lemaire : Et c'est pas un hasard.
Nicolas : Ah bah non c'est pas un hasard, c'est vrai que, bon c'est pas un mystère, Stéphane et moi on habitait Bruxelles, donc on a été effectivement en Belgique effectivement Bob Morane est plus, comment dire, plus accessible tout de suite par les jeunes générations, et puis on a... Quand on a commencé à écrire cette chanson, j'ai pris un livre dans ma bibliothèque et y'avait ce... Je crois que c'était L'Ombre Jaune effectivement donc euh... J'avais envie d'adapter un petit peu tous ces titres, qui sont un petit peu... 
Henri Vernes : C'est moi qui ai écrit les paroles puisqu'il s'est servi de tous les titres de Bob Morane pour écrire sa chanson, hein ! 
Nicolas : Maintenant on s'quitte plus ! 
Guy Lemaire : En tout cas vous êtes ensemble sur le plateau de Tour de Chance. [...] Le deuxième disque c'était d'ailleurs Le Péril Jaune... 
Nicolas : Ouais, après oui on a, on a, on a fait notre route effectivement, sur...
Guy Lemaire : Y'avait aussi des gentils chez vous, y'a Miss Paramount
Henri Vernes : Y'avait Miss Paramount aussi ! Miss Paramount aussi ! Oui oui ! 
Nicolas : Oui, c'était un dérivé de ce qu'il restait de L'Aventurier..."

Nicolas "effectivement" Sirchis dans Tour de Chance avec Henri Vernes, 1994

L'émission est amusante. L'époque est différente, Nicolas est mal à l'aise et surtout très très loin de l'intellectuel dont il se donne aujourd'hui l'image. Henri Vernes, pas dupe du tout, avait très bien compris que Nicolas ne piochait que dans les titres et jamais dans le contenu, ce qui se vérifie encore à ce jour. Et en effet, les relations entre le chanteur et l'écrivain ne semblent pas si idylliques : 
"Au départ, L'Aventurier a été un tube alternatif, le succès populaire est venu après. Henri Vernes, l'auteur de Bob Morane est arrivé à ce moment-là. Il voulait absolument qu'on mette un autocollant sur le single : 'la chanson de Bob Morane'. Et puis la presse s'en est mêlé. On voulait nous lier dans les interviews... Mais moi ça m'emmerdait un peu. Je trouvais ça hors-sujet. Je n'avais pas écrit ce texte par admiration pour l'auteur de Bob Morane." 
Nicolas Sirchis in Kissing my songs, Agnès Michaux, Flammarion, 2011

Nous revîmes une référence BD dans "Astroboy" en 1999, un jeu de mots de plus avec des titres.
"C'est Gwen qui m'a fait découvrir Astro Boy. Ça a donné ma première chanson manga. Après tout, c'est une sorte de Bob Morane des années 90. [...] 'La route orange' est le titre de l'une des aventures d'Astro Boy. [...] J'ai eu beaucoup de plaisir à l'écrire, mais en fait, pour être sincère, je ne lis pas beaucoup de mangas." 
Nicolas Sirchis in Kissing my songs, Agnès Michaux, Flammarion, 2011

Astro Boy d'Osamu Tezuka a en fait été publié de 1952 à 1968 avec des reprises épisodiques jusqu'au début des années 80. De plus, il n'est nullement question de route orange dans les aventures du petit robot. Kimagure Orange Road est un autre manga, écrit et dessiné par Izumi Matsumoto dans les années 80.

   
"Quel autre personnage de BD vous inspire ?
...Mais moi j'ai jamais été super BD hein ! [...] Bob Morane j'ai dû lire ça pendant... Une dizaine de Bob Morane quand j'étais petit j'arrêtais pas, et puis quand j'ai... on a commencé à écrire L'Aventurier, j'ai été piocher dans ma bibliothèque, et j'ai vu ça, et j'ai vu tous les titres j'ai dit putain ça peut faire une bonne chanson ça..."

Nicolas Sirchis interviewé par Witold Langlois, RTS, 2018

Stratégie ? Mythomanie ? Alzheimer ? Nous voyons parfaitement dans cet extrait tout le crédit que Nicolas porte au neuvième art. Quoi qu'il en soit, une BD sur Indochine était sortie quelques années avant cette divagation de Nicolas, n'ayant malheureusement pas d'autre intérêt que la variété des dessins puisqu'elle reprend la version officielle de l'histoire du groupe.

Indochine : la BD, Gaet's et Sébastien Bataille, Fetjaine, 2012
 
Alors que Nicolas assumait sans peine la bande dessinée au début des années 80, et que les deux premiers albums d'Indochine exposent cette influence au grand jour, l'intellectuel qu'il veut être aujourd'hui ne souhaite plus y être associé, préférant certainement les vrais livres, sans images, que l'on serait censé lire en tant qu'adulte.  
"J'avais la mélodie de la chanson et j'ai eu l'idée de faire un zapping des titres des bouquins, L'Ombre Jaune, La Vallée Infernale, etc. Après, il y a eu des malentendus, on a dit qu'Indochine était un groupe qui s'inspirait de la bande dessinée, alors qu'il s'agissait bien des romans." 
Nicolas Sirchis, hors-série Rolling Stone, juin 2010

Comment ne pas éclater de rire ? Nicolas n'a pris que les titres, mais attention c'étaient de vrais livres ! Ce qui est bien dommage, puisque le descriptif de l'album sur Indochine Records le contredit :


Le rapport qu'entretient Nicolas avec la littérature, plus le fait qu'il se comporte systématiquement en publicitaire de lui-même, est très révélateur de sa propension à réécrire l'histoire. Certainement influencé au départ par une certaine espièglerie et une culture alternative, Nicolas semble avoir été au fil du temps plus attiré par une attitude cultureuse qui correspondait mieux à sa personnalité. Ne se sentant plus d'équerre avec ses thèmes de l'époque, Nicolas a fini par enrober ses anciens textes et thèmes d'un parfum de culture légitime, bien plus en adéquation avec l'image d'intellectuel qu'il souhaite donner, quand il n'invoque pas un second degré dont il est pourtant incapable. Les références BD parsèment pourtant tous les livres officiels et interviews des années 80.

Mais il n'y a aucune honte - bien au contraire ! - à avoir été influencé par l'univers très riche de la bande dessinée, et à avoir voulu jouer avec un univers asiatique en toc que les banlieusards connaissent bien. Stéphane lui, ne cessa jamais d'évoquer des auteurs comme Frank Margerin, Jano ou Philippe Vuillemin. Il est d'ailleurs compositeur en 1996 de la musique du documentaire La bande dessinée a 100 ans de Diane Perelsztejn. 


Pour en revenir au nom, notre théorie bullshit à nous c'est qu'ils auraient vu le mot "Indochine" sur la devanture d'un restaurant de la banlieue parisienne ou du 13e arrondissement.
"On était dans tout ce phénomène de héros ridicules du cinéma hollywoodien, comme Rocky, comme machin... Le seul truc qui avait un peu d'humour, c'était L'Aventurier de l'Arche Perdue (sic). C'était un peu... Moi ce que, c'était ça, c'était la vallée infernale, égaré dans la vallée infernale le héros s'appelle Bob Morane... C'était vraiment quelque chose de totalement second degré."

Nicolas Sirchis, Un flirt sans fin, 2006.

"Oli, il faut faire attention à tout ce que l'on dit avec Nicola ?
- Oui. Il a pas beaucoup de second degré."
Interview sur MFM, 2014

"Les aventuriers de l'arche perdue" de Steven Spielberg (1981)
Oui, je l'ai vu. C'est un peu pour ça que j'ai fait "L'Aventurier"... J'adore Harrison Ford, dans le film il s'en sort toujours de justesse... Il y a une scène que j'aime bien, lorsque un immense Arabe fait virevolter son sabre pour l'impressionner : Indiana Jones prend son flingue et boum ! C'est très drôle."

Nicolas Sirchis, les toiles de Nicola d'Indochine, 1991


Le plus ironique c'est que la négation du rôle de la bande dessinée chez Indochine au nom d'une certaine posture lettrée, est justement la négation de son lien historique le plus solide avec une culture alternative. Sans refaire l'histoire de la contre-culture, il y a toujours eu des échanges entre phylactères, contestations, marges et musiques électriques, depuis les Underground Comix jusqu'à Métal Hurlant en passant par le magazine new-yorkais Punk qui offrit son nom au mouvement.
"Comme la pochette était faite par Marion, dans une option bande dessinée, il y a eu une sorte de malentendu autour d'Indochine. On nous a qualifié de 'groupe de rock BD'. À l'époque il y avait Métal Hurlant qui marchait bien, avec toute une nouvelle scène de dessinateurs effectivement branchés rock, mais on n'avait pas vraiment de lien avec eux. Comme je l'ai souvent expliqué, c'était plutôt du second degré par rapport au mythe du héros invincible." 
Nicolas Sirchis in Indochine, le livre, Jean-Eric Perrin, 2011

Une relecture bien peu audible lorsqu'on connaît la redondance du thème de l'héroïsme chez Nicolas. Rembobinons une dernière fois :
"Les sons exotiques peuvent s'intégrer au rock. À l'Olympia, on accentuera plus sur le côté aventure, nous sommes une réaction contre les groupes politiques, ce qu'on veut c'est privilégier à nouveau le mythe du héros ; la BD, les voyages nous intéressent. Si l'album L'Aventurier était assez BD, le prochain sera plutôt cinéma, ambiance Pépé le Moko, un peu. Il y a des textes sur le désert, des climats différents à chaque chanson."

Nicolas Sirchis, "Fièvre Jaune", Best, 1983

Les cartoons d'Olivier Gérard pour le programme du Dancetaria Tour et du Paradize Tour étaient encore témoins des influences alternatives d'Indochine qui paraissent bien loin aujourd'hui.






 

Stéphane lisant un roman de Bob Morane.

Bonus : la possible véritable histoire du rapport de Nicolas à la littérature a été racontée dans Fréquenstar le 13 juin 1992:
"[...] et puis il y a les inspirations littéraires. On sent que t'as été fouiller, Conrad, Salinger.
Bah j'ai pas été fouiller, en fait, c'est venu comme ça. Mais en fait, je crois qu'on s'est... le problème... 
T'étais littéraire avant ou pas ?
On était toujours en... Je sais pas si on s'est cultivé. Moi j'adorais les bouquins. C'est vrai que euh... à partir de 15 ans, bon, on avait chacun le bouquin de Breton dans sa poche. C'était cette mode là. C'est-à-dire qu'on faisait partie de cette adolescence qui aimait Rimbaud, Breton, Mallarmé, les surréalistes, etc. Donc j'ai commencé à lire ça. Et à partir... à 20 ans j'ai décroché pendant 5 ans quoi. J'étais plus dans la musique, dans la photo, dans les trucs. Mais... et puis c'est revenu après. C'est revenu très vite parce qu'il y a une réflexion de la femme avec qui j'étais pendant 7 ans. Je lui disais "j'arrive pas à lire". Elle me dit "Il n'y a que les fous qui arrivent pas à se concentrer pour lire". Alors ça m'a fait peur et depuis je lis sans arrêt. (rire) Peur d'être fou."


En 2010 pour Dernières Nouvelles d'Alsace :

"Je suis pas un grand... quelqu'un qui lit vachement. J'essaye au moins de... pallier à toutes les années d'absence littéraire. Au moins de lire des pages tous les jours.

[...]

J'ai très peu lu."