1996 - Wax

Stéphane et Nicolas, 1997

Fallait-il parler de Wax avec la même application et les mêmes égards qui ont guidé notre travail sur Paradize ? Si l'album de 1996 n'a que très peu à voir avec le premier album d'Indochine Mk2 (Paradize, vous suivez ?), il partage avec ce dernier une remarquable complexité, un opportunisme plus ou moins adroit, et un goût prononcé pour les contradictions.

Aux débuts de nos travaux, c'est de cette époque bâtarde dont nous nous étions inspirés pour le visuel du présent blog. Nous sommes, comme Nicolas, fascinés par les malentendus. Précisons-le de suite : bien qu'il ait été question d'Indochine 2 et du premier album d'un nouveau groupe, Wax n'est pas pour nous le premier album de ce que nous appelons Indochine Mk2 : le collectif de cette époque autour des jumeaux Sirchis n'a rien à voir avec le duo Nicolas/Olivier et les musiciens qui les entourent.


Mais Wax est forcément fondateur de quelque chose, en tant que premier album de l'Indochine post-Dominique. Nous tâchons d'étudier ce quelque chose depuis la création de ce blog, toujours est-il qu'en 1996, nous avons affaire à un véhicule au point mort, sans direction, quitté par son conducteur. C'est le premier album d'Indochine avec Nicolas pas exactement comme directeur artistique mais plutôt président. Les références changent.

"Au bout d'un certain temps, une démocratie dans un groupe, ça ne fonctionne pas. Parce que lorsque tu as quatre univers différents, ou plus, qui ne s'interpénètrent pas, ça devient difficile. Surtout si en plus les envies ne sont plus les mêmes."

Nicolas Sirchis, Rocksound, avril 2002

Chacun sait que si Indochine Mk1 était un groupe, ce n'était pas pour autant une démocratie : la perte de la direction d'Indochine a fait prendre conscience à Nicolas qu'il en fallait une.
"L'acte 2, comme tu l'appelles, s'est ouvert avec la compile Unita et le nouveau titre 'Kissing my song' qui est plus proche de ton album solo que des standards d'Indochine.
- On me l'a dit ! Peut-être faut-il en conclure que désormais, Indochine, c'est moi. Avec une liberté totale de mouvements."

Nicolas Sirchis, 1996
1996

Nicolas utilise ici les mots d'une autre personne pour accréditer son propre calcul, d'autant que Dans la lune et Wax n'ont franchement rien en commun ! Rappelons aussi que l'album perso de Nicolas composé de reprises a été entièrement joué, réalisé et arrangé par Les Valentins. Dès lors, en admettant que Wax y ressemble, que faut-il vraiment en conclure ?

Voir : 1992 - Dans la lune
"Cette période je la justifie un peu par le nom d'acte 2, c'est vraiment le septième album d'Indochine, dans le terme, mais c'est aussi le... le premier album d'un nouveau groupe quoi. C'est vraiment ça. Donc avec l'acquis par contre, professionnel, qu'on a eu ces quinze dernières années."
Nicolas Sirchis, Comme deux frères, 1996


Nicolas avait à ses côtés un excellent guitariste en la personne de Stéphane, mais souhaitait rester à la tête d'un groupe à deux guitaristes. Stéphane voyait pourtant encore à cette époque la possibilité de devenir le compositeur principal d'Indochine, mais Nicolas ne l'entendait pas de cette oreille.

"Stéphane n'a jamais voulu être leader ?
Nicolas : Je pense que si. Mais il est mieux dans ce qu'il fait. On a toujours envie d'être plus important. Moi, j'ai choisi inconsciemment d'être chanteur parce que je ne savais rien faire d'autre, et lui son truc c'était la guitare. Il ne sait pas 'écrire', donc c'est moi qui écris tous les textes. Ça s'est fait comme ça."

Nicolas Sirchis, Platine n°34, octobre 1996


Deux guitaristes, comme chez Mk1 ou les très populaires Oasis par exemple : un guitariste et directeur artistique, assisté d'un autre gratteux exécutant. 

"En 1996, quelles sont vos influences ?
Je suis ravi du renouveau de la pop anglaise avec des groupes comme Oasis. Le seul groupe que j'ai toujours suivi, c'est U2 parce qu'ils ont su évoluer.
"

Nicolas Sirchis, Platine n°34, octobre 1996


C'est vrai, et il est possible que Nicolas ait pris U2 en exemple pour que chaque album d'Indochine soit très différent. Mais en ce qui concerne Oasis, au delà de la très racontée guerre avec Blur, ils firent se retrouver beaucoup de groupes anglais de cette époque autour d'une certaine détestation commune pour le groupe mancunien.

"Nicolas : [...] À l'époque, j'aimais le côté un peu "sales gosses" de Oasis. Mais, avec Placebo, j'ai découvert quelque chose de nouveau. [...]
Brian Molko : Alors qu'Oasis, en revanche, je ne suis pas du tout client... "

Nicolas Sirchis, interview croisée avec Brian Molko, Rocksound, 2000


Voir : Hello Manchester !


Le très officiel Insolence Rock brosse un portrait généraliste de la musique britannique du milieu des années 90 à grands coups de name dropping. Indochine y est présenté comme un groupe pointu, et l'opportunisme du chanteur comme un coup de génie : lui aurait
enfin su où amener Indochine et comment, ce que Dominique n'aurait pas su - ou pas pu - faire.

"On a l'impression que le... le chat étant parti, les souris sont euh, ont fait tout ce qui leur a plu, avec cette maturité... professionnelle qu'on a pu conserver quoi."

Nicolas Sirchis, Comme deux frères, 1996


"Du coup, le départ de Dominique qui, pour moi, aurait été une catastrophe cinq ans auparavant, était dans ce contexte presque bénéfique. C'était genre : 'On va pouvoir aller là où moi j'ai envie d'aller !' Et révéler tout le potentiel de ce groupe qui me semblait encore énorme."

Nicolas Sirchis, Rocksound, avril 2002


Le mot qui allait prévaloir sur tous les autres pour définir cette période du groupe français fut donc, et reste encore à ce jour : britpop. Ce fut aussi le début pour Nicolas d'une fascination pour Brett Anderson et les très bowiesques Suede qui allait le suivre très longtemps.

Brett Anderson

Nicolas décrit cette période précédent Wax, avec le ras-le-bol puis le départ de Dominique Nicolas, et son accession au trône de directeur artistique d'Indochine, comme suit :

"Savoure le rouge aurait pu être un méga-tube, mais aucune radio ne le passe, l'album [Un Jour Dans Notre Vie, 1993, ndlr] est un flop total mais on voit qu'il y a des fans, un public qui commence à me plaire, qui aime Suede, Blur. C'était le début du grunge."
Nicolas Sirchis in Indochine, le livre, Jean-Éric Perrin, 2011


Il y aurait donc un public qui ne lui plaît pas ! Pouvons-nous savoir lequel ?

Une époque difficile où Nicolas essayait plutôt d'imiter Dave Gahan et Bono, tous deux chanteurs de groupes marqués eighties et qui avaient éventré le début des années 90 avec respectivement les bombes Violator (1990) et Achtung Baby (1991). 

Voir : 1993 - "C'était le début du grunge...", Depeche Mode


Si le grunge avait été globalement désagréable pour un Nicolas plus pop que rock, il ne semble considérer le phénomène britpop que comme une évolution plus audible avec des personnalités plus androgynes.

"Les groupes britanniques comportent en général un ou deux jolis garçons - pâles, minces, de très beaux cheveux ; certains mettent même de l'eye-liner. Cette androgynie séduit les jeunes femmes aimant que leurs fantasmes pop soient sensibles et délicats - efféminés, à l'opposé des beaux gosses musculeux."

Simon Reynolds : "Un nouveau regard sur la britpop", Salon, décembre 2007


"Le rock, pour moi, doit être avant tout sexuel. Prince, Bowie, Patti Smith, ça transpire le sexe. Le rock, c'est la morale, le sexe et le social. Alors oui, je fais ça, mais sans tomber dans l'obsession non plus. C'est vrai que ça passe inaperçu, mais je ne peux pas écouter les albums à la place des critiques..."

Nicolas Sirchis in Kissing my songs, Agnès Michaux, Flammarion, 2011

Le Nicolas agacé par les boys bands avait perçu cette androgynie. Mais notre héros incompris était loin de voir dans la tendance britpop cette réponse justement typically british, ironique et excentrique, à ce grunge trop codifié, et qui était devenu hégémonique sur les radios. Il s'agirait donc principalement de saturer les guitares et d'adopter une attitude plus sensuelle, androgyne et irrévérencieuse.

Voir : Troisième Sexe

Mais si le cahier des charges est corrompu dès le départ, que Nicolas est incapable de commenter subtilement les champs musicaux qui l'entourent, et qu'il est inapte à la malice et au second degré... Comment bâtir un propos musical affiliable à la britpop, malgré une telle absence d'anglophilie ?

  • Première possibilité : Y aller carrément, et appeler Bernard Butler, le guitariste de Suede.

"Fortement influencé par la nouvelle vague pop anglaise, Nicola part à Londres et y séjourne pendant plusieurs semaines, à la recherche d'un nouveau guitariste. Le chanteur multiplie les rencontres, traîne du côté du label Rough Trade, puis finit par contacter Bernard Butler. Le guitariste prodige de Suede vient de lâcher ses collègues à l'issue de l'enregistrement de Dog Man Star..."

Sébastien Michaud, Insolence Rock, Camion Blanc, 2004


Au lieu du flatteur "fortement influencé", il aurait été plus adéquat d'écrire "fortement attiré" en parlant d'un Nicolas complètement dépassé par les tendances musicales de cette époque. Quant au label Rough Trade, si sa mention évoque certes l'indépendance et l'expérimentation, il faut tout de même savoir qu'il a fait faillite en 1991, avant de n'être relancé qu'en 2000.

Bernard Butler

"Un mec très jeune, super calme, super gentil. Il me dit 'j'ai envie d'écrire pour toi, mais pas pour Indochine.' On travaille un peu ensemble sur quelques trucs, mais son manager finit par me dire qu'il est un peu dans la position de Johnny Marr quand il a quitté les Smiths : il ne sait pas où il veut aller... Il a fini par faire une carrière solo, et je trouve que ce qu'il a fait par la suite était extraordinaire. Ça n'a pas marché, mais ses musiques sont vraiment, vraiment bien."

Nicolas Sirchis in Insolence Rock, Sébastien Michaud, Camion Blanc, 2004


La version de Butler, voire celle de son manager, serait très intéressante, et plausiblement un peu différente de celle de Nicolas... Le guitariste anglais se concentra jusqu'en novembre 1995 sur sa collaboration avec le chanteur David McAlmont.

"On s'est vus plusieurs fois à Londres. Il avait écouté nos disques, son album favori est le "3", et il voulait tenter quelque chose avec moi. Mais il est définitivement trop compliqué. Même le duo McAlmont/Butler dans lequel il s'est beaucoup investi est un échec. Il ne sait pas ce qu'il veut, change tout le temps d'avis. De mon côté, j'avais eu ma dose d'états d'âme et de prises de tête. Il a intérêt à fonder rapidement son propre groupe. Mais nous sommes toujours en contact et il n'est pas exclu qu'il joue sur le prochain album d'Indochine."

Nicolas Sirchis, 1996


  • Deuxième possibilité : Trouver un autre guitariste à Gibson et aux cheveux longs, mais qui parle la langue. Ce sera Alexandre Azaria, présenté par Daniel Chenevez de Niagara.
Alexandre Azaria avec Le Cri de la Mouche

Un malaise se révèle pourtant assez rapidement avec le nouveau guitariste :

"Je voyais très bien qu'avec lui il y allait avoir des problèmes de pouvoir, et j'ai donc décidé d'une double production, Azaria d'un côté, Pilot de l'autre."

Nicolas Sirchis in Insolence Rock, Sébastien Michaud, Camion Blanc, 2004

Une décision catastrophique de la part d'un directeur artistique débutant, qui ne pouvait que desservir l'album en détruisant toute possibilité d'homogénéité.

Wax avec AzariaWax avec Pilot
UnisexeRévolution
Je n'embrasse pas
Drugstar
Coma, Coma, Coma 
Echo-Ruby*
Kissing My Song
Les Silences de Juliette* 
L'AmoureuseSatellite*
Peter Pan*
Mire-Live*

Ce soir, le ciel*


* : Compositions de Stéphane.

Rappelons que le très apprécié "Kissing my Song" est une composition d'Alexandre Azaria, et initialement le morceau bonus de la compilation Unita (1995). Le guitariste est aujourd'hui quasiment occulté de l'histoire officielle d'Indochine racontée par Nicolas. C'est aussi le seul titre où l'influence de Suede s'entend vraiment ; on peut même voir Azaria singer les mouvements de Bernard Butler dans le clip du morceau en question.

L'amour des fans pour "KMS" semble donner raison à Nicolas qui estime que personne n'est irremplaçable et que chaque musicien est là pour se mettre au service d'Indochine - entendre, de lui. Ils ne seraient tous qu'un moyen, pour faire vivre l'univers existant dans la tête de Nicolas.

Les fans du Black City Tour se souvenaient-ils en entendant "Kissing My Song" que le compositeur du morceau n'était pas sur scène ?

Le passage d'Alexandre Azaria sur le navire a essentiellement été raconté par Nicolas dans des termes très dépréciatifs :

"Il a commencé par dire que c'était lui qui allait tout produire, et qu'il allait le faire uniquement selon son goût. Je lui ai dit que ça n'allait pas, qu'il s'agissait d'Indochine et non pas de lui, et qu'on allait le produire ensemble..." 

Nicolas Sirchis in Insolence Rock, Sébastien Michaud, Camion Blanc, 2004

"Nous, dès qu'on est rentrés en studio avec Azaria, on savait déjà qu'il allait repartir. Je ne voulais pas de quelqu'un qui se sente investi d'une 'mission'... Si tant est qu'il y ait eu une mission, c'était à nous de l'accomplir, et pas à lui. En plus, il était très hautain, et le fait qu'il ait cosigné des titres a occasionné par la suite pas mal de problèmes d'argent, il avait utilisé des samples... Enfin c'était un vrai sac de nœuds."

Nicolas Sirchis in Le Roman-Vrai d'Indochine, J-C Perrier, Bartillat, 2005

Nicolas ne semble pas avoir apprécié qu'Azaria n'ait pas su se faire discret, il aurait apparemment fallu laisser les jumeaux travailler. Pouvons-nous tout de même rappeler ici que Nicolas Sirchis l'a appelé pour remplacer Dominique, et donc jouer ce rôle de révélateur d'un potentiel dit encore énorme ? Et surtout, et c'est une autre contradiction : nous savons parfaitement que c'est Nicolas qui a imposé les cosignatures, notamment à Stéphane dont il estimait les compétences insuffisantes. Pourtant, l'évidente et gracieuse aide de Jean-Pierre Pilot sur "Drugstar" ne fut pas mentionnée dans les crédits. Toujours est-il qu'il semble confondre une cosignature avec l'utilisation d'un sample, problématique qui lui était encore étrangère vue son ignorance en matière de musique électronique.

Stéphane Sirchis, 1996

Souvenez-vous lorsque nous écrivions que Nicolas était une entrave pour Indochine, et que sans lui pour freiner les velléités de chacun, la musique du groupe aurait été infiniment plus audacieuse et originale. Wax approche pourtant une proposition aussi casse-gueule que courageuse, mais vous l'avez, l'image du frein à main ?

Le très sympathique Alexandre Azaria parle pourtant positivement de son expérience avec Indochine dans le documentaire L'Aventure Indochine en 2017 :
"C'était ma première aventure en tant que compositeur... Et j'ai eu pas mal de chance ouais, de tomber sur quelqu'un comme Nicolas, qui fait partie des gens qui donnent la chance, en tout cas qui font confiance, à des gens même si euh... ils ont pas fait grand chose avant quoi. Et ça s'est super bien passé. En fait on s'est retrouvé, comme un peu deux gamins, dans une chambre à faire de la musique quoi. Et moi j'en garde un super souvenir quoi."

Alexandre Azaria, L'Aventure Indochine, France 4, 2017

Malice d'Azaria, se sachant systématiquement bafoué dans les livres officiels où il est présenté comme un arriviste pédant, entré sans s'essuyer les pieds ? Jamais nous n'avions entendu pareille confession sur cette époque peu documentée, où Nicolas pensait avoir trouvé le remplaçant de Dominique idéal.

(Aparté : Le guitariste anglophile de ses rêves sera plutôt Boris Jardel, qui en 1996 tournait encore avec Vanessa Paradis. En attendant ce dernier, ce sera Xavier Géronimi - collaborateur de Bashung avec J-P Pilot, mais surtout d’Étienne Daho - qui assurera le Wax Tour et le Live Tour. Avec un son "rock" caricaturé et une implication ne dépassant jamais l'exécution professionnelle.)


Les jumeaux d'Indochine sont donc encadrés par :
  • Alexandre Azaria, vers les différentes tendances de la musique britannique du milieu des années 90, le côté "cool".
  • Jean-Pierre Pilot, vers une chanson classieuse "à la française", le côté "cultivé".


Jean-Pierre Pilot, arrivé en 1994, est l'homme grâce à qui Indochine a pu traverser cette décennie. En plus d'avoir lui-même opéré une vraie évolution sonore au sein du groupe (des claviers en mousse de Radio Indochine aux synthétiseurs puissants de Dancetaria, jusqu'aux pianos enchanteurs de Nuits Intimes), il eut aussi la patience et le dévouement nécessaires pour arriver à faire progresser notre héros d'une façon très significative.

Jean-Pierre Pilot

"Comme deux frères" montre l'implication de Pilot, qui n'hésite pas à faire preuve de bienveillance et de la plus grande abnégation pour aider Nicolas à atteindre les meilleurs résultats possibles quitte à le faire souffrir. Chose incroyable pour Indochine, et qui n'était jamais arrivée jusqu'ici : en 1996, les voix sont parmi les points forts de l'album.

En plus d'y montrer quelques textes plus que corrects, Nicolas Sirchis chante remarquablement juste sur l'album de 1996. Son timbre de fausset irritant qui lui est pourtant si naturel est ici quasiment absent, et il se montre compétent au point de réaliser lui-même de nombreux chœurs. L'introduction du disque avec "Unisexe" en est un exemple flagrant, et fut très étonnant à la sortie du disque. Plusieurs autres titres de l'album témoignent de ce progrès : "Coma Coma Coma", "Satellite", "L'Amoureuse"...

Si le Nicolas de Wax jusqu'à Paradize vous semble si différent de celui d'aujourd'hui, c'est grâce à Jean-Pierre Pilot. Il est le pilier sur lequel le Nicolas pugnace de cette époque a pu s'appuyer. Quand bien même il en est absent, Paradize n'aurait pas eu la même tête sans l'apport de Pilot. Son départ, la différence flagrante de mentalité avec l'obéissant Olivier Gérard, ainsi que l'excès de confiance provoqué par le succès pharaonique de 2002 peuvent participer à expliquer la disparition des quelques aptitudes musicales de Nicolas, durement gagnées au sein des années 90.

En 1996, nous avons donc deux musiciens qui essayent de traduire les désirs potentiellement contradictoires des jumeaux Sirchis. Nicolas essaye de comprendre les directions étranges prises par la musique dans ces années désinvoltes. Stéphane lui, enregistre beaucoup et propose des démos entre énergie rock, électronique et tradition indochinoise. Des propositions originales qui ne font qu'assez peu le bonheur de Nicolas, qui semble regretter les compositions clé-en-main de Dominique, et subir cette proximité contrainte avec son frère jumeau.

"Stéphane, il faut s'adapter à la composition, avec Dominique j'ai mis 4-5 ans à m'adapter à la composition, parce que lui il amenait vraiment les accords, les morceaux... Je mettais la mélodie-voix mais c'était concret. Stéphane c'est quand-même... Des bandes entières de trois riffs par-ci, quatre riffs par-là, donc il faut vraiment piocher dans cette histoire, et bâtir la chanson ensemble. Donc c'est plus un travail plus... De longue haleine."

Nicolas Sirchis, Comme deux frères, 1996


"Le fait d'être frères, c'est une force ?
Non, pas particulièrement. Stéphane, c'est plus un membre du groupe que mon frère. On se voit davantage pour la musique que pour des réunions familiales."

Nicolas Sirchis, Platine n°34, 1996
Nicolas et Stéphane Sirchis, 1996

"Comment on travaille quand on est frères ?
Nicolas (ironique) : Difficilement. C'est très difficile.
Stéphane : T'es dégueulasse toi ! (rire)
N : Si le groupe devait s'arrêter ce serait vraiment à cause de ça... Non non, mais c'est très difficile.
S : On travaille comme on a travaillé avec Dominique, quand Dominique était là, qui composait la plupart des morceaux... C'est à dire qu'on travaille chacun chez soi, et puis on se retrouve, et puis on s'échange ce qu'on a fait, Nicolas rajoute ses textes, mélodie voix, et puis voilà.
"

Interview de Stéphane et Nicolas Sirchis, 1996

"Pour Wax, on était censé être deux, mais en même temps, il ne fallait pas compter sur Steph pour prendre des décisions, il attendait que je les prenne. Lui ne voulait pas, ce n'était pas dans son caractère... Donc, j'ai assumé."

Nicolas Sirchis, Rocksound, avril 2002

Les séances photos de l'époque mettent en revanche l'accent sur les jumeaux Sirchis. C'est Indochine !

Stéphane et Nicolas Sirchis, 1997

Wax est aussi l'album où apparaissent les premières tentatives du Nicolas compositeur, avec "Drugstar", "Révolution" et "Je n'embrasse pas". Une mentalité de "simplicité dans l'efficacité", qui n'était pas encore tout à fait la fainéantise suffisante des albums actuels. Nous voyions surtout apparaître ce qui allait devenir une constante : l'utilisation très prioritaire des compositions de Nicolas dans les choix d'édition.

"Drugstar", refonte - possiblement par cryptomnésie - de la reprise de "Money" par The Flying Lizards, fut le seul morceau de l'album à ne pas subir la co-composition, et constitua même le premier single.



Insolence Rock nous dit toutefois que si "Les Silences de Juliette" était évidente (pourquoi pas, ndlr), ce fut la maison de disques qui imposa "Drugstar". Difficile à vérifier. Quoi qu'il en soit, Nicolas aime ses chansons :

"Il y a pas mal de titres que j'apprécie, comme 'Drugstar' ou 'Révolution' que j'adore, des titres méconnus qui mériteraient pourtant d'être découverts."

Nicolas Sirchis, Elegy, février 2002

Voir : Hello Manchester !

"Révolution" jouée à Taratata, avec Tina Hersan, la fameuse choriste, celle-là même qui horrifia le jeune Olivier Gérard au concert du Casino de Paris.

Parce que oui, il y a une choriste sur Wax. Pourquoi ? Parce que Primal Scream. Ce groupe écossais, responsable en 1994 de Give Out But Don't Give Up tapa dans l'oreille de Nicolas, qui y entendit une résurgence de ses souvenirs des Rolling Stones avec un vernis de modernité. Et surtout d'intéressantes idées d'arrangements, facilement identifiables au milieu d'une époque musicale foutraque : ajouter des chœurs et des cuivres ! L'occasion de placer des clins d’œil :

"Je sais que c'est un truc qui n'a pas trop fait plaisir aux fans. Mais à l'époque j'écoutais Primal Scream, un groupe qui utilisait des gospels mélangés à une techno rock, et j'aimais beaucoup. C'est aussi une sorte de clin d'œil aux Beatles, principale référence de la britpop... Donc moi j'assume complètement !"

Nicolas Sirchis, Elegy, février 2002

 

"Un titre inspiré par les Stones... - Ruby Tuesday, bien sûr."

Kissing my songs, Nicolas Sirchis & Agnès Michaud à propos de "Echo-Ruby", 2011


Nicolas entend-il autre chose dans la musique qu'il écoute que des signifiants à calquer ? Le nom du groupe Echobelly, que Nicolas citait aussi à l'époque, dut aussi avoir son importance dans ce petit jeu de mots. La musique en revanche, non.

Sébastien Michaud écrit à propos d'"Unisexe" qu'il sonne comme une version française de "Rocks" de Primal Scream. Si la référence n'est là que pour crédibiliser un morceau qui ne se suffirait pas à lui-même, il est vrai cependant que l'influence d'Andrew Innes peut s'entendre dans le jeu d'Alexandre Azaria. On pourrait aussi  rapprocher "Jailbird" des guitares rocailleuses de "Coma Coma Coma". Un exemple toutefois de la crétinerie du name dropping dans le Camion Blanc : la simple présence de guitare acoustique sur "Echo-Ruby" suffit à l'auteur pour sortir une comparaison avec l'Unplugged de Nirvana.

Voir : Influences et références


Question paroles, un champ lexical de la religion commence à pointer le bout de son nez. Nicolas semble avoir apprécié entendre Martin Gore élaborer des parallèles entre sexe et religion, et place les mots "baptiser" et "confesser" au sein d'histoires de première fois féminine. Vous savez, celle qui fait un peu mal, dont on garde un mauvais souvenir, alors que monsieur a pris son pied.

Les histoires de sexe adolescent voire d'inceste sont toujours là, plus directes que jamais, et gênent profondément les très patients Jean-Pierre Pilot et Stéphane Sirchis, jeunes pères de petites filles.


Et pour combler les failles de cette maison de paille : le mythe du public salvateur, qui nous a été raconté un nombre de fois absolument délirant.

Nicolas aurait vu arriver un public merveilleux, dont il aurait su sonder le goût parfait. Il aurait souhaité lui répondre, lui rendre hommage par la musique, et par là-même propulser Indochine dans une nouvelle dimension artistique. Toutes les cloisons entre l'énergie mystique déployée sur scène et l'émotion poignante du public s'en seraient vues brisées. Comme un manifeste du groupe un peu magique qu'allait devenir Mk2... Si important pour tant de gens, et pourtant si aisément démystifiable.


"Nos fans aiment autant les Smashing Pumpkins que Björk."

Nicolas Sirchis, Platine n°34, octobre 1996


Seule fois où Björk (alors au sommet critique avec Post) fut citée.

C'est le début d'un processus de communication centré sur l'auditorat. Le public d'Indochine n'est donc plus seulement le contenant, il en devient aussi un contenu crédibilisant, un moyen pour un name dropping et faire croire à une hybridation avec d'autres publics plus "branchés". Cette communication centrée sur le public, les séances photo et le rattachement forcé à des hypes deviendra, par la suite, une constante. Nicolas était sacrément gonflé.


"Votre public est-il toujours le même?
- Non, il y a déjà une nouvelle génération de fans, des jeunes de 15 à 20 ans qui nous ont découverts par notre dernière compilation. Ils sont férus de Suede ou de Blur, et pour eux Indochine est le groupe français qui s'apparente à cette vague pop anglaise, Noir Désir étant plus rock et les Innocents plus proches de la variété."

Nicolas Sirchis, Le Parisien, 1996


Et qui lui avait fait écouter Blur ? Dominique !

Voir : 1993 - "C'était le début du grunge...", 2002 - Paradize

Comme nous sommes chez Indochine, la pochette occupe une place centrale :


Nicolas emploie d'ailleurs le mot "concept" à son sujet, ce qui nous en apprend encore davantage sur sa définition du mot employé dans le champ musical. Le concept ? Avec le bandeau, on ne sait pas tout de suite ce que ces deux jeunes gens font. Puis on découvre qu'ils s'épilent les jambes. Fin.

Si une idée amusante pour une pochette signifie un concept, alors revoyons ensemble la copie d'Alice et June (2005).

Voir : 2005 - Alice et June

Pourquoi avoir choisi "Wax" comme titre de votre nouvel album"?
- Wax, qui veut dire cire en anglais, et qui est aussi le nom du fartage pour le surf, est une expression que j'emploie souvent au lieu de dire "waq". (ndlr : waq, verlan de quoi, est une expression très utilisée chez les jeunes actuellement.)"

Nicolas Sirchis, Le Parisien, 1996


En 1997, afin de souligner encore un peu plus cette cooptation tant désirée avec la britpop, le clip de "Satellite" sera directement calqué sur "Song 2" de Blur, sorti quelques mois précédemment.

Blur en avril 1997


Indochine en juin 1997

Simon Reynolds estimait en 1995 que la guerre de la britpop entre Oasis et Blur constituait l'aspect le moins enthousiasmant de la musique britannique de cette époque :

Si l'on excepte la britpop et sa fixation dogmatique sur les sixties, la scène anglaise génère la musique la plus vivante et futuriste au monde. Que ce soient les expérimentations postrock de Laika et de Techno Animal, le trip-hop atmosphérique et sinistre ou la frénésie cyberpunk de la jungle, tous ces développements sont nés des innovations rythmiques du hip-hop et de la techno. En comparaison, les rythmes de Blur et d'Oasis souffrent d'un déficit flagrant de puissance."

Simon Reynolds, "Blur vs Oasis", New York Times, 22 octobre 1995

Le journaliste britannique écrivait d'ailleurs dans un autre article que si guerre il devait y avoir, elle se situerait plutôt entre Blur et Pulp.

Il est assez amusant de constater que Nicolas fixait un phénomène très médiatisé mais au demeurant peu important, qu'il luttait à comprendre et à analyser, alors que les avancées d'outre-Manche avaient directement influencé le beaucoup plus anglophile Étienne Daho. En effet, deux semaines après Wax sortait l'immense Eden, digestion française impressionnante des tendances électroniques citées plus haut.

Etienne Daho, Eden, 1996
"C’était une époque complètement dingue. À Londres, nous étions au centre d’un bouillonnement artistique et musical. On absorbait tout ce qui nous arrivait. C’est sans doute pour cette raison qu’Eden est un album assez unique, car il mélange des influences tellement variées que sa cohérence demeure, encore aujourd’hui, un mystère pour moi. [...] On redécouvrait aussi l’easy-listening et des disques qui m’étaient déjà très familiers depuis l’enfance."

Étienne Daho, Les Inrockuptibles, 2019


"J. Persitz : Il me semble qu'un peu à la manière de Depeche Mode, Indochine a opéré une mue en douceur avec l'album Un Jour Dans Notre Vie, puis l'a pleinement achevée avec Wax, qui sonne comme un premier album, bien qu'on n'y sente pas l'appréhension souvent propre à un premier album. On est passé de mélodies dansantes à d'autres, pas plus noires, mais plus rock. On est clairement plus proche de l'Iggy Pop de American Caesar que d'Etienne Daho !
N. Sirchis : Très très loin d’Étienne Daho, ça c'est sûr ! On se sent plus proche de groupes anglo-saxons comme Placebo. Beaucoup de nos fans sont d'ailleurs aussi des fans de Placebo. On est musicalement un peu isolés dans le paysage francophone."

Nicolas Sirchis, Tribu Move n°7, avril 1999

Comme quoi, même Étienne Daho était trop anglais pour Nicolas, bien plus à l'aise dans son appréciation très française du groupe Placebo, qu'il découvrit pourtant après Wax, avec le clip de "Nancy Boy" (janvier 1997) sur MTV. Sachez apprécier la différence fondamentale entre l'absorbtion et la digestion de tendances musicales passionnantes, et la simple recalque de signifiants hype pour rattraper l'air du temps.

"L'Amoureuse", conçu par Alexandre Azaria, est un des rares morceaux qui peut s'approcher - strictement musicalement - des paysages dans lesquels voyageait Étienne Daho. Le titre ne rencontra pourtant pas, et toujours aujourd'hui, un grand écho chez les fans d'Indochine. Sorte d'ovni pour le groupe, il donne un aperçu des volontés d'Azaria pour aider l'ambulance Indochine à rouler de nouveau et explorer de nouveaux territoires.

Voir : Étienne Daho

"On s'est dit qu'on allait demander l'asile politique en Belgique parce que la France, c'était pourri, noyée sous le rap. Les groupes de rock étaient balayés. C'était Noir Désir et personne d'autre."

Nicolas Sirchis in Kissing my songs, Agnès Michaux, Flammarion, 2011

En effet, quelques jours après Wax sortait 666.667 Club du groupe bordelais, dont les tubes "Un jour en France" et "Un homme pressé" tournaient en radio depuis l'été. L'album fut un carton critique et surtout commercial dans la lignée du très salué Tostaky (1992), et est encore à ce jour cité en très bonne place dans les Discothèques idéales du rock français, comme celle des très conservateurs Rolling Stone où il occupe la 12e place. Indochine y figure d'ailleurs avec Paradize, à la 98e place.

Voir : La menace du rock alternatif

"Les médias en ont eu ras-le-bol de nous. Les radios et les télés qui nous avaient soutenus au début ont dû être saturées et se sont dit 'c'est un groupe qui ne marche plus !' Mais le renouveau pop va peut-être renverser la vapeur ! Car la pop en France, c'est tout de même venu avec Indochine. Rappelons qu'à nos débuts, on nous reprochait d'utiliser des synthétiseurs, alors qu'aujourd'hui, tout le monde les ressort et c'est devenu très 'hip' !"

Nicolas Sirchis, Platine, 1996

 

"On a ressorti nos vieux synthés monophoniques qui donnent des vrais sons synthétiques et qui marquent actuellement le renouveau de la pop britannique. Blur avait les mêmes à l'Olympia. Pourtant, à nos débuts, qu'est-ce qu'on nous avait cassé sur ce son..."

Nicolas Sirchis, Le Parisien, mars 1996

"On nous avait tellement assassinés parce qu'on utilisait des synthés machin et caetera, maintenant ça devient... c'est le dernier chic, c'est de réutiliser des Minimoog, enfin tous les synthés, les vrais synthétiseurs c'est ceux qui font des bruits bizarres, des bruits de laboratoire [...], et donc justement les sons bbzzzz ça nous intéresse depuis le début, parce qu'on utilisait ça."
Nicolas Sirchis lors de l'enregistrement de Wax, Comme deux frères, 1996
 

Les Minimoogs, bbzzzz et autres bruits de laboratoire très hip, c'est bien la déferlante de l'easy listening au milieu des années 90. Un intérêt nouveau se manifesta à cette époque pour les années 50 et 60, avec des rééditions et même des nouveaux groupes (Combustible Edison, The Mike Flowers Pops, The Gentle People).

Simon Reynolds voyait dans ce revival une réaction contre le rock alternatif omniprésent dans le mainstream de l'époque.
"The music's quirky arrangements and zany sound effects, its aura of opulence and optimism, are providing light relief for latter-day hipsters who have tired of the heaviness -- musical and emotional -- of today's alternative rock."

"If one thing unites the devotees of easy listening, it's the sensibility that could be described as passionate irony. It is a rebellion against the alternative mainstream and its ethos of authenticity. For hipsters, artists like Trent Reznor of Nine Inch Nails and Eddie Vedder of Pearl Jam strive so hard to be honest that they come across as histrionic and corny."
Simon Reynolds, The Easy Listening Revival, New York Times, 1995

 
C'est justement après ce mainstream "rock alternatif" que Nicolas allait continuer à courir pendant encore un certain temps.

Compilation The Easy Project, 20 Loungecore Favourites, 1995
"Depuis quelques mois, les nuits londoniennes puisque c'est encore là que ça se passe s'habillent de couleurs pastel et bruissent de musiques d'ascenseur. Chez Madame Jojo, au Smashing ou au City Cheese, nouveaux temples de la cocktail culture, des jeunes gens posent en costumes fifties, chemise parme ou robe rose, sirotent des daïquiri en fumant des menthol, comme si leur vie défilait sur fond de générique de 'Chapeau melon et bottes de cuir'. [...] Des bandes originales de films et de feuilletons, des mélodies influencées aussi bien par le rock, le jazz, la pop, la bossa nova, la musique symphonique, l'exotisme synthétique ou la science-fiction. De la muzak et des vrais chefs-d'oeuvre."

Stéphane Davet, Le Monde, avril 1996

Avez-vous déjà entendu Nicolas évoquer cette tendance ? Non ? C'est bien dommage, parce que le versant Azaria de Wax lui doit beaucoup. Avec les samples du riff de "Surf Rider" des Lively Ones pour l'intro de "Unisexe", du thème du  Trou noir sur "Coma Coma Coma" et bien sûr 007 sur "L'Amoureuse". Ou encore la mise en forme des "Silences de Juliette".

Une hype très post-moderne qui peut être comparée aux plus récentes vaporwave et synthwave, celle-là même qui aida au début des années 2010 à un nouveau retour des synthétiseurs sur le devant de la scène et des vitrines de magasins de musique, et permit 13 (2017).

Il apparaît clairement que Monsieur Loyal ne comprend pas du tout l'activité des artistes qu'il est censé diriger.

"Pour moi, il marque le début d'une trilogie qui devrait s'achever avec le prochain album. Wax est l'album qui a le plus été influencé par la pop anglaise : nos influences principales étaient Blur, Oasis, Shed Seven ou encore Echobelly. Il n'a pas trop marché en France, mais c'est un album qui est presque devenu culte aujourd'hui."

Nicolas Sirchis, Elegy, février 2002

"Culte", un mot qui sera également employé par Nicolas lui-même à propos du Péril Jaune (1983). Il écrit son histoire, définit lui-même comment il faut considérer tel ou tel album - ce que nous avions déjà évoqué précédement. Sur Indochine Records, c'est plutôt Dancetaria qui est vendu ainsi. 
 
Le mot "culte" est généralement employé par les fans et chroniqueurs pour évoquer un morceau, album ou film issu de la culture populaire - en opposition à la culture dite légitime : J-S Bach n'est pas "culte", un roman n'est pas "culte", on parle plutôt de culture générale ou de culture classique. Le mot est le plus souvent employé pour parler d'un élément méconnu ou sorti dans l'indifférence, puis revalorisé par un certain public constituant souvent une communauté de connaisseurs. L'aspect ironique peut également exister : un nanar peut devenir culte... Parce que si ridicule, et pourtant bâti si sérieusement et avec une telle candeur que ça en devient drôle voire cool.

Wax
peut-il être vu comme une sorte de nanar musical ?

Voir : Les cultes médiatiques, culture fan et oeuvres cultes par Philippe le Guern


Indochine est un groupe extrêmement populaire - et qui a beaucoup été maltraité en ce sens. Mais qui pense à Indochine lorsqu'on évoque les années 90 ? Qui sont-ils, quels sont leurs réseaux ? Les adeptes de cette tendance britpop savent parfaitement que Wax en est extrêmement éloigné. Et tant mieux, car Indochine reste un groupe extrêmement français qui ne supporte qu'assez mal la copie, c'est ce que nous tâchons de montrer au fil de ces pages.


L'officiel Insolence Rock nous souffle qu'"Indochine ne rentre décidément dans aucune case pré-établie et ne doit une nouvelle fois sa survie qu'à la loyauté de ses fans, et à l'oreille attentive de quelques journalistes."

C'est vrai, il est difficile d'inscrire Wax dans une case, à ceci près que Nicolas a tout fait pour se faire affilier à la britpop, et ce faisant il n'a fait que révéler son incompréhension du phénomène. Mieux, cette immense foutaise est encore relayée de nos jours par Nicolas et un certain nombre de journalistes fainéants, alors que les qualités de Wax se situent bien ailleurs. Possiblement, ces mêmes oreilles attentives qui auraient préfiguré la dite revalorisation de l'album par des initiés et son élévation en album culte... que Nicolas est seul à défendre. Nous n'avons jamais entendu ou lu un seul fan estimer cet album comme culte.

"Malgré un calibrage brit-pop efficace et une qualité indéniable, la sortie de l’album Wax passe inaperçue dans les médias."

Indobio, Indo.fr


Nous trouvons très amusant - et un peu consternant - que Nicolas admette officiellement ce calibrage (!), et se fasse son propre choniqueur a posteriori en estimant son propre album d'une qualité indéniable. Tandis qu'à l'époque, nous l'avions entendu fustiger les boys bands, en estimant cette musique "calibrée"...


Calibrage artistique et loyauté des fans envers une musique officiellement qualitative : n'y avait-il pas un problème de fond dans ce nouvel Indochine ? Vers quoi cela allait-il nous amener ? De plus, même après tout ce name dropping, il semble que très peu de fans d'Indochine se soient réellement intéressés à Suede et Blur : le sceau d'une "britpop" imaginée dans les clous de Wax semble suffire.

Voir : Révisionnisme et malentendus, Influences et références


Passé Paradize, nous ne vîmes plus d'affiliation avec cette tendance britpop, si ce n'est une reprise de "I Wanna Be Adored" des Stone Roses (une influence majeure pour le mouvement) en 2014 au Shepherd's Bush Empire, devant un public majoritairement francophone. Ce choix d'une référence à un groupe mancunien sur une scène de Londres en dit long sur la compréhension par Nicolas du phénomène britpop encore à ce jour, au delà d'une certaine époque, puis des vêtements, attitudes et distorsions : pourquoi ne pas avoir saisi l'occasion évidente de reprendre les très londoniens et tant cités Suede et Blur ?

Que ce soit pour le pire ou pour le moins pire, Wax reste un album unique dans la discographie d'Indochine, et la richesse de ses arrangements n'a jamais été représentée sur scène. Le Wax Tour (18 dates sur dix mois), à l'image d'Indo Live (1997), fut pitoyable par rapport aux versions très travaillées de l'album, ses arrangements ensoleillés et son atmosphère légèrement moite.

Voir : 1997 - Indo Live titre par titre

"Révolution", Bruxelles, septembre 1997

L'album sera reconsidéré à partir de 1999 comme premier volet d'une trilogie. Wax nous permet de comprendre que c'en est effectivement une, mais une trilogie de tentatives de premier album d'un nouveau groupe, qui ne peut donc par définition qu'aboutir à des résultats paradoxaux. Les trois albums ont ceci en commun : une hésitation entre des directions différentes et potentiellement contradictoires.

Voir : 2002 - Paradize


Un premier album étant naturellement un mètre étalon pour toute discographie, les collectifs de Wax et Dancetaria ne permettaient pas des bases suffisamment solides pour un tel ancrage. Seul Paradize transforme l'essai avec succès et constitue le vrai premier album d'Indochine Mk2, auquel tous les disques suivants seront inévitablement comparés. Wax devient à la rigueur toléré par de nombreux fans d'Mk2 en tant que préquelle à Paradize. Mais les trois albums restent tiraillés, entre une maturité électro-rock et une juvénilité pop, pour renouveler le public, et renier définitivement Mk1.

Et la foutaise continue encore de nos jours :

En France, il n’y avait plus que les boys bands… Alors qu’en Angleterre Blur, Oasis, Suede redéfinissaient la pop anglaise. Notre disque Wax était marqué par ces sons-là, mais on n’intéressait plus personne. Devant chez moi, en revanche, il y avait toujours des gamins de 15 à 20 ans qui m’attendaient, qui adoraient Oasis et qui me disaient aimer aussi Indochine, une nouvelle génération nous appréciait. 

Nicolas Sirchis, Paris Match, 2020


Voir aussi sur le blog :

Hello Manchester !

1997 - Indo Live titre par titre

1999 - Dancetaria

2002 - Paradize

Révisionnisme et malentendus

Influences et références


Pour aller plus loin : Starmustang

Annexes:














Stéphane et Nicolas Sirchis, Taratata, février 1997

Pochette de "Drugstar" rédigée par Nicolas et destinée à la presse, 1996 (via www.indo-chine.org)












1992 - Dans la lune

Nicolas Sirchis avec Indochine, Foire aux Vins de Colmar, 1992

En 1992, Nicolas Sirchis a sorti un album sous son nom : Dans la lune. Nous ne ferons pas d'analyse sur le contenu musical du disque, et laissons cela à Valérie Coroller :
"Au début, Dans la lune se met doucement sur orbite : voix doucereuse à dégoûter les accros à l'aspartame, accent british faisant honneur à la méthode Assimil. Puis, au quatrième titre, c'est la catastrophe, le crash sans rémission : voix gnangnante, la version d'"Anne cherchait l'amour" sombre dans le ridicule suprême, fait naître la haine. Conclusion vulgaire mais sincère : mieux vaut se mettre cette rondelle dans le cul que dans les oreilles."

Valérie Coroller, Rock & Folk, 1992

Comme pour une très grande partie de la critique, le problème continue de se trouver chez Nicolas, et non dans la musique. Insolence Rock souligne "l'objectivité" d'Arnaud Viviant dans le même Rock & Folk :
"Si ces reprises ne sont jamais révolutionnaires, elles ne sont jamais saccagées."

Peu importe ce que l'on pense du résultat, l'absence de virulence n'est pas synonyme d'objectivité. L'intéressé l'a toujours souligné en marquant une rare cohérence dans le temps : il s'agit d'un album "perso" et non un album solo ! Une collection de reprises pour le plaisir. Et pourquoi pas.

Les albums de reprises ne sont pas si courants que ça dans la musique pop, mais on peut citer de façon non-exhaustive Pin Up's de David Bowie sorti en 1973, que Nicolas s'évertue encore aujourd'hui à prononcer Peanuts, Music of quality and distinction de B.E.F., le Counterfeit E.P. de Martin Gore, sorti en 1989 ou plus récemment California Son de Morrissey en 2019, tous des succès critiques.


L'idée semble avoir plu à Nicolas, qui nous gratifie en 1992 d'un album de reprises entièrement arrangé par le groupe Les Valentins.
"Ta partenaire dans cette aventure est Édith Fambuena. En faisant équipe avec elle, tu n'as pas eu peur d'arriver avec un album trop clairement inscrit dans la lignée Daho?
- Bien sûr, j'y ai pensé. J'adore travailler avec des filles. J'ai toujours aimé les filles avec une dégaine rock'n'roll, la guitare, la mèche de cheveu qui tombe... Bon, Edith, elle a sa tête, sa façon de jouer, ses tics, ses manies... sa personnalité, quoi.
Et ça, je ne pouvais pas le changer. On a coproduit l'album ensemble et le résultat est en accord complet avec ce que j'avais dans la tête. Finalement, on est assez loin de l'univers de Daho. Et puis, elle sort un nouvel album des Valentins en janvier qui sera encore différent de tout ça.


Si tu avais enregistré un single solo avec une reprise, laquelle aurais-tu gardé en priorité?
- Sans aucun doute Brand new life de Young Marble Giant. C'est une reprise que j'avais envie de faire depuis longtemps. Avec Édith, on avait commencé à y travailler il y a trois ans. Et puis, on avait un peu laisser tomber l'idée.
Pendant l'enregistrement de "Paris Ailleurs", elle était à New York avec Daho et elle me téléphonait tout le temps... "Alors on le fait cet album de reprise?" Pour finir, c'est elle qui m'a un peu poussé à le concrétiser.
"

Nicolas Sirchis, Télémoustique, 1992

Nicolas ne tient aucun instrument de musique dans l'album, sauf dans le clip de "Alice dans la lune", adaptation du "Brand new life" de Young Marble Giants. Chose amusante, les accords qu'il mime avec ses doigts ne correspondent à aucun accord existant. Nous savons que c'est à cette époque-là que Nicolas a commencé à vouloir jouer de la guitare, mais ne pouvait-il pas se dispenser de faire semblant d'en jouer face caméra ?
 
Pour autant, Nicolas estime que "ses" versions - celles des Valentins en réalité - sont très personnelles. Soit.
 


Il semble également que le chanteur d'Indochine, débarrassé des pressions de Dominique et Stéphane sur le sujet, se soit donné tout le loisir de s'entourer de très très jeunes filles. Nous aurions pu imaginer que les Valentins apparaissent avec lui mais Nicolas a préféré l'aspect solo. Faut-il aussi comprendre, au regard de la citation ci-dessus, que le physique d’Édith Fambuena ne lui convenait pas tout à fait ?


Un mot sur le choix d'une reprise de "Entrez dans le rêve" de Gérard Manset, source d'un long malentendu.



"En fait il avait écrit une chanson qui s'appelait 'Entrez dans le rêve' en 1983 (84, ndlr), en parlant... Enfin, pour lui c'était l'histoire d'Indochine. Je crois qu'il avait vu Indochine à la télévision, il avait vu 'L'Aventurier', il avait écrit après cette chanson qui s'appelait 'Entrez dans le rêve'. Euhhh... Le sachant quelques années après, euhhh, j'ai repris moi sur un album solo que j'ai fait en 90 (sic), un album uniquement de reprises, euh, j'ai repris cette chanson. Parce que... il écrit une chanson pour nous, je voulais lui rendre hommage parce que j'aime bien ce qu'il fait. Et donc j'ai repris 'Entrez dans le rêve' mais d'une façon plus jazz. Après on s'est croisé dans une émission de radio, et euh... Au moment de la sortie de Dancetaria, un ami commun nous a dit 'Mais putain il aurait vraiment aimé vous écrire une chanson'. Bon sur Dancetaria ça avait pas été possible donc c'était vraiment le moment."

Nicolas Sirchis, Pop rock station avec Zégut, RTL2, 2002

Ce que Nicolas se garde bien de préciser, c'est que Manset avait fortement relativisé cette histoire dans l'émission de radio en question :
"Gérard Manset : Quand j'ai... les premières phrases me sont venues, j'ai dû vouloir canaliser le titre dans une dynamique précise, alors je pensais à la caisse claire, comment je pourrais dire, succincte et basique, et donc j'ai dû citer comme référence Indochine à l'époque... voilà, c'est ça que je veux dire.
Nicolas Sirchis - C'est ça ouais, cette ligne claire de caisse claire...
GM - Voilà voilà, exactement. En même temps, cette ligne comme il dit, de la caisse claire, je l'ai toujours eue bien sûr... à l'origine c'était 'Twist', bon.
NS - Binaire... Mais c'est vrai parce que nous on a commencé dans notre chambre, chez nous, avec une boîte à rythmes, et bon y'avait trois positions, la position Rock/Twist, la position Bossa Nova et machin...
GM - Exactement oui...
NS - Et donc boum sur la position rock donc c'était 'tchatcha tin, tchatcha tin'...
GM - Mais que plus aucun batteur n'était capable de jouer, c'est paradoxal !
NS - Et on a eu du mal à retrouver effectivement des batteurs, parce qu'ils étaient partis dans une lignée des années 70 où ça tapait sur tous les fûts !
GM - Et puis, et puis un batteur se trouvait tout à fait dévalorisé qu'on l'appelle pour venir faire une séance, pour faire le pied la caisse point final... Donc c'était no future, sauf avec l'émergence de la caisse claire.
NS - Exactement ouais."

Nicolas Sirchis et Gérard Manset, Europe 1, 1992

Que peut-il bien s'être passé dans la tête de Nicolas pour que cette erreur survive à sa correction par Gérard Manset lui-même ? Quel étrange dysfonctionnement cognitif l'amène à préférer un malentendu à la réalité, au point de relayer cette méprise auprès de son public en tant que version officielle des faits ?


La réaction de Martin Gore dans le Rock&Folk d'avril 1993, une interview menée par Jérôme Soligny, ne manquait pas de sel non plus.

"Hé, c'est quoi ce groupe français là, In... Indo, j'sais pas trop quoi, tu les connais ? [...] C'est quoi ce délire ? L'autre, il a fait un album solo, comme moi ! Attends, c'est pas tout, il paraît qu'il a fait la même reprise des Sparks que moi ! C'est dingue, les Sparks ont écrit des dizaines de super chansons, faut qu'il reprenne la même... Merde ! Indo-quoi tu dis ?"

Interview de Martin Gore par Jérôme Soligny, Rock & Folk, 1993

En effet, Martin Gore soulève en 1993 un point crucial : la culture musicale de Nicolas ne suit pas.




"J'étais super déçu quand j'ai appris, deux ans auparavant, que Martin Gore avait ce projet. À l'époque, il sortait avec Odile Arias, une Française que je connaissais, et c'est elle qui m'en a parlé pour la première fois. Cette idée d'album solo était dans ma tête depuis quatre ou cinq ans. Gore a repris 'Never turn your back on mother earth" des Sparks, qui figurait sur ma liste, mais j'ai décidé de la sortir malgré tout."
Nicolas Sirchis in Insolence Rock, Sébastien Michaud, 2004

 
Nous ne savons pas si l'idée a été piquée ou s'il y a eu coïncidence. En tout cas Nicolas a, comme souvent, eu besoin de se justifier de la situation, dans un cadre officiel.

Voir : 2002 - Paradize

Nous vous laissons juges entre une version où Martin Gore fait tout tout seul, et une autre où Nicolas délègue tout au point de n'avoir aucun autre crédit musical que celui de la voix. Curieux pour un album solo - même pour un album perso ! - et encore assez différent d'aujourd'hui où il impose d'enregistrer le plus d'instruments possible pour être celui qui a le plus de crédits. Et ce quand bien même il n'est toujours pas musicien, après quarante ans dans la musique professionnelle.

Cependant, Dans La Lune constitue un modèle troublant de ce qui constituera le reste de la carrière de Nicolas, même caché derrière le nom d'un groupe :
  • Des musiciens salariés qui tiennent la baraque, mais c'est un Nicolas gauche et novice en tout qui fait office de directeur artistique.

    Voir : Black City Parade, Le Film

  • Un name dropping de références pour souligner une cooptation UK & US : ici la liste de groupes repris. Indochine Mk2 a aussi produit beaucoup de reprises, principalement des essentiels de Discothèque idéale du rock : "Smalltown Boy", "Just Like Heaven", "Teenage Kicks", "Rebel Rebel", "You Spin Me Round", "Personal Jesus", "Lips Like Sugar", "I Wanna Be Adored", "Heroes".

    Voir : Influences et références


Peut-être avions nous tort dans Révisionnisme et malentendus : Indochine Mk2 serait une carrière perso, et non une carrière solo.


Voir aussi sur le blog : Depeche Mode

Annexes :



Avant de repartir en tournée avec son groupe, il voulait le faire... et il l'a fait :
Quelques jours avant Noël, Nicola est entré en studio et a réalisé son album "perso". Le 31 décembre, une vingtaine d'amis, qui ne faisaient rien cette nuit-là, se retrouvèrent tous pour former une chorale improvisée sur deux des titres. Pour cet enregistrement "entre amis", Nicola a également fait appel au batteur de Lloyd Cole et au bassiste de Madness qui ont eu la gentillesse de se libérer pour les quelques jours de prise "live". Et 3 des textes ont été écrits par Nicola, venant se substituer aux textes anglais originaux...

Nicola s'explique...
Pourquoi un album de reprises ?
La musique que j'écoute depuis des années me touche personnellement et j'avais envie de la faire partager.

Le choix des titres ?
Le choix était cornélien. Il manque Dylan, Bowie, Neil Young, les Beatles... Par contre, volontairement, j'ai décidé d'interpréter des titres peu connus en France. Bien évidemment, mes versions sont très personnelles. Nous y avons mis tout notre coeur et je ne crois pas les avoir "salies".
 
Deux mots sur chaque titre :

Waterfront / David Sylvian
Etant fan de Japan et de Sakamoto, il est pour moi un des musiciens les plus créatifs de ces dernières années.

Mad World / Tears For Fears
Un de mes titres de chevet.

Two Faces / Bruce Springsteen
Un de ses titres les moins connus mais qui m'avait le plus touché.

Anne cherchait l'amour / Elli & Jacno
Les premiers français "nouvelle vague". Mixité réussie. J'aime les filles qui font du rock, d'où mon attirance vers Edith, la guitariste qui a fait toutes les guitares de l'album.

Jusqu'au trou du monde / Patti Smith "Jackson Song"
Fan inconditionnel, j'ai vu tous ses concerts, lu tout ce qu'elle a écrit, et pensé tout ce qu'elle a pensé. J'ai volontairement choisi un de ses derniers titres écrits sur lequel j'ai extrapolé une version française.

Never Turn Your Back On Mother Earth / Sparks
Grand amateur des groupes "glam", ça a été mon premier concert rock à l'Olympia en 1974, j'avais 13 ans. (Quinze ans ! ndlr, de plus c'est faux puisque son premier concert c'est Chicago)
 
What Is Life / George Harrison
Exemple typique, ce titre méconnu en France a été le plus fort de Radio Caroline au début des années 70.

Alice dans la lune / Young Marble Giants
Mon groupe culte : cela a commencé en 1979 où les rares personnes qui possédaient l'album s'empressaient de le faire écouter à d'autres. (Album sorti en 1980 ! ndlr)

Play With Fire / Les Stones
Une des meilleures faces B des Stones. (Présente également sur plusieurs compilations, ndlr)
Entrez dans Le Rêve / Gérard Manset
On m'a dit un jour que Gérard Manset avait écrit cette chanson en pensant à Indochine. (Non. ndlr)

Le Seigneur Des Toits / Tom Tom Club
Disque de chevet au début des années 80 et je me suis amusé à coller une autre histoire dessus. On l'a enregistrée la nuit du 31 décembre avec les "Choeurs" et j'ai fait chanter ma fiancée.

Pourquoi l'album s'appelle-t-il "Dans la lune" ?
C'est ce qu'on me reproche le plus souvent...

Indo.fr

2020 - "3SEX" & Singles Collection 1981 - 2001

Avant toute chose : la lecture des articles Révisionnisme et malentendus et 2020 - "Nos Célébrations" & Singles Collection 2001-2021 peut s'avérer utile pour appréhender celui-ci de la meilleure des manières. Troisième Sexe s'impose également de lui-même. Bonne lecture à toutes et tous.

Comment Nicolas allait-il promouvoir la compilation d'une époque dont il a honte ? Cette question nous a taraudés plusieurs semaines. 


Si "3SEX" fut une surprise ? Oui, assurément. Nous n'imaginions pas possible de promouvoir Indochine Mk1 ainsi. Incapable de sortir un inédit ou le retour miraculeux d'un ancien, le petit plus est donc une reprise promue comme un dépoussiérage.

Les crédits du morceau exposent l'imbroglio : "Réalisé par Christine & the Queens et Ash Workman". Il s'agit donc factuellement d'une reprise de Chris avec Nicolas en invité, utilisée pour promouvoir... vingt ans de tubes d'Indochine Mk1 !

Apparemment c'est Nicolas lui-même qui est allé chercher Héloïse Letissier - de son vrai nom - qui, pour le Time, a sorti la meilleure chanson de 2020.
"Pour la première compile, on avait fait 'Nos Célébrations'. Celle qui arrive il fallait trouver quelque chose, et je trouvais que Troisième Sexe c'était la chanson qui avait vraiment traversé les époques, qui est toujours d'actualité, et puis qui est un message toujours de tolérance et positif. Et c'est ce qu'on a besoin (sic). Et je ne voyais qu'elle."

Nicolas Sirchis, Quotidien, décembre 2020


Ce nouveau titre - et donc non pas nouvelle version - a au moins montré la décence de changer de nom. Mais l'héritage de Dominique Nicolas y est un backing track purgé de ses mélodies : juste un support harmonique a minima pour le chant du duo dans une ambiance typique des productions de Christine. On peut apprécier le résultat en tant que reprise de la chanteuse française, mais si la présence de Nicolas en fait officiellement un titre d'Indochine, alors c'est un enterrement en règle.

Pour rappel, des versions épurées live avaient existé, avec une guitare solitaire ou juste un piano. Même une reprise proche de la version sortie par Miss Kittin en 2004 aurait été plus compatible avec Mk2, et surtout les fans de l'ère Paradize. La reprise de la Nouvelle Star en 2007, au moins son instrumentation en pleine période Rockmag, pourrait même être reconsidérée.

En effet, "3SEX" et la collaboration avec Christine & The Queens en a laissé de nombreux froids voire hostiles, même, et c'est plus étonnant, sur les réseaux sociaux. Plus largement, les regrets exprimés sont en grande partie ceux du public "rock" de Mk2, déçu de l'orientation de carrière de Nicolas depuis le virage plus pop/variété. La nostalgie typique des fans du temps du premier album.

 
Héloïse Letissier : "C'est quand même un très beau titre sur la fluidité, sur la liberté aussi des corps. Enfin je trouve que c'est aussi une liberté très poétique et j'avais envie qu'on se sente libre et très égaux aussi sur un plateau...
Nicolas Sirchis : C'est une danseuse !
HL : Oui.
NS : Christine c'est une danseuse, donc elle a un rapport au corps qui est quand même vachement... électrique. Et je trouvais ça très très beau. Il fallait qu'on voie le corps bouger, tendu, etc.
HL : Et puis je réfléchissais aussi sur la censure du corps féminin, moi.
NS : Pardon ? Oui, oui, oui.
HL : Le corps féminin est très sexualisé. Enfin, un torse de femme est toujours sexualisé. D'ailleurs on peut même des fois être banni d'Instagram parce qu'on poste des seins de femme.
Yann Barthès : C'est pas des fois, c'est tout le temps.
NS : C'est pour ça qu'euh... moi j'ai décidé aussi de me mettre torse nu, parce qu'il n'y a aucune raison. C'était un combat, je pense. C'est un combat aussi euuuh... de... que... voilà... que les garçons ou les filles torse nu c'est euh... la même chose.
HL : Voilà.
YB : Extrait de la promo de Troisième Sexe, on est en 86 !
NS : Oh mon Dieu !"
Quotidien, 18 décembre 2020

Alors qu'Héloïse, qui ne semble pas faire les choses aléatoirement, cherche à injecter une cohérence entre la forme et le fond de son appropriation de "Troisième Sexe", Nicolas, largué, improvise comme un enfant essayant de participer à une discussion d'adultes d'où il est exclu. La différence de maturité entre les deux artistes crève l'écran.


Et comme pour rappeler à la place du chanteur que nous sommes là pour parler d'une compilation d'Indochine Mk1, Chris annonce que sa chanson préférée d'Indochine est... "Kao Bang" ! Grande gêne de Nicolas, qui travaille depuis maintenant vingt ans pour faire accepter son nouveau groupe comme bien supérieur à son groupe de jeunesse. Chris semble l'avoir compris :
"Héloïse Letissier : Eh ben moi, la chanson d'Indochine qui me rend ouf, c'est 'Kao Bang'.
Nicolas Sirchis (catastrophé) : Ahh !!
HL (s'excusant) : Je sais...!
NS (goguenard): Ohohohoh !
HL (chantant et dansant) : Il pille et tue les paysans...
NS : Elle est punk, elle est punk !
HL : Et ses bandits ont volé l'or du Sin Kiang ! Nan, aussi le personnage de la fille dans la chanson est hyper fierce ! (féroce, ndlr)
NS : Ouais.
HL : 'La petite fille est une guerrière, elle joue à ce qu'il ne faut pas faire', j'étais là 'yes' ! J'avais dix ans j'étais là 'yes, that's yes' ! Nan mais toujours y'a des personnages de femmes hyper forts dans les chansons d'Indochine.
"

Nous comprenons clairement que la cohérence d'une proposition artistique est importante pour Chris, qui évoque naturellement le personnage féminin indépendant et batailleur de "Kao Bang", au milieu d'une conversation autour de "Troisième Sexe" et des questions de genre. Nicolas enchaîne :
"C'est ce qu'on était en train de... Y'a un livre qui est en train de se faire sur nous, et effectivement euh, les gens ont remarqué ça, et que, les, les, je parle que de filles qui veulent se battre."

Yep. Même Nicolas n'avait pas remarqué ça : Indochine par Nicola Sirkis & Rafaëlle Hirsch-Doran


Comme nous l'avons déjà évoqué précédemment, Nicolas est dans une logique d'art contemporain : il propose un acte artistique nébuleux, et laisse les gens interpréter les œuvres et y injecter leur propre contenu personnalisé. En pleine tendance féministe, Nicolas se laisse confortablement entraîner par ce qu'il semble ne considérer que comme une nouvelle mode à exploiter, et qui par chance - ou résultante de son opportunisme - offre un écho à certains de ses thèmes passés.

Voir : Troisième Sexe, Révisionnisme et malentendus, 2005 - Alice et June, Art contemporain


Quant à la compilation des singles, elle est promue en télévision avec "L'Aventurier", version petits pianos. Comme pour "3SEX", Dominique semble devoir transparaître le moins possible. Pourtant, certains mixages remettent la guitare très en valeur. Il serait tout à fait plausible que Mick Guzauski ait été impressionné par ces guitares : s'est-il seulement demandé pourquoi une telle différence existait avec les titres d'Mk2 sur lesquels il avait précédemment travaillé ?

 
La compilation en elle même fait enrager les fans les plus pointilleux : la tracklist est absurdement incomplète et plusieurs singles plus qu'honorables passent à la trappe.
"Alors oui, là, en l'occurence, c'est tous les singles. Donc euh, y'a pas un single qu'on a ignoré ou... C'est vraiment depuis... 1981, les 56 singles qui ont accompagné nos quarante ans."

Nicolas Sirchis, Radio Lac, août 2020

Non. Il manque "La guerre est finie" (1991), "Sur les toits du monde" (1993), "Je n'embrasse pas" (1996) et "Dancetaria" (1999). Nous ne pouvons croire à un oubli, alors pourquoi ce mensonge ? Génération Indochine respectait bien plus Mk1 que cette nouvelle compilation, qui n'existe que pour justifier un quarantième et non un vingtième anniversaire.

Voir : 2000 - Génération Indochine, 2020 - "Nos Célébrations" & Singles Collection 2001-2021


Contrairement aux remasters de 2015 par ce même Mick Guzauski, ici ce sont des remixages - à ne pas confondre avec un remix. Comme attendu, et malgré quelques choix intéressants de la part du mixeur de Daft Punk, la quasi totalité des morceaux perdent de leur dynamique, au profit du volume et de la puissance. Une toute-puissance de la guerre du volume qui a atteint le plus profond des oreilles de Nicolas, qui emploie un vocabulaire inadapté :
"Boarh, c'est, en fait c'est une sorte de restauration. On n'a pas touché à la... à la structure, aux instruments, au son. Euh... Comme là c'est une période quand-même qui est longue de quarante ans, le premier album donc qui sort là c'est 2001-2021, et le deuxième qui va sortir en novembre c'est 1981-2001... On voulait pas que... On a enregistré c'étaient plus les... C'est plus les mêmes enregistreurs, c'est plus les mêmes studios, tout a évolué... Donc on voulait pas que certains titres assez vieux pâtissent du manque de dynamisme. Donc on a demandé à Mick Guzauski qui est un... un très très bon ingénieur du son de tout mettre à égalité, d'homogénéiser ça au niveau du son, pour que tout soit... Dans la même... Dynamique ! Et c'est ce qu'il est arrivé à faire, et tant mieux. Ça veut pas dire que on... On a pas touché vraiment aux structures, mais c'est d'avoir le son d'aujourd'hui... Aujourd'hui on écoute euh... Globalement que sur un téléphone, et avec des... Une dynamique forte."

Nicolas Sirchis, Radio Lac, 2020

Nicolas ne comprend pas de quoi il parle.

Il n'a effectivement pas été demandé à Mick Guzauski de modifier les structures. Mais le son (un terme flou sans valeur technique) a été drastiquement modifié puisqu'il l'a été piste par piste. Ce que Nicolas veut dire, c'est que le volume des masters plus anciens est plus faible que celui d'aujourd'hui, tant en termes de décibels que de compression, mais cela ne veut pas dire que c'est moins bien. Pousser le potard de volume suffit pour régler ce problème et profiter d'un son puissant, clair et dynamique : vous pouvez par exemple essayer avec votre vieux CD de 3. Mais lorsque que Nicolas emploie le terme dynamique, il faut y entendre du gros son.

Au contraire de ce qu'avance Nicolas, les anciens disques d'Indochine confèrent une dynamique très supérieure aux sorties actuelles : l'écart entre les temps forts et les temps faibles est bien plus marqué, et l'espace sonore s'en voit profondément valorisé. Au contraire, les disques d'aujourd'hui (13, par exemple) sonnent tout le temps fort et épais. C'est ce que Nicolas voudrait pour les disques de Dominique où il posa sa voix : un gros son qui tabasse, et ne laisse pas une seconde de répit à l'auditeur. Pour lui, plus de volume égale plus de dynamique, alors que ce sont deux choses différentes, souvent antinomiques.

D'où la blague de @fansencarton (Twitter).
"Les oreilles des gens ont évolué. C'est pour ça que nous on a tout remasterisé aussi. Les oreilles des gens entre les années 80, ce qui a changé par exemple, c'est qu'avant le rêve de n'importe qui c'était d'avoir sa chaîne hi-fi. Mais aujourd'hui, personne n'écoute sur une chaîne hi-fi, ils écoutent sur un téléphone."

Nicolas Sirchis, Konbini, 2020

Nous l'avions déjà entendu dans son passage précédent chez Yann Barthès, désapprouver le son "trop aigu" des anciens disques d'Indochine, au contraire de son appréciation d'un rendu plus boomy, avec de grosses basses. Jérémy Morrison a récemment proposé d'excellentes et très parlantes comparaisons entre les masters CD originaux et les remasters de 2017 pour les éditions Indochine Records, toujours par Guzauski :


Alors oui, Nicolas a raison. Après plus de vingt-cinq ans de guerre du volume, les oreilles des gens ont évolué. Est-ce une bonne chose, nous n'en sommes pas certains. Mais nous connaissons sa préférence à s'adapter à une situation dominante, plutôt qu'aller contre le sens du vent.

Nicolas exclut clairement les passionnés, mélomanes, audiophiles et autres oreilles délicates, au détriment d'un autre public aux habitudes plus négligentes. La technologie a certes évolué de façon spectaculaire, et le son offert par certains téléphones, tablettes et surtout enceintes nomades peut s'avérer impressionnant. Sans pour autant atteindre les qualités d'une chaîne hi-fi, même peu coûteuse. N'est-ce devenu pour Nicolas et une partie de ses fans qu'une activité de snobs et de puristes ? Les mêmes qui n'aimeraient pas ou plus Indochine ?



Toujours chez Yann Barthès, sur la pochette de la compile :
"YB : Il représente quoi le gamin sur la couverture de l'album ?
(...) Il regarde quoi ? Et surtout il y a marqué "pose"...
NS : C'est Erwin Olaf, le photographe, qui a fait ça. Écoute. En fait. Grosso modo. On a dit au photographe "voilà nous c'est fêter nos 40 ans. Au début, on était jeunes, inconscients, sûrs de nous alors que pas du tout, et à l'intérieur de nous on crevait de trouille. Donc voilà
YB : Il représente ça ?
NS : Grosso modo oui.
YB (pointant l'écriture) : Et ?
NS : La "pose" je sais pas. Franchement je pense que ça va rester dans... mythique un petit peu. Je sais pas pourquoi il a mis "pose"... Je sais pas. Je lui ai demandé mais j'ai pas compris en... l'anglais quand il ... il est néerlandais donc j'ai pas compris."

En regardant la photographie deux secondes, il apparaît que l'écriture comporte plus de quatre lettres. Très plausiblement : "poser". Et cela est totalement cohérent avec le cahier des charges soumis au photographe.


Nicolas est incapable de saisir le contenu de la commande livrée par Erwin Olaf, pourtant simple : des gamins poseurs. Mais ce dont il n'arrive pas à saisir le sens, il le transforme en mystère et se met donc à spéculer sur ce qui doit devenir culte... Nous regrettons que l'artiste néerlandais, probablement peu connaisseur d'Mk1, ait pris Nicolas au mot, certifiant de ce fait la refonte d'Mk1 en un groupe de jeunes gens immatures et inexpérimentés.
"On a... On a eu une image qui a été créée sur nous, comme quoi on était un groupe de grosses têtes, qui se prenaient pas pour la merde, qui faisaient la gueule enfin bon tu vois pff... Qui était absolument pas ce qu'on était quoi. Et ça au lieu de... On n'a rien dit. On aurait peut-être dû rectifier le tir."

Stéphane Sirchis, Comme deux frères, 1996

Vingt-quatre ans plus tard, sans jamais avoir rectifié le tir - quitte à pousser à fond cette image de fait-la-gueule dans les années 2000, Nicolas continue de faire attester cette image que regrettait Stéphane. 

Voir : 1999 - Dancetaria, Révisionnisme et malentendus


Lorsqu'il s'agit de jouer un titre inédit sur la scène de Quotidien, le morceau choisi est... "Un singe en hiver" d'Indochine Mk2, complainte écrite par Jean-Louis Murat sur la fin d'Indochine Mk1 !
 
Pour Nicolas, la chanson parle avant tout "de lui". C'est en partie vrai, le morceau écrit à la première personne montre bien Nicolas comme narrateur d'une histoire douloureuse impliquant plusieurs personnes. Mais il faut apparemment voir ici l'âme du groupe venue parler de lui dans Quotidien, et chanter une chanson sur la disparition d'un groupe dont il était venu promouvoir une compilation.
 
Cette situation absurde cache pourtant une grande cohérence avec le pourquoi de ce chaos provoqué par Nicolas, et il semble très pertinent de comprendre l'origine d'Mk2 comme un achèvement d'Mk1.


Une version proche de celle de l'album, ce qui n'avait pas été proposé jusqu'alors. Alors que la version cristalline du single est rappelée au bon souvenir des fans par la compilation Singles Collection 2001 - 2021.
Yann Barthès : "Pendant la diffusion, Nicolas, vous aviez l'air étonné que Christine connaisse les chansons d'Indochine.
Nicolas Sirchis : Bah elle était pas née.
YB : Non, elle était pas née. Mais elle n'était pas née sous Mozart non plus.
NS : Oui, c'est sûr.
Héloïse Letissier : Très bon point.
NS : Faut pas nous comparer non plus à Mozart. Mais d'un autre côté il y a beaucoup de gens qui n'étaient pas nés qui viennent à nos concerts. C'est quand même assez irrationnel."

Quotidien, 18 décembre 2020 

Ne pas être né à telle ou telle époque, Nicolas l'a beaucoup utilisé. Soit en blague récurrente de concert "Ce morceau, y'a plein de gens qui étaient même pas nés, c'est impossible que vous la connaissiez !" soit comme argument d'autorité lié à l'âge, pour décrédibiliser une intervention gênante, comme ici.

Explication la plus plausible : le chanteur du plus gros groupe français ne comprend pas la musique populaire et comment ça marche dans le temps. Au lieu de ça il semble avoir gardé cette mentalité années 70, avec les guerres de chapelles jeunes vs. vieux, cool vs. ringard. Pourtant, il a aussi gardé de cette époque une mentalité futuriste et une importance capitale conférée à l'évolution musicale et esthétique.


Problème : il ne comprend ni les revivals, ni la consommation musicale actuelle rétromaniaque. Elle était pourtant déjà existante lorsqu'il commença à chanter dans un groupe, et est depuis devenue la normalité pour les jeunes générations : "Et toi tu écoutes de la musique de quelles années ?"

Illustration pour Retromania, Simon Reynolds, 2012

Cette incompréhension fondamentale peut-elle participer à expliquer l'embrouillement de Paradize, entre album dans son temps et référencé, à la fois d'un jeune groupe et d'un groupe de vieux
 


Le passage de nos amis dans l'émission Taratata nous donna droit à un mini-concert avec une bonne surprise : "Troisième sexe" qui retrouve un arrangement proche de la version originale. Possiblement, un recalibrage suite à la mauvaise réception de "3SEX" par les fans ?

Par la suite, Nicolas proposa devant Nagui une reprise de "Pars" de Jacques Higelin... Soit une exposition sur France 2 de son incompétence musicale, qui montre que le 100% solo reste très difficile pour lui. Après que Nagui a souligné aimablement qu'il ne s'en était pas trop mal sorti :
"Non mais ça n'a rien à voir... mon Dieu..."

Fait amusant : juste après, Bruel se balade à la guitare avec ses titres. Le chanteur d'Indochine se fait mettre à l'amende par Patriiiiick, qui est musicien accompli, lui.
 


Ironie du sort, Pascal Obispo reprend - peut-être par fourberie - "Cherchez le garçon" de Taxi Girl, titre qui abordait la bisexualité en 1980, et ce comme pour montrer que les héritiers new wave de référence en France ne seraient peut être pas la tête d'affiche du jour.

Le très sympathique Gaëtan Roussel y va aussi de son aphorisme : 
"Une reprise c'est la bonne distance pour la respecter et en même temps se l'approprier pour que ça ait un sens de la chanter."

Ce que Chris avait compris. Pas Nicolas.


Voir aussi :

La guerre du volume expliquée par PV Nova

"Rétromania", ce passé qui repasse trop (Slate)


Annexes :

L'analyse du siècle, sur le plateau de Yann Barthès :
"Y.B. : Nicolas pourquoi vous avez jamais fait d'album en anglais ?
- N.S. : Bah parce que je parle anglais comme un français quoi. Si si. Nan mais on travaille en Angleterre. En Angleterre c'est incroyable parce que... Elle [Chris, ndlr] passe tout le temps. Euhhh, avant, pendant, après, enfin j'ai toujours entendu. Mais euh, non, parce que, en fait, moi j'aimais bien les versions originales...
- Y.B. : Parce que vous avez été vachement inspirés par l'Angleterre justement.
- N.S. : Oui, ouiouioui absolument, mais euh... On a des limites, euh, dans l'accent anglais, et donc euh, à un moment donné il aurait mieux valu rester chez nous... Mais non, en fait, les morceaux qu'on reprend comme ça, on aime bien, mais, euh. Comment dire. Euh, c'était plus euh... En fait, le rock c'est beaucoup plus compliqué, euh... Dans, dans, dans sa musique à elle c'est les nouvelles générations, c'est 3.0, ça va beaucoup plus vite, euh...
- Y.B. : Y'a du rock français, du rock britannique, c'est pas le même...
- N.S. : Ouais. Mais par contre on est respecté. Vachement. Euh, les Anglais ils nous respectent vachement euh, parce que la carrière, parce que et caetera, et puis y'a eu les Placebo qui sont venus, enfin y'a plein de choses qui sont venues euh, vers nous, parce que ouah, qu'est-ce que c'est que ce groupe là, comment ça marche..."

Olivier, Marc, Nicolas, Ludwig et Boris reçoivent un disque de platine pour la compilation 1981-2001 (février 2021)

Morceau choisi (Instagram)

Bonus : Nicolas parle de son en 1987, en pleine montée du format CD.