Holy Grail #1
Pourquoi Indochine Mk2 ?
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| Morrissey et ses musiciens |
"Dominique c'est un peu la tête pensante au niveau musical, Nicolas la tête pensante au niveau de sa place de chanteur, de sa qualité un peu star du groupe."Dimitri Bodiansky, Cool, 1986
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| Liam Gallagher et ses musiciens |
Un autre exemple plus proche, les musiciens de Téléphone n'ont pas repris ce nom lors de leur reformation, parce qu'il manquait la bassiste Corine Marienneau. Imaginer les Insus tourner sous le nom de Téléphone est pourtant moins aberrant que l'actuelle et bien réelle formation d'Indochine.
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| Les Insus |
Voir : 1996 - Wax, 1999 - Dancetaria
L'hagiographie officielle raconte en substance que Nicolas aurait su s'émanciper musicalement de Dominique et de Stéphane, et par là même prouver sa capacité et sa légitimité à mener son groupe seul, dont il garderait l'âme... Les faits exposés et analysés tout au long de ce blog montrent que l'histoire est bien plus complexe que cela, mais peut et doit se résumer comme telle : Nicolas s'est acharné à créer un nouveau groupe portant le même nom que l'ancien.
Nicola Sirkis sans Stéphane, affublé du nom Indochine, avec des musiciens canalisés et obéissants, nous appelons cela Indochine Mk2, en opposition au Mk1 évoqué par Dominique Nicolas. Ce n'est même pas une invention ou caprice de notre part :
"Y'a eu plusieurs périodes, la période où j'étais j'appellerais ça Indo Mk1, la formation originale."
Dominique Nicolas, Bel RTL, 2015
"Cette période je la justifie un peu par le nom d'acte 2, c'est vraiment le septième album d'Indochine... dans le terme, mais c'est aussi le, le.. c'est le premier album d'un nouveau groupe quoi, c'est vraiment ça. Donc, avec l'acquis par contre, professionnel qu'on a eu depuis ces quinze dernières années."
Nicolas Sirchis à propos de Wax, Comme deux frères, Paris Première, 1996
"On a hésité, on voulait s'appeler Indochine 2 pour ce nouvel album, explique Nicola, le chanteur. Finalement, on a compris qu'il fallait garder notre nom. Parce qu'Indochine est un concept. Peu importe, à la limite, qui sont les personnes qui y participent !"
Nicolas Sirchis, Vital, 1996
Et parce que le parpaing n'est pas un livre inutile, son autrice révèle même une liste de noms de groupes imaginés pour la formation post-Dominique.
"Au même titre que Cure, où Robert Smith détient tout le groupe et salarie ses musiciens, nous fonctionnons comme ça, comme beaucoup d'autres groupes, d'ailleurs. Malheureusement, Dominique et Dimitri sont partis, Stéphane est mort, et donc je ne peux fonctionner que comme ça si je veux garder l'intégrité du groupe."
Nicolas Sirchis, 5 heures, Radio 21, 2002
"Êtes-vous conscient que, le temps passant, Indochine reste un groupe mais que Nicolas est de plus en plus en avant ?
- C'est normal, il en est le leader d'origine. Les chanteurs aiment bien être devant. Aux début d'Indochine, il y avait un consensus. Chacun intervenait dans les décisions. Nicolas aurait voulu parfois décider seul et, quand le groupe s'est séparé, il a fait ce qu'il voulait."Dominique Nicolas, Platine, 2004
Nicolas s'est plusieurs fois comparé au rôle qu'exerce Robert Smith dans The Cure. Mais ce dernier en est le principal compositeur et auteur depuis toujours, et n'a pas besoin d'un assistant personnel pour lui mettre en forme ses démos ou lui composer des morceaux, ni de musiciens professionnels pour masquer son inaptitude à la musique. De plus, ce que Nicolas appelle l'intégrité ou l'âme du groupe représente simplement sa volonté à lui. Alors qu'Indochine Mk1 était un collectif dans lequel il n'avait pas de légitimité unique mais surtout aucune capacité à influer sur la direction artistique. Aujourd'hui encore, seul à la barre, il freine toute ambition ou idée contraires aux siennes, et cela ne rend pas service à la musique proposée.
"Depuis le début, le groupe a évolué dans sa composition, mais ce que je demande aux gens qui viennent, c'est qu'ils respectent l'âme de ce groupe et qu'ils n'essaient pas tirer la couverture en tentant d'emmener le groupe dans une direction vers laquelle eux pensent qu'il doit aller. Ce n'est pas parce que c'est bien pour eux que c'est bien pour Indochine."Nicolas Sirchis, 5 heures, 2002
Le fait que vous soyez Nicola Sirkis et que vous continuiez à vous faire appeler Indochine, c'est une façon encore de vous cacher ? C'est de la timidité encore vous croyez ?
Ouais, nan, c'est vrai que ça peut être ça. C'est vrai que moi j'aime bien être dans un groupe, j'aime bien l'anonymat que procure un groupe, l'action aussi... C'est vrai qu'un chanteur solo c'est toujours plus difficile. Je me suis posé pas mal de questions mais j'ai pas du tout envie de faire une carrière de chanteur solo."
Nicolas Sirchis, Tout le monde en parle, 2003Voir : 1992 - Dans la lune
"L'acte 2, comme tu l'appelles, s'est ouvert avec la compile Unita et le nouveau titre 'Kissing my song' qui est plus proche de ton album solo que des standards d'Indochine.
- On me l'a dit ! Peut-être faut-il en conclure que désormais, Indochine, c'est moi. Avec une liberté totale de mouvements."
Nicolas Sirchis, 1996
| 1996 |
"Indochine, c'est moi" donc, et Stéphane ne mourrait que trois longues années plus tard.
Voir : Moi je
"Qu'est-ce que la mort de ton frère implique au niveau d'un groupe comme Indochine. De fonctionner seul?- Déjà de parler à la première personne même si depuis quinze ans, c'est moi globalement qui m'occupais de toutes les affaires du groupe de l'entrée en studio à la pochette. Donc, j'ai toujours été habitué à travailler seul mis à part le fait qu'on était un groupe.
En fait, je m'entoure d'un groupe, c'est-à-dire que les quatre musiciens qui font partie du groupe actuellement font vraiment partie de l'aventure. Ils ont joué sur l'album, ont écrit certains morceaux, ont rajouté des gimmicks... donc ça fonctionne vraiment comme un groupe.
Mis à part le fait que je suis le seul à pouvoir prendre les décisions finales, mais ça ne change pas grand-chose dans la vie quotidienne du groupe. J'ai cependant plus de responsabilités, puisque je suis le seul rescapé de l'aventure historique. Maintenant, je me sens d'autant plus responsable ne serait-ce pour Stéphane qui a écrit, sur cet album, sans doute ses plus beaux morceaux."Nicolas Sirchis interviewé par Yves Bongarçon, Rocksound, 2000
Voir : 1999 - Dancetaria
"The reason is that we've all spent 20 years working on building up the Pink Floyd name. I mean, if you liken it to basic crass sort of advertising it's... If someone left Coca-Cola and started up his own soft drink company with the same recipe, it wouldn't sell as many, you know... It's very simple."David Gilmour, 1987
Mais Indochine Mk1, Nicolas n'aime pas ça. C'est une ancienne vie, et elle comporte trop d'erreurs de parcours. Sa réaction épidermique sur la sortie de Génération Indochine en 2000 est extrêmement parlante sur le rapport qu'il entretient avec son premier groupe.
"Avec Dancetaria, nous sommes parvenus à attirer les faveurs d'un nouveau public. Nous en avons vendu plus de 100 000 en France, ce qui est un bon score. Nous avons montré que nous allions toujours de l'avant. Et là, cette compilation renvoie complètement le groupe à sa situation antérieure, à un passé révolu. Et ça, c'est regrettable. (La Nouvelle Gazette, 2000)
Ce qui me dérange également, c'est qu'aujourd'hui, nous ne sommes plus vraiment en mesure de défendre notre dernier album studio, Dancetaria. Les gens ne savent plus ce qui se passe et, forcément, ils seront plus tentés d'acheter la compilation s'ils veulent mieux connaître Indochine. D'autant qu'elle a bénéficié d'un marketing énorme. Ca me fait chier pour l'image du groupe, parce que j'ai l'impression de ne plus pouvoir la contrôler (Ciné Télé Revue, 2000) ".Nicolas Sirchis in Indochine Story, Anouk Vincent
Jusqu'au parpaing en 2021, Nicolas se donnera un mal de chien à contrôler l'image de son groupe, jusqu'à commenter ce que le public devrait penser, avec forcément un succès relatif hors fandom. Car pour celui qui estimait "ne pas pouvoir écouter les albums à la place des critiques" (!), ne pas obtenir un plébiscite total reste vécu comme une injustice dont il panse quotidiennement les plaies.
Voir : Révisionnisme et malentendus
Ainsi, quand Paradize sortit en 2002, une génération de fans s'enticha d'un tout jeune groupe en ayant l'impression d'écouter un vieux groupe culte. D'où l'argument récurrent de la carrière, celle de Nicolas seul qui aurait tout vu, tout fait et tout traversé. Un guide, une sorte de sorcier à qui l'on devrait quarante ans de musique et de magie.
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| Indochine Mk2, 2003 |
"Chez Ardisson tu disais y'a vingt ans : on continuera tant qu'on aura encore quelque chose à dire. Vous avez encore quelque chose à dire ?Résultat dans deux ans. Je sais pas. Aujourd'hui euh, musicalement certainement. Au niveau des textes, euh, je ne sais pas. Mais je pense que musicalement le fait que ce soit un jeune groupe encore Indochine, malgré que tout le monde nous bassine sur les trente ans etc, c'est un jeune groupe. Et euhhh... Un jeune groupe par rapport aux membres qui le concluent (sic)."
Nicolas Sirchis, Pure, 2011
Ainsi la situation reste dissonante au fur et à mesure que le temps passe, et la dissonance est savamment entretenue par une communication permanente. À force de se l'entendre répéter, on finit par y croire : Mk2 est jeune ou vieux selon la situation, et s'il est naturel et logique de le considérer comme un jeune groupe dont le premier album est Paradize, Nicolas doit constamment le marteler lorsqu'il veut rappeler que ce serait un très très vieux groupe.
Dix ans après, Nicolas semble heureux à l'idée de fêter les quarante ans... alors qu'il s'agit des vingt ans d'Mk2. Olivier Gérard le sait très bien, et il n'y a pas à douter du fait qu'il partage la même dissonance dans laquelle se trouvent les fans :
"Il y a deux groupes différents : celui que j'écoutais, et celui dans lequel je travaille. Quand on joue de vieux titres sur scène, genre Trois nuits par semaine, ça me fait drôle. Quand le public applaudit, je ne me sens pas très concerné."Olivier Gérard in Pas de repos pour l'aventurier, Guillaume B. Decherf, 2010
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| Olivier Gérard, Théâtre Mogador, 2006 |
Il n'existe pas de lien entre l'appellation d'une proposition (un nom inventé pour un collectif, le nom ou pseudonyme d'un chanteur solo) et son fonctionnement intrinsèque. Il existe de nombreux exemples de musiciens entourant un artiste jouant sous son propre nom, et qui constituent un groupe soudé et solide dans le temps (Thiéfaine, Daho, Murat, Goldman et même Johnny sont de bons exemples français). C'est pour cela que certains s'amusent à brouiller sciemment les pistes, et qu'il est très important de s'intéresser à qui fait quoi.
Nous n'exagérons pas complètement en employant le terme sorcier, puisque Nicolas en 2017 se montra très révélateur de la vision qu'il a de lui-même :
"C'est marrant, ma fille m’a fait redécouvrir Harry Potter qui a survécu à tant d'aventures. Après Peter Pan, je deviens Harry Potter."Nicolas Sirchis, Le Républicain Lorrain, septembre 2017
Le mec se voit partout, tranquille.
"Les livres pour enfants et les fictions pour jeunes adultes reposent souvent sur l'identification des lecteurs à un héros extraordinaire : doté de facultés uniques, à la fois anobli et encombré par une destinée qui le dépasse. Il suffit de songer aux livres de la série Harry Potter ou, dans un registre différent, aux périlleuses missions confiées aux protagonistes de Bilbo le Hobbit et du Seigneur des anneaux. Ce qui séduit les enfants et les adolescents est limpide : l'impression d'être un être à part dans un monde qui vous fait vous sentir insignifiant et impuissant, à un âge de la vie où l'ego, toujours en plein développement, est fragile. Mais comme en attestent les ventes des romans et les entrées des films de fantasy, de nombreux adultes n'abandonnent jamais vraiment ce genre de rêves."Simon Reynolds, Shock & Awe, Glam Rock and Its Legacy, from the Seventies to the Twenty-first Century, Faber & Faber, 2016 [Le choc du glam, p.37, Audimat Éditions, 2020]
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| Harry Potter and the Deathly Hallows, J.K. Rowling, Bloomsbury, 2007 |
Voir : Indochine par Nicola Sirkis et Rafaëlle Hirsch-Doran (2021)
En l'état, c'est Indochine si Nicolas dit que c'est Indochine, et il faut faire et croire ce que Nicolas dit. Certes, nous pourrions être tentés de penser que le temps a fait son œuvre, mais c'est factuellement faux. L'histoire n'en retient qu'un et c'est même pas le bon : le moins intéressant, le moins musicien et pas exactement le plus malin. Mais réussir à faire croire que c'était le même groupe et qu'il avait simplement évolué, est son plus grand tour de force marketing à ce jour.
"Ce dont le [parpaing] ne pas fait écho, surtout, c’est toute la partie cachée de l’iceberg, la partie contractuelle (enregistrements, tournées, les décisions prises à quatre personnes), qui aurait donné un tout autre éclairage sur ces années de 1981 à 1994, où Indochine était un groupe avec un fonctionnement 'de groupe', en totale opposition avec la construction actuelle d’un leader unique avec des musiciens."Dominique Nicolas à propos du livre officiel de 2021, Ouest-France, juin 2022
Annexes :
2019 - Stade Pierre Mauroy
Nicolas gueule plus qu'il ne chante, est affreusement faux, et ne cesse de s'empêtrer dans des onomatopées criées et un yaourt anglophone embarrassant.
Depeche Mode
"Et cette coiffure, elle sort d'où ? - Rue du Cloître, près de Notre-Dame, il y avait un coiffeur qui était là depuis 1938, le genre avec une carafe d'eau pour mouiller les cheveux. Il nous coiffait comme on voulait, la coupe new wave, très court sur les côtés, avec la mèche dans les yeux. J'ai dû pomper ça sur un groupe de l'époque, Gary Numan ou quelque chose comme ça. J'ai été un des premiers en France à être coiffé comme ça, avec le mec de Kas Produkt."
Si c'est au milieu des années 80 qu'Indochine a été comparé à The Cure, leur univers scénique semble plus marqué par Depeche Mode.
Voir : 1992 - Dans la lune
Nicolas semblait également apprécier la célèbre gestuelle de Dave Gahan avec le pied de micro, comme ici ou encore là.
"Dancetaria devient l'album noir du groupe, le Black Celebration d'Indochine."
"Au départ, j'avais baptisé ce titre 'Exciter', en référence à Depeche Mode. Leur album venait juste de sortir et Gareth Jones, qui avait bossé dessus, m'en avait envoyé un exemplaire. Une des séquences du morceau sonnait en fait très Depeche Mode... L'autre titre potentiel, c'était 'Extasy', mais j'ai trouvé qu'il y avait un truc qui n'allait pas, et c'est finalement devenu 'Paradize'."
Nicolas Sirchis in Insolence Rock, Sébastien Michaud, 2004
- Une séance photo de 2001 très référencée, à faire hurler les fans du groupe anglais.
- Une référence très directe à la pochette de Violator pour "Le Grand Secret".
- Danser avec son guitariste et monter sur des plateformes latérales (à 2:39 ci-dessous)
- Et donc une attitude christique qui n'avait jamais existé chez Indochine.
- Un gimmick de bras en l'air avec le public en fin de concert, qui n'existait pas non plus.
- Et donc une attitude gahanienne qui s'installe durablement.
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| Mais aussi un peu du 360° Tour de U2. |
Nicolas s'était déjà inspiré du clip de Dream On pour celui de Memoria et des effets visuels live, même si c'est plutôt Drive qu'il a assumé.
Voir : Nicolas et la guitare
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| Nicolas sur le 13 Tour |
1992 - Dans la lune
The Cure
Placebo
Lire aussi :
Le Parisien : Depeche Mode en concert au Stade de France, une leçon de charisme pur
Frenchviolation : Depeche Mode versus Indochine
Bonus :
"Depeche Mode, qu'ils se dépêchent ils ne sont plus à la mode."
"Halte à l'escroquerie. Quel intérêt peut susciter le spectacle affligeant de quatre pantins british bon chic bon genre coincés dans leurs costumes de premiers communiants, s'agitant mollement devant des petits synthés tandis qu'un Revox balance l'essentiel de leur soupe électronique ? Nul et non-avenu. Une fois n'est pas coutume, parlons plutôt de la première partie, qui fut sans doute le seul moment intéressant de cette soirée. Indochine est un gang de quatre gamins insolents, mignons et dynamiques, qui mêlent la rigidité technopop d'une boîte à rythmes à une twanging guitar à la Shadows. Ils sont francs, drôles, ils ont des idées et les appliquent. Bien sûr, c'est encore un peu hésitant, le côté adolescent charmeur peut séduire autant qu'il peut laisser sur sa faim, mais au moins la seule chose qu'ils prennent au sérieux, c'est leur bonne humeur. Quant à Depeche Mode, ils ne se sont pas assez dépêchés puisqu'ils ne sont déjà plus à la mode. Heureusement. - J.-E.P."
Annexes :
"On a envie de nouvelles choses, de nouvelles histoires. On pourrait se contenter de faire des concerts comme beaucoup de groupes des années 1980. Quand les fans viennent voir Depeche Mode, Cure, ils se foutent des nouveaux morceaux. Nous, c'est le contraire. On est le seul groupe de cette époque qui régénère son public."Nicolas Sirchis, Le Parisien, septembre 2017
1993 - "C'était le début du grunge..."
La compilation contient un inédit connu et reconnu, "Kissing my Song", dans le clip duquel Alexandre Azaria semble vouloir imiter le guitariste de Suede, Bernard Butler.
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| Rock&Folk à propos de ces visuels : "Indochine en t-shirt Seattle tout neufs !" |
Curieux mashup sur ces visuels, entre une Gwenaël adolescente qui semble tout droit sortie d'un clip de Suede, et portant un t-shirt Seattle pour rappeler le grunge. Vingt-quatre ans plus tard, on cherche encore le rapport entre la musique de Dominique Nicolas et Seattle. Mais surtout, il faut réexpliquer à Nicolas que la britpop constitue la critique britannique du grunge, selon l'histoire du rock faite d'un jeu de questions-réponses entre les cultures britannique et américaine. Mais selon cette citation de 2010 à propos de l'album de 1993, Un jour dans notre vie, on ne dirait pas qu'il fasse la différence.
"Savoure le rouge aurait pu être un méga-tube, mais aucune radio ne le passe, l'album est un flop total mais on voit qu'il y a des fans, un public qui commence à me plaire, qui aime Suede, Blur. C'était le début du grunge."
Nicolas Sirchis in Indochine, le livre, Jean-Éric Perrin, 2010
Expliquons également que le début du grunge se situe au cours de la seconde moitié des années 80, et certainement pas à Châtillon ni à Bruxelles, ni même à Londres mais au nord-ouest des États-Unis. On vous fait grâce du namedropping, mais Indochine ne fait pas partie de l'histoire du grunge.
Ça paraît évident mais ça ne l'est pas, pour un Nicolas prêt à raconter des absurdités au public des années 2010 pour les convaincre qu'ils écoutent un groupe important. De plus, curieuse manière pour le Nicolas de 1993 de considérer son public d'alors, qui devient à la fois un objet de jugement - il y aurait donc un public qui ne lui plaît pas ! - mais surtout un artifice au service d'une image de référence incongrue, presque délirante. Avec ce visuel, Nicolas se sert du public de ses fantasmes pour modifier artificiellement l'image de son groupe, qui était encore celui de Dominique. Non, le public de Suede et de Blur n'est pas le même que celui d'Indochine en 1993 et encore moins aujourd'hui.
De son côté, Jean-Claude Perrier relaie l'opportunisme de Nicolas :
"Stéphane, de plus en plus branché "rock" (il écoute beaucoup à ce moment-là le groupe grunge américain Nirvana, et son album désespérément beau, In Utero, sorti en 1992 [sic, sorti en 1993, ndla]) et Nicola souhaiteraient durcir la musique d'Indochine, pour la faire plus coller à l'époque."
Jean-Claude Perrier, Le roman-vrai d'Indochine, Bartillat, 2005
"Dans le trip un peu autodestruction, [Stéphane] se retrouvait un peu dans Kurt Cobain. Après, pour le groupe en lui-même, moi je l'ai découvert un peu avant que "Nevermind" ne sorte. Ce qui m'a attiré, c'était la pochette, parce que je n'avais absolument aucune idée de ce qu'était le grunge. J'ai découvert ça en écoutant l'album et je t'avouerai que la première fois que je l'ai écouté, je me suis dit mais qu'est-ce que c'est que ça? C'est tout ce que je n'avais pas envie d'entendre, c'est à dire du bruit. Et puis, petit à petit, j'ai entendu des notes, des petits trucs. Le clip de "Smells Like Teen Spirit" passait en boucle, mais moi, le titre qui m'avait le plus accroché, c'était "Come As You Are", qu'on a repris d'ailleurs sur scène car c'est un groupe que Stéphane aimait beaucoup, et puis c'est vraiment celui que j'aimais le mieux. Mais moi, en fait, l'album que j'ai adoré, c'est "In Utero", même s'il a été un peu décrié à l'époque (ndlr : par qui ? l'accueil presse fut excellent...)."
Nicolas Sirchis, Rockmag, 2004
La vie de Kurt Cobain est plus complexe qu'un trip un peu autodestruction, mais tout ça passe largement au dessus de la tête de Nicolas. C'est une sortie très parlante. D'autre part, on se demande si Nicolas a repris "Come as you are" pour Stéphane ou pour lui-même, sachant que ce devait être un des rares titres qu'il supportait.
Pour confirmer que Nicolas ne sait pas de quoi il parle, In Utero n'est pas un exemple d'album décrié, l'accueil de la presse française fut au contraire excellent. Le plus important pour notre héros, c'était de coller aux tendances encore en cours en France, alors qu'aux USA le grunge battait sérieusement de l'aile.
"Trop, c'est trop ! Dehors les Yankees ! Et emmenez avec vous votre lamentable accoutrement grunge et vos groupes de branleurs introvertis ! Vous êtes déjà devenus deux fois plus ennuyeux que le baggy sound, qui lui au moins était britannique. Nous ne voulons plus de chemises à carreaux, mais du polyester, du glamour, de l'humour, de l'ironie."
Stuart Maconie, "Yanks go home !", Select, avril 1993
Tout ce qu'un groupe français était incapable de proposer, en somme. Parler de polyester, de glam et d'ironie est imbitable pour un non-anglophile. En revanche, une chemise à carreaux se trouvait facilement dans le commerce !
Robert Smith, un autre musicien connu pour absorber des tendances sur le tard (mais avec bien plus d'élégance et d'intelligence) avait aussi sorti la chemise de bûcheron lors du concert de 1993 à Finsbury Park.
Mais dans Insolence Rock, Sébastien Michaud joue un rôle de scribe pour Nicolas. Le livre est sorti en 2004 chez Camion Blanc, une maison d'édition spécialisée dans les hagiographies et récits fantasques de fans français. L'auteur part en roue libre :
"Un an avant l'explosion d'Oasis, le groupe joue la carte de l'efficacité blues rock en imposant dès l'intro du morceau un son de guitare rugueux et terriblement efficace".
Sébastien Michaud, Insolence Rock, Camion Blanc, 2004
Pas besoin de commenter cette prétention ridicule de faire d'Indochine un pionnier du genre face à Oasis (!) rayant de ce fait en une phrase rien de moins que l'histoire de la pop et du rock. C'est en lisant de pareilles âneries qu'on regrette de ne pas avoir le point de vue de Dominique Nicolas, qui serait à coup sûr infiniment plus éclairé, réaliste, pragmatique et érudit. L'inverse des élucubrations d'un Nicolas Sirchis qui considère grunge et britpop comme des synonymes ne consistant qu'à saturer davantage les guitares et mettre des blousons en cuir.
"Je me demandais pourquoi personne n'avait pensé à utiliser ce titre merveilleux des Beatles, A day in the life, en français. Alors je l'ai fait."
Nicolas Sirchis in Kissing my songs, Nicola Sirkis & Agnès Michaud, Flammarion, 2011
"Better be hated for what you are, than loved for what you're not."
Kurt Cobain sur la scène du Zénith de Paris, 1994





































