Moi je

Sur le Central Tour (photo : Eloïse)
"Moi, Monsieur, je suis anarchiste
Moi, je suis foncièrement pessimiste
"

"Soudain, l'été dernier", Le Baiser, 1990

 

"Je veux encore une fois une histoire avec toi
Moi je veux encore une fois m'enfermer sur toi"

"Ultra S", Un jour dans notre vie, 1993


"Moi je te promets une belle histoire
que plus jamais on n'oubliera
Et que plus jamais on ne se quittera
"

"Les Silences de Juliette", Wax, 1996


"Moi je veux rester comme ça toute ma vie
Moi je veux rester tel que je suis
Moi je resterai comme ça toute ma vie
Moi je resterai tel que je suis
"

"Peter Pan", Wax, 1996


"Un jour peut-être je te protègerai
Car c'est toi que j'aime
Parce que je crois qu'un jour moi je t'épouserai
On fera de beaux rêves
"

"Rose Song", Dancetaria, 1999


"Si moi j'étais la reine de ta vie
Juste aujourd'hui
La reine de ta vie
"

"Dunkerque", Paradize, 2002



"Moi je veux vivre
vivre
vivre
encore plus fort
"

"Marilyn", Paradize, 2002



"Mais MOI je suis fier de toi
Oui MOI je suis fier de toi
"

"Comateen", Paradize, 2002



"Moi je n'aime pas la St Valentin
Je hais le monde entier
"

"Gang Bang", Alice & June, 2005


"Tu vois comment
À l'intérieur de moi je me sens
Personne ne voit
Et ne s'aperçoit de ce qui m'attend
Pourquoi Ô moi, je ne suis qu'une fille qui s'éteint
"

"June", Alice & June, 2005


"Moi je n'aime pas les amoureux
Et Dieu créa les mêmes
"

"Go Rimbaud Go !", La République des Meteors, 2009


"Moi quand j'étais un adolescent
J'ai essayé les vêtements de ma mère
[...]
Moi j'ai du mal avec les artistes, surtout les Français qui habitent en Suisse
"

"Playboy", La République des Meteors, 2009


"Moi je ne suis rien, même si je te déçois reste avec moi"

"L World", La République des Meteors, 2009


"Je ne sais pas
Ça ira mais qui trahira
Dans un lit différent
Et moi j'ai froid
"

"Le Dernier Jour", La République des Meteors, 2009


"Comme un sex friend et puis sans suite
Moi j’aime l’amour oui, quand ça va vite
"

"Black City Parade", Black City Parade, 2013


"Mais moi j'ai le droit quand tu te réveilleras
Oui, j'ai le droit
De te faire ça quand tu te réveilleras
"

"College Boy", Black City Parade, 2013


"Oui, c’est la vie si tu m’oublies
Mais moi je reste là
J’entends ton rire, j’entends ta voix
Mais moi je ne te vois pas
"

"Anyway", Black City Parade, 2013

 

"Loin ici de toi
Dans le sommeil où j’étais bien
Moi j’ai dansé pour toi
Alors pour qui sonne le glas
"

"Salomé", Black City Parade, 2013


"Moi, je suis là, je serai toujours là
Comme en 1923
"

"2033", 13, 2017


"Moi je suis né ici pour n’être qu’avec toi"

"La Vie est Belle", 13, 2017


"Et moi la nuit
Je voudrais un rêve idéal
Et moi j'oublie
Que demain nos réalités
"

"Song for a dream", 13, 2017


"Moi je t'aimerai encore, encore et jusqu'à ma mort"

"Nos Célébrations", Singles Collection 2001-2021, 2020

Les livres sur Indochine

La sortie imminente du dernier livre officiel est l'occasion de revenir sur les précédents. Parce que les livres sont faits pour être lus, et que nous ne saurions donner plus d'importance à des photos qu'à un texte, nous vous proposons ici notre appréciation des nombreux livres sortis sur le sujet.

Liste non-exhaustive.

- LES OFFICIELS -

  • Indochine (Jean-Eric Perrin, 1986)

La base, ce qu'était vraiment Indochine dans la première moitié des années 80. Malheureusement difficile à trouver aujourd'hui, il était pourtant disponible à la vente sur le site jusqu'en 2001. Les quatre garçons s'y livrent sans filtre ni hiérarchie particulière, et lire Indochine à ce jour correspond souvent à lire le contraire de ce qu'avance Nicolas en 2021. Il y est notamment largement question de bande dessinée, de mode, d'évasion et d'exotisme. Marguerite Duras n'y est pas citée.

Passage choisi :

"Je n'ai jamais essayé d'analyser psychologiquement, à la lumière de mes connaissances dans ce domaine, le comportement hystérique de certains de nos fans, surtout pendant les concerts. C'est vrai que c'est un peu angoissant, ça me fait toujours peur, parce que ça touche au fanatisme, et ça c'est une idée dont j'ai toujours eu profondément horreur. Ça rejoint un plan politique, on peut faire passer n'importe quel message, si on le souhaite ! Heureusement, je sais que ce qu'on fait est sain. On a nos propres opinions, mais à la limite tout le monde s'en moque. Pour moi il n'y a plus rien à espérer de la jeunesse sur le plan politique, alors je trouve ça bien et normal qu'ils s'éclatent sur la musique comme moi j'ai pu le faire en militant, ou en faisant du ski."

Stéphane Sirchis in Indochine, Jean-Eric Perrin, Calmann-Lévy, 1986


  • Le Septennat (Marc Thirion, 1988)

Petite mise au point post-Indomania, avec une large place apportée aux interventions du groupe. Il y est question de technologie, de notoriété, de rock, d'influences et du Pérou. Passionnant, devenu malheureusement rare.

"Je ne croyais sincèrement pas que nous marcherions si fort avec un nom comme Indochine ! Je croyais que l'on resterait underground, même si ce n'était ni mon désir ni mon choix. Le côté BD a été décisif, la période voulait cela. On a perdu les branchés, ceux du début, qui, j'en suis sûr, écoutent encore nos disques en cachette... car ne n'est pas bien d'acheter Indochine maintenant ! On a gagné un large public qui nous respecte. Aujourd'hui, un iroquois n'impressionne plus vraiment, le mouvement punk a poussé la révolte trop loin, il s'est trop décentralisé, démocratisé et a fini, comme toujours, par ne plus rien vouloir dire. Ce sont les fameux phénomènes de mode qui enfantent et tuent à la fois."

Dominique Nicolas in Le Septennat, Marc Thirion, Carrère/Klan, 1988


  • Insolence Rock (Sébastien Michaud, 2004)

Réinitialisation du groupe et demande de reconsidération du dossier. Nous n'aurions en fait rien compris pendant plus de vingt ans, en réalité le groupe a toujours été rock, dark, et Paradize est un chef d’œuvre underground même si vous n'êtes pas d'accord. Les nombreuses références pointues d'oLi et Nicolas le prouvent, et si vous ne l'avez pas compris on ne peut plus rien pour vous... Fendard pour les mélomanes affûtés, malheureusement dangereux pour les autres vue la somme de réécritures et d'âneries directement dictées par Nicolas. L'auteur se montra d'ailleurs fidèle au credo underground de la décourageante maison d'édition Camion Blanc, et poursuivit par la suite des analyses d'apprenti sorcier sur Placebo, Nine Inch Nails et même Rozz Williams. Depuis, la mode a changé. Absurdement, Insolence Rock est un livre officiel, toujours mentionné sur le site.

"Après avoir enchaîné plus d'une cinquantaine de dates, Indochine clôture la dernière partie de son Dancetaria Tour à Namur, le 17 septembre. À nouveau inclus dans le catalogue d'une major, le groupe entend bien prouver à cette occasion que le succès n'est pas uniquement l'affaire de quelques tubes radio. Le public d'Indochine, c'est aussi, à peu d'exceptions près, celui de Marilyn Manson ou Placebo. Un rock à la fois excitant, couronné par la jeune génération, synonyme de tournées sold-out, mais banni des ondes d'NRJ, Skyrock ou Fun Radio..."

Sébastien Michaud


Voir : 1999 - Dancetaria, 2002 - Paradize, Placebo


  • Indochine, le livre (Jean-Eric Perrin, 2011)

Bilan post-Stade, rédigé par l'auteur du premier livre officiel, devenu depuis l'un des VRP de Nicolas. Ce dernier vérifie chaque mot du livre, y dicte son credo et refait à volonté l'histoire de ce qui est désormais perçu comme le plus grand groupe de rock français.

Nous ne comprenons toujours pas comment Jean-Eric Perrin, qui a pourtant été aux premières loges depuis les débuts d'Mk1, a pu permettre et mener à terme un tel travail hagiographique.


  • Les petites notes du Meteor Tour (Nicola Sirkis, 2010)

Journal de tournée tenu par le chanteur, avec des photos prises au téléphone et de petits commentaires. Un objet sympathique et original, apportant un peu de factualité et d'humanité (jusque dans les coquilles) à travers le quotidien d'une tournée pharaonique.

"J'ai interdit l'alcool sur la tournée. Ça fait un peu la gueule chez les techniciens, mais j'ai mes raisons et elles sont bonnes."

Nicolas Sirchis

  • Kissing my songs (Nicola Sirkis & Agnès Michaux, 2011)

Un entretien avec Agnès Michaux, et des explications sur les textes en 2011. Fraîches sur les textes récents (les Meteors), mais revues et alambiquées concernant les textes plus anciens. Quelques passages passeraient difficilement dans le monde post #metoo. Ce livre est une nouvelle fois l'occasion pour le chanteur de replacer quelques indications pour appréhender les albums correctement : la bande dessinée d'aventures, l'univers extrême-oriental et le refus de l'intellect passent largement à la trappe.

"Qui est Anne ? - Anne, c'est Anne Brontë. Je dois ça à Juliette Binoche. C'est elle qui m'avait conseillé de lire Agnes Grey et La Locataire de Wildfell Hall. Cette fille m'a touché et j'ai eu la sensation que je voyais ce qu'elle ressentait. Mais 'Anne et moi' c'est aussi Egon Schiele qui un jour, en peignant une toute jeune fille, s'est aperçu que son corps commençait à montrer les premiers signes de la puberté. Il en a parlé en utilisant l'expression 'manteau de nuit', comme si, dans cet indice, tout se refermait à jamais. Bouleversé d'assister à la disparition de l'innocence. Et moi j'imaginais cette petite fille dont le corps grandissait, se sexualisait..."

Nicolas Sirchis

Voir : Le dernier tabou

  • Indochine (Rafaëlle Dorangeon, 2021)

Voir : Indochine par Nicola Sirkis & Rafaëlle Hirsch-Doran, Un sixième livre officiel


- LES NON-OFFICIELS -


  • L'Aventure Indochine (Christian Englisch & Frédéric Thibaud, 2004)

Malgré une couverture indéfendable, le livre fut une agréable surprise et constitue le premier des must-read non officiels. Il est écrit par deux auteurs qui connaissent leur sujet et furent amenés à côtoyer le groupe pendant les années 90 - une période qui nous intéresse en priorité puisque la plus mal documentée et discutée de toutes. Les auteurs font preuve d'esprit critique, et cherchent à dégager la cohérence et la logique des faits qui constituent l'histoire d'Indochine, déjà très complexe en 2004.

Des erreurs et approximations sont restées au final cut, mais cela ne doit pas amener à une généralisation sur l'ensemble du bouquin. Premier livre non-officiel, il fut rejeté à sa sortie par les fans, et est depuis quasi-oublié, ce qui est bien dommage.

"(Nicolas) 'Entre le moment de cet accord et la livraison de l'album Wax, Lasseigne ne jurait plus que par G-Squad : c'est les meilleurs artistes français du monde, ils étaient là pour cinquante ans, total objectif sur G-Squad ! Et quand on leur demandait 'et nous, on fait quoi de notre album ?' ils nous envoyaient nous faire foutre !'

G-Squad n'a pourtant pas laissé un souvenir impérissable... C'est le moins qu'on puisse dire ! Qui se souvient encore aujourd'hui de ces garçons vendus par l'industrie du disque comme 'le' boys band français ? Personne sans doute, à l'exception de Nicola qui en a gardé une forte rancœur."

Christian Englisch & Frédéric Thibaud

 

  • Indochine de A à Z (Sébastien Bataille, 2004)

Un abécédaire intelligemment mené. Sébastien Bataille ne semble pas être sensible aux crédos dans la musique, et cherche à lire entre les lignes de l'histoire pour y apporter sa lecture avec raison et recul. Il apprécie Indochine, et se montre bienveillant tout en sachant souligner quelques incohérences et points sensibles de l'histoire. À posséder pour apprendre des choses sans tomber dans la bigoterie.

"H comme Héros : En 1983, Indochine déclare 'sur scène, on accentuera plus le côté aventure, nous sommes une réaction contre les groupes politiques, ce qu'on veut, c'est privilégier à nouveau le mythe du héros.'

Dans la première partie de l’œuvre d'Indochine (1982-1986), la présence rayonnante du héros est omniprésente dans les textes. Mais que ces personnages se nomment Bob Morane ou Monte Cristo, qu'ils soient des êtres venus d'ailleurs ou des lapones anonymes, on se doute bien qu'ils sont une projection de Nicola Sirkis lui-même et de son groupe.
"

Sébastien Bataille

 


  • Le roman-vrai d'Indochine (Jean-Claude Perrier, 2005)

Un grand must-read. Jean-Claude Perrier (aussi auteur de Cigare : le guide) écrit avec ses propres mots, à la lumière d'une amitié de plusieurs années avec Nicolas, et d'une clairvoyance certaine sur sa personnalité - jusque dans ses aspects les plus sombres - et l'évolution de ses projets. Rejeté à sa sortie par un nombre significatif de fans pour avoir osé apporter une critique concrète loin de tout catéchisme, ainsi que par Christophe Sirchis pour avoir relativisé l'indifférence de Nicolas quant à son jumeau, et peut-être aussi pour n'avoir pas su éviter une ou deux âneries (Oli et ses "boy" gainsbouriens), il reste un ouvrage très habile et indispensable pour comprendre Nicolas et Indochine.

"Les 'problèmes d'argent' dont parlent Nicolas se sont-ils réglés par un procès, comme avec pas mal de gens ? Quant à sa prétendue 'naïveté', tous les témoins de l'aventure Indochine, des débuts à aujourd'hui, que j'ai rencontrés, et quelles qu'aient été leur position et leur importance dans cette histoire, l'ont plutôt décrit comme quelqu'un de 'calculateur', voire 'manipulateur'. Et l'on en passe."

Jean-Claude Perrier


  • Indochine, l'ombre des mots (Thierry Desaules, 2008)

Un raté, officiellement non-officiel mais un peu officiel quand même.

"Comme je connaissais bien Nicolas Sirkis d’Indochine à l’époque, je lui ai proposé d’écrire une biographie avec une analyse des textes et tout s’est enchaîné."

"Ce livre hommage a donc la singularité d'être fait pour des fans par des fans..."

Thierry Desaules

Thierry Desaules a compris l'importance des citations d'époque, mais pas qu'il était malvenu de combler les zones d'ombre avec ses impressions. Nicolas aime quand d'autres expliquent son œuvre à sa place, cela permet d'injecter du contenu à ce qui n'en présente pas. Le livre est en deux parties : l'une reprend l'hagiographie de l'époque, l'autre prétend décrypter le contenu d'une sélection arbitraire de morceaux, mais se contente de fournir des paragraphes à la saveur wikipédienne sur les titres des chansons. De fait, le livre est blindé de hors-sujets. 

C'est à ce moment-là que nous avons compris que les livres même non-officiels étaient permis par Nicolas dès lors qu'ils n'intégraient aucune forme de critique, et aidaient à enrober les titres d'un parfum culturel en y injectant un contenu factice. L'auteur nous gratifia lui aussi par la suite d'autres bouquins consternants de vacuité sur Placebo et The Cure, avec leurs publics comme autant de cibles marketing.

Depuis, le rock n'est plus à la mode.

"Dunkerque voit le jour sous la forme d'un petit port de pêche à l'embouchure de la Colme au cours du VIIe siècle. Son développement autour de la chapelle Notre-Dame-des-Dunes construite par Saint Éloi lui donnera son nom, 'Dunkerque', qui signifie littéralement 'église des dunes' en flamand. Durant la guerre franco-hollandaise de 1672, la ville - très convoitée pour son ouverture imparable sur la mer du Nord - sera bombardée deux fois et subira un important blocus. Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, cette ville de résistance fut le théâtre d'une opération d'envergure nommée 'Opération Dynamo' qui consistait à évacuer près de 35000 soldats alliés vers le Royaume-Uni sous les tirs de l'armée allemande. Dunkerque sera la dernière ville libérée en mai 1945 ; elle est alors détruite à 85%."

Thierry Desaules

 
Extrait choisi d'un commentaire Amazon :

"Heureusement que ce bouquin n'entache pas la réputation du groupe il faudrait créer un label 'approuvé par le groupe'!!!"


Eh bien oui, il l'a été, contrairement au suivant :



  • Starmustang (Christophe Sirchis, 2009)

Malgré une crédibilité très abîmée par le comportement de son auteur sur la toile, Starmustang est à lire impérativement pour qui voudrait comprendre cette histoire sur le fond. 

Nous regrettons que beaucoup ne souhaitent pas lire Starmustang encore à ce jour. Certains ne veulent prendre le risque de casser la magie, quand d'autres légèrement plus réfléchis appellent au respect de la vie privée, que Christophe aurait bafouée, et qui ne devrait pas être connue du public. Pourtant, refuser catégoriquement de le lire implique :

  • De ne pas faire suffisamment confiance à son propre esprit critique, ce qui est bien dommage.
  • D'attester sans sourciller une préférence pour la légende et le fantasme à la factualité, et donc révéler une faillite intellectuelle regrettable.

L'occasion de rappeler que Nicolas n'a en effet pas porté plainte pour diffamation, mais pour divulgation de vie privée, avec à la clef de nombreux éléments modifiés ou retirés du livre. Comme souvent chez lui, un aveu accidentel (et pas des moindres). De notre point de vue, lorsqu'une entreprise de produits culturels atteint de tels niveaux d'influence sur les gens, alors ces derniers ont le droit de savoir ce qui se trame dans l'arrière-boutique : le travail de Christophe Sirchis est en ce sens remarquable et impeccablement mené. 

"Les musiques de Stéphane, celles qu'il voulait absolument voir exister sont restées là où il les avait laissées lors de sa dernière visite : le autres les avaient refusées ou dénaturées, volées aussi, selon lui.

Étais-je la dernière personne en qui il a eu confiance, au point de venir travailler avec moi l'album solo qui ne verra jamais le jour ?
"

Christophe Sirchis
  • Indochine : Pas de repos pour l'aventurier (Guillaume Barreau-Decherf, 2010)

Malgré quelques maladresses, nous avons ici le travail sérieux d'un auteur qui, en plus d'avoir le recul permis par son expérience de journaliste musical (dans un milieu éloigné d'Indochine), a procédé a une lecture rigoureuse et comparative de plusieurs bons livres sur le sujet. Le ton éclairé et critique, imperméable au bullshit, est à louer, en plus de sa volonté d'avoir plusieurs sons de cloche : Francis Zégut y est par exemple interviewé (juste avant sa scission définitive avec Nicolas), et on peut y lire des articles inhabituels, jamais cités par ailleurs, comme ceux de Libé ou Le Monde.

Guillaume Barreau-Decherf est assassiné au Bataclan le 13 novembre 2015.

"On ne peut s'empêcher de noter chez Nicolas cette tendance à se comparer aux groupes en forme du moment, comme il le fait depuis les débuts. Et on se dit qu'après 15 ans de carrière, il ne devrait pas avoir besoin de toujours chercher à se situer dans le paysage musical français."

Guillaume Barreau-Decherf

 

  • L'Aventure Indochine (Christian Eudeline, 2018)

Christian Eudeline est attaché à une certaine rationalité et à la précision des informations, chose qu'il estime (à raison) absente des interviews de Nicolas et des livres officiels. Si l'auteur ne s'éloigne pas suffisamment de l'hagiographie connue, il reste en revanche loin du point de vue "fan" et en ce sens le livre est en haut du panier. Malgré ses qualités, il est décevant au regard de ce que nous aurions pu en attendre.

L'auteur évite de saturer le livre de trop nombreuses citations, et reste accroché à sa plume avec un souci d'exactitude tout à fait honorable. Les détails sont nombreux, et participent à compléter certaines zones d'ombre. Mais les analyses sont trop souvent superficielles : Eudeline tombe lui aussi dans le piège tendu par Nicolas, et injecte de la signification là où il n'y en a pas, comme pour ré-intellectualiser des morceaux faits dans le refus de l'intellectualisation. Ce défaut dans la méthode mène à un certain nombre de passages dispensables et passablement verbeux. Comme dans une grande partie de l'art contemporain et d'autres croyances, il semble trop difficile d'écrire d'une œuvre qu'il s'agit d'une coquille vide dont le vrai contenu est à chercher du coté de l'image, du marketing, de la psychologie du public et plausiblement ici de Nicolas.

Mais à la lumière d'un entretien avec une fan (voir ci-dessous), Christian Eudeline sait parfaitement à quel point le sujet est complexe. Il faut avoir baigné dedans et avoir bossé au moins plusieurs années pour prétendre être complet sur le sujet, et l'auteur donne l'impression de ne pas avoir pris suffisamment de temps pour le traiter. D'où un sentiment d'inachevé - les origines de la création de ce blog.

"Se sentant légèrement à sec côté inspiration, Nicola innove en faisant appel à d'autres plumes pour écrire les chansons, et même s'il reste des musiques inédites de Stéphane, pas question de capitaliser dessus. Paradize doit être exceptionnel par ses propositions, pour célébrer le nouveau millénaire, mais aussi parce que le paradis dont il est question est bien le septième ciel, la petite mort, le climax, l'orgasme et donc la conclusion euphorique d'un périple entamé six ans plus tôt. C'est le premier disque d'Indochine à dépasser les soixante minutes, 72 minutes 25 secondes exactement, le premier disque à s'appuyer sur autant de collaborations externes, le premier disque à afficher une pochette aussi révoltante pour les bien-pensants (nous en faisons partie, ndlr), et le premier disque sans Stéphane."

Christian Eudeline

Voir : Entretien avec Christian Eudeline par Helena Mora.


  • Nico, vivre encore plus fort (Helena Mora, 2019)

Le contraire de Soleywhy. Un travail auto-édité par une croyante exaltée, qui a même donné lieu à un débat dans les commentaires d'Amazon. Certains y fustigent l'orthographe et l'expression déplorables et l'utilisation de photos piquées sur les réseaux sociaux, d'autres appellent à la liberté d'expression. "Passable" serait un euphémisme pour ce torchon, qui fait passer Insolence Rock pour de la Pléiade, et tous ceux qui aiment Indochine pour une secte de décérébrés, dont voici le fascicule d'information.

Au vu d'un comportement sur Internet impliquant malhonnêteté et mensonge, nous nous questionnons sur le professionnalisme de l'autrice, surtout au regard de cette écriture proche du racolage et de l'embrigadement, que nous ne pouvons évidemment pas imputer directement à Nicolas.

"On ne peut expliquer les différentes émotions que suscite ce groupe. Tous ont un rapport personnel au groupe, une histoire inscrite dans leur histoire à eux, parfois très intime. Ils se retrouvent dans les paroles chantées par Nicola, par ce qu'ils ont vécu (sic). Certains, des histoires semblables de l'harcèlement (sic), de l'homophonie (sic), du racisme, de la douleur physique, maladies lourdes dont ont supporte (sic) les traitements, les écouteurs sur les oreilles, au son de leur dernier album, ou de mal-être psychologique. Ils sont un baume, un levier pour leur vie. Ils sont à la fois porteur d'espoir et consolateurs. Ils en ont sauvé plus d'un sans le savoir. La voix douce du chanteur en a sauvé plus d'un aussi !"

Helena Mora

 

  • Moderato Cantabile (Catherine Claude, 2021)
Si vous êtes lecteur du blog, vous savez que la référence à Duras est une gigantesque farce. La quantité et la qualité des photographies ainsi que leur rareté nous mènent à soupçonner une proximité favorisée avec leurs ayant-droits, voire les personnes qui y apparaissent. Plausiblement un livre pas si non-officiel que ça, donc. Il est très difficilement crédible qu'un tel travail sorte sans aucune connivence avec Nicolas. Dès lors, oubliez la critique.

L'autrice serait la Catherine Claude qui travaillait pour Best dans les années 60, et nous nous demandons sincèrement ce qui peut motiver une personne de cet âge à réaliser et publier un tel travail, dont la rédaction romantique ressemble à celle d'une fan d'Indochine ordinaire et dévouée. Les acheteurs semblent d'ailleurs ravis de la qualité des photos dans ce beau livre, à offrir pour remplir une Kallax trop vide.
"Respect infini envers Nicola Sirkis. Pour l'homme, pour tout ce qu'il nous a donné et pour toutes les émotions qu'il nous fait partager."

Catherine Claude

  • Indochine en chansons (Thomas Chaline, 2021)

Insolence Rock bis repetita

Déjà responsable d'une biographie en 2018, l'auteur prétend ici "dévoiler les secrets de création d'Indochine", et "mieux cerner l'environnement culturel dans lequel Indochine a baigné". Possiblement, un camarade d'étude pour nous ? Malheureusement, voilà ce qui arrive lorsqu'on ne lit que les livres officiels. Malgré une volonté de regarder du côté des coulisses et d'apporter un regard plus factuel, Chaline boit les paroles d'un Nicolas seul, et les relaie sans se poser plus de questions pour étayer des propos d'une subjectivité embarrassante. De plus, il y est trop souvent question d'émotions supposées dans la tête du chanteur, sublimées et idéalisées, racontées à loisir.

Quant à la sélection de chansons, l'auteur entend apporter pour chacune une contextualisation qu'il conviendrait mieux d'appeler du remplissage : références, verbiage exalté, corrélations illusoires entre faits historiques marquants et pertinence de morceaux apparus en même temps. La liste sert de filigrane à une énième biographie aussi romancée dans la forme que tiédasse sur le fond. Cette dernière est centrée sur Nicolas, mâtinée d'informations erronées et/ou invérifiables, d'analyses d'homéopathe, et écrite avec une candeur de fan très pénible au regard de la promesse faite au lecteur.

"En cette période de deuil, Nicola passe du temps à Belle-Ile en Mer, en Bretagne. Face à l'océan Atlantique, il découvre le ciel de fin de journée qui porte des couleurs qu'il n'avait jamais vues ailleurs. Une évasion enrichissante. Puis, lors d'un séjour au Portugal en compagnie de Gwen, les paysages l'inspirent fortement une nouvelle fois. Lui qui n'était pas spécialement proche de la nature se trouve pour la première fois transporté.

'Atomic Sky' est chantée très régulièrement en concert. Du côté des fans, la chanson reste comme l'ultime composition de Stéphane. Ainsi, lorsque les premières notes retentissent, une ambiance de communion s'installe en hommage à son compositeur. L'exemple le plus fort ? Au Stade de France, en 2010, lorsque le public reprend en choeur le refrain, Nicola en est bouleversé. C'est pour lui une manière d'honorer son frère à jamais."

Thomas Chaline


  • Indochine, l'intégrale - l'histoire de tous leurs disques (Jean-Eric Perrin, 2021)

Un nouveau livre de Perrin, mais pas officiel. Doit-on y voir une confrontation avec le livre de Rafaëlle Hirsch-Doran ?

░l░o░a░d░i░n░g░.░.░.░



Une fois pour toutes, si vous souhaitez écrire sur Indochine : développer sur le contenu des films ou livres dont Nicolas n'a pris que le titre ne sert à rien, si ce n'est augmenter artificiellement le nombre de pages. Posséder l'intégralité des kilos de livres sortis sur Indochine n'a pas d'autre finalité que de remplir une bibliothèque dédiée. La majorité est l’œuvre d'admirateurs de Nicolas, et sont destinés à la promotion de ce que les fans connaissent ou croient déjà. Mais la raison pour laquelle certains sont relayés par la communication d'Mk2 et pas d'autres, reste pour nous mystérieuse. Comme dit plus haut, il est vraiment difficile de croire que tous les non-officiels le sont vraiment.

Souvent absent des livres généralistes et hors-série sur la chanson ou le rock français, Nicolas semble avoir développé un réseau de promotion alternatif et durable, qui ne coûte pas cher et s'alimente tout seul : les livres de fans ont pour référence d'autres livres de fans. Ce fonctionnement autogéré est cependant bien précaire, puisqu'il tient sur le manque d'exigence caractéristique du fandom d'Mk2, et révèle son problème le plus ancré : il n'a pas d'autre référence que lui-même et donc aucun moyen - ni désir - de remise en perspective. Vous l'avez compris, ce constat est à l'origine de la création de ce blog qui apporte, espérons-le, un peu d'eau à ce vieux moulin.

"CE - C'est des détails, c'est des conneries, mais voilà moi j'aime bien faire ce genre de chose quoi : c'est à dire que, l'info elle est précise. C'est pas n'importe quoi. Alors quand les gens le lisent, je vais te prendre un exemple très précis, quand Jean-Eric Perrin il lit mon bouquin, au delà que c'est un copain et tout ça, il me dit 'putain j'ai appris plein de trucs'. Quand Jacky Jakubowicz le lit, il m'a dit 'putain mais je savais pas tout ça'... Les gens ne lisent pas réellement, si tu veux. Tu te rends compte que les gens ne lisent pas réellement les livres quoi. Voilà.
HM - Bah ouais... Mais je sais... Mais ça je m'en rends très très bien compte hein. Huhu.
"

Christian Eudeline interviewé par Helena Mora, 2019


Et nous partageons cette impression de livres jamais vraiment lus par leurs acheteurs. Nous avons aussi observé une grande méfiance des fans à l'égard des livres non-officiels. Cela nous questionne, et devrait questionner leurs lecteurs, sur la confiance qu'ils accordent à leur propre esprit critique, et sur une possible trop grande propension à tout gober de la part d'une autorité supérieure seule à parler. Pourtant les livres supervisés par Nicolas sont de loin les plus fantaisistes, alors cessons de croire que le label approuvé par le groupe est un argument.

Vu à la télé
ou Saveur de l'année n'en sont pas non plus.

Bonus :

- LES LIVRES JAMAIS SORTIS -

  • De Indochine à La Beauté de l'Idée (Dominique Nicolas, 2015)

L'histoire d'Indochine par Dominique, assisté du régulier Sébastien Bataille. Nous ne savons pas pourquoi il n'est jamais sorti, et vous pouvez imaginer notre regret.

Edit (octobre 2022) : Ah si en fait.

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  • Indochine par Gassian (2014)
Livre de photos de Claude Gassian édité par la Fnac et censé sortir en novembre 2014 accompagné d'un Birthday Album. Annulé sans plus d'explications.


Voir aussi sur le blog :

Révisionnisme et malentendus

1998 - "Seasons in the sun"

Retour sur un épisode pas si anecdotique que ça.


Pour ceux qui ne se sont pas demandé pourquoi Indochine apparaissait dans une émission "hommage à Brel" avec une chanson anglophone, il s'agit d'une adaptation du Moribond par le chanteur canadien Terry Jacks, datant de 1974, et qui constitue son plus grand succès.

Si vous êtes lecteur de ce blog et/ou si votre mémoire ne vous fait pas défaut, vous savez qu'à cette époque Nicolas bataillait pour faire accepter une image d'anglophile et s'éloigner de toute accointance avec la dite variété française. C'est ce qui explique aussi en partie ce look entre Oasis et Blur, au milieu de cette émission très française : J'vous ai apporté des chansons...

 
Nicolas ne connaissait les paroles, et potentiellement, la chanson, que depuis peu de temps. 
"Je leur permets alors de participer à leur première télé depuis un bail, pour une spéciale Jacques Brel pur mes débuts sur France 2 à la rentrée 1998. Typiquement, et pour bien marquer leurs distances avec la chanson française, même brechtienne (et kurtweillienne), le groupe ne se lance pas dans 'Amsterdam', même version David Bowie. Tout au contraire, il choisit 'Le Moribond' dans sa version pop américaine, à la mélodie sans grand rapport avec l'original, mais qui fut numéro 1 en 1974 : 'Seasons in the sun' par Terry Jacks, dont je déchiffre les paroles à l'oreille pour Nicolas."

Yves Bigot, Un autre monde, p.161, Don Quichotte, 2017

C'est donc Yves Bigot qui aurait gracieusement proposé cette émission à Nicolas malgré les relations glaciales entre les deux hommes, il est aussi possible que Virginie Borgeaud - manageuse d'Indochine et compagne de Bigot - ait joué un rôle de médiatrice. Nous arrivons alors dans cette situation typique d'un groupe invité dans une émission à thème, et qui doit trouver, dans l'urgence, quelque chose de cohérent à y faire.

C'est aussi, comme beaucoup le savent déjà, la dernière apparition de Stéphane Sirchis, et la deuxième d'un Boris Jardel déjà très à l'aise (sa première étant Les Années Tubes plus tôt dans l'année). Ce dernier n'était à l'époque qu'un guitariste de session de plus, et n'imaginait pas faire d'Indochine son activité principale. Ce que ne devait pas savoir le réalisateur de l'émission, qui privilégie énormément le petit nouveau au montage, au détriment de Stéphane. Il est bien sûr difficile de savoir si cela a été fait à dessein ou non.
"Je suis arrivé en février 1998, quand mon ami Maxime m'a informé qu'ils cherchaient un guitariste. J'ai vu Nico chez lui, il m'a donné les infos du groupe, on a regardé une vidéo, papoté. J'avais un souvenir de "3", et j'étais agréablement surpris par la couleur très rock que prenait le groupe. On a passé deux heures ensemble, puis il m'a convié à une audition quelques jours après, et sur les dix mecs présents, c'est moi qui étais (sic) retenu pour l'Indo Live tour, d'une vingtaine de dates. A la fin de cette tournée, Nicola m'a demandé si je voulais rester pour les enregistrements en studio. J'ai posé mes premières guitares en studio sur 'Dancetaria'. Je jouais avec L'Affaire Louis' Trio à ce moment-là. Auparavant, j'avais joué dans le système Sinclair, et accompagné Vanessa Paradis ou Axel Bauer. J'étais un sideman, quand il fallait un guitariste rock, ma réputation de fan de british rock me précédait. C'est ce qui me plaisait, et quand on cherchait ce style, c'était moi qu'on appelait"
 
Boris Jardel in Indochine, le livre, Jean-Eric Perrin, 2011
 
Live Tour, Le Bataclan (Paris), mai 1998

Boris oublie ici de mentionner "Seasons in the sun", qui est bien son premier enregistrement avec Indochine et dont il se souvint d'ailleurs plus tard. Mais dans le même livre, à propos du Live Tour :
"Puis Stéphane est tombé malade, il était hospitalisé, mais on avait des concerts prévus. Je faisais de mon côté une thérapie, parce que c'était violent de voir son frère jumeau se dégrader. Mon thérapeute m'a conseillé de faire ces concerts, de penser à moi. Je suis allé prévenir Stéphane, il m'a dit 'ok, fais ces concerts, puisqu'il faut les faire'. On a fait ces trois ou quatre concerts sans lui, je prévenais le public qu'il était malade, et je prenais sa place à la guitare. On avait fait un Bataclan. Ça se passait toujours bien."

Nicolas Sirchis in Indochine, le livre, Jean-Eric Perrin, 2011


Il est très aisé de narrer une page discrète et lointaine de l'histoire à des fans récents, mais le Live Tour compta quinze dates. L'un exagère ses souvenirs, quand l'autre minimise à fond son choix d'assurer une tournée sans son frère, "malade comme un chien". Quant au fait de prendre sa place à la guitare, laissez-nous rire fort.

Voir : Nicolas et la guitare


Nous nous demandons encore comment il se fait que Stéphane bien qu'exclu du Live Tour, soit tout de même apparu pour Les Années Tubes, La Fureur à Bercy (juin 1998) et donc J'vous ai apporté des chansons en octobre. Sa guitare y est, comme toujours à cette époque, quasi-inaudible, tout comme sur le mix de la version studio offerte plus tard sur indo.fr à l'occasion des 200 000 connexions. Le site n'oublia d'ailleurs pas de préciser qu'il s'agissait du dernier morceau enregistré avec Stéphane (voir annexes).

Nicolas à Bercy pour La Fureur en juin 1998

C'est étonnant pour un Dancetaria où il est bien présent, promotionné jusqu'à aujourd'hui comme l'album où l’on peut entendre les derniers riffs de guitares de Stéphane Sirkis. Mais la réponse semble être la présence physique de Stéphane en studio pour "Seasons", alors que l'album de 1999, dont l'enregistrement à proprement parler a débuté après la mort du guitariste, comprend des extraits de démos enregistrées en pré-production.

C'est en tout cas le premier morceau studio où Nicolas chante en anglais, et malgré les apports du montage, il a fait bien pire que ça dans le futur. Mais l'Angleterre et sa musique semblait vraiment être aussi exotique que sa langue, pour ce Nicolas épuisé par les années 90. Il n'avait notamment pas compris que l'anglophilie ne consistait pas nécessairement à nier tout ce qui était français ou francophone.
"Brian Molko : Si tu as habité la Belgique, tu dois connaître Brel.
Nicolas Sirchis : J'étais à l'école avec sa fille. Mais je dois dire que je ne suis pas un grand fan de Brel.
- Vraiment !?! Absolument tout ce qu'a fait Brel me touche. Totalement.
"

Interview croisée, Rocksound, 2000

Le Nicolas de cette époque, obsédé par Placebo, creusait le fossé entre lui et des personnalités plus érudites comme Brian Molko ou Morrissey, extrêmement francophiles. Le chanteur de Placebo se fit d'ailleurs remarquer en 2010 avec une reprise spectaculaire du chanteur belge, "Ne me quitte pas".

Puis subitement, en 2021, à la télévision belge :
"Léo Ferré, Georges Brassens, j'ai jamais été là-dedans, ça me parlait pas. Jacques Brel, j'ai écouté son album là, Les Marquises, j'étais ouaaah... Ça c'était fou. Ça m'a floué. Parce que là, il écrivait comme un paysage, il écrivait comme Duras, c'est à dire qu'on voyait les images."

Nicolas Sirchis, Une belge histoire, RTBF, décembre 2021

On voyait les images. Franchement, est-ce là une analyse de quelqu'un qui lit beaucoup ? Non, Nicolas improvise avec des éléments tout faits, afin de fournir dans l'urgence une réponse à la question qui lui est posée. En espérant que ça enchaîne en face.

Voir : Marguerite Duras et la bande dessinée


Nous avons choisi de ne pas dater la naissance d'Mk2 à Wax, puisque selon notre analyse, la gestation du projet que nous connaissons aujourd'hui a pris plusieurs années, et Indochine Mk2 apparaît vraiment avec la troisième tentative de premier album : Paradize. (Voir les articles correspondants) Cette période d'incertitude, d'inconsistance et d'incompréhension sera à partir de 2001 appelée trilogie. Mais en 1998, un an avant Dancetaria, où Nicolas allait expliquer qu'Indochine avait toujours été dark, nous n'avions affaire à rien de plus qu'un titre fantôme joué par un groupe fantôme.
"Personne en France ne veut plus d'eux pour autant. Max Guazzini, tout-puissant patron de NRJ, nous l'affirme clairement un soir chez Lionel Rotcage : 'un cas difficile.' Un euphémisme."

Yves Bigot, Un autre monde, p.162, Don Quichotte, 2017

 

Stéphane et Nicolas, décembre 1998

Voir aussi sur le blog :

Annexes :
indo.fr, 1999










Holy Grail #4

Stédie 90-2000 a récemment mis en ligne deux perles, "Punishment Park" et "Dizzidence Politik", le 16 mars 1991 dans l'émission des Nuls.

Il ne s'agit que de la toute première interprétation live de "Punishment Park", et nous voulons croire que cela intéressera les fans, même les plus récents.

"Dizzidence Politik" donne un aperçu de la folie des versions live des années 80, ici avec Diego Burgard à la basse et Nicolas au synthétiseur fou. Nous espérons que cela rende à ce morceau très avancé le respect qu'il mérite, et à Indochine Mk1 son statut d'excellent groupe à guitares, plutôt que l'image kitsch et pouet pouet qu'il continue encore de se traîner même chez les indophiles.

Pour un groupe qui n'avait pas joué live depuis la tournée de 7000 danses, abordant ici les difficiles années 90, le résultat est remarquable.


Voir aussi sur le blog :

Holy Grail #1, #2, #3 

1981 - Dizzidence Politik

La menace du rock alternatif

Révisionnisme et malentendus

Un sixième livre officiel

Ce post précède la sortie du livre. Pour l'article dédié, voir : Indochine par Nicola Sirkis & Rafaëlle Hirsch-Doran


Après Indochine (1986), Le Septennat (1988), Insolence Rock (2004), Indochine, le livre (2011) et Kissing my songs (2011). Nous ne connaissons pas d'autre groupe ou artiste qui en ait proposé autant.

(Nous ne prenons pas en compte ici Les petites notes du Meteor Tour)

Symptôme d'une entreprise musicale protéiforme dont la perception est dictée par Nicolas, et qu'il faut sans cesse réactualiser. Et peut-être aussi d'une époque dans laquelle le passé peut être remodelé au besoin, où l'on peut se permettre d'oublier les faits, au profit d'une histoire plus arrangeante.

Voir : Révisionnisme et malentendus


Si une seule chose nous étonne, c'est qu'il reste des gens surpris par ce choix d'une photo du chanteur seul, et à qui il tient à cœur de rappeler cette croyance ancienne : le lunaire "c'est un groupe"... Malheureusement, ceux qui trouvent ce choix tout à fait normal et légitime, ou ne se posent même pas la question, semblent très majoritaires.


L'autrice a débuté une promotion, assez discrète :

 
Un choc très parlant entre générations parlant de plusieurs groupes nommés "Indochine". Entre nostalgie, vagues souvenirs de vieux tubes, et coups de foudre pré-adolescents. Avec Émilie Mazoyer (amie personnelle et VRP officieuse de Nicolas depuis des années) et Laurent Lavige, "spécialiste de musique", qui récite le dossier de presse, agrémenté de plusieurs lieux communs.

En pleine commémoration de mai 1981, et donc en plein retour de hype pour le président socialiste, l'auteur des "Tzars" y est présenté comme un "soutien de la première heure de Monsieur François Mitterrand".

Rembobinons :
"Quand on sort, on voit plein de gens dans la rue. On comprend alors que Mitterrand est passé. Mais je ne m’intéressais pas vraiment à la politique, je ne crois même pas être allé voter. Je n’ai pas vécu la fin du giscardisme comme une période horrible, on était quand même libres de faire de la musique. Ce soir-là, je me suis dit : 'Mince ! J’espère que ça ne va pas être le bordel, maintenant', alors qu’on avait beaucoup d’espoir en notre groupe… - Tu ne croyais pas en Mitterrand ? - Je m’en foutais. Dans ma famille, on voyait les chars soviétiques arriver place de la Concorde [Il rit.]"

Nicolas Sirchis, Paris Match, 2020
"Nos Célébrations", 2020

Et tout l'échange est à l'image de cette ânerie du chroniqueur de France Inter. Un comble pour une émission qui s'appelle "Le vrai du faux", où personne ne se montre capable de la vérification la plus élémentaire. Un apéro entre amis, où un quelconque souci d'exactitude ne ferait que casser l'ambiance.

Quant à Rafaëlle Hirsch-Doran, bien que sans aucun doute sincère, elle est justement intéressante pour Nicolas car elle a le point de vue de sa génération, un esprit critique encore insuffisant, et la candeur nécessaire pour le considérer comme source la plus fiable. Comme chaque nouvelle génération de fans ! Nicolas travaille continuellement à minimiser et discréditer la réalité de l'histoire d'Indochine Mk1, au profit d'hagiographies dont le regard frais éloigne tout recul nécessaire pour étudier cette histoire de façon pertinente.

Le livre n'est pas encore sorti, et nous serions curieux de savoir si Rafaëlle Hirsch-Doran a demandé à Nicolas pourquoi il avait besoin d'un sixième livre officiel. A t-elle lu les précédents, dont Indochine (1986) et Le Septennat (1988) ? Insolence Rock était déjà un livre fait dans un esprit "fan" avec Sébastien Michaud, et sorti en pleine mode du rock dans une maison d'édition spécialisée dans les récits subjectifs. Que donnera la comparaison entre tous ces livres ?

Voir : 2002 - Paradize


L'autrice t-elle repéré de très éventuelles contradictions ou périodes sombres ? Ce n'est qu'une spéculation à ce stade, mais permettez-nous d'en douter à la seule lumière de ses récentes interviews. Nous avons pu remarquer que ses interventions, orales ou écrites, ne mentionnent jamais les gens gênants pour le chanteur d'Indochine. Même son choix de photo sur Instagram à l'occasion de la date anniversaire du groupe est parlant : les deux gentils devant.



Celles et ceux qui ont lu Starmustang doivent se languir de l'avis de la mère de Nicolas sur cette histoire, plausiblement devenu urgent suite aux interventions de son père ces dernières années.


Pour en revenir à l'émission de Canal+, l'échange proposé montre une nouvelle fois que la place qu'occupe aujourd'hui Nicolas n'est possible que grâce à l'ignorance de ses défenseurs. Nous verrons en temps donné si ce sixième livre officiel apporte des éléments intéressants, mais a priori nous devrions être immunisés contre ce principe de mutabilité du passé bien installé.


(Oui, le présent article recycle une partie du commentaire que nous avons posté sous la vidéo)


La menace du rock alternatif

Nous nous concentrons ici sur le phénomène français, et non sur l'acceptation plus large et internationale du terme "alternatif" englobant le grunge, l'indie, etc.

Sur le Birthday Tour, 1992

À la fin des années 80, considérées par une grande partie du public et de la critique comme artificielles et synthétiques, Indochine n'avait pas encore tout à fait terminé de régler son problème d'affiliation à une certaine variété, alors qu'ils avaient toujours été artistiquement autonomes.

Si - comme nous en avons longuement parlé - il cultive depuis longtemps cet amour pour l'affiliation à des groupes anglo-saxons, Nicolas s'est toujours parallèlement attaché à souligner la singularité d'Indochine par rapport à ses contemporains français, même lorsque lui-même n'avait quasiment que des références françaises.
"On sortait de tous ces groupes comme Téléphone ou Trust, qui faisaient du social, qui parlaient du métro, qui parlaient des salaires... Et nous on voulait tout, on voulait faire tout sauf ça quoi. On voulait parler de choses ridicules, d'une fille qui a un traîneau en Laponie, d'une petite chinoise qui lave des draps, enfin c'était ça qui m'intéressait à l'époque."

Nicolas Sirchis, Un flirt sans fin, 2006

Une petite pique sur Téléphone, et un positionnement non seulement original mais cohérent avec la réalité de la proposition de l'époque. Le Péril Jaune pourtant tant décrié, réussit superbement cette synthèse entre rock banlieusard et sonorités asiatiques. Une sorte de photographie du 13e arrondissement et du sud de la banlieue rouge, dans une bonne odeur de nems chauds.

Le Péril Jaune, 1983

Un exemple souvent utilisé pour dire un peu tout et son contraire, fut "Dizzidence Politik" :
"Pourquoi les paroles ne sont-elles pas facilement abordables, de prime abord ?
- Nicolas : C'est la griffe Indochine. Quand nous avons débuté, il y avait Trust et Téléphone qui délivraient un message social très clair. Nous avons toujours voulu faire plus politique et plus symbolique. "Dizzidence Politik" était très politique mais ce qui nous branchait surtout, c'était de faire danser les gens sur un texte d'ambiguïté, à la fois drôle et fort, plutôt que sur des revendications sociales militantistes."

Nicolas Sirchis, Rock Style, février 1994
Et puis :
"Pour moi, c'était une sorte de morceau à la Clash, un truc un peu revendicatif à la London Calling." 
Nicolas Sirchis in Kissing my songs, Agnès Michaux, Flammarion, 2011

Voir : 1981 - Dizzidence Politik


Comme souvent évoqué, le rock en France ne put qu'assez rarement se prévaloir d'une lecture littéraire, dans un pays de livres et de films, et l'insouciance du début des années 80 fut rapidement balayée par une sorte de retour aux sources punks incarnée par le rock dit alternatif. Le milieu de la décennie vit apparaître parallèlement plusieurs phénomènes qui allaient bientôt être réunis sous cette bannière : entendre par là, une alternative au Top 50, aux majors, à une certaine variété à guitare et même au dit grand public... Un rock plutôt arty et velvetien avec Noir Désir et Kat Onoma, et un versant keupon issu des squats franciliens, et représenté par les intransigeants Bérurier Noir, Garçons Bouchers, ou encore la Mano Negra dans un esprit plus métissé.
"Nous ce qui nous intéresse c'est le rock alternatif, c'est le rock qui vient de la rue, c'est le rock qui vient des squats, c'est le rock qui bouge quoi. [...] J'ai jamais vu les gens de CBS ou de Virgin dans les squats, et puis le rock qui vient de cette mouvance là, il nous semble sincère, et puis il a la pêche quoi, et c'est ce qu'on défend nous. - On veut absolument pas être un produit, ça c'est hyper important."

Bérurier Noir, Ciel mon mardi, septembre 1989

Des groupes dont l'émergence fut surtout permise par un contexte économique et culturel, plutôt que par de simples préférences musicales. La mode étant toujours faite de vagues, la fin des années 80 - décennie du fric et de l'apparence - fut celle d'un inévitable retour à une certaine pureté dans le rock.
"Au tournant des 90's, vous retrouvez une situation bouleversée par la montée de nouveaux groupes à succès. Est-ce motivant pour vous ?
Nicolas : C'est très motivant. Lorsque nous avons reçu ce télex de l'AFP en 86 qui annonçait que Best avait sacré Indochine n°1, on a commencé à avoir un sacré lézard car ça ne nous intéressait pas du tout d'être les premiers. Puis il y a eu toute cette période où l'on nous a fait comprendre qu'avec les Mitsouko, Daho ou Niagara nous étions d'affreux commerciaux corrompus par le showbiz. Il n'y avait que les purs, les durs, les indépendants qui restaient clean. Résultat des courses, je crois que nous n'avons aucune leçon à recevoir de personne."

Nicolas Sirchis, 1990

"Comment vous, vous vous classez dans, par exemple dans la scène alternative, qu'est-ce que vous en pensez de tout ce qui se passe aujourd'hui ?
- Bah écoute, nous on s'est arrêté en 88, pour justement plus entendre parler de ce genre de problème parce que... Nous on avait vraiment l'impression de... On avait quitté tous l'école pour échapper à tout ce genre de classement, de critique, de 'peut mieux faire' etc... Et en fait on se retrouvait avec ce même genre de problème. C'est à dire, être catapulté groupe numéro 1, comme si t'étais premier de ta classe, et puis après y'en a d'autres qui arrivent qui te dépassent et tout, nous ça nous a toujours gonflé ça. Donc euh, par rapport à ça. Après le mouvement alternatif je trouve que c'est une des meilleures choses qui a pu se passer en France, sauf que à mon avis ils se sont pas mal trompés d'adversaire puisque... Bon déjà ils ont tous signé chez des majors, et en fait soit tu recrées un système dans un système, ce qu'ils ont fait, soit tu te sers du système en l'améliorant et en essayant de... D'être libre. Et nous c'est ce qu'on a toujours fait depuis le début, c'est à dire que dans notre maison de disques on a fait de A jusqu'à Z de la musique et tout ça. Donc on se sentait pas trop de ce côté là. Ceci dit c'est vrai que ça a permis de donner la parole à des groupes, dont les maisons de disques ne voulaient pas. Alors que nous on a eu la chance par rapport à eux, de faire un premier concert et que des maisons de disques étaient intéressées tout de suite. Donc de toute façon c'est une alternative intéressante."

Nicolas Sirchis, Blah blah, 1990

"Pendant ce temps-là, on assistait à la montée des alternatifs, Noir Désir, La Mano... Les places devenaient chères."

Nicolas Sirchis à propos de la fin des années 80 in Kissing my songs,
Agnès Michaux, Flammarion, 2011

Noir Désir - en première partie d'Indochine en 1988 - fut notamment superbement accueilli par le public, et Bertrand Cantat vite érigé en auteur rock, dans la lignée des Jacques Higelin et autres Hubert-Félix Thiéfaine. Ce contexte participa largement à réaffûter les contours du rock français, et les aussi populaires qu'audacieux Indochine durent immanquablement se placer sur cet échiquier rétréci et piégeux.



En 1988, Rock & Folk crut bon de chercher à régler la question "Indochine, sont-ils rock ?" en testant la "culture rock" des quatre garçons. Que ce soit l'occasion de le répéter : qu'un groupe ou artiste soit rock ou non n'a jamais été un gage de qualité, et n'a jamais induit une sincérité supérieure aux autres tendances musicales quelles qu'elles soient.
 
Il fut notamment demandé à Nicolas de donner son point de vue sur la chanson française :
"De pire en pire dans les charts, de mieux en mieux à côté. Tout le mouvement alternatif est intéressant, et Elli Medeiros, Pijon, les Ablettes, les Innocents, Noir Désir... Plus variété, mettons Souchon, Jonasz et Bécaud, toujours."
 
Nicolas Sirchis, Rock & Folk, mars 1988
 
Les musiciens du groupe ne semblaient faire qu'assez peu de cas des débats à propos du rock, qui occupaient plutôt le public et les médias, mais quelque chose coinçait.
"Le concept de rock français sonne faux, il est beaucoup plus important de parler de rock en France. On se fout pas mal de savoir si nous sommes rock ou pas. [...] Le rock est une appellation rythmique. Nous n'aimons pas les étiquettes."

Indochine in Le Septennat, Marc Thirion, Carrère/Kian, 1988

Il est possible que l'arrivée du rock alternatif et la consécration d'un "vrai" rock français avec Noir Désir ait affaibli cette posture poptimiste qui correspondait bien à Indochine : le groupe constituait une synthèse pop très maligne de très nombreuses influences allant de la chanson française traditionnelle au punk le plus tranchant. Stéphane et Dominique étaient notamment de grands auditeurs des Clash et des Sex Pistols, mais la largeur de leurs influences et l'absence de complexe lié à la France empêcha heureusement Indochine Mk1 de ne proposer qu'un simple décalque britannique en VF.

Les Tzars, "une chanson sur l'abus de pouvoir, avec un titre comme un slogan" (Kissing my songs) :
"Je voulais remettre au goût du jour les symboles de mes quinze ans. Avec, en tête, le désir qu'Indochine soit le précurseur d'une sorte de revival gauchiste. Ce n'était pas une mauvaise idée. En tout cas, j'avais eu l’intuition que c'était le moment. D'ailleurs, ce qui s'est passé dans la musique m'a donné raison : les alternatifs sont rentrés dans la brèche..."

Nicolas Sirchis in Kissing my songs, Agnès Michaux, Flammarion, 2011
 

Certes. "Les Tzars" est pour nous un morceau renversant avec un texte très habile. Nicolas ne s'est jamais caché de préférer les slogans, visuels et la sonorité des mots au contenu politique réel ou l'agit prop des musiciens alternatifs ici évoqués. Il ne semble pas pour autant pertinent de considérer l'Indochine d'alors comme un précurseur de cette vague alternos qui allait mener à un autre sketch des Inconnus : Negra Bouch' Beat. Les groupes visés par cette autre fulgurance du trio humoriste étaient perçus médiatiquement à l'époque comme issus d'une toute autre lignée.


Malgré tout, le temps passant et la mode évoluant, il semble que le tir ait dû être quelque peu rectifié. Nicolas citait le mouvement alternatif et quelques contemporains d'Indochine dont Noir Désir, mais il est surtout intéressant de constater que ses références très franco-françaises étaient toujours importantes pour lui en 1988. Là où les Cantat et Burger confiaient une américanophilie certaine, qui s'entendait dans leur musique.

Cela peut étonner les fans d'Indochine Mk2, mais 7000 Danses, en son temps, fut perçu comme un album "beaucoup plus rock" que les précédents. Le Septennat montre que, malgré quelques postures désinvoltes sur la question, la question du "qui est rock et qui ne l'est pas" collait aux basques du groupe, au point que Marc Thirion consacra un chapitre entier ("Indorock") dans ce deuxième livre officiel.
"Nous avons un côté agressif mais le rock n'est pas que cela, il est plus élaboré, le but étant, de toute façon, sans doute le même : distraire. Le rock pour lycéens laisse place au teenage-rock ; évolution des mentalités, la révolte est bien plus subtile ! Les messages sont moins bruts, moins crus. [...] Être rock c'est avant tout ne pas faire de concessions. Il ne suffit pas pour cela d'avoir un perfecto et une seringue. C'est croire en ton groupe et en fait un combat perpétuel, être en état d'alerte permanent, ne jamais se dire que c'est arrivé et ne pas se reposer sur ses lauriers."

Le Septennat

Soit. Mais il était plus simple encore de ne pas chercher à se justifier - ce que n'a toujours pas compris le chanteur d'Indochine. Il nous semble en revanche assez pertinent de mettre en parallèle l'arrêt des références "variété" et "chanson française" chez Nicolas avec la montée de ce mouvement alternatif et d'un nouveau rock français, qui allait coïncider avec la parodie "Isabelle a les yeux bleus". Cela semble avoir provoqué une grosse remise en question voire un gigantesque complexe chez Nicolas, qui allait dès lors préférer des références uniquement anglo-saxonnes, forgeant petit à petit la posture "anglophile" que nous lui connaissons aujourd'hui.


Les premières velléités littéraires s'étaient manifestées chez Nicolas avec "Trois Nuits par Semaine" et l'album 7000 Danses, mais c'est surtout au moment du Baiser que ces influences transparaissent le plus dans son écriture. Il confiait à l'époque s'être enfermé avec une trentaine de bouquins, après une rupture. Mais malgré la grande exigence que Nicolas montra avec lui-même, l'album de 1990 ne sembla pas tout à fait coller aux exigences d'un dit rock littéraire. Le chanteur d'Indochine se montra extrêmement contrarié par Les Inconnus, lui qui avait trimé pour être au niveau.
"Moi, à un moment, j'ai vraiment eu très très peur, parce que je me suis dit 'putain, moi je me fais chier pour vraiment écrire des textes, à chaque album, et ça je ne sais pas si un jour on va vraiment s'en rendre compte.' J'emploie jamais le même mot, le même vocabulaire, d'un album à l'autre. Tu écris dix chansons pour un disque ? Je faisais hyper attention, ça me prenait la tête, de ne pas employer le même thème, choisir le même mot. Chaque chanson, c'est carrément un film, comme si je faisais dix scénarios. Et les mecs, pour une partie de la France, Indochine c'était 'Isabelle a les yeux bleus'..."

Nicolas Sirchis, Rock & Folk, décembre 1991

Indochine, 1990
Voir : 1990 - Isabelle a les yeux bleus, 1990 - Le Baiser


L'arrivée du rock alternatif, et l'apparente admiration de Nicolas pour Rodolphe Burger, réactiva aussi la question éludée par "Les Tzars" : fallait-il parler frontalement de politique ou simplement y faire allusion de loin ? Cela recoupe cette question récurrente dans la littérature et sa transposition dans le rock : les textes doivent-ils avoir un sens concret, ou se montrer plus symboliques avec les sonorités et couleurs, provoquant chez l'auditeur des émotions indicibles plutôt qu'une simple adhésion à un énoncé ?
"Y'avait cette musique que [Stéphane] avait faite et qu'après j'ai écrite, qui s'appelait 'Managua'... Sur le Nicaragua. Et puis lui après il analyse, 'ouais c'est bien, c'est par rapport à la révolution nicaraguayenne', pff... Moi je m'en fous un peu, mais dans l'inconscient, peut-être que ça lui fait plaisir."

Nicolas Sirchis à propos de "Alertez Managua", Comme deux frères, 1996
 
Cela rejoint la problématique de "Dizzidence Politik" auparavant évoquée : Nicolas a très souvent confondu le fait d'aborder un sujet, et celui d'en utiliser le seul champ lexical. Mais employer des mots d'un certain champ lexical ne signifie pas que l'on écrit sur le sujet en question ! Quoi qu'il en soit, Indochine est connu pour l'aspect percutant de ses textes et son goût pour une certaine imagerie propagandiste, que l'on retrouvera jusque dans le clip de "Nos Célébrations" en 2020. 
 
Même "Troisième Sexe", aujourd'hui considéré comme un titre engagé et précurseur, perd toute fonction idéologique lorsque l'on réécoute le Nicolas de l'époque, centré sur les vêtements, les cheveux, et rejetant en bloc toute lecture politique et même sexuelle : Indochine, c'est la jeunesse, l'esprit d'aventure et rien d'autre, soyons nous-même et foutons-nous du reste...! Mais passé 7000 danses, la crédibilité rock sembla de nouveau aller de pair avec un certain background et la pertinence d'un propos. Une difficulté majeure pour notre héros...
 


Au tout début des années 90, cette nouvelle tendance fut source d'emprunts ! L'apparition du très récurrent "Sayyy !" sembla suivre de très près l'apparition de cet interjection dans "Mala Vida" de la Mano Negra - reconnue d'ailleurs par Nicolas dans un blind test chez Ardisson.


Nicolas semblait essayer de réduire le fossé entre les alternatifs et lui...
"Quand j'ai entendu le premier LP des Bérus, je me suis dit 'on n'a plus rien à dire'. Quand tu lis 'Hors-la-loi' et 'L'Empereur Tomato Ketchup', on retrouve les mêmes références, même si c'était de manière plus imagée chez nous."

Nicolas Sirchis, 1990

Quelles mêmes références ? Le fait que ce soit un film japonais ? En tout cas, "L'Empereur Tomato Ketchup" est sur le troisième album de Bérurier Noir, Abracadaboum, et non le premier.


C'est aussi à cette époque qu'apparut ce qui allait être considéré comme une sorte de logo tacite du groupe : l'étoile rouge, un fort signifiant gauchiste.

Le Birthday Album, 1991
Il est aussi possible de lire la volonté de Nicolas d'être guitariste et chanteur après avoir vu Noir Désir et Kat Onoma, les deux têtes d'affiche du "rock littéraire". Esthétiquement, sa guitare était la même que celles que Burger et Cantat arboraient, d'un certain esthétisme blues-rock, orienté vers cette légitimité historique, artistique et même genrée qui faisait partie du rockisme. Celui-là même contre lequel se positionnait Stéphane.


Nous l'avons dit dans l'article dédié à ce sujet : il est regrettable que Nicolas ait renié la bande dessinée au profit d'une posture de lettré, puisqu'il jeta avec l'eau du bain son lien le plus fort avec une culture alternative, celle-là même qu'il allait revendiquer de nouveau à partir de Dancetaria (et qui allait sévèrement lui manquer). Il choisit plutôt de capitaliser sur une image d'esthète à l'anglaise, à l'instar d'un David Bowie ou d'un Robert Smith. Et la bande dessinée serait exclue de ce champ culturel perçu comme plus légitime, fait d'auteurs rock et d'art total. En d'autres termes, exclure la contre-culture pour embrasser un mode de vie petit bourgeois et institutionnel. Et aujourd'hui, cette activité n'étant absolument pas naturelle chez lui, il est toujours aux fraises lorsqu'on lui demande de parler de ses lectures.

"Punishment Park, aux grands espaces mélancoliques venteux et à la nostalgie consumée. L'apport de l'harmonica a sans doute été inspiré par l'utilisation de cet instrument au sein de Noir Désir, dont la chanson 'Aux sombres héros de l’amer' a cartonné un an plus tôt."

Sébastien Bataille, Indochine de A à Z, 2003

Sébastien Bataille rapproche ici les deux chansons et leurs clips, et nous aurions bien du mal à le contredire. Il est même possible, de notre propre lecture, que Nicolas ait tablé sur une certaine ressemblance avec Bertrand Cantat, ainsi que la présence d'un harmonica à ses lèvres sur la pochette bucolique du single "Punishment Park" pour créer une parenté voire confusion : la chanson de marins avec l'harmonica...

Punishment Park, 1990
"La musique tient le coup, même si le mouvement alternatif s'est planté. J'aime bien Noir Désir, Kat Onoma, Louise Féron. Moi, dès qu'un mec est triste, genre il fait beau allons au cimetière, j'adore, c'est ma tasse de thé à moi. Le mec de Noir Désir, c'est comme ça, il parle d'une rivière, et dans la rivière il y a toujours du sang qui coule. Maintenant il ne faut pas non plus se prendre pour Rimbaud, on fait du rock, tout ça reste très scolaire, qu'ils lisent Mallarmé et ils comprendront."

Nicolas Sirchis, Rock & Folk, décembre 1991

Nicolas évoque ici "Charlie", qui ne parle pas d'une "rivière" à proprement parler :
Allez Charlie
Tiens-toi droit
C'que c'est beau
Quand elle coule
La rivière de sang chaud
 

Noir Désir, "Charlie", Du Ciment sous les Plaines, 1991

Comme souvent avec Nicolas, un texte mal compris et un blocage sur un mot isolé. 

D'ailleurs, avait-il compris Mallarmé...? Une discussion qu'il aurait sûrement pu avoir avec Bertrand Cantat, grand lecteur du poète français. Quoi qu'il en soit, cette poussée d'exigence envers les chanteurs paroliers posait problème à Nicolas, plutôt partisan d'une écriture simple et directe : apparemment le rock devrait être ça.
 
À cette époque, il montrait toutefois des oreilles plus éveillées qu'aujourd'hui, et semblait intéressé par les qualités de Rodolphe Burger :
"Bah eux ils ont des références aussi très intéressantes, parce que c'est à la fois des références, entre guillemets du Velvet et caetera (ndr : ?), musicalement c'est quelque chose de costaud...  Et puis euh... Et je trouve que dans les textes effectivement, j'avais lu une interview de ce chanteur, qui était prof de philo je crois ? Qui disait que le problème du rock français, ces dernières années et c'est vrai, c'était un peu l'infantilisme, c'est à dire le nez euh... le nez de clown et caetera, et toute la dérision, tandis que là, bon, y'a une poésie qui se dégage, un peu symboliste, que j'aime bien."

Nicolas Sirchis à propos de Kat Onoma, Pour un clip avec toi, 1990

Il parle ici bien des Bérus, avec le nez de clown. Plusieurs voix s'étaient soulevées contre cette proposition pensée par ses protagonistes comme un retour à l'authenticité et la sincérité, et privilégié un côté satirique et boulevardier qui ne convenait pas à toutes les mentalités.
"Vous voyez vous n'y connaissez rien en musique, vous êtes d'une nullité incroyable, et vous croyez qu'avec votre mouvement subversif rock vous allez... [...] Je ne pense pas qu'avec leur révolution rock ils donneront à manger aux Polonais ou donneront la liberté aux étudiants chinois..."

Gérard Zwang, Ciel mon mardi, 1990

"Je sais pas si j'ai entendu les Musclés, la Bande à Basile ou Soldat Louis, excusez-moi..."

Gérard Louvin, Ciel mon mardi, 1990

Le génial et très autodidacte François Hadji Lazaro doit avoir apprécié. Quant aux musiciens très avancés de Noir Désir, ils se situaient sur la crête, entre le versant arty et le versant contestataire du rock alternatif - et cela peut participer à expliquer leur succès, bien supérieur aux autres groupes de cette tendance. Mais après avoir d'abord apprécié le groupe bordelais - en première partie d'Indochine sur le Tour 88, Nicolas s'en éloigna jusqu'à les rejeter.


En 1993, un an après "Tostaky (le continent)",  nous eûmes droit avec "Bienvenue chez les nus" à un décalque un peu grossier de ce que Nicolas avait observé chez les alternos : un refrain en espagnol. Censé être un hommage au Pérou, cinq ans après le Coliseo Amauta de Lima, souvenir intensément pénible pour lui.


Chose bien connue, Stéphane Sirchis, que ce soient ses choix vestimentaires ou ses activités politiques en dehors d'Indochine, servit à Nicolas de caution rock voire destroy, trash ou autres mots exotiques qu'il affectionne.
"Y'a eu des slogans très euh... très gauchistes, et peut-être que Nicolas s'en est inspiré un petit peu quoi, il m'a suivi, mais c'est... C'était plus des clins d’œil qu'autre chose quoi, on s'est jamais servi d'Indochine pour se donner un côté militant, le côté militant on l'a vécu... Enfin moi je l'ai vécu, en dehors d'Indochine."

Stéphane Sirchis, Comme deux frères, 1996

Stéphane Sirchis, 1994

Comme dit par ailleurs, Nicolas s'était noyé dans cette époque trop complexe. Ses ennemis passèrent de la variété française au rock français, en passant par les boys band et même le rap. Mais ses concurrents directs semblèrent rester en premier lieu les bordelais de Noir Désir.
"On s'est dit qu'on allait demander l'asile politique en Belgique parce que la France, c'était pourri, noyée sous le rap. Les groupes de rock étaient balayés. C'était Noir Désir et personne d'autre."

Nicolas Sirchis à propos de Wax in Kissing my songs, Agnès Michaux, Flammarion, 2011

Voir : 1996 - Wax

Hors-Série Rocksound n°9, juillet 1999 (avec Manu Chao en couverture)

Nous ne pouvons pas ne pas parler de l'interview croisée entre François Guillemot (alias Fanfan) de Bérurier Noir et Nicolas Sirchis en 1999 dans Rocksound, dans laquelle Nicolas essaye encore de réduire l'écart, notamment en passant par son analyse toute personnelle du public. Comme il le faisait alors avec Placebo :
"N : Je sais qu'il y a beaucoup de fans d'Indo qui étaient allés voir les Bérus..."

Et en tablant sur des origines banlieusardes et le militantisme de Stéphane.
"N : Mon frère était à la Ligue Communiste...
F : Ben nous au contraire on était contre toute forme d'embrigadement.
"

Raté.

Nicolas et Stéphane, 1997
"Le groupe qui a un peu synthétisé les deux courants que vous représentez, c'est Noir Désir, non ?
N : Moi, je ne suis pas d'accord.
- F : Moi, je trouve ça assez pertinent.
- N : Pour moi, Noir Désir c'est tout sauf sexuel ! À part la gueule du chanteur, enfin je veux dire, il est mignon.
"

Donc, le rock alternatif n'était pas assez sexuel. Dont acte.

Voir : Placebo

 Détail amusant, Fanfan est aujourd'hui ingénieur de recherche au CNRS, et spécialiste de l'histoire de la péninsule indochinoise.


À la fin de ces pénibles années 90, Nicolas lut dans l'arrivée de Placebo le retour d'un certain rock sexuel et pervers, qui lui avait manqué pendant quasiment toute la décennie, et duquel Indochine serait le seul représentant dans la francophonie. C'est vrai, Nicolas se maquille... Une certaine manière de se réintégrer dans la mode, et rejeter plus ouvertement ces groupes alternatifs trop balourds à son goût. Ci-dessous, c'est bien contre cette tendance qu'il se dresse, sans éviter quelques contradictions :
"Pour moi, la pop, c'est quelque chose qui fait danser les gens, il faut qu'il y ait de l'énergie, du sexe. Noir Désir c'est tout sauf ça, car Noir Désir, c'est très sérieux. Bertrand Cantat ne se maquille pas. Et c'est vrai qu'on nous a représenté comme ça. Sur scène, maintenant, j'apparais en robe noire et ça produit un effet très fort sur les gens. Moi, j'aime ce côté pervers, ambigu que l'on peut, par exemple, retrouver chez Placebo."

Nicolas Sirchis interviewé par Yves Bongarçon, Rocksound, 2000

 

"Il y en a deux dont je vais m'occuper, ce sont Daisybox et Madinkà qui sonnent très pop orientée wave-gothique (sic). Ils font partie de cette relève qui a assimilé sans complexe les années 80-90. Ils aiment aussi bien A-ha que Joy Division et font du rock moderne comme Placebo. Mais surtout, qu'on arrête de matraquer Noir Désir !"

Nicolas Sirchis à propos de ses premières parties, Tribu Move, avril 2000

"Le nouveau label d'indo s'appelle Double T. Indochine rejoint tous les groupes qui ont décidé de travailler avec des indés comme suede, cure, oasis, blur, placebo etc."

Nicolas Sirchis, imaginet.fr/indochine (ancien site officiel), 1999

Cette posture indé à l'anglaise (bien qu'il ne cite ici que des groupes distribués par des majors) lui correspondit largement mieux que le discours des rockophiles parisiens. Cela lui permit de transformer la relative discrétion médiatique de Wax en une attitude d'indépendance, celle d'un agitateur dont la présence emmerderait une certaine intelligentsia comme les Inrocks. Toutefois, une posture alternative semble avoir mille manières de se traduire chez le caméléon Nicolas Sirchis. Entre l'alternos du Birthday Tour, le rocker en pantalon de cuir d'Un jour dans notre vie, le vilain petit canard anglophile de Wax, le moribond de Dancetaria, le gothique de Paradize ou encore le dandy d'Alice et June...
"Je suis du genre à passer mes vacances à Saint-Tropez, là je reviens de Belle-Ile, avant j'étais au Brésil, mais je ne fais pas comme Manu Chao qui claironne partout qu'il visite les favelas."

Nicolas Sirchis, 20 ans, septembre 1999

Dancetaria et surtout Paradize constituent sans aucun doute la revanche de Nicolas sur les Tostaky (1992) et surtout 666.667 Club (1996), qui auraient participé à éclipser "Indo" mais surtout à consacrer "Noir Dez" comme plus grand groupe français d'alors. Wax se montra malheureusement accidentellement révélateur de l'égarement complet du chanteur dans les différentes tendances des chaotiques années 90. Là où la bande à Cantat creusait aisément son sillon dans un monde post-grunge grâce à de solides influences transatlantiques (l'électricité du Gun Club et de Fugazi, la chanson de Brel et Ferré).


En été 2001, les deux gros tubes français orientés guitare furent "Le vent nous portera" de Noir Désir et "Me gustas tu" de Manu Chao, ancien chanteur de la Mano qui joue aussi sur le single des bordelais.


Et en 2002, comme chacun sait, ce fut l'été de la lune.

Nous avons écrit dans l'article sur ce sujet, que Paradize constituait l'album grunge dont Nicolas rêvait déjà à l'époque d'Un jour dans notre vie. Chose amusante et assez logique, l'époque de Paradize peut pourtant être résumée avec les mots de ce rock alternatif qui avait tant posé problème à Nicolas, et qu'il employa sans retenue : rock et sincérité. Il propose ainsi sur l'album de 2002, avec l'aide d'Olivier Gérard (et ses goûts tant racontés) son alternatif à lui. Pour lui, celui des 80's et 90's n'aurait été qu'une vaste fumisterie, fait de comportements opportunistes et calculés :
"Indochine s'est toujours tenu à l'écart des discours plus politisés, plus revendicatifs...
Oui, dès le départ. On sortait du punk, de trucs engagés comme Trust ou Téléphone. On a voulu parler d'autres choses : de la sexualité, de la religion,... Puis je n'arriverais pas à dormir tranquillement en sachant que je gagne de l'argent en dénonçant un système auquel je participe.

À cet égard, tu es très dur avec un groupe comme Noir Désir.
Je ne mets pas en doute leur sincérité, ni leur talent. Mais je trouve le discours maladroit, ou démagogique. Cracher sur Messier (Ndlr: patron de Vivendi-Universal qui distribue Noir Désir), c'est facile, comme être pote de Bové c'est génial. S'ils se sentent mal chez Universal, qu'ils s'en aillent. Ils en ont les moyens. Je suis aussi dans ce système, mais je l'assume. Même si cette industrie devient de plus en plus dure.

On a l'impression que, même après autant de temps et de succès, tu es toujours en guerre.
Non pas en guerre, parce que ce n'est toujours que de la musique. Mais parfois j'ai un peu la haine. Quand tu vois des mecs comme l'ancien batteur de la Mano Negra fabriquer des trucs comme `Popstars´... Ce type-là il y a quelques années nous disait qu'Indochine était de la merde et que c'était un groupe commercial. On a aucune leçon à recevoir. Ni à donner."

Nicolas Sirchis, lalibre.be, mars 2002

Cette réplique d'un certain rock britannique, ambigu, androgyne et visuellement puissant, s'opposait donc frontalement à ces alternos hexagonaux auxquels Nicolas ne voulait en aucun cas être affilié. Paradize peut s'entendre non seulement comme une revanche sur tous ces buveurs de bière qui n'avaient même pas l'élégance de se pomponner avant de monter sur scène, mais aussi contre ceux qui n'avaient pas su se montrer cohérents avec les idées qu'ils prétendaient défendre.

Les prises de position de Nicolas contre des mercenaires comme Santiago Casariego étaient parfaitement audibles, et participèrent à le faire passer, en comparaison, pour un musicien intègre et distingué. Ce besoin de sincérité chez le public peut aussi participer à expliquer le succès de Paradize, et rejoint certaines analyses faites par Nicolas et plusieurs auteurs et journalistes à la même époque. 

Lui n'a jamais franchement eu à parler de politique, puisque ses postures vaguement sociétales et morales dans les années Mitterrand, et le fait de soutenir Touche pas à mon pote face au FN de Jean-Marie suffirent amplement à donner l'impression qu'il était de gauche. Malheureusement pour lui, le fait de rester éloigné des questions politiques ne protège ni de la contradiction ni des pièges.

Voir : 2002 - Paradize et le reste du blog.

Nicolas Sirchis, 2002

Nous avons beaucoup parlé sur le blog des groupes internationaux auxquels Nicolas essaie infatigablement de se faire affilier pour souligner la singularité de son groupe dans le paysage français.

"Indochine, nous étions sur les rives de la scène de Bercy, avec une scène bien sûr endiablée, enflammée, qui renvoie aussi, en résonance, au cœur des années 80, puisque vous avez incarné l'une des formations les plus emblématiques de cette période, alors justement, le fait que vos noms soient apposés à des groupes de légende tels que Téléphone, on pense bien sûr aux Rita Mitsouko ou encore à Mano Negra... est-ce qu'on pense à la postérité, est-ce qu'on se dit euh...
- On pense à rien de tout ça euh... Tout ce que je sais c'est qu'apparemment le succès d'Indochine aujourd'hui n'a rien à voir avec... la nostalgie des années 80 ou des choses comme ça, je pense que... ce groupe répond à une demande, en tout cas en francophonie euh... qui fait qu'on est un des rares groupes à faire ce genre de musique, c'est à dire, nous on a rien inventé... Moi j'ai habité la Belgique, j'ai adoré tout de suite le rock anglo-saxon et euh... et euh... Et on fait qu'adapter ce genre de chose."

Nicolas Sirchis, TV5, 2003


Que n'avait pas dit Amobé Mévégué ! Nicolas est ici vexé comme un pou d'être ramené à son ancien groupe, et que l'on ose faire le parallèle avec d'autres groupes français dont la Mano. Il est cependant dans le vrai en disant que le succès d'Indochine n'avait que peu à voir avec la nostalgie des années 80, puisque le jeune public rock de l'époque les avait pris pour un nouveau groupe et durent apprendre par la suite que oui, c'était eux qui avaient chanté Bob Morane...

Et oui, nous aussi avons tiqué sur la dernière phrase de Nicolas, d'une honnêteté désarmante.

Voir : Révisionnisme et malentendus

"Noir Désir n'a rien de sexuel. Il se trouve que leur album plaît maintenant au président de l'Assemblée nationale, quoi... (Jean-Louis Debré, ndlr) Attention : je ne remets absolument pas en cause la musique ! Ce que j'ai moins aimé, c'est leur discours aux Victoires de la musique, qui était très consensuel, très politiquement correct : attaquer Jean-Marie Messier, c'est un peu peu facile, et en plus, c'est le directeur de leur boîte, je trouve ça très moyen... Aston Villa, c'était quand-même un peu plus rock'n roll. (...) Plutôt Saez que Noir Désir, et je ne vais pas me faire d'amis."

Nicolas Sirchis in Indochine de A à Z, Sébastien Bataille, Les guides MusicBook, 2003

 

"Je suis gêné que Manu Chao soit le pape de l'antimondialisation aujourd'hui alors qu'il fait 100 millions de francs de chiffre d'affaires."

Nicolas Sirchis in Indochine de A à Z, Sébastien Bataille, Les guides MusicBook, 2003


En juillet 2003, le meurtre de Marie Trintignant par Bertrand Cantat disqualifiait définitivement Noir Désir.

Les années 2000 se dessinèrent donc autour d'un quasi-plébiscite public et une très grande consensualité médiatique pour le pop-rock dépolitisé, esthétique et très séduisant proposé par le nouveau groupe de Nicolas Sirchis, qui portait le même nom que le précédent.


En 2005, Nicolas chanta avec Didier Wampas (notamment connu pour avoir épinglé Manu Chao deux ans plus tôt), et fit les yeux doux à ce milieu alternatif vieillissant. Cet exercice de style sembla amuser tout le monde, et nous nous en réjouissons.

"Avec Indochine et LSD, on est les plus vieux groupes encore en activité, on ne s'est jamais arrêtés. Ce ne sont pas des copains, Indochine, mais on les croise régulièrement. Nicola, c'est quelqu'un de très bizarre, mais il nous a fait jouer une fois au Stade de France en première partie. C'était un grand moment, et je le remercie vraiment pour ça. À la balance, je ne joue jamais avec un micro HF (sans fil, ndlr), sauf que là, à cause de la taille du plateau, je me dis que ce serait peut-être une bonne idée. Mais au bout d'un moment, l'équipe d'Indochine vient me voir en me disant : 'Désolé, Nicola ne veut pas que tu aies un HF.' En gros, il ne voulait pas que j'aille devant, sur la grande avancée du Stade de France. Je vais le voir dans les loges,  et je lui dis : 'Pas sympa, le coup du HF.' Et lui me répond : 'Ah ! Mais non ! C'est parce qu'on est à côté du Bourget, et ton HF fait des interférences avec les avions.' Les mecs, ils ont pas honte, quoi ! Sérieusement, c'est à cause du Bourget ? Alors, pour le faire chier j'ai chanté sur une chaise au milieu du Stade de France 'Partenaire Particulier" en disant que c'était sa chanson préféréée, alors que c'est celle qu'il déteste le plus parce que, selon lui, ça a foutu la new wave française en l'air. 'Pour Nicola, on lui fait sa chanson préférée !' Il ne nous a plus jamais réinvités après, évidemment... Ah si ! J'ai fait un Taratata avec lui aussi, sur 'Harry Poppers'. Au moment des répètes, il y avait une phrase qu'il n'aimait pas, il me dit 'Là tu vois, la phrase, il faut la changer...' Moi j'ai dit 'D'accord, pas de problème' mais au moment de la chanter, j'ai repris exactement ce que j'avais écrit. Et personne n'a rien dit, personne n'a osé me faire de réflexion. Depuis, j'ai un peu coupé les ponts avec lui. Sa carrière, c'est un contre exemple parfait dans l'histoire du rock français, il remplit des salles, même des stades depuis des années. C'est incroyable. Sirkis, c'est un peu tout le contraire de moi, c'est un control freak, il veut plaire, il veut être David Bowie à la place de David Bowie, quoi !

Didier Wampas in Punk Ouvrier, Harper Collins, 2024 

 


Voir : 2005 - Alice & June


En 2017, "Un été français" prétendument sur la montée du Front National. Nous aurions pu être tentés de voir dans cette essai une résurgence du "Porcherie" des Bérus et de son slogan "la jeunesse emmerde le Front National", ou même du "Un Jour en France" de Noir Dez, pour la Génération Z qui n'a pas connu Jean-Marie... Mais dans les faits, il n'est question que d'un vague malaise, porté par un jeu de mots timide, au sein d'un morceau au pouvoir fédérateur très limité. Le signifiant gauchiste du mégaphone est présent dans le clip, même si nous nous questionnons toujours sur ce que revendique concrètement ce morceau, si ce n'est que le FN c'est mal et que l'orgasme c'est bien.

"Un été français", 2017
"Ce qui est intéressant dans le rock, c'est de taper un peu du poing sur la table."

Nicolas Sirchis, France Info, décembre 2017

Nicolas répond ici parfaitement à cette question : "dans l'rock", il faudrait privilégier l'attitude au discours. En d'autres termes, privilégier le mégaphone à ce que l'on crie dedans.

Nous avions pourtant lu Olivier Gérard épingler U2 en 2016 sur Facebook, comme quoi "C'est bon on le sait que Trump il est méchant...", alors que ce dernier n'était pas encore élu et que Bono avertissait le public américain d'une possible issue à cette élection qui allait devenir réalité. D'ailleurs Nicolas ne manqua pas non plus l'occasion, après l'élection, de s'en prendre à ce nouvel ennemi évident et peu clivant en France, avec le consternant "Trump le monde".
 

Nicolas Sirchis a t-il subi à ce point la culture de son pays d'origine, au point de devoir sans cesse souligner sa spécificité ? A t-il souffert de ne pouvoir échapper à la proximité de musiciens issus de ce rock alternatif français qui lui posa tant problème, comme François Matuczenski (ex-Chihuahua) ou François Soulier (ex-Elephant System) ? Reproche t-il au rock français de manquer de sens esthétique, ou d'hygiène ? 

François Matuczenski, Hanoï, juin 2006

Les paroles de Nicolas au naturel ressemblent plutôt à des analyses de droite :
"C'est comme les Français, tu sais, qui veulent toujours que ça change et puis quand ça change ça va pas !"

Nicolas Sirchis, Le Républicain Lorrain, octobre 2013

Parce que la contestation ça le gonfle, Nicolas. Sauf s'il est possible d'en extraire un esthétisme muet, ou être protégé par la distance culturelle et géographique. Comme dans le cas des grèves étudiantes au Québec en 2012 :
"Chris Marker avait écrit un film qui s'appelait Le fond de l'air est rouge, qui était l'histoire de toutes les... de toute la gauche. De tout l'historique révolutionnaire de la gauche depuis la Commune de Paris... Je trouvais que c'était un beau titre. Il est mort l'été dernier, et quand j'ai commencé à écrire cette chanson j'avais vraiment en image les images de... J'avais plein d'amis ici qui m'appelaient en me disant 'Mais tu sais ce qui se passe à Montréal, tu sais ce qui se passe à Québec sur le mouvement étudiant'... Alors j'ai pas voulu rentrer dans le détail pour, ou pas, si, oui la cause était juste, après est-ce qu'elle s'est emportée sur d'autres dossiers, sans doute j'en sais rien. Ce qui est sûr c'est qu'il y avait tout d'un coup une sorte de... de mouvement, qui était proche de ce que nous on pouvait ressentir aussi. Un mouvement euh... assez euh... assez fort. Avec une prise en main, des prises de parole... Alors que généralement en Amérique du Nord, on a plutôt l'impression que les gens vont sur un concert de rock, sur un concert de rythm'n'blues, mangent des Mac Donald's, vont voir le hockey, enfin j'veux dire y'a un peu moins de conscience politique. Y'a des très bons groupes de rock, mais on a l'impression que... à part sur l'écologie ou sur autre chose... Donc tout d'un coup il y a eu une levée de... un mouvement de jeunes qui était assez intéressant pour nous." 
Nicolas Sirchis, interview pour sorstu.ca, 2009

Un Nicolas en roue libre qui ne mesure ni l'extrême vacuité de son intervention, ni les insultes à tout un continent, l'Amérique du Nord, lancées à une journaliste québécoise. Cela n'a jamais été un secret : Nicolas n'est pas à l'aise du tout avec la politique, et à la réflexion ce sont surtout les images d'étudiantes déshabillées qu'il a dû trouver assez fortes.


"Le fond de l'air est rouge" donc, titre emprunté au film du même nom, une chanson où il est effectivement question de marches en bande, de drapeaux et de rouge... Et transformée sur scène en un moment fédérateur, tous poing levé contre les méchants. Mais quels méchants exactement ? Qui dans le public indochinois, était capable d'expliquer le déclenchement de ces manifestations au Québec ? De quoi parle ce morceau, et que devions-nous revendiquer ? 


Voir : Carré rouge (Wikipédia)


En 2019, Mathieu Rabaté participait à la tournée de reformation des Négresses Vertes. 

À ce jour, la grande époque de l'alternos n'est racontée dans les versions officielles que via le prisme de la pop anglaise et du rock américain, alors qu'Indochine se situait dans un contexte culturel très franco-français. La revanche prise à l'époque de Paradize ne ciblait d'ailleurs strictement que des Français.

Il est vrai que l'adjectif alternatif ne veut plus dire grand chose. Il n'est plus trop aisé d'identifier à quoi l'alternative rock et l'indie pop, cartonnant mondialement, constituent une alternative ou une indépendance. En ce nouveau millénaire, les étiquettes musicales ne racontent plus une histoire et des contextes. Probablement du fait de la consommation numérique et de la disponibilité de toutes les musiques sur un même plan, mais également de la philosophie relativiste contemporaine qui prétend que tout se vaut et est interchangeable. Pourtant, malgré la négation des concepts permettant de décrire le réel avec ses contradictions et oppositions, ce dernier continue d'exister, et les fractures sociales, politiques et culturelles observées en 1990 n'ont pas disparu.

Pour Nicolas, comme pour une certaine classe sociale aux habitudes culturelles bien identifiables, l'art devrait être dépolitisé pour être vraiment de l'art. Un monde où l'important serait de produire un esthétisme ou simplement des œuvres, même vides. Où l'accomplissement passerait par le ressenti ou l'instinct, plutôt que par la raison ou la réflexion. Et encore moins l'analyse politique. En ce sens, "engagé" est souvent perçu comme un gros mot lorsqu'il apparaît dans le champ artistique et musical.

Cela a toujours fait partie du manifeste indochinois : s'évader du quotidien, rester loin de la politique, privilégier le rêve, l'évasion et le mythe du héros. Nicolas l'a répété : il ne veut "pas faire de social", mais parfois il s'y aventure, et cela devient extrêmement révélateur de son idéologie.

Voir : Art contemporain


Nicolas confirma cette mentalité bourgeoise, en estimant récemment sur Europe 1 à propos de la colère des intermittents du spectacle - un emploi très précaire - sur la gestion du Covid-19, que "taper sur le pouvoir" n'était "pas constructif", et que lui  ne se souciait pas "de son métier" et de son "petit problème personnel". Un discours produit par un homme à l'abri du besoin financier, non concerné par les problématiques de domination et d'asservissement. Curieux, de la part de quelqu'un qui avait évoqué les générations sacrifiées à l'époque des Météors (2009)...

Après avoir donné une appréciation très "foulard rouge" sur le mouvement des Gilets Jaunes, nous serions tout de même tentés de savoir, à l'approche d'un nouvel album, si ce mouvement l'a autant inspiré que les étudiants et surtout étudiantes québécoises au corps peint en rouge.


Récemment, François Bégaudeau évoquait avec ironie ce point de vue dans C à Vous : "Je pense que dans la répulsion que ressent la bourgeoisie actuellement par rapport aux Gilets Jaunes, il y a quand même beaucoup l'idée que : ils sont mauvais goût. C'est vrai qu'ils ont un peu des sales gueules, ils sont pas bien sapés quoi." Et se montre encore plus acerbe dans Histoire de ta bêtise (2019) :
"Tu es un bourgeois. Un bourgeois de gauche si tu y tiens. Sous les espèces de la structure, la nuance est négligeable. Tu peux être conjoncturellement de gauche, tu demeures structurellement bourgeois. Dans bourgeois de gauche, le nom prime sur son complément. Ta sollicitude à l'égard des classes populaires sera toujours seconde par rapport à ce foncier de méfiance. Dans bourgeois de gauche, gauche est une variable d'ajustement, une veste que tu endosses ou retournes selon les nécessités du moment, selon qu'on se trouve en février ou en juin 1848, selon le degré de dangerosité de la foule.
Tu es de gauche si le prolo sait se tenir. Alors tu loues sa faculté d'endurer le sort - sa passivité. Tu appelles dignité sa résignation.
"

François Bégaudeau, Histoire de ta bêtise, p. 35, Pauvert, 2019

Il y est aussi question d'ennemis évidents et peu clivants, à côté desquels il est très facile de se faire passer pour moral et/ou intègre. En d'autres termes, savoir se mettre en colère tout en restant compatible avec une interview chez Salamé ou Delahousse.

"Trump le monde", Paris, novembre 2018

Nous comprenons aisément pourquoi les thèmes de Nicolas sont toujours "un peu ça" ont toujours "un côté", "genre un petit peu et caetera", mais ne sont jamais concrets. Cet homme n'a rien à dire, ni à défendre à part lui-même. Finalement, ce que nous pourrions conclure à propos de cette histoire, c'est que tous n'ont pas les mêmes ennemis ni les mêmes intérêts. Les alternos ont essayé de faire quelque chose à l'époque, avec les outils, la culture et les moyens qui étaient les leurs. Il est tout à fait normal que ce mouvement alternatif n'ait pas trouvé son public au sein de toutes les classes sociales. Mais nous restons d'accord avec Nicolas sur le fond : le bien, c'est quand même mieux que le mal.


Annexes :
Logo de KMS Disques, le label de Nicolas






"Qu'est devenue la 'génération morale' que vous représentiez à l'époque des concerts de SOS racisme ? - Avec Rita Mitsouko, Étienne Daho, Jean-Jacques Goldman et Indochine, ce fut l'arrivée d'une génération qui jouait sans tricher ses chansons et partageait les mêmes préoccupations mondialistes. (? ndlr) Et maintenant ? - Bruel s'en charge bien. Il passe à 7/7, il a de la 'tchatche'. Médiatiquement, il a pris notre place en récoltant le fruit de ce que nous avons laissé."

Nicolas Sirchis, "Indochine l'album de famille", Loïc Sellin, 1994