Nicolas et la guitare

La maison vous propose aujourd'hui une chronologie de Nicolas à la guitare. Nous essaierons ici de ne pas rentrer dans un vocabulaire trop technique afin de ne pas exclure ceux qui n'auraient pas ces codes. Il reste malheureusement vrai que ceux ayant quelques notions en guitare et en musique se verront avantagés quant à la compréhension du problème.


"Vous étiez magasinier ? - Moi je mettais les cartons, et puis j'envoyais ça, pendant deux mois, pour me payer une guitare. Et j'ai été aussi employé aux écritures à l'EDF."

Nicolas Sirchis interviewé par Nikos Aliagas, Europe 1, 2017

L'histoire est satisfaisante à entendre : elle correspond au mythe rock du mec qui sue sang et eau pour se payer son instrument. C'est pourtant un grossier mensonge.
"Ensuite j'ai travaillé trois mois à l'EDF, pour me payer une école privée encore plus chère, l'école Port-Royal, pour passer mon bac."

Nicolas Sirchis in Indochine, Jean-Eric Perrin, Calmann-Lévy, 1986

Ce passage à l'EDF, pour se payer Port-Royal, est aussi relaté dans Le Septennat, sans jamais mentionner quelconque guitare.  Que ce soit clair : Nicolas n'a pas joué de guitare pendant les années 80, il était plutôt au synthétiseur. Starmustang nous apprend qu'il en a reçu une en 1973, en même temps que Stéphane. Ce dernier en a beaucoup joué à cette époque, apprenant et expérimentant en compagnie de leur grand frère Christophe. C'est ce dernier qui aura récupéré la guitare de Nicolas, vite abandonnée.


Nicolas achète sa première guitare, ou plutôt la fait acheter vers 1990, une Gibson ES-335.
"À cette boulimie de lecture, vient également s'ajouter un intérêt croissant pour la guitare, instrument jusqu'alors strictement réservé à Dominique et Stéphane.

Nicola Sirkis : 'À l'époque, je suis tombé amoureux d'une actrice qui était aux États-Unis. Quand elle s'est retrouvée à Nashville, je lui ai dit : achète moi une Gibson ! J'aurais très bien pu en acheter une moi-même avec l'argent que j'avais, mais je savais que c'était moins cher là-bas ! Elle me l'a ramenée, je me suis acheté des partitions, et pendant trois ans j'ai appris à en jouer tout seul.'"

Nicolas Sirchis in Insolence Rock, Sébastien Michaud, Camion Blanc, 2004

Le choix du vocabulaire est toujours très judicieux, dans cette hagiographie supervisée par Nicolas. Expliquer que la guitare était un instrument strictement réservé à Dominique et Stéphane suggère une idée selon laquelle Nicolas se serait émancipé des deux guitaristes qui le brimaient, et aurait alors pris son envol musical. La réalité est beaucoup plus simple : Dominique et Stéphane savaient jouer, pas Nicolas.

La Gibson ES-335 est une guitare luxueuse, bien plus que les fameuses et plus abordables Fender Mustang, destinées aux étudiants et ayant beaucoup fait pour le son d'Indochine avec Dominique et Stéphane. Ce choix par Nicolas d'une guitare plus typée blues/rock participe de sa volonté de changer le son d'Indochine, et aussi changer son image à lui.


1992 est donc la première année où Nicolas se pointe avec une guitare, et il avait une connaissance suffisante des accords basiques pour faire le taf. On voit aussi la Gibson dans le clip d'Alice dans la lune, mais cette fois avec un Nicolas mimant des accords imaginaires. Un comportement étrange, pour quelqu'un qui prétendait avoir appris à jouer en autodidacte pendant trois ans. Doit-on y voir un effet Dunning-Kruger ou le premier aveu que l'instrument n'est pour lui qu'un accessoire de mode, un vêtement parmi tant d'autres ?

Voir : 1992 - Dans la lune

"On débute l'écriture des chansons, Dominique vient chez moi, on fait "Savoure le rouge", "Sur les toits du monde"... Entre-temps je m'étais mis à la guitare, pas jusqu'à rivaliser avec lui bien sûr, mais j'avais une guitare entre les mains, je faisais deux ou trois riffs... J'étais dans la simplicité et l'efficacité, et lui dans l'exact opposé, il voulait compliquer les choses au maximum, pour 'élever l'art mineur'. Donc ça a donné des résultats assez bien.
Nicolas Sirchis, in Indochine, le livre, Jean-Eric Perrin, 2011

Ici, Nicolas tacle Dominique en le faisant passer pour un compositeur outrancier, et se donne le rôle du punk privilégiant l'efficacité à la complexité. C'est aussi une manière de surligner une implication dans la musique, le tout dans un cadre évidemment officiel. C'est pourtant un mensonge : Nicolas faisait peut-être "deux ou trois riffs" avec "une guitare entre les mains", mais comme en témoignent les crédits, Dominique est bien le seul compositeur de l'album, qui n'a rien d'alambiqué ou d'excessif.
"À cette époque, je commence à vraiment toucher à la guitare et à m'apercevoir que je peux en sortir des choses. J'ai pris des cours et je me suis mis à jouer plus." 
Nicolas Sirchis à propos de Wax in Kissing my songs, Agnès Michaux, Flammarion, 2011 

Et c'est vrai, il avait emmagasiné un petit savoir-faire sur l'instrument, et plaçait même des accords au dessus du niveau d'un débutant. Malheureusement, par flemme, désintérêt ou présomption, ces acquis fragiles ne tinrent pas sur la durée.


Sur le trop fameux Indo Live, Nicolas tient une acoustique douze cordes sur trois titres. On peut dire qu'il fait le job, malgré quelques approximations et arythmies très audibles. Mettons ici les pieds ans le plat, et disons clairement que deux guitares suffisaient. Nicolas n'aurait aucunement eu besoin d'un instrument si Stéphane avait eu du son sur le sien. L'illusion commence à naître, selon laquelle ce serait Nicolas et seulement lui qui porterait la musique d'Indochine. Nous voyons sur des morceaux comme "Drugstar" ou "Révolution" (ses premières compositions pour Indochine) que le montage n'est pas avare de plans sur sa guitare. Les morceaux composés par lui sont en effet traités de façon particulièrement valorisante, ce qui est depuis devenu une constante.


En d'autres termes, sur Indo Live, Nicolas utilise à son avantage ce qui est fait pour décrédibiliser Stéphane, qui ne compte que très peu de plans sur lui et dont la guitare est délibérément absente. On voit largement plus Xavier Géronimi, ici simple musicien de scène.

Voir : 1997 - Indo Live titre par titre


Les Divisions de la Joie comporte beaucoup de points communs avec Indo Live. Le niveau de la guitare acoustique de Nicolas y est très faible, tandis que celui de sa nouvelle ES-335 rouge est inexistant
 
Nous vîmes aussi arriver à cette époque une belle Gretsch figurante, sur laquelle Nicolas faisait de grands moulinets, à la manière de Brian Molko. Ce sont pourtant les membres de The Cure qui semblent avoir influencé ce choix, Nicolas les ayant vus plusieurs fois à cette époque et estimé qu'ils avaient de belles guitares.

Voir : The Cure

"Manifesto", 2000

Quant à lui, le clip de "Stef II" réalise un petit tour de passe-passe : il offre une jolie succession de plans sur la guitare de Nicolas, pour créer l'illusion que c'est lui qui joue le gimmick, alors que c'est la guitare solo qu'on entend... La pirouette fut même réutilisée dans le film Les Divisions de la Joie ! Pourtant, une seule guitare suffit amplement pour jouer ce titre, Nicolas ne se sert de la sienne que pour le style.

L'année suivante, le passage d'Indochine au Hit Machine constitue un vrai instant gold. Boris Jardel ayant des obligations ailleurs, Nicolas dut remplir seul le rôle de guitariste pour ce playback. Nous voyons sur la vidéo que comme il a oublié son capodastre, il joue les accords qu'il connaît mais dans la mauvaise tonalité ! Sur la fin de ce morceau très influencé par Oasis, il mime le solo en faisant strictement n'importe quoi.


Voir : 1999 - Dancetaria


En 2002, une Fender Jaguar atterrit dans les mains de Nicolas, une pirouette pour ressembler visuellement au groupe Placebo sans les points communs musicaux, mais avec les autocollants. Et comme ça ne suffisait pas, l'autre guitare de Brian Molko, une Gibson SG rouge, rejoint peu après son arsenal.

Voir : Placebo


Sa guitare ne servait toujours à rien. Aujourd'hui encore, il n'en joue que sur les morceaux rythmiquement assez droits pour qu'il s'en sorte avec le chant. Il était par exemple impensable que le trop syncopé "Marilyn" ou encore "Adora" permette à Nicolas de chanter avec une guitare. De même, les partitions sont toujours recalibrées pour son niveau stagnant : des accords simples en haut du manche, parfois avec un capodastre pour simplifier davantage. Enchaîner des accords barrés, soit la première résistance que rencontrent en général les débutants, restera toujours pour lui une difficulté majeure.

"Electrastar", Solidays, juillet 2002

"Le doigt sur ton étoile" et l'intro de "Popstitute" (doublée au synthé pour épaissir le son et limiter la casse) furent à l'époque de Paradize ses seuls guitar moments. Des motifs qui tombent sous les doigts, d'une simplicité enfantine mais efficaces pour des plans indie rock. Le volume de sa guitare était alors monté par l'ingénieur du son au moment opportun, et Nicolas bénéficia sur DVD d'un montage vidéo très généreux.

On distingue légèrement le son de la Jaguar sur le "Electrastar" du 3.6.3, un son clair, très métallique, noyé sous le déluge. Contrairement à une idée largement répandue, le gros son saturé qui remplit l'espace est celui d'Olivier Gérard. Il jouait aussi à cette époque une version acceptable de "Un singe en hiver", bien qu'il oublie ici une partie des paroles - que le public chante pour lui. Soulignons la représentation du dernier ancien d'Indo à travers ce seul-en-scène très calculé, censé créer sympathie et compassion.

Voir : 2002 - Paradize


On trouve une séquence amusante dans les bonus du 3.6.3, un plan très flatteur de Nicolas avec sa Jaguar mais avec le son d'Olivier, créant l'illusion que c'est lui qu'on entend. Et devinez qui réalise le film ?

"Les Portes du Soir" avec un instrument figurant, 2006


En 2006, "Alice & June" et son rythme trop sautillant cantonnent Nicolas au chant. La Jaguar fut repeinte en noir - Nicolas le regretta - pour coller au visuel sombre de l'album, et servit comme accessoire pour "Les Portes du Soir", sans volume. Nicolas y jouait une transposition en accords basiques, alors que ce morceau à la couleur alternative rock ne se joue pas du tout comme ça. Les morceaux où Nicolas jouait étaient alors les plus droits rythmiquement, "Ladyboy", "June", "Sweet Dreams", "Starlight", "Black Page". Il utilisait tour à tour la SG et l'ES-335, changer de guitare n'ayant pourtant aucun intérêt sonore puisque son volume restait à zéro, sauf à quelques moments-clé.

Comme sur l'intro de "Black Page", parfois cacophonique !


Cette inaptitude à progresser n'empêche cependant pas Nicolas d'avoir une pleine confiance en lui, et une Gretsch luxueuse fit son apparition en 2007, baptisée à Arras sur la fin de l'Alice & June Tour. La guitare est très élégante sur les photos, mais il restait rare qu'on profite du son...


Voir : 2005 - Alice et June


En 2009, l'intérêt pour Placebo ayant diminué, il n'y avait plus aucune raison pour Nicolas de se montrer avec une Jaguar, ce fut donc l'occasion de la ranger définitivement au placard. Nicolas préfère les guitares plus chères, et la Martin D-35 Johnny Cash qu'il s'offrit à l'époque se négociait à l'époque entre 3000 et 4000€. Nous l'entendions toujours rarement, sauf aux fameux moments-clé, par exemple le pont de "Little Dolls" ou "Bye Bye Valentine". Il était également audible sur la réorchestration de "June" : en effet il se mit au flanger, un effet que Dominique Nicolas avait beaucoup utilisé - le rendu reste pour autant incomparable.


Nicolas atteint une sorte d'acmé lors du concert de Colmar en 2010. Un motif inédit, tout bête mais correctement joué, avec un semblant de feeling et un effet de flanger qui installe une ambiance totalement inattendue venant de lui.


C'est pourtant le même genre de motif (corde à vide + tierce sur celle du dessus) que Nicolas avait balancé sur "Le doigt sur ton étoile", et qu'il resservira en pré-intro de "Traffic Girl" en 2013, gravant à cette occasion sur disque ses approximations et son arythmie.

En 2011 à Lausanne, sa guitare était mixée un peu trop fort par rapport à d'habitude, mettant en lumière la grossièreté de son jeu, bien que le visuel se suffise à lui-même.


Nous constations pourtant à la même époque qu'il s'en sortait mieux sur des morceaux plus intimistes, toujours à un niveau très amateur.


En 2013, le making-of de Black City Parade montre Nicolas à l’œuvre comme ici, très concentré sur ses trois notes, ici ou encore sur ce moment où le son ne correspond pas à l'image !

Pendant la tournée, il se blessa au poignet et dut faire le concert de Mâcon sans guitare. Vous entendez une différence, vous ?


En 2014, Nicolas se fit construire une guitare signature chez Meloduende. Pour quelqu'un qui jouait si peu, le projet ne manquait pas de sel :
"Nicola voulait une guitare élégante, épurée et efficace. Il fallait donc réussir à concevoir une guitare à la fois reconnaissable parmi mille sans pour autant tomber dans le "too much"."
Meloduende.fr  

Donc Nicolas voulait une guitare jolie et qui fasse du son, c'est un bon début. En effet, l'instrument ne propose aucune spécificité au delà du look métallique. Deux micros, un volume, une tonalité et six cordes, c'est ce qu'on demande à une guitare électrique.

"Electrastar" au Stade de France, 2014

Un instrument baptisé sur "Venus" au Main Square d'Arras où il lui était absolument inutile d'avoir une guitare, puisqu'il ne faisait que jouer, sans volume, les accords qu'Olivier jouait déjà. Voyez à 2:03 comme il prépare son accord plusieurs mesures à l'avance. Nous revîmes cette guitare pour le premier morceau du Stade de France de 2014, "Electrastar", ainsi qu'en 2016 sur "Heroes" toujours sans avoir la chance de l'entendre. Systématiquement en début de concert, et donc uniquement pour les photos.


Il se montra aussi la même année à la guitare figurante, sur "I wanna be adored" des Stone Roses. Sans être franchement compliqué, ce morceau montre une légère complexité rythmique... Soit du jazz pour un Nicolas complètement largué.



C'est à cette époque qu'il s'aventure sur "Hexagone" de Renaud, seul en scène avec sa Martin. Il raconte d'ailleurs la naissance de l'épisode au principal intéressé, mettant encore involontairement en lumière sa cancrerie sur le plan musical. Tout ça pour devoir arrêter un morceau à deux accords parce qu'il a pété une corde, ce qui pourtant n'interdit pas de le poursuivre.


Fin des années 2010, après quasiment quarante ans passés dans la musique professionnelle, et en théorie vingt-cinq ans de guitare, Nicolas reste dépendant de ses musiciens à un point affolant. Son prompteur lui indique même quels accords jouer, ce dont il ne se cache même pas, puisque les photos viennent de son compte Instagram.


Nous ne parlons ici que de guitare, mais Nicolas ne fait pas plus de merveilles au piano, ici il n'y a pas un accord qui tombe juste. Il était pourtant devant un stade tout entier, et pour nous une telle situation ne peut exister que suite à un excès dithyrambique de confiance en soi. En ce sens, il est étonnant de revoir le jeune Nicolas chantant et plaquant des accords affirmés sur un synthétiseur Jupiter-8. Pour la suite oui, c'est bien un snippet de "Poker Face" que nous étions censés reconnaître...

U2, que Nicolas a vu plusieurs fois, réalise souvent des snippets de morceaux comme autant de clins d’œil. Mais pour en faire, il faut quand même être un peu musicien. Bono est d'ailleurs un excellent exemple de guitariste limité - ce qui fut longtemps un sujet de plaisanterie - dont la présence à la guitare est dispensable, sauf que lui sait jouer en rythme, même de façon syncopée, et avec du volume. Car même si son instrument de prédilection reste la voix, et que l'on apprécie ou non le personnage, Bono est un musicien accompli qui a su récolter les fruits de son autodidaxie.


En 2017, "Station 13" et les quatre notes de synthétiseur allouées à Nicolas montrèrent que vraiment, il lui était devenu difficile de se servir d'un instrument de musique. Il ne réussit que très rarement, au cours du pénible 13 Tour, à jouer ce gimmick correctement.


En 2018, une Les Paul apparut, uniquement sur "Ceremonia" et toujours en figuration. Une jolie guitare certes, mais pourquoi ce modèle pour ce morceau précis...? Aucun début de réponse. Quant à 2020... Nous vous renvoyons au post sur "Ultra S" à la Coopérative de Mai. Les exemples d'approximations et d'erreurs étant bien trop nombreux, nous ne pouvons évidemment pas être exhaustifs.


Il semble assez inédit qu'un homme si peu mélomane se retrouve à occuper une telle place dans le domaine de la musique pop. Mais pour une ancienne et obscure raison, c'est de concerts de rock dont Nicolas rêvait, creusant au fil des années des chemins de traverse pour arriver à ses fins. Si près de quarante ans dans la musique ne l'ont jamais fait progresser d'une façon significative dans ce domaine, son opiniâtreté lui aura certes permis d'acquérir une certaine apparence de musicien. Mais ici, cela ne peut suffire que dans le cas d'une relation malsaine avec un public qui ne voit et n'entend rien, ou pire : pardonne tout par idolâtrie.

Vous connaissez maintenant la vraie raison pour laquelle il n'a pas fait de concert confiné.

Nicolas seul à la barre avec sa guitare dans "Nos Célébrations" (2020)


Voir aussi sur le blog :

2002 - Paradize

2020 - Ultra S à la Coopérative de Mai


À écouter par ailleurs, les reprises par les fans d'Indochine. Tous plus habiles et créatifs que Nicolas ! 


Annexes :

Influences et références


Le namedropping de musiciens et de groupes est passé, au milieu des années 90, de la liste d'influences au catalogue de références. C'est un moment de l'histoire que nous avions déjà traité, en soulignant les méthodes de communication visuelle que Nicolas commençait à mettre en place, alors que Dominique était encore là !

Petite mise au point sémantique via le Larousse:
Influence = Action, généralement continue, qu'exerce quelque chose sur quelque chose ou sur quelqu'un
Ainsi dans le cadre d'une production artistique (ici la musique et la chanson), il s'agit des éléments ascendants agissant sur la forme de l’œuvre, par exemple le bon vieux "ça sonne comme untel".

Pour les curieux, voici une petite playlist concoctée par nos soins qui regroupe les influences revendiquées, et qui s'entendent vraiment, chez Indochine (Mk1).


Vous serez probablement surpris à l'écoute, car cet héritage est occulté par l'histoire officielle centrée sur Nicolas et Indochine Mk2, dont Indochine (Mk1) ne serait que le brouillon.

Voir : Révisionnisme et malentendus

Référence Action de référer, de renvoyer à un document, à une autorité.
Ici, il s'agit de preuves pour reconnaître une valeur, voire une base de comparaison, à partir de laquelle un positionnement peut être défini. Nous sommes pratiquement dans du vocabulaire de ressources humaines ou l’entre-soi des gens de bonne compagnie : "Vous connaissez tel ?"
Si tu étais ado en 2007 serais-tu fan d’Indochine ?
Aucune idée en tout cas les références de ce groupe me plairaient beaucoup.

Nicolas Sirchis, interview pour indo-paradize, 2007

Citation aussi aberrante qu'extrêmement révélatrice puisqu'elle montre que les références sont plus importantes que les morceaux ou les paroles. On comprend alors l'importance capitale pour Nicolas de s'entourer de références, puisque ce sont ces dernières qui font le gros du contenu pour Indochine Mk2. Comme dans cet exemple tiré de l'époque de Paradize :
"C'est vraiment un hommage à toutes les musiques qu'on a aimées, tout ce rock là, ça, y'a des références, comme un metteur en scène fait ça dans un film, et, et refait une scène avec, en hommage à tel vieux film, nous c'est un peu la même chose, y'a des hommages à Cure, y'a des hommages à Depeche Mode, à des choses plus comme Nine Inch Nail (sic), enfin plus des trucs comme ça."

"Je crois que la... la motivation principale du rock en général c'est la morale, la sexualité, la religion, c'est tout ce que nous on a subi quand on était adolescent euh, une éducation euh, judéo-chrétienne pour la plupart, euh, la découverte de la sexualité, et la morale fais-pas-ci fais-pas-ça donc c'est un peu le thème central du rock en général. N'importe quelle chanson de Cure ou Depeche Mode, de Blur ou de Placebo c'est ce genre d'invectivation (sic) qui nous intéresse."

Nicolas Sirchis à propos de Paradize, Arte TV, 2003

Si les liftings calqués sur la mode datent du début des années 90, Paradize constitue la refonte d'image la plus radicale. Il ne s'agit plus uniquement d'être en phase avec les tendances pop et rock plus contemporaines, mais de s'affirmer comme étant un groupe éclairé par de nombreuses références, et capable d'apprécier des musiques plus dures et saturées. En d'autres termes, Nicolas a souhaité exprimer une street cred rock.


Il arrive en effet  que sur un morceau, la citation soit incluse dans la composition, mais il s'agit comme le dit Nicolas d'un "gimmick". Donc une simple accroche, où l'allusion ou clin d’œil plus ou moins complice est collé grossièrement sur la composition comme un sceau d'authenticité avant distribution. On retrouve ainsi sur des titres comme "Paradize", "Electrastar", "Marilyn" et "Dark", des codes ou emprunts à respectivement Depeche Mode, OMD, Marilyn Manson et The Cure.

Nous sommes très loin d'une digestion d'influences et de codes d'écriture musicale et textuelle. L'attention de Nicolas se porte sur ce que fait le rock en général, et ce que feraient (selon lui) les groupes auxquels il souhaite être comparé. Restant en surface dans un plan marketing, il ne peut aller plus loin que la citation qui devient l'élément fondamental du discours du groupe. L'image d'Indochine n'est plus qu'une compilation de signifiants glanés ici et là parmi les modes.


Ce logiciel est cristallisé à un point absurde en 2003, avec un sketch connu des fans : Paradize Airlines. On y voit Nicolas déguisé en hôtesse de l'air, distribuant aux passagers du vol des morceaux de musique qu'ils auraient commandés. Cela n'a aucun sens, mais c'est bien ça.
 

Nous cherchons encore où nous sommes supposés rire dans ce sketch écrit par Nicolas, festival de prononciations incorrectes qui ne sert, devons-nous le préciser, qu'à matraquer des noms.

Voir : 2002 - Paradize, The Cure

"J’ai lu Duras grâce à Indochine, j’ai écouté David Bowie et Patti Smith parce que c’était ses références, si j’ai écouté Oasis, c’est parce que Boris en parlait, Nine Inch Nails c’est grâce à Oli de Sat…"

Rafaëlle Hirsch-Doran, Madmoizelle, octobre 2021


Une constante depuis plus de vingt ans, devenue quasiment la discothèque idéale pour la filiation virtuelle d'Indochine Mk2 dans l'histoire du rock :

  • Les disques "Boris" : Morning Glory (Oasis), Sergent Pepper (Beatles) et My Generation (Who)
  • Les disques "Oli" : With Teeth (NIN), Antichrist Superstar (Manson) et Doppelgänger (Curve)
  • Les disques "Nicola" : Horses (Smith), Diamond Dogs (Bowie) et Kimono My House (Sparks)


Ces artistes deviennent donc des "références indochinoises", à ranger avec les disques d'Indochine sur l'étagère dédiée aux côtés de quelques livres de Duras et Salinger.


Lors des questions/réponses avec les fans, il est devenu impossible d'échapper à un "qu'écoutez-vous en ce moment ?". Symptôme de notre époque post-moderne ou comportement classique de dévots écoutant le catéchisme, l'énonciation de nombreux artistes par Nicolas Sirchis semble être nécessaire, et même suffisante pour que son public se sente connaisseur à leur endroit. L'évocation même lointaine, approximative voire erronée d'œuvres, souvent limitées à un nom ou un titre, transférerait spontanément leur contenu vers le fan. Comme si savoir que cela existe offrait magiquement le grade d'esthète ou d'expert.

Plus besoin de se montrer curieux : écouter Indochine suffit. Les autres groupes ne servent qu'à donner l'image d'un groupe curieux et alerte que les fans ont raison d'écouter.
 
 
Loin d'être un passeur voulant partager ses goûts et amener son public à plus d'ouverture et de curiosité, Nicolas lui a simplement transmis sa superficialité. Passionné d'art contemporain, il arrive à appliquer la même astuce : seul le nom de l'artiste et son discours compte : c'est au public d'y trouver de la substance voire de l'inventer.

Voir : Art contemporain


Voir aussi sur le blog :

1993 - "C'était le début du grunge..."

1996 - Wax
 

2009 - La République des Météors


Mk2 en conférence de presse, Couvent des Cordeliers, 2009

Entre un album saugrenu vendu comme un concept mais qui n'en avait pas grand chose, et deux autres albums aux morceaux et aux thèmes interchangeables, se cache un disque bien plus pertinent. L'anomalie d'Indochine Mk2, qui prouve ici qu'il est capable de réaliser un album cohérent.
"Est-ce qu'il y a une thématique, un concept, comme il y avait sur le précédent ?
- Aucune. (rires)
Y'a aucune thématique, ni un concept, c'est vrai qu'Alice & June est un album conceptuel, y'a une série de morceaux mais ce qui en ressort un petit peu c'est le côté euh... Enfin je sais pas, il faut peut-être se poser la question... Enfin je sais pas, vous avez juste entendu des extraits et caetera donc c'est difficile, euh... C'est euh... Comment dire, en fait c'est quand même parti sur, je vais un peu me la péter intellectuellement, mais c'est parti de la lettre de rupture qu'a reçu Sophie Calle, euh, et donc elle a fait une exposition, que j'ai lue, relue, et analysée, et effectivement après, cette thématique s'est euh... s'est comment dire, j'ai travaillé un petit peu dessus, et puis ça a dérivé sur la séparation, les déchirures, les choses comme ça... La vie... Voilà."  

Nicolas Sirchis, conférence de presse au collège des Bernardins, 2009

Si Nicolas avait été plus malin, il aurait dit que oui, bien sûr qu'il y a un thème : la séparation, les déchirures dans la vie personnelle, avec la guerre, la grande Histoire en fil rouge, mais non. Curieusement il semble avoir préféré couper net avec le prétendu concept de l'album précédent, alors qu'il avait construit, sans le faire exprès, un album plus conceptuel qu'Alice & June. Peut-être est-ce au fil des interviews qu'il se rend compte qu'il y a quelque chose à dire, puisqu'il se corrige quelques jours plus tard :
"La République des Météors» est-il le plus «curieux» de vos albums? 
Curieux, je ne pense pas. Invraisemblable peut-être, car c’est devenu un de nos concept-albums les plus réussis par accident. Rien n’était prévu. On a tenté toutes les expériences possibles. La République des Météors  regroupe toutes nos influences. [...]

Quels thèmes abordez-vous ?
La thématique centrale est l’absence. L’idée m’est venue en allant voir l’exposition de Sophie Calle à la Biennale de Venise. J’avais été très touché par sa démarche artistique. Elle a réussi à magnifier quelque chose de totalement privé autour d’une lettre de rupture."
Nicolas Sirchis, CNews, mars 2009
Start Up lui demande en mars 2009 si "l'élément déclencheur de La République des Météors c'est la lettre de Sophie Calle ?" :
"Non, ce sont plusieurs choses. D'abord la musique. Je ne savais pas du tout de quoi j'allais parler après deux albums-concepts assez forts. J'étais dans le schwartz, comme on dit... Alors je me suis pris en main. Ça a commencé par une découverte de la Biennale de Venise, puis il y a eu les lectures, les voyages en Finlande ou à Berlin, la vie..."

Deux albums-concepts ? Avons-nous raté quelque chose ? 


Voir : Art contemporain


Restons sérieux et entendons-nous bien, La République des Météors n'est toujours pas un vrai album-concept comme le furent The Wall ou Tommy, puisque ce type d'album demande des personnages, une chronologie, une histoire racontée par les chansons, et qui ne tolère aucun remplissage. De plus, comment voulez-vous réussir un concept-album par accident ? En revanche s'il avait dû n'y en avoir qu'un à être défini ainsi, ça aurait dû être celui-là et non le foutraque Alice & June, dont Nicolas n'a jamais su expliquer la prétendue histoire. C'est bien ce qu'il semble confirmer à travers cette contradiction drolatique :
"Ce disque est un peu comme un météore. Il y a plein de morceaux qui partent dans tous les sens, sans liaison les uns avec les autres. Finalement, c’est devenu, par accident, l’enregistrement le plus conceptuel du groupe."

Nicolas Sirchis, L'Humanité, mars 2009

Que cela puisse tempérer les irréductibles qui continuent de croire qu'Alice & June constitue l'album-concept définitif d'Indochine Mk2, et par ailleurs que Nicolas élabore ses œuvres de façon lucide, avec des messages profonds et des niveaux d'interprétation savamment construits.

Voir : 2005 - Alice & June


Si nous laissons de côté les bricolages et improvisations du chanteur,
La République des Météors tient debout. C'est un album étrangement mature, aux thèmes adultes, et au concept audacieux car relativement peu vendeur. Contrairement aux albums précédents, celui-là ne correspondait pas aux thématiques rock à la française, à savoir la posture rebelle, le look, le visuel et le jeunisme à tous les étages. On était alors à la fin des années 2000 et les postures rock étaient encore très populaires chez le public cible d'Indochine Mk2. En cela, préférer des instruments acoustiques, originaux, et une posture plus pop (entendre ici un son plus soft et moins agressif) était un choix risqué pour un groupe qui avait ciblé un public emo et gothique pendant près de dix ans. Le Grand Soir, La Lettre de Métal, L World, Bye Bye Valentine, Le Dernier Jour et même Union War ne constituaient pas, pour ainsi dire, des appâts pour adolescents lookés. Quant à lui, le premier single Little Dolls rattrapait le revival post-punk en mimant les guitares d'Editors, un peu tard pour capter la mode mais suffisamment intelligemment pour ne pas en proposer un copié-collé. (Tom Smith, leader d'Editors, écrira The Lovers en 2013 avant d'en proposer sa propre version.)

Malgré ses qualités, l'album désorienta beaucoup de fans qui avaient aimé Paradize et Alice & June. La tournée fut pourtant impressionnante, d'une élégance inattendue de la part de l'auteur de "Vibrator", festive mais bien plus sage que les scènes d'hystérie qui avaient fait l'Alice & June Tour. Des vidéos documentaires sur le début du XXe siècle, souvent en noir et blanc, étaient projetées sur plusieurs écrans entourant une scène à l'aspect industriel. Entre les morceaux, on pouvait entendre des marches militaires et des sirènes menaçantes. Parallèlement, les clips de Little Dolls, Le Lac et Le Dernier Jour restèrent dans la thématique de l'album et de la tournée.


Les bonnes idées étant rares chez Indochine Mk2, le Meteor Tour fut immortalisé sur le très moyen Putain de Stade, concert en plein air avec un Nicolas autotuné, noyé dans ses onomatopées, et des choix de réalisation centrés sur les fans qui rendent le film difficilement supportable, malgré de très beaux plans de caméra. 


Histoire de rappeler à tout le monde que malgré les Meteors, Indo reste un groupe de jeunes.
  
Comme un seul gâchis ne suffisait pas, Nicolas a cru bon de ne publier Le Meteor sur Bruxelles qu'incomplet et dématérialisé, ce qui a participé à le faire tomber dans l'oubli alors que le concert est supérieur à Putain de Stade : le son est bien meilleur et Nicolas chante mieux tout en étant largement moins retouché.


Quant à elle, la pochette de La République des Météors est une réussite esthétique, bien qu'elle nous inspire plusieurs commentaires. Premièrement, elle ne compte que les références personnelles de Nicolas dont il s'entoure encore une fois pour embellir son image. Cette pochette résume sa manière de penser sa culture : il se place au centre d'un patchwork de références comme autant de lumières tournées vers lui. Elle montre encore une fois qu'Indochine Mk2 est un projet solo, puisqu'elle ne montre que des références choisies par Nicolas. Si Mk2 était un groupe, les musiciens auraient des influences communes et digérées collectivement, mais à l'image de la pochette, ils sont juste là pour servir l'univers de Nicolas.
"Il y a une référence notoire à Sgt Pepper. Je voulais présenter un patchwork de toutes nos influences. Sur la pochette, on voit Patti Smith, David Bowie, un zeppelin en hommage à Led Zeppelin. On aurait aussi pu mettre aussi Brian Ferry, les Sparks, Sid Vicious, Joe Strummer Et puis, il y a toutes nos références littéraires: Salinger, Simone de Beauvoir, Apollinaire, Rimbaud et Marguerite Duras, qui nous a inspiré le nom d'Indochine. Des personnalités scientifiques aussi, comme Freud, Pierre et Marie Curie. Toutes ces figures, c'est un peu la république d'Indochine. Pour le meilleur et le pire, avec des dictateurs comme Staline. D'où le titre La République des Meteors. Toutes ces personnalités ont, chacune à leur niveau, marqué notre époque."

Nicolas Sirchis, La Presse, mars 2009

D'une référence voulue à la pochette de Sergent Pepper's Lonely Hearts Club Band, on est plus proche d'une peinture religieuse à la gloire d'une seule idole. 

Les Noces de Cana, Véronèse, 1571

Mais le Dig out your soul d'Oasis sorti en 2008 a également dû jouer. Le groupe mancunien y référençait déjà l'esthétique psychédélique de la fin des années 60, ainsi que sa musique.


Deuxièmement, cette pochette pensée comme un résumé des influences du groupe occulte totalement celles d'Indochine dans les années 80. Pas de trace de Gilbert Bécaud, William Sheller, ni Henri Salvador que Nicolas citait à l'époque. The Clash dont Stéphane et Dominique étaient fans, Joe Jackson, Hank Marvin sont absents. Serge Gainsbourg, Jacques Higelin et Renaud également.

Nicolas n'a pas eu le droit de mettre la photo de Bowie de 1975 qu'il voulait (voir annexes), c'est donc celui de Heathen qui apparaît en tout petit, un album de 2002 qui ne l'a pas intéressé du tout. Aucun auteur de bande dessinée non plus, pas même Henri Vernes, l'auteur des romans Bob Morane, à qui seront préférées des figures plus littéraires. Simone de Beauvoir quant à elle, n'apparaît qu'en rapport au jeu de mots de "Troisième Sexe"...

Voir : Marguerite Duras et la bande dessinée


On voit à l'inverse des personnalités dont Nicolas n'a jamais parlé (voir annexes). Nous nous demandons par exemple en quoi Pierre et Marie Curie constituent une influence. La présence de Sigmund Freud, fondateur de la très controversée (scientifiquement et moralement) psychanalyse, nous pose davantage question sans pour autant nous étonner. Ladite pseudoscience et ses bienfaits refont d'ailleurs surface dans le parpaing de Rafaëlle Hirsch-Doran, et il nous semble souhaitable de ne pas prendre cela à la légère.

Voir : Indochine par Nicola Sirkis & Rafaëlle Hirsch-Doran


Il semble que Nicolas n'ait pas su aller plus loin que ça pour trouver des références "scientifiques" à ajouter au patchwork. Est-ce une revanche sur son échec scolaire ? N'a t-il trouvé personne d'autre que  Sigmund Freud en cinquante ans ? Et comment faut-il entendre sa mention d'un dictateur comme faisant partie de la république d'Indochine, pour le meilleur et pour le pire ? Avait-il quelqu'un en tête ?


Cette compilation sortie à la même époque présente 11 titres choisis par Indochine, entendre "choisis par Nicolas", comme une énième occasion de faire un peu de namedropping. On y retrouve d'ailleurs Suede et David Bowie. Quant à la présence des copains d'Asyl, nous imaginons qu'ils devaient avoir besoin de ronds.


Dès 2013, le jeunisme fut définitivement de retour avec Black City Parade, Nicolas décidant même au cours de la tournée de relancer la mascarade de Tallula, réactivant la compétition entre fans pour attirer l'attention du leader. Pourtant, le premier single abordait la douleur pérenne de la séparation et l'envie de revenir auprès de l'être aimé. En ce sens, il n'aurait pas détonné en clôture des Météors, et en tant que premier titre audible de Black City Parade, il constitue un maillon entre les deux disques, ce qui ne semble pas avoir été fait exprès non plus. Malheureusement, la majeure partie des titres de l'album de 2013 ne suivirent pas la direction de cette pop solennelle qui montre que parfois, cette entreprise musicale arrive à avoir une personnalité. Par accident ?


"Ce serait oublier pourquoi les aficionados d’Indochine restent fidèles: aux initiés, aux patients auditeurs qui attendent avec ferveur chacune de ses apparitions scéniques (la prochaine ce samedi à l’Arena est déjà sold out!), Indochine livre un univers complexe, musical certes, mais avant tout littéraire. Enfin, littéraire, s’entend : dans la mesure où la prose labyrinthique de Nicola Sirkis tient lieu de révélation poétique. Ce qui reste discutable.

Ce qui lie Sirkis à l’imaginaire d’Indochine, c’est bien sa plume. Une écriture qui tient lieu de confidence, si ce n’est de thérapie. Le beau Nicola (quoique, renseignement pris auprès des fans, certain(e)s pensent le contraire) a fait de la chanson pop un parfait dévidoir de ce qu’il nommera à maintes reprises son 'mal indéfinissable'."

Fabrice Gottraux, La Tribune de Genève, avril 2010


Voir aussi sur le blog : 
 


À lire également :

Psychanalyse : sale temps pour les charlatans (Sophie Robert pour L'Express)


Annexes :
Version avec Marc Bolan (pochette de The Slider) et le Bowie de 1975.

 
photo non-inversée
 
Réalisation de l'affiche du Meteor Tour (source : isuro.net)

Une liste non exhaustive des personnalités présentes sur la pochette, relevée par Christian Eudeline dans L'Aventure Indochine (Prisma, 2018) :

André Breton
Arthur Rimbaud
Betty Page
Brigitte Lahaye
Chloé Delaume
David Bowie
Guillaume Apollinaire
Hirohito
Jacques Dutronc
Jean-Paul Sartre
Joséphine Baker
Mao Zedong
Marguerite Duras
Mohandas Karamchand Gandhi
Patti Smith
Paul McCartney
Pierre & Marie Curie
Sid Vicious
Sigmund Freud
Simone de Beauvoir
Sue Combo

2020 - "Ultra S" à la Coopérative de Mai

C'était une bonne idée, voire une très bonne idée. Lecteur de l'Indoforum, Nicolas avait pu mesurer la grande sympathie des fans pour ce chouette morceau de Dominique Nicolas.

 

Mais chez Indochine Mk2, les très bonnes idées ne donnent que des moments sympas, tout au plus. C'est sympa de sortir d'une machine bien huilée et de se souvenir que Nicolas, fut un temps, chantait autre chose que des textes aléatoires sur des instrumentations bourrines. C'est sympa aussi de voir Indochine Mk2 préférer la générosité à la facilité.

Mais c'est une reprise, par le chanteur d'Indochine lui-même, accompagné de son tribute band. Tandis que le groupe fait correctement son boulot, le chanteur d'Indochine est aux fraises. Il n'a plus le morceau en tête, a oublié la métrique des paroles, et comme souvent son chant est pollué par sa lecture linéaire du prompteur. Se toucher les yeux trempés devient même Se toucher les yeux fermés, à croire que le vers d'origine manquait des stéréotypes qui font le confort d'Indochine Mk2. Mais combien de fois a t-il réécouté le disque avant d'entamer le morceau sur scène devant son public ?

 

De plus, un pont pourtant intéressant a été viré de l'arrangement. Trop compliqué pour Nicolas ? Ou bien cette pause risquait-elle de dissiper l'attention du public de 2020 ?

Sur l'album, le gimmick de "Ultra S" consiste en un dialogue harmonieux entre tous les instruments, qui installe une ambiance originale, quasi électronique, rappelant des motifs orientaux. Chez Indochine Mk2, ça ne devient qu'un bête plan de guitare électrique à trois notes, dont même le bassiste Marc Eliard est exclu alors qu'il joue sur l'album. C'est probablement parce que Nicolas n'entend dans ce morceau que ces trois notes de guitare, qu'il se permet de se l'accaparer en jouant lui-même ces trois notes, à la façon d'un collégien qui apprend la guitare dans sa chambre. Il était toutefois plus confortable de le jouer à l'unisson avec Boris Jardel, surtout qu'il arrive à se planter (0:23) !

Voyez au cours du morceau comme il est à l'ouest sur les accords et le rythme, et totalement absent de l'intention du morceau d'origine, qu'il semble découvrir. 

À trop vouloir exclure Dominique Nicolas de l'histoire d'Indochine et ramener toute la lumière sur lui, Nicolas Sirchis ne fait que creuser le fossé déjà immense entre lui et son ancien groupe.

En somme, une reprise loin du niveau de l'originale. Allons, au travail !


Voir aussi sur le blog :

1993 - "C'était le début du grunge..."

Nicolas et la guitare

Pourquoi Indochine Mk2 ?