Holy Grail #1


Il était très rare pour Indochine à cette époque de se produire en live sur un plateau de télévision. Il est d'autant plus rare sur Youtube de tomber sur des documents originaux de cette époque, n'ayant pas été trafiqués jusqu'à la corde. Ici en 1988, on a affaire à un groupe en pleine tournée, armé jusqu'aux dents. Le dispositif technologique est très poussé (les Macintosh et les échantillonneurs fonctionnent !), la version de "La machine à rattraper le temps" est extrêmement bien rodée, on entend tous les instruments et même Nicolas chante correctement. On voit très bien sur cette vidéo à quel point le groupe de Dominique Nicolas était de haut niveau, très au fait des avancées technologiques de l'époque et tout à fait en mesure de rivaliser avec les propositions britanniques (le UK étant toutefois en pleine bad music era).

Nous sommes très loin de ce mythe d'un groupe kitsch et un peu ridicule, partagé à la fois par les détracteurs primaires d'Indochine et par les fans actuels de Nicolas.
 
 
Voir aussi sur le blog : Holy Grail #2

Pourquoi Indochine Mk2 ?

Parce qu'imaginez une seconde qu'on appelle ce groupe The Smiths.

Morrissey et ses musiciens

Morrissey en solo c'est Morrissey, même si ce n'est pas lui qui compose les morceaux et qu'il ne fait pas secret de ne pas être musicien. C'est un auteur et un chanteur, qui trouve son inspiration dans la littérature, la musique et le cinéma. Sans Johnny Marr, créateur des morceaux et du son des Smiths, pas de The Smiths, et ça va de soi pour tout le monde.

L'analogie avec Morrissey est intéressante, puisque le duo qu'il formait avec Johnny Marr dans The Smiths est très comparable à celui que formaient Nicolas Sirchis et Dominique Nicolas dans Indochine. Un guitariste compositeur, maître du son et des compositions, avec un chanteur parolier influencé par ses bouquins et sorties au ciné.
"Dominique c'est un peu la tête pensante au niveau musical, Nicolas la tête pensante au niveau de sa place de chanteur, de sa qualité un peu star du groupe."

Dimitri Bodiansky, Cool, 1986

À ce jour, Nicolas Sirchis n'a absolument pas progressé en matière de musique, il semble même depuis l'époque de Paradize avoir régressé. Et il faut remonter à Indochine Mk1 pour retrouver l'apogée de notre héros en matière d'écriture. De la même manière, imaginez qu'on appelle ce groupe Oasis

Liam Gallagher et ses musiciens

Impensable sans Noel Gallagher, et chacun sera d'accord. Même Liam et les musiciens du groupe se sont empressés de se renommer Beady Eye après le départ de Noel, tout en continuant de jouer les morceaux d'Oasis sur scène. La situation était claire pour tout le monde, sans chichi. Même Noel, ayant depuis récupéré tous les anciens musiciens d'Oasis ou presque, ne s'appelle pas Oasis. Plus tard, Liam s'entoura d'une nouvelle équipe parmi laquelle des auteurs & compositeurs, et se produisit sous son propre nom, avec un succès tout à fait notable.


Un autre exemple plus proche, les musiciens de Téléphone n'ont pas repris ce nom lors de leur reformation, parce qu'il manquait la bassiste Corine Marienneau. Imaginer les Insus tourner sous le nom de Téléphone est pourtant moins aberrant que l'actuelle et bien réelle formation d'Indochine.

Les Insus

Indochine sans Dominique Nicolas ni Stéphane Sirchis doit être envisagé sous le même angle. 
 
Rappelez-vous que Nicolas n'était que le chanteur et le parolier d'Indochine, et que la composition et les arrangements étaient gérés par d'autres personnes que lui, qui excellaient en la matière. Rappelez-vous également que Nicolas était un élément encombrant pour les musiciens (et la musique) d'Indochine, et que les relations avec lui, ses méthodes et ses thèmes embarrassants ont été cités comme motif de départ par à peu près tous les zikos passés par le groupe. En d'autres termes, qu'ils soient blessés, morts ou déserteurs, il était le dernier soldat restant dans les décombres du collectif indochinois. Et comme chez tout dernier survivant, il y a de la ténacité mais aussi beaucoup de chance.

Voir : 1996 - Wax, 1999 - Dancetaria



L'hagiographie officielle raconte en substance que Nicolas aurait su s'émanciper musicalement de Dominique et de Stéphane, et par là même prouver sa capacité et sa légitimité à mener son groupe seul, dont il garderait l'âme... Les faits exposés et analysés tout au long de ce blog montrent que l'histoire est bien plus complexe que cela, mais peut et doit se résumer comme telle : Nicolas s'est acharné à créer un nouveau groupe portant le même nom que l'ancien.

Nicola Sirkis
sans Stéphane, affublé du nom Indochine, avec des musiciens canalisés et obéissants, nous appelons cela Indochine Mk2, en opposition au Mk1 évoqué par Dominique Nicolas. Ce n'est même pas une invention ou caprice de notre part :
 "Y'a eu plusieurs périodes, la période où j'étais j'appellerais ça Indo Mk1, la formation originale."
Dominique Nicolas, Bel RTL, 2015

 

"Cette période je la justifie un peu par le nom d'acte 2, c'est vraiment le septième album d'Indochine... dans le terme, mais c'est aussi le, le.. c'est le premier album d'un nouveau groupe quoi, c'est vraiment ça. Donc, avec l'acquis par contre, professionnel qu'on a eu depuis ces quinze dernières années."
Nicolas Sirchis à propos de Wax, Comme deux frères, Paris Première, 1996

 

"On a hésité, on voulait s'appeler Indochine 2 pour ce nouvel album, explique Nicola, le chanteur. Finalement, on a compris qu'il fallait garder notre nom. Parce qu'Indochine est un concept. Peu importe, à la limite, qui sont les personnes qui y participent !"

Nicolas Sirchis, Vital, 1996

 

Et parce que le parpaing n'est pas un livre inutile, son autrice révèle même une liste de noms de groupes imaginés pour la formation post-Dominique.

"Au même titre que Cure, où Robert Smith détient tout le groupe et salarie ses musiciens, nous fonctionnons comme ça, comme beaucoup d'autres groupes, d'ailleurs. Malheureusement, Dominique et Dimitri sont partis, Stéphane est mort, et donc je ne peux fonctionner que comme ça si je veux garder l'intégrité du groupe."
Nicolas Sirchis, 5 heures, Radio 21, 2002

 

"Êtes-vous conscient que, le temps passant, Indochine reste un groupe mais que Nicolas est de plus en plus en avant ?
- C'est normal, il en est le leader d'origine. Les chanteurs aiment bien être devant. Aux début d'Indochine, il y avait un consensus. Chacun intervenait dans les décisions. Nicolas aurait voulu parfois décider seul et, quand le groupe s'est séparé, il a fait ce qu'il voulait."

Dominique Nicolas, Platine, 2004


Nicolas s'est plusieurs fois comparé au rôle qu'exerce Robert Smith dans The Cure. Mais ce dernier en est le principal compositeur et auteur depuis toujours, et n'a pas besoin d'un assistant personnel pour lui mettre en forme ses démos ou lui composer des morceaux, ni de musiciens professionnels pour masquer son inaptitude à la musique. De plus, ce que Nicolas appelle l'intégrité ou l'âme du groupe représente simplement sa volonté à lui. Alors qu'Indochine Mk1 était un collectif dans lequel il n'avait pas de légitimité unique mais surtout aucune capacité à influer sur la direction artistique. Aujourd'hui encore, seul à la barre, il freine toute ambition ou idée contraires aux siennes, et cela ne rend pas service à la musique proposée.
"Depuis le début, le groupe a évolué dans sa composition, mais ce que je demande aux gens qui viennent, c'est qu'ils respectent l'âme de ce groupe et qu'ils n'essaient pas tirer la couverture en tentant d'emmener le groupe dans une direction vers laquelle eux pensent qu'il doit aller. Ce n'est pas parce que c'est bien pour eux que c'est bien pour Indochine."
 
Nicolas Sirchis, 5 heures, 2002
 Voir : The Cure 

Le fait que vous soyez Nicola Sirkis et que vous continuiez à vous faire appeler Indochine, c'est une façon encore de vous cacher ? C'est de la timidité encore vous croyez ?
Ouais, nan, c'est vrai que ça peut être ça. C'est vrai que moi j'aime bien être dans un groupe, j'aime bien l'anonymat que procure un groupe, l'action aussi... C'est vrai qu'un chanteur solo c'est toujours plus difficile. Je me suis posé pas mal de questions mais j'ai pas du tout envie de faire une carrière de chanteur solo."
Nicolas Sirchis, Tout le monde en parle, 2003
Voir : 1992 - Dans la lune


Une réponse préparée à l'avance qui ne satisfait pas, sachant qu'au delà du déguisement en groupe de sa carrière perso, en aucun cas Nicolas ne peut prétendre qu'il efface sa personne derrière un groupe, puisque sa qualité de leader prend des proportions qui frôlent le culte de la personnalité. Son argument principal reste de n'avoir pas choisi de se retrouver seul avec la mort de son frère, ce qui rend l'argumentaire moins audible encore puisqu'il revendiquait déjà ce rôle du vivant de Stéphane.
"L'acte 2, comme tu l'appelles, s'est ouvert avec la compile Unita et le nouveau titre 'Kissing my song' qui est plus proche de ton album solo que des standards d'Indochine.
- On me l'a dit ! Peut-être faut-il en conclure que désormais, Indochine, c'est moi. Avec une liberté totale de mouvements."

Nicolas Sirchis, 1996
1996

"Indochine, c'est moi" donc, et Stéphane ne mourrait que trois longues années plus tard.

Voir : Moi je

"Qu'est-ce que la mort de ton frère implique au niveau d'un groupe comme Indochine. De fonctionner seul?
- Déjà de parler à la première personne même si depuis quinze ans, c'est moi globalement qui m'occupais de toutes les affaires du groupe de l'entrée en studio à la pochette. Donc, j'ai toujours été habitué à travailler seul mis à part le fait qu'on était un groupe.

En fait, je m'entoure d'un groupe, c'est-à-dire que les quatre musiciens qui font partie du groupe actuellement font vraiment partie de l'aventure. Ils ont joué sur l'album, ont écrit certains morceaux, ont rajouté des gimmicks... donc ça fonctionne vraiment comme un groupe.

Mis à part le fait que je suis le seul à pouvoir prendre les décisions finales, mais ça ne change pas grand-chose dans la vie quotidienne du groupe. J'ai cependant plus de responsabilités, puisque je suis le seul rescapé de l'aventure historique. Maintenant, je me sens d'autant plus responsable ne serait-ce pour Stéphane qui a écrit, sur cet album, sans doute ses plus beaux morceaux.
"

Nicolas Sirchis interviewé par Yves Bongarçon, Rocksound, 2000



La suite de l'histoire a montré que la marque Indochine avait plus de poids et d'importance que les faits. Nicolas brode des explications, mais la réalité est simple comme bonjour : il savait parfaitement que "Nicola Sirkis" ne vendrait pas beaucoup, alors que Indochine oui. 
 
Cela rappelle encore une autre situation, sur un groupe ultraconnu et vrai cas d'école. En 1987, Pink Floyd sans Roger Waters faisait une tournée de stades, alors que Waters jouait dans de petites salles, avec notamment des titres du répertoire floydien. Il est alors demandé à David Gilmour pourquoi sa tournée se remplit et pas celle de Waters.
"The reason is that we've all spent 20 years working on building up the Pink Floyd name. I mean, if you liken it to basic crass sort of advertising it's... If someone left Coca-Cola and started up his own soft drink company with the same recipe, it wouldn't sell as many, you know... It's very simple."

David Gilmour, 1987

Mais Indochine Mk1, Nicolas n'aime pas ça. C'est une ancienne vie, et elle comporte trop d'erreurs de parcours. Sa réaction épidermique sur la sortie de Génération Indochine en 2000 est extrêmement parlante sur le rapport qu'il entretient avec son premier groupe.
"Avec Dancetaria, nous sommes parvenus à attirer les faveurs d'un nouveau public. Nous en avons vendu plus de 100 000 en France, ce qui est un bon score. Nous avons montré que nous allions toujours de l'avant. Et là, cette compilation renvoie complètement le groupe à sa situation antérieure, à un passé révolu. Et ça, c'est regrettable. (La Nouvelle Gazette, 2000)

Ce qui me dérange également, c'est qu'aujourd'hui, nous ne sommes plus vraiment en mesure de défendre notre dernier album studio, Dancetaria. Les gens ne savent plus ce qui se passe et, forcément, ils seront plus tentés d'acheter la compilation s'ils veulent mieux connaître Indochine. D'autant qu'elle a bénéficié d'un marketing énorme. Ca me fait chier pour l'image du groupe, parce que j'ai l'impression de ne plus pouvoir la contrôler
(Ciné Télé Revue, 2000) ".

Nicolas Sirchis in Indochine Story, Anouk Vincent

Jusqu'au parpaing en 2021, Nicolas se donnera un mal de chien à contrôler l'image de son groupe, jusqu'à commenter ce que le public devrait penser, avec forcément un succès relatif hors fandom. Car pour celui qui estimait "ne pas pouvoir écouter les albums à la place des critiques" (!), ne pas obtenir un plébiscite total reste vécu comme une injustice dont il panse quotidiennement les plaies.

Voir : Révisionnisme et malentendus


Ainsi, quand Paradize sortit en 2002, une génération de fans s'enticha d'un tout jeune groupe en ayant l'impression d'écouter un vieux groupe culte. D'où l'argument récurrent de la carrière, celle de Nicolas seul qui aurait tout vu, tout fait et tout traversé. Un guide, une sorte de sorcier à qui l'on devrait quarante ans de musique et de magie.

Indochine Mk2, 2003
"Chez Ardisson tu disais y'a vingt ans : on continuera tant qu'on aura encore quelque chose à dire. Vous avez encore quelque chose à dire ?
Résultat dans deux ans. Je sais pas. Aujourd'hui euh, musicalement certainement. Au niveau des textes, euh, je ne sais pas. Mais je pense que musicalement le fait que ce soit un jeune groupe encore Indochine, malgré que tout le monde nous bassine sur les trente ans etc, c'est un jeune groupe. Et euhhh... Un jeune groupe par rapport aux membres qui le concluent (sic).
Nicolas Sirchis, Pure, 2011

Ainsi la situation reste dissonante au fur et à mesure que le temps passe, et la dissonance est savamment entretenue par une communication permanente. À force de se l'entendre répéter, on finit par y croire : Mk2 est jeune ou vieux selon la situation, et s'il est naturel et logique de le considérer comme un jeune groupe dont le premier album est Paradize, Nicolas doit constamment le marteler lorsqu'il veut rappeler que ce serait un très très vieux groupe.


Dix ans après, Nicolas semble heureux à l'idée de fêter les quarante ans... alors qu'il s'agit des vingt ans d'Mk2. Olivier Gérard le sait très bien, et il n'y a pas à douter du fait qu'il partage la même dissonance dans laquelle se trouvent les fans :
"Il y a deux groupes différents : celui que j'écoutais, et celui dans lequel je travaille. Quand on joue de vieux titres sur scène, genre Trois nuits par semaine, ça me fait drôle. Quand le public applaudit, je ne me sens pas très concerné."

Olivier Gérard in Pas de repos pour l'aventurier, Guillaume B. Decherf, 2010
Olivier Gérard, Théâtre Mogador, 2006

Que vous faut-il de plus, pour saisir que ce sont deux groupes différents qui portent le même nom ?

Il n'existe pas de lien entre l'appellation d'une proposition (un nom inventé pour un collectif, le nom ou pseudonyme d'un chanteur solo) et son fonctionnement intrinsèque. Il existe de nombreux exemples de musiciens entourant un artiste jouant sous son propre nom, et qui constituent un groupe soudé et solide dans le temps (Thiéfaine, Daho, Murat, Goldman et même Johnny sont de bons exemples français). C'est pour cela que certains s'amusent à brouiller sciemment les pistes, et qu'il est très important de s'intéresser à qui fait quoi.


Nous n'exagérons pas complètement en employant le terme sorcier, puisque Nicolas en 2017 se montra très révélateur de la vision qu'il a de lui-même :
"C'est marrant, ma fille m’a fait redécouvrir Harry Potter qui a survécu à tant d'aventures. Après Peter Pan, je deviens Harry Potter."

Nicolas Sirchis, Le Républicain Lorrain, septembre 2017

Le mec se voit partout, tranquille.
"Les livres pour enfants et les fictions pour jeunes adultes reposent souvent sur l'identification des lecteurs à un héros extraordinaire : doté de facultés uniques, à la fois anobli et encombré par une destinée qui le dépasse. Il suffit de songer aux livres de la série Harry Potter ou, dans un registre différent, aux périlleuses missions confiées aux protagonistes de Bilbo le Hobbit et du Seigneur des anneaux. Ce qui séduit les enfants et les adolescents est limpide : l'impression d'être un être à part dans un monde qui vous fait vous sentir insignifiant et impuissant, à un âge de la vie où l'ego, toujours en plein développement, est fragile. Mais comme en attestent les ventes des romans et les entrées des films de fantasy, de nombreux adultes n'abandonnent jamais vraiment ce genre de rêves."

Simon Reynolds, Shock & Awe, Glam Rock and Its Legacy, from the Seventies to the Twenty-first Century, Faber & Faber, 2016 [Le choc du glam, p.37, Audimat Éditions, 2020]

Harry Potter and the Deathly Hallows, J.K. Rowling, Bloomsbury, 2007

Nous aussi, nous aimons les aventures d'Harry Potter. Mais cette sortie de Nicolas nous interroge beaucoup : où place t-il sa limite entre imaginaire et réel ? Entre fiction et faits ? Nicolas est allé vraiment très loin dans la réécriture de sa propre histoire, et l'étalage de son égo, et s'est en toute apparence senti promis à destin hors du commun, le tout dans une impudence et un confort exceptionnels. Les biographies officielles ressemblent beaucoup à cette fantasy ici évoquée, à laquelle de nombreux fans aiment croire comme si la fiction devenait réalité, et c'est pourquoi nous préférons utiliser le terme hagiographie, beaucoup plus approprié.

Voir : Indochine par Nicola Sirkis et Rafaëlle Hirsch-Doran (2021)
 
 
Au milieu d'une majorité bruyante centrant toute son attention sur Nicolas, beaucoup se sentent encore le besoin de rappeler l'argument romanesque : "c'est un groupe". Imaginons seulement que nous ayons affaire aux disques et concerts de "Nicola Sirkis", quelle différence verraient-ils ?


En l'état, c'est Indochine si Nicolas dit que c'est Indochine, et il faut faire et croire ce que Nicolas dit. Certes, nous pourrions être tentés de penser que le temps a fait son œuvre, mais c'est factuellement faux. L'histoire n'en retient qu'un et c'est même pas le bon : le moins intéressant, le moins musicien et pas exactement le plus malin. Mais réussir à faire croire que c'était le même groupe et qu'il avait simplement évolué, est son plus grand tour de force marketing à ce jour.
"Ce dont le [parpaing] ne pas fait écho, surtout, c’est toute la partie cachée de l’iceberg, la partie contractuelle (enregistrements, tournées, les décisions prises à quatre personnes), qui aurait donné un tout autre éclairage sur ces années de 1981 à 1994, où Indochine était un groupe avec un fonctionnement 'de groupe', en totale opposition avec la construction actuelle d’un leader unique avec des musiciens."

Dominique Nicolas à propos du livre officiel de 2021, Ouest-France, juin 2022

Remarquez également qu'Indo.fr ne propose de documentation - photos, presse - qu'à partir de 1999. Coïncidence ou non, c'est aussi l'année où fut fondé le mythe de Marguerite Duras comme origine du nom.


 

Annexes :
 
 
 The Smiths, par Morrissey et ses musiciens
 


Oasis, par Liam Gallagher et ses musiciens



Téléphone, par les Insus



Indochine, par Nicola Sirkis et ses musiciens

2019 - Stade Pierre Mauroy

 

Imaginez la musique comme de la sculpture. Dans un premier temps, vous accumulez des morceaux de terre glaise, et façonnez une forme grossière. Dans un second temps, vous enlevez de la matière, puis sculptez l'ensemble plus précisément.

Indochine Mk2 ne fait qu'ajouter de la matière par gros pâtés. Quand un arrangement apparaît dans un morceau live, plus jamais il ne le quitte. Qu'ils soient anciens ou actuels, les morceaux joués par ce groupe-là ne sont que des amoncellements d'arrangements grossiers extrêmement fatigants pour les oreilles. Nous souffrons depuis des années de toute cette faiblesse musicale, de ces introductions et transitions droites et monotones, de ces morceaux sans vie exécutés sans conviction, faut-il encore que nous les supportions dans cette configuration si agressive et ce volume démesuré. Nous comprenons aisément que cette surcharge n'est là que pour masquer la pauvreté musicale de la proposition, dans la droite lignée du brickwalling et de la musique de publicité.

Nicolas gueule plus qu'il ne chante, est affreusement faux, et ne cesse de s'empêtrer dans des onomatopées criées et un yaourt anglophone embarrassant.


Mais surtout, il nous faut citer un fait marquant. Quelque chose que nous n'avions n'avait pas vu venir, et que nous n'aurions jamais imaginé arriver un jour tellement c'est gros.

Ils ont samplé la guitare de Dominique Nicolas sur "Les Tzars".

Un choix incompréhensible et honteux, humiliant pour tout le monde. Pour Dominique, pour Boris, pour Indochine et pour Indochine Mk2.

Depeche Mode

Cet article fait suite au post de Thibault en 2007 sur le site frenchviolation.com, qui reprenait les emprunts faits par Indochine à Depeche Mode.

Cette photo de Depeche Mode version 1981 est assez éloquente quant à la fameuse mèche de cheveux en travers du front, sachant que c'est à cette époque qu'Indochine a fait leur première partie. Si les influences quant à cette coupe de cheveux sont probablement diverses (Higelin), le parallèle semble assez évident.


"Et cette coiffure, elle sort d'où ? - Rue du Cloître, près de Notre-Dame, il y avait un coiffeur qui était là depuis 1938, le genre avec une carafe d'eau pour mouiller les cheveux. Il nous coiffait comme on voulait, la coupe new wave, très court sur les côtés, avec la mèche dans les yeux. J'ai dû pomper ça sur un groupe de l'époque, Gary Numan ou quelque chose comme ça. J'ai été un des premiers en France à être coiffé comme ça, avec le mec de Kas Produkt."
Nicolas Sirchis, hors-série Rolling Stone, juin 2010


Donc il les coiffait tous comme ça, mais Nicolas en revendique l'origine. Soit. Au passage, feu le mec de Kas Product a un nom, Daniel Favre, plus connu sous le nom de Spatsz. Fred Chichin des Rita Mitsouko l'arbora également... Gary Numan lui, n'arbora une mèche sur le front qu'à partir des années 2000.

Si c'est au milieu des années 80 qu'Indochine a été comparé à The Cure, leur univers scénique semble plus marqué par Depeche Mode.




Peu à peu l'influence se dispersa, Nicolas souhaitant davantage référencer le rock alternatif que la musique électronique, dans un souci de supprimer leur image new wave. En 1992, plusieurs voix s'accordèrent pour dire que l'idée d'un album de reprises était piquée à Martin Gore, provoquant la colère de ce dernier.

Voir : 1992 - Dans la lune


Nicolas semblait également apprécier la célèbre gestuelle de Dave Gahan avec le pied de micro, comme ici ou encore .


Au milieu des années 90, l'influence revint plus ouvertement dans son discours, avec l'arrivée des thèmes du sexe et de la religion, chers à Martin Gore. En 1999, Gareth Jones, connu pour son travail avec Depeche Mode (entre autres...), est choisi pour mixer Dancetaria, puis Paradize en 2002. 
"Dancetaria devient l'album noir du groupe, le Black Celebration d'Indochine."
Nicolas Sirchis in Indochine, le livre, Jean-Éric Perrin, 2010


Nicolas semblait très enclin à référencer Depeche Mode, et se demandait probablement comment conserver cette crédibilité rock sans concession, avec une image dite new wave et synthétique si marquée. Le groupe a dû prendre beaucoup de place dans ses discussions avec Olivier Gérard à l'époque de Paradize, et nous sommes prêts à parier qu'il regardait le One Night in Paris (2001) de Depeche Mode, puisque de nombreux éléments en furent empruntés pour le Paradize Tour et la suite. 

Voir : Paradize

A propos du titre "Paradize" :
"Au départ, j'avais baptisé ce titre 'Exciter', en référence à Depeche Mode. Leur album venait juste de sortir et Gareth Jones, qui avait bossé dessus, m'en avait envoyé un exemplaire. Une des séquences du morceau sonnait en fait très Depeche Mode... L'autre titre potentiel, c'était 'Extasy', mais j'ai trouvé qu'il y avait un truc qui n'allait pas, et c'est finalement devenu 'Paradize'."
Nicolas Sirchis in Insolence Rock, Sébastien Michaud, 2004


  • Une séance photo de 2001 très référencée, à faire hurler les fans du groupe anglais.
  • Un logo corbijnien, à base de symboles religieux et de peinture.



La croix qui se peint au fond de la scène, on ne peut plus depechemodien


  • Une référence très directe à la pochette de Violator pour "Le Grand Secret".



Sur la même vidéo, vous avez l'original du clip de Crash Me projeté en fond de scène durant le Alice & June Tour en 2006. 

C'est aussi à l'époque de Paradize que Nicolas commence à développer sa musculature et montrer son corps.


  • Et donc une attitude christique qui n'avait jamais existé chez Indochine.



  • Un gimmick de bras en l'air avec le public en fin de concert, qui n'existait pas non plus.



  • Et donc une attitude gahanienne qui s'installe durablement.


En 2010, le comble : Indochine Mk2 reprend Personal Jesus chez Nagui, avec pour référence la reprise de Johnny Cash. Sans en effleurer la classe, cela va sans dire. Le résultat est pataud, nigaud et irritant, alors que Cash avait formulé une vraie proposition originale, en accord avec son histoire et sa musique. Nous entendrons également une version pénible, lors d'une soirée au Bataclan au profit d'Haïti.

En 2013, lors de la tournée de l'album Black City Parade, peut-être l'album alors le plus depechemodien d'Indochine Mk2, le dispositif scénique était assez directement inspiré de celui du Touring the Angel (2005-2006) de Depeche Mode.


Mais aussi un peu du 360° Tour de U2.

Nicolas s'était déjà inspiré du clip de Dream On pour celui de Memoria et des effets visuels live, même si c'est plutôt Drive qu'il a assumé.





C'est au cours de la même tournée qu'Olivier Gérard, fan de longue date de Depeche Mode, se paye une White Falcon de Gretsch, rappelant encore davantage Martin Gore dont ces guitares font partie de l'image scénique. Changer de guitare n'ayant aucun intérêt pour Indochine Mk2, il s'agit ici d'un caprice de fan.


Nicolas lui-même, avec ses cheveux blond platine et sa Gretsch à lui, ne peut pas ne pas être conscient que son apparence rappelle plus que jamais Martin Gore.

Voir : Nicolas et la guitare

Nicolas sur le 13 Tour

Mais les musiciens de Depeche Mode n'ont jamais eu besoin de "moderniser" ou "faire coller à l'époque" leurs morceaux plus anciens, et ont toujours joué les tubes eighties avec les choix sonores d'origine, sans perdre une once de crédibilité et surtout d'intégrité.

Depeche Mode fut et reste un des groupes les plus marquants et influents pour toute la pop et le rock des années 80, 90 et 2000. Mais comme à son habitude, Nicolas en a surtout pris des éléments visuels et scéniques. Avec une telle superficialité, Indochine Mk2 ne peut toujours pas en dire autant sur la place qu'ils occupent dans le paysage musical.


Voir aussi sur le blog :

1992 - Dans la lune

The Cure

Placebo


Lire aussi :

Le Parisien : Depeche Mode en concert au Stade de France, une leçon de charisme pur

Frenchviolation : Depeche Mode versus Indochine

Bonus :

"Depeche Mode, qu'ils se dépêchent ils ne sont plus à la mode."


Nicolas a plusieurs fois pourfendu cette invective d'un critique du début des années 80, souvent pour faire le lien avec les critiques qui ne croyaient pas en Indochine, que ce soit à la même époque ou au cours des années 90.

Comme ici par exemple où il sous-entend qu'il s'agit de Philippe Manœuvre.

Ce dont il ne semble pas se souvenir, c'est que cette diatribe est le fait de Jean-Eric Perrin, auteur de deux livres officiels sur Indochine en 1985 et en 2011. Il s'excuse pourtant dans la préface de se dernier pour avoir écrit l'imbécilité suivante :

"Halte à l'escroquerie. Quel intérêt peut susciter le spectacle affligeant de quatre pantins british bon chic bon genre coincés dans leurs costumes de premiers communiants, s'agitant mollement devant des petits synthés tandis qu'un Revox balance l'essentiel de leur soupe électronique ? Nul et non-avenu. Une fois n'est pas coutume, parlons plutôt de la première partie, qui fut sans doute le seul moment intéressant de cette soirée. Indochine est un gang de quatre gamins insolents, mignons et dynamiques, qui mêlent la rigidité technopop d'une boîte à rythmes à une twanging guitar à la Shadows. Ils sont francs, drôles, ils ont des idées et les appliquent. Bien sûr, c'est encore un peu hésitant, le côté adolescent charmeur peut séduire autant qu'il peut laisser sur sa faim, mais au moins la seule chose qu'ils prennent au sérieux, c'est leur bonne humeur. Quant à Depeche Mode, ils ne se sont pas assez dépêchés puisqu'ils ne sont déjà plus à la mode. Heureusement. - J.-E.P."

"Halte à l'escroquerie", nous n'aurions pas mieux dit, car Jean-Eric Perrin est aussi un excellent relayeur des réécritures nicoliennes de l'histoire du groupe, pour ne pas dire qu'il est à ce jour le porte-parole officiel de Nicolas Sirchis. Ce qui en dit long sur l'état de la critique musicale en France. 

Voyez plutôt :


Pendant que Perrin s'agitait dans les jupons de Nicolas, Depeche Mode a de son côté construit une discographie d'un niveau rarement égalé de maîtrise et d'exigence.


Annexes :

"On a envie de nouvelles choses, de nouvelles histoires. On pourrait se contenter de faire des concerts comme beaucoup de groupes des années 1980. Quand les fans viennent voir Depeche Mode, Cure, ils se foutent des nouveaux morceaux. Nous, c'est le contraire. On est le seul groupe de cette époque qui régénère son public."

Nicolas Sirchis, Le Parisien, septembre 2017

1993 - "C'était le début du grunge..."

A la sortie d'Unita et des Versions Longues en 1995, le grunge appartient au passé. C'est aussi l'année où Nicolas prend les manettes d'Indochine suite au départ de Dominique. Unita reprend donc les tubes d'Indochine jusqu'à l'album Un jour dans notre vie, avec une grande refonte des visuels entièrement dirigée par Nicolas.

La compilation contient un inédit connu et reconnu, "Kissing my Song", dans le clip duquel Alexandre Azaria semble vouloir imiter le guitariste de Suede, Bernard Butler.


Rock&Folk à propos de ces visuels : "Indochine en t-shirt Seattle tout neufs !"

Curieux mashup sur ces visuels, entre une Gwenaël adolescente qui semble tout droit sortie d'un clip de Suede, et portant un t-shirt Seattle pour rappeler le grunge. Vingt-quatre ans plus tard, on cherche encore le rapport entre la musique de Dominique Nicolas et Seattle. Mais surtout, il faut réexpliquer à Nicolas que la britpop constitue la critique britannique du grunge, selon l'histoire du rock faite d'un jeu de questions-réponses entre les cultures britannique et américaine. Mais selon cette citation de 2010 à propos de l'album de 1993, Un jour dans notre vie, on ne dirait pas qu'il fasse la différence.
"Savoure le rouge aurait pu être un méga-tube, mais aucune radio ne le passe, l'album est un flop total mais on voit qu'il y a des fans, un public qui commence à me plaire, qui aime Suede, Blur. C'était le début du grunge."
Nicolas Sirchis in Indochine, le livre, Jean-Éric Perrin, 2010

Expliquons également que le début du grunge se situe au cours de la seconde moitié des années 80, et certainement pas à Châtillon ni à Bruxelles, ni même à Londres mais au nord-ouest des États-Unis. On vous fait grâce du namedropping, mais Indochine ne fait pas partie de l'histoire du grunge.

Ça paraît évident mais ça ne l'est pas, pour un Nicolas prêt à raconter des absurdités au public des années 2010 pour les convaincre qu'ils écoutent un groupe important. De plus, curieuse manière pour le Nicolas de 1993 de considérer son public d'alors, qui devient à la fois un objet de jugement - il y aurait donc un public qui ne lui plaît pas ! - mais surtout un artifice au service d'une image de référence incongrue, presque délirante. Avec ce visuel, Nicolas se sert du public de ses fantasmes pour modifier artificiellement l'image de son groupe, qui était encore celui de Dominique. Non, le public de Suede et de Blur n'est pas le même que celui d'Indochine en 1993 et encore moins aujourd'hui.


De son côté, Jean-Claude Perrier relaie l'opportunisme de Nicolas :
"Stéphane, de plus en plus branché "rock" (il écoute beaucoup à ce moment-là le groupe grunge américain Nirvana, et son album désespérément beau, In Utero, sorti en 1992 [sic, sorti en 1993, ndla]) et Nicola souhaiteraient durcir la musique d'Indochine, pour la faire plus coller à l'époque."
Jean-Claude Perrier, Le roman-vrai d'Indochine, Bartillat, 2005

Correction, Stéphane aurait aimé que ses influences à lui se retrouvent dans Indochine.
"Dans le trip un peu autodestruction, [Stéphane] se retrouvait un peu dans Kurt Cobain. Après, pour le groupe en lui-même, moi je l'ai découvert un peu avant que "Nevermind" ne sorte. Ce qui m'a attiré, c'était la pochette, parce que je n'avais absolument aucune idée de ce qu'était le grunge. J'ai découvert ça en écoutant l'album et je t'avouerai que la première fois que je l'ai écouté, je me suis dit mais qu'est-ce que c'est que ça? C'est tout ce que je n'avais pas envie d'entendre, c'est à dire du bruit. Et puis, petit à petit,  j'ai entendu des notes, des petits trucs. Le clip de "Smells Like Teen Spirit" passait en boucle, mais moi, le titre qui m'avait le plus accroché, c'était "Come As You Are"qu'on a repris d'ailleurs sur scène car c'est un groupe que Stéphane aimait beaucoup, et puis c'est vraiment celui que j'aimais le mieux. Mais moi, en fait, l'album que j'ai adoré, c'est "In Utero", même s'il a été un peu décrié à l'époque (ndlr : par qui ? l'accueil presse fut excellent...)."
Nicolas Sirchis, Rockmag, 2004

La vie de Kurt Cobain est plus complexe qu'un trip un peu autodestruction, mais tout ça passe largement au dessus de la tête de Nicolas. C'est une sortie très parlante. D'autre part, on se demande si Nicolas a repris "Come as you are" pour Stéphane ou pour lui-même, sachant que ce devait être un des rares titres qu'il supportait.

Pour confirmer que Nicolas ne sait pas de quoi il parle, In Utero n'est pas un exemple d'album décrié, l'accueil de la presse française fut au contraire excellent. Le plus important pour notre héros, c'était de coller aux tendances encore en cours en France, alors qu'aux USA le grunge battait sérieusement de l'aile.


Moins qu'au Royaume-Uni où il était totalement rejeté :
"Trop, c'est trop ! Dehors les Yankees ! Et emmenez avec vous votre lamentable accoutrement grunge et vos groupes de branleurs introvertis ! Vous êtes déjà devenus deux fois plus ennuyeux que le baggy sound, qui lui au moins était britannique. Nous ne voulons plus de chemises à carreaux, mais du polyester, du glamour, de l'humour, de l'ironie." 
Stuart Maconie, "Yanks go home !", Select, avril 1993

Tout ce qu'un groupe français était incapable de proposer, en somme. Parler de polyester, de glam et d'ironie est imbitable pour un non-anglophile. En revanche, une chemise à carreaux se trouvait facilement dans le commerce !



Robert Smith, un autre musicien connu pour absorber des tendances sur le tard (mais avec bien plus d'élégance et d'intelligence) avait aussi sorti la chemise de bûcheron lors du concert de 1993 à Finsbury Park.




Mais dans Insolence Rock, Sébastien Michaud joue un rôle de scribe pour Nicolas. Le livre est sorti en 2004 chez Camion Blanc, une maison d'édition spécialisée dans les hagiographies et récits fantasques de fans français. L'auteur part en roue libre :
"Un an avant l'explosion d'Oasis, le groupe joue la carte de l'efficacité blues rock en imposant dès l'intro du morceau un son de guitare rugueux et terriblement efficace".
Sébastien Michaud, Insolence Rock, Camion Blanc, 2004

Pas besoin de commenter cette prétention ridicule de faire d'Indochine un pionnier du genre face à Oasis (!) rayant de ce fait en une phrase rien de moins que l'histoire de la pop et du rock. C'est en lisant de pareilles âneries qu'on regrette de ne pas avoir le point de vue de Dominique Nicolas, qui serait à coup sûr infiniment plus éclairé, réaliste, pragmatique et érudit. L'inverse des élucubrations d'un Nicolas Sirchis qui considère grunge et britpop comme des synonymes ne consistant qu'à saturer davantage les guitares et mettre des blousons en cuir.


Ce titre composé par un Dominique épuisé est correct, le son des guitares est effectivement plus saturé et organique, la production ne sonne plus années 80 et le look est d'actualité : à la scène comme à la ville. Mais ce n'est pas du grunge ni de la britpop même de loin, ça sonne comme du Indochine un peu plus brut et ça suffit à être respectable. On retrouve d'ailleurs dans ce clip un peu ridicule - entièrement réalisé par Nicolas - de forts emprunts à un U2 en plein dans le Zoo TV Tour et qui avait aussi, effectivement, saturé ses guitares. Rien que de l'écrire ça nous fait mal de mettre en parallèle un groupe à son meilleur niveau, qui propose alors un concert-spectacle d'une qualité immense, et le projet boiteux d'un Nicolas Sirchis complètement à la ramasse. Mais gageons que si vous êtes sérieux avec la musique, vous saurez faire la différence entre un groupe qui a construit tout un propos artistique, et un mec qui n'en a pris que quelques éléments visuels pour faire croire qu'il a accroché la navette supersonique des années 90.



Au cours des années 90, dernière décennie de modernité dans la pop music et époque magistrale pour le rock et la musique électronique, survit donc le fantôme d'Indochine... Quant à lui, Un jour dans notre vie a beaucoup souffert des tensions entre Nicolas et Dominique, c'est ce qui le rend si déstructuré avec cette impression d'un groupe qui ne sait plus où il va. Cependant, cet Indochine fatigué est encore un groupe, et propose quelques titres originaux (Savoure le rouge, Sur les toits du monde, Ultra S, Vietnam Glam, Crystal Song Telegram). Quant à ce qui allait être le futur d'Indochine, des choses tout à fait inédites se produisent à l'écoute des démos de Stéphane Sirchis au cours des années 90. Elles montrent que c'est un Indochine post-Dominique plus audacieux et atypique auquel on aurait pu avoir droit. Mais comme chacun sait, l'histoire ne s'est pas passée ainsi.

Concernant le titre Un jour dans notre vie, il y a aussi un original.

"Je me demandais pourquoi personne n'avait pensé à utiliser ce titre merveilleux des Beatles, A day in the life, en français. Alors je l'ai fait."
Nicolas Sirchis in Kissing my songs, Nicola Sirkis & Agnès Michaud, Flammarion, 2011

"Better be hated for what you are, than loved for what you're not."


 
Voir aussi :

Nicolas & Nevermind (Rocksound, 2000)